CHAPITRE ILII
Maria de Merced,
Au-dessous du mur de notre prison se trouvsit un fossé profond rempli de cactus et d'herbes sèches. Nous demeurâmes quelques instants cachés an Tond de ce fossé pour reprendre un peu de forces. Nos jamhcs, endolories et tuméfiées par les liens dont elles avaient été si longtemps étreinies, nous permettaient à pi ne de nous teuir debout. Elles étaient engourdies, et il fallut quelque temps pur que le sang pût j revenir et y cirenler librement,
— Le mieux, muiwiuia Lmcoui, serait de suivre le fossé. Je suis venu en traversant les champs et j'y ai trouvé quelques places vides dans lesquelles nous serions peut être découverts par çes canailles, dont l’attention ne tardera pas à être en éveil.
— Oui, la route la plus (ûrc, dit Raoul à son tour, est de suivre le fossé. H y a bien quelques fenêtre* qui donnent de ce côté, mais en nen* ha Usant nous pourrons pisser dessous sans être aperçus.
Nous suivîmes donc tou* le fond du fo**é et passâmes en rampant tous plusieurs fepêtre* qui étaient fermées .1 auxquelles on ne voyait •ucane lumière. Arrivé* à Ta'tfemière , nous nous aperçûmes qu’elle était éclairée... Malgré le danger de notre situation, poussé par un sentiment irrésistible, je voulus regarder h travers les vitres, l'espérais trouver là quelque éclaircissement au mystère qui m'cnlourjit depuis deux jotfnt" 1 » "
La fenêtre était assez élevée; mat* comme elle était garnie de fort* barreaux, j'en empignai deux et je parvins facilement de la sorte à arriver jusqu'à un piot d'où je pouvais voir facilement. Pendant on temps, mes camarades m'attendaient tapit dan» lw magne ja.
Me tète seule paraissait au-dcMUt de l’appui de U lenôtre- Je regardai. La rhambre était meublée avec une certaine élégance, nazis I examen du mobilier m'occupa peu de lemp#. Un homme amis près d'une table attira de suite toute mon attention, Cet homme était Du h rose.
La lumière tombait en plein sur son visage, et ce ne fut pas hm éprouver dans tout mon être une fébrile émotion que je considérai pendant quelque temps les traits détestés de mpn ennemi.
Je ne saurais peindre la haine que cet homme m'avait inspirée. 91 j’avais eu une arme à feu, je n'anr.vs pu m'rmpécher de l'immoler à mon ressentiment. Heureusement je n’avais dans mes maint que les barreaux de fer de D fenêtre solidement fixés à leur châssis, et dans ma rage impuissante je les tordis à les briser! je ne nais eom. ment ma haine ne se manifesta pas d'une manière brayante. Je a'a» vais pas en moi alors le sang-froid necessaire pour me contenir; et si je ne commis pas d'imprudence, c’e*t à la Providence seule, qui sans doute protégeait notre fuite, que je doit d'avoir été préservé d’un éclat qui nous eût infailliblement perdus.
Pendant que je considérait Dubrotc, la porte de l’appartement t’ouvrit et donna passage à un jeune homme. Ce nouveau venu était singulièrement vêtu. Son costume était moitié militaire, moitié rancbero. Il y avait dans ses vilement* de velonra une recherche et un luxe qui me frappèrent, moins encore pourtant que la diàtinnion de ses manières. Son visage empreint d'nne tristesan profonde, n'en état pas moins d'une beauté remarquable.
11 s’avança et s’assit près de la table, sur laquelle il posa la main. Plusieurs diamants brillaient k ses doigta, Son visage était plie, et je remarquai que sa main tremblait.
Après un moment d'examen, je crut me rappeler que 04 visage ne m’éuit point inconnu. Ce ne pouvait être NareisM, car je ne m’y serait pas mépris un seul instant ; cependant le jeune hnmntf ressemblait au fils de don Cosme. Je trouvait même qu'il lui ressemblait, à élit. Tressaillant à cette pensée, je fiiai plu» attentivement le jeune bomme; la ressemblance me parut plus frappante eneere.
— O eicll disais- je , elle sous ces vêtements!.., seule me cet homme!,,, mais non!... ces yeux!.,. Ab! je me rappelle. Lejeune garçon que j'ai vu au rendea-voua, à bord du transport, dan* l'fle. e puis U peinture... Ce*t cela, e’eat aa cousine... Maria iU Mtrcul !.. t
Ces souvenir* me traversèrent l'esprit comme un éeiaif et disparurent de même pour faire place à d'antres plan récents i l'evnninre de la matinée... les mots étranges murmurés à la fenêtre de ma prison... plus de doute, j’avais devant moi l'anteur de notre délivrance.
Tout un monde de mystères venait de m’étre expliqué dans un seul moment, c'était un trait de lumière, je me rejetai en arrière, en proie à des émotions nouvelle*...
— (iuadalupe ignorait ma captivité, elle était innocenta.
Celle seule pensée suffit pour me rendre le bonheur.
IVndanl que je m'abandonnais à mes réflexions, les unes pénible*, les autres ran*ol.inlet , le brait d’une vive altercation me rappel* au sentiment de la réalité. On se disputait dans la chambre. Je me levai sur l i peinte des pieds, et, m'aidant de nouveau de mes poiguets et des barreaux de la feoétre, je regardai une seconde fois.
Dubrose paicourait l'appartrmeot en donnant de* signes de eolère.
— liait ! s'écria-t-il avec un accent de froide brutalité, vous espère» me rendre jaloux, mais vous n’y réunirez pas. Je ne l'ai jamais été et ne commenterai pas pour vpua. Je sais que veut aimez ce misérable Yankee I je vous ai surveillée sur le vaisseau et dans l'ile, von* étiez enchantée de venir avec lui dans ce pays... Ah! ah! jaloux I Vraiment!... Vos petites causinea ont grandi depuis men dernier voyage...
Celle allusion à Guadalape et k sa «sur fil bouillonner le sang dana
mes veine*.
J’eus tout lieu de croire qu'elle avait produit le même effet sur e* jeune femme, car cet mots lurent k peine prononcé* qu'elle se le** et regard ü fièrement Dubrose avec des yeux flamboyants,
— Oui ! s'écria-t-elle ; mais si vous osiez essayer d’accomplir voa indignes projets sur l'une ou l'autre de ce» enfanta, n'oublies pis que Hmi* ce pays sans lois j'ai pourtant le pouvoir de voua punir. Voue êtes assez misérable pour ne reculer devant rien, mais elles doivent échapper à vos coups ; c'est assez d'une victime !
— Victime, en vérité I répliqua l'homme effrayé par la violeaw de *on interlocutrice ; vont vous potes eu victime, Mario! troua, ffépeusa du plus bel homm* qui soi* au Mexique l
Il y avait de l'ironie dans le ton de eea dernière* paroles. L* met époux*, surtout, avait été prononcé avec une emphase très * marquée.
t* Misérable ! cset-vou* bien rappeler qu'il vous a fallu un faux prêt rp. t . O < a i . u - 1 i v i âladrtl... CQHUwua-l-«lir ep sf lai**an| tomber sur aa chiite et çailunt aa tète data ara main*. b-duiio , vutuéf , presque iana mmh? «I pour un bomme s:’** j« u’ai jamais aiepé, çgr, ce p était pas de l'amour, c’élait de la folie et de la latciuatioii,*
Ces derniers mots furent prononcé* k voix boise, comme si elée tt
— J’espère qu’il Ta bien, capitaine. Je l'ai envoyé an camp tou cher deux nota de la chose au colonel.
— Ainsi, vous attend ex des secours du camp?
— Sans doute, capitaine, mai» ils ne pourront venir juaqu’id; ils s’arrêteront probablement au rancbo, et en attendant il faut nous tirer seuls de ce mauvais pas et marcher vivement à 1a suite de Raoul.
— Vous aves raison, suivons donc Raoul.
Après une marche très-fatieante, nous atteignîmes enfin le fourré dont nous avait parlé Raoul. Nous y pénétrâmes et noua noua glissâmes au milieu des broussailles jusqu’à une petite place ouverte dont le aol était couvert de grandes herbes sèches. Nous aurions pu difficilement trouver un meilleur lieu pour bivouaquer. Nous étions d'ailleurs rendus de fatigue, non moins de notre course précipitée que des suites do notre voyage à mule; aussi à peine étions-nous étendus sur l’herbe, que déjà nous dormions d'un profond sommeil.
— Dieu vivant! ou a mis des chiens sur nos traces.
Ce n'était que très-rarement que Lincoln se servait de ju r ements, et quand cela lui arrivait c’est que la chose était grave; le viaafi du chasseur était d'ailleurs eu rapport avec ses paroles: on voyait dans ses yeux une expression de désespoir qui ne a'y trouvait pas souvent.
Cette révélation de Lincoln agit sur nous comme une action galvanique , d'un bond nous nous éloignâmes du feu et nous nous jetâmes à plat ventre sur l'herbe.
Pas un mot n’svait été prononcé ; mais chacun, imitant le sergent, avait mis son oreille à terre.
Dans cette position nous distinguâmes d’abord un murmure sourd semblable au bourdonnement d'une abeille, ce bruit semblait sortir de terre ; peu après il devint plus distinct ; pois un baricaacat plue
t rononcé, qui bientôt cessa entièrement. Après un court intervalle li rail recommença ; cette fois U nous arrivait plus distinct encore s c’éuient des aboiements sur la nature desquels il était impossible de se méprendre. Comme l'avait dit LinooLu dès le principe, noua avion» à nos trousses des limiers espagnols.
Nous nous relevâmes, et noa yeux se portèrent de tous côtés po ne découvrir des armes; mais nous n’en vîmes point, et mes regards m rencontrant exprimèrent le plus profond désespoir.
La carabine et deux couteaux de poebe étaient les seules armes quâ fussent en notre possession.
— Qu'sllons-nous faire? demanda l'un de nous.
Et au même moment tous les yeux se tournèrent vers Lincoln.
Le chasseur demeurait immobile la main crispée sur le canon ét son arme et le regard fixé h terre.
— A quelle distance som mes-oous de 1a ravina, Raoul ? demandet-il après un moment de silence.
— A deux cents pas tout au plus.
11 faisait grand jour quand je m'éveillai. Mes compagnons, à l’exception de Clayley, étaient déjà debout et venaient d'allumer du feu avec un certain bois, connu de Raoul, qui a l'avantage de ne produire que très- peu de fumée. Ils s'occupaient à préparer le déjeuner. A une branche d'arbre pendait le cadavre hideux d’un iguane encore tout palpitant; Raoul était en train de l'écorcher avec le costeau, tandis que Lincoln rechargeait avec soin sa carabine. L’Irlandais, assis sur l'herbe, pelait de» bananes, et les faisait rétir snr les charbons.
L'iguane fut bientôt grillé, ut noua nous mimes à manger d'un excellent appétit. ....
— Ptr tri ut Patrick 1 dit Cki»«, qui ■’.nr.it J.ut. 1 . dit d»M Ma Mil que j. ninc.riit pareille «rai.., Je oc l’.nrrit pat cru.
— Consent le tr.u.e*-von», Marrigh ? dit Raoul en riaat.
— Mou opinion eit que crin août meut qu'un pUt aidn connu calai dan. lequel en duibl. de Pan dayt n’a janri. uoulu remettre du fèves. Mais si...
— Chut, dit Lincoln tnanniUnat ut UinnM k noitid roula U bonchée qu'il portait à sa boucbc.
— Qu'y a-t-il? demandai-je.
— Dans un instant je vais vous le dire, capitaine.
En prononçant ces moto, le chasseur, qui s'était levé, noua II rigne de garder k silence; puis, enjambant 1a limite de le clairière, il se coucha par terre.
Nous savions que c'était une minière d'écouter, et nous attendîmes avec anxiété le rfealut de ses observations. Nous ne restâmes pas longtemps dans l'incertitude, car à peine le chasseur avait posé tm «mile à terro qu'il su releva d’uu bond eu criautt
Ja md !>• le froid d u do lama qu passait entre mas deux pp — et aopuyalt sur les corda».
— Je ne vois pas d’autre chose à faire, capitaine, que d’entrer àa k. l’eau. Si le torrent est guéable, nous le mettrons entre nous et les chiens. A vas- voua quelque chose à objecter à cela?
— Non, car j'avais moi m'mc songé à ce moyen.
— Si nous avions des boictci (couteaux de chasse), nous aurions attendu les chiens ici; mais noua a'en avons pas, at je crois, d'aprèa les aboiements, qu'il n'y a pas moins d’une domaine d’animaux à noa trousses.
— Non, il n’y a pas moyen de rosier Ici 1 ainsi , Raoul , conduisesnoua à la ravine.
La Français m mit eu marche, et nous le suivîmes à travers le fourré.
Arrivés au cours d'eau, nous entrâmes dans son lit. C'était un de em torrents de manugue si communs dans le Mexique , qui se cr*