CHAPITRE XLIV
LES TIIUIUEÜBS Aï! MEXIQUE.
«or an roche r avec ion épée nue h la main. Il n'était guère I plut de trois cent* pas de la position que noua occupions sur le *ommet de la falaise.
— Crojex-vous pouvoir l'atteindre? dis-je à Lincoln, qui avait rechargé sa carabine, et qui Usait le Mexicain, afin uns doute de *e faire une juste idée de la distance.
— Je crains d être trop loin, capitaine. Je donnerais une demi-année de solde pour avoir à ma disposition la carabine allemande du major. Nous pouvons toujours essayer. Murtagh, placex-vous devant moi. N'<us sommes trop en évidence ici, et si ce Mexicain me voit l’ajuster il fuira comme an daim.
Cliane vint placer sa l*rge personne devant le urgent. Celui-ci appuya avec soin sa carabine sur l'épaule de son camarade et visa le Mexicain.
I.e chef guerrillero avait aperçu ce mouvement, et, soupçonnant le danger, il venait de faire un demi-tour sur lui- même et se di*posjit à quitter le ro- her quand le coup partit. Le plumet vola an loin, ci le guerrillero, étrndant convulsivement les bras, tomba lourdement d*n« l'eau. Un instant après le cadavre flottait k la surface du courant, suivi par le chapeau et le plumet. En un clin 4'oril tout disparut dans le eafton avec la rapidité d’une flèche.
Les camarades du mort poussèrent un cri de terreur. Ceux qui l’avairnl suivi dans le torrent regagnèrent précipitamment la rive et tt mirmt à l'abri derrière les rochers.
• A rc moment nous entendîmes une voix qui s’élevait au-dessus des autres en criant :
— Carajo, yuardaot ! esta el rifle del diablo (Prenez garde, c’est la carabine du dohlr}!
C’était sans doute le camarade de José, celui qui s’était trouvé dans la prairie de la Virgen et avait été témoin des exploits de U Zündnadel.
Les gucrrilleros, terrifiés par la mort de leur chef, car c’était Yaûex qui venait de tomber, t'étaient tous cachés derrière les rochers. Ceux même qui étaient restés h h garde des chevaux h plus de six cents pas eu arrière cherchèrent un refuge derrière les arbres et les accidents de terrain.
Les guerrilleros qui se trouvaient le plus près de nous ripostèrent k Lincoln à coups d'escopette, mais leurs balles mal dirigées vinrent s’aplatir sur la lace de la falaise ou passèrent en tiflUnt au-dessus de nos tètes. Clnjley, Chane, Raoul et moi, qui n’avions point d'armes à notre disposition, nous nous étions mis à l'abri derrière un bloc de rocher pour éviter d’ètre atteints par une balle perdue. Quant à Lincoln, placé sur le sommet de la faUise, il présentait tout •on corps k l’ennemi, dont il semblait défier les projectiles.
Je n'ai jamais vu d'homme qui fût aussi corou'rtnnenl que lui aude*sus de la crainte de la mort. ÎH»n courage était en tout temps le même, impassible et crime. Dans ce moment cet admntb e soldat, seul debout comme un colosse sur la falaise qu'il dominait, maniant avec sang-froid sa redoutable carabine el jetant un regard de mépris sur la troupe d'enuemis qui tremblait à ses pieds, formait un de ces tableaui qu’on ne voit qu'une fois dans sa vie et que j’aimerai» k peindre ai je savais manier un pinceau.
Inébranlable k son poste, le chasseur manoeuvrait son arme avec une précision admirable, sans même prendre garde aux balles qui Pouvaient autour de lui et passaient auprès de ses oreilles avec ce sifflement particulier que n’oublient jamais ceux -qui l’ont une fois «nleudu dans une bataille.
Tant de bravoure était effrayante même pour nous, a plu» forte raison elle avait dû produire une vive impression sur les ennemis. J’allais appeler Lincoln cl lui donner ordre de se retirer et de *e mettre k l'abri, quand je le vis lever sa carabine pour ajuster. Mais l’instant d’après il posa la crosse à terre avec un geste de désappointement; la même manœuvie fut répétée par lui sans plus de succès, el j’entendis le cbaiseur grommeler entre ses dents :
Quel tas de poltron»! on dirait qu'ils jouent à cache-cache.
En effet, chaque fois que Lincoln ajustait sa redoutable carabine, gucrrilleros disparaissaient, de telle soitc qu'on n’apercevait plus tètes ni corps.
— Ils ne valent pas leur» chiens, continua le chasseur en se tournant de notre cité, el si nous avion» le temps, nous pourrions le» tenir ici jusqu'au jour du jugement dernier.
Cependant , un mouvement se manifestait parmi les guerrillero». Une moitié de la bande montait à cheval et s’éloignait tu galop.
||| vont tourner par le gué, dit Raoul ; c’est un trajet d un mille t demi au plus. 1U peuvent le traverser 4 cheval, il» »croai sur nou» •ns une demi-heure.
Que faire ? Il n'y avait autour de nou» ni bois ni chapparal pour nous mettre à l’abri. La campagne qui s’étendait derrière la falaise était un plateau découvert où ciois»»i*nt seulement quelques palmiers épars el quelques pieds de juras. Qu point élevé où noua étions placés, nous découvrions tout le pays jusqu'à une distance de cinq milles. Célait là seulement que commençaient les bois, mais nous serait-il possible d'y arriver avant d'être atteints par no» ennemis?
Si tous les guerrillero» se fusient décidés à prendre par ce gué, «oui aurions pu retourner dans le fond de U i*vine » nai», comme
nous l’avons dit, une partie de 1a bande était restée au bas de la falaise et nous coupait toute issue de ce c6ié. Notre seule ressource était donc de gagner les bois.
La première chose à faire pour exécuter ce projet, c'était de tram per ceux qui étaient k nos pieds; autrement nous les aurions à no» trousses avant les autres; et nous savions par espérience que si Ica Mexicains ac battent mal, en revanche ils courent comme de» lièvres.
Nous y parvînmes k l'aide d'uu vieux stratagème indien que Lincoln et moi avions déjà pratiqué. Il n'aurait pas suffi pour tromper un 'tirailleur du Texas, mais c'était tout ce qu'il fallait pour nos guerrilleros.
Noua nous étendîmes sur le aol de manière qu'il n'y eût que nos têtes qui fuisent en vue de l’ennemi, lequel contmnait à faire des décharges d'cscoprties. Un instant après, nous nous retirâmes graduellement en arrière, el il n’y eut plus que l'extrémilé de n^s bonnets du police qui parût au-dessus du gazon. Nous demeurâmes ainsi quelques moments, en ayant aoin pourtant de montrer notre figure de temps à autre. Mais nos instants étaient précieux, et nous en avions fort peu k perdre dans cette pantomime. Heureusement que nous n’avions pas affaire k des Cumanches, et que pour don [>ieyn 1 1a farce était nssex bien jouée.
Ces préliminaires accomplis, nous sortîmes 1c* uns après les autres no» tètes de nos bonnets de police, et I lissant les cinq coiffures dans la position la plus naturelle possible, nous nous retiiâme* rn rampant comme des létards. Après environ cent pas faits de cette minière, nous trouvant hors de vue, nous nous levâmes et nous primes notre course comme une troupe de chiens effrayés.
Le* coups d'escopette qui retentirent pendant longtemps encore k nos oreilles nous apprirent que nos giternllero* avaient complètement donné dans le ptnneau, èl qu'il» exerçaient leur adresse sur nos bonnets vides, pendant que de notre cdté nous nous éloignions à toutes jambes du théâtre de notre dernière rencontre.