CHAPITRE XLVII
Poudroyé».
Tout en fuyant, i»v. jetions de temps k autre un regard en arrière pour voir si l'enc . .ut ne paraissait pas. Le icntiment de la conservation nous rti'Cit un moment quelque vigueur, et ce n'était pa» de trop, car »M avions tous perdu du sang dans notre lutte avec le» cburn«, et nous étions accablés de fatigue.
Mais la cour e se prolongeait, et nos forces commençaient k s’épuiser. Pour comble k tous nos maux , nous fûmes assaillis par un# affreuse tempête, une de ces tourmentes comme en voient aeuls les pays tropicaux. La pluie tombait k flots et nous frappait le visage, le sol* détrempé enfonçait ou fuyait sous nus pas, les éclairs nous aveuglaient, le* vapeurs sulfureuses nous empêchaient de respirer,
Ma gré tout, nous contiouions I avancer faibles, panifiants, respirant h peine, mais poussés par la certitude que U mort était derrière nous.
Je n’oublierai jamais cette terrible courge. Je croyais qq’ello ne finirait pa*. Je ne puis mieux en donner une idée qu'en la comparant k un de ces rêves péoih'cs pendant lesque's nn fait de vain» t flirt ts pour échapper aux griffes de quelque horrible monstre ; on tu »ciu mourir, et puis tout sc dissipe soudain comme par 1a vertu d'un pouvoir enchanteur. Celle fuite e»t encore présente è taon esprit connue au premier jour. Uiru souvent elle a été l'objet de mes rêve» agités, et jamais je ne me suis éveillé dan» ces circonstances sans un profond sentiment de terreur.
Nous n'étions plus qu’k cinq ou ait cent» pat du bois ; six cents pa» sont sans doute peu de chose pour un promeneur non fatigué, nais pour nous, épuisés par une longue et pénible course, ait cents pas c’était l'infini !
Une petite prairie, traversée par un cour» d'eau, pou» séparait encore de la forêt. Cette prairie, couverte d herbe, ne possédait p*s un seul arbre. Nous venions d'y entrer. Raoul, le plus léger coureur do non» tous, tenait la tête. Lincoln avait voulu rester en arrière pour surveiller l’ennemi et nous avertir au besoin.
Un cri du ehmeur nous fil retourner. Heureusement que nous étions trop fatigués et trop rendus pour que quelque chose pût nous effrayer, car il y avait de quoi avoir peur de ce qui se passait derrière nou*. Cent cavalier* au moins arrivaient au grand galop; chaque instant rapprochait la distance; bientôt, leurs cm furietut parvinrent k nos oreilles.
— Maintenant, amis, tâches de vous en tirer! pour moi, j* me charge de celui qui est eu avant, mais c'est tout ce que je puis faire, dit le sergent.
Nous essayâmes de continuer notre course ; mais las Riiernlleroe gagnaient toujours du terrain, et les balle» de leurs escopcttss sifflaient « nos oreilles ot labouraient U sol k nos pieds. Au 1 ruil de la
1 Dos Diego est lo sobriquet des Mexicain», menas Joka Bull «4 ceee am àagiu», et Ire re Jwstbsn «ttai de toi* ow«u le» Tmüumm.
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LES TIRAIttEtras AO MEXIQUE»
observations. Après «voir entendu ce rapport, te commandant poussa on cri, no ordre évidemment, auquel répondirent plusieurs individu* de la troupe, et à l’instant un détachement se séparant du gros de la bande marcha vers le ruisseau et se réunit autour du pied d’un grand cotonnier qui te dressait auprès de la partie la plus resserrée du ruisseau»
Ce fut pendant un moment un concert de voix discordantes, puis vingt-cinq ou trente singes grimpèrent sur le cotonnier. Do des plus vigoureux de la bande gagna le sommet de l’arbre, s'avança jusqu'à l’extrémité d'une branche, a'j arrêta quelques instants, et, après avoir roulé ta queue deux ou trois fois autour de cette branche, se laissa glisser et se trouva de la sorte pendu la tête en bas. Dn deuxième gravit sur la même branche, rejoignit sou camarade, roula sa queue autour de son cou et de scs bras, et te laissa pendre, comme le premier, la tête en bas. Dn troisième fit sur le deusième ce que celui ci avait fait aur le premier; puis au quatrième, un cinquième et ainsi de amie, jusqu'à ce qu'il 7 eu eût assex pour que le dernier pût toucher le sol avee ses pattes de devant.
Lorsque cette chaîne aux anneaux vivants fut ainsi terminée, elle s'imprima à elle-même un mouvement de balancement semblable à celui d'un pendule d’horloge. D'abord les oscillations furent légères; mais elles augmentèrent par degrés, le singe qui formait l’extrémité inférieure lui donnant un branle violent chaque fois que le mouvement en décrivant sa courbe lui permettait d'appuyer ses mains contre terre. Plusieurs singes grimpés sur des branches à l'entour aidaient encore aux oscillations de la chaîne. L’absence de branches inférieures dans le cotonnier, qui affecte, comme nos peupliers, la forme pyramidale, aidait merveilleusement à la facilité de ce mouvement.
Les oscillations continuèrent avec une force toujours croissante jusqu'à ce que Je singe qui formait l'extrémité libre de la chaîne fat lancé aur les branches d’un arbre situé sur la rive opposée. Il
E irvint à saisir l'nne de cet branches et à s'y cramponner avec force, elle manoeuvre fut fane avec asset d’adresse et de ménagement pour
1 11e les anneaux intermédiaires de 1a chaîne n’eussent point à souffrir e 1 s violence de La secousse.
La chaîne se trouvait ainsi fixée à ses deux extrémités et formait nn véritable pont suspendu sur lequel la troupe tout entière, au nombre de quatre ou cinq cenU individus, passa avec la rapidité de l’éclair.
Je o‘ai jamais rien vu de si comique que toutes ces mines grotesques de singes glissant ainsi le long de cette chaîne animée. Les mères surtout, avec leurs enfants sur leurs dos et leurs singulières grimaces, formaient un tableau des plus réjouissants.
Les singet qui formaient le pont ne cessaient de babiller et cherchaient à faire des niches à ceux qui passaient en courant sur leur corps.
De la sorte la troupe fut bientôt de l’autre côté. Mais comment allaient faire, pour traverser le ruisseau, les animaux qui avaient servi da pont?... Telle était la question qui se présentait d'elle-mème.
Suis doute, pensions-nous, ils vont te lâcher les uns après les autra» et se laisser retomber par terre; mais la chaîne était disposée de msnière que les derniers pouvaient seuls user de ce moyen, et que les autres étaient destinés ou à rester sur la rive sa point de départ ou à tomber lourdement dans l'eau.
C’était un problème dont nous attendions la solution avec une certaine curiosité.
Nous ne tardâmes pas à être filés. Dn nouveau singe attacha sa qurue à l’extrémité inférieure de la chaîne, un deuxième s'ajouta au premier, puis un troisième, puis un quatrième, jusqu'à ce qu’il y en eut environ une dousaine. C'étaient tous des individus d’uoe grande force. Lorsqu'ils furent arrivés à une haute branche, ils élevèrent la cbaine à eux de manière à la tendre dans une position horizontale.
Un cri poussé par le dernier singe de la nouvelle cbaine avertit que tout était prêt. A ce signal le singe qui avait formé l’anneau de la première chaîne lâcha la branche à laquelle il était suspendu, et toute la chaîne »e balança de nouveau comme elle l'avait déjà fait, à cette exception près que les rôles avaient changé, et que c’était le singe qui avait d'abord formé l’extrémité libre de la chaîne qui se trouvait attaché à l’arbre situé de l'autre côté du ruisseau.
Au bout d'un instant la chaîne, abandonnée à son propre poids, vint, conformément aux lois de la pesanteur, retomber le long de l'arbre situé sur la rive qu’il fallait atteindre.
Les anneaux inférieurs reposaient sur le sol, tandis que les plus élevés touchaient encore aux branches ou descendaient le long du tronc. En un instant tous ces anneaux te rompirent, et 1 a troupe entière disparut à nos yeux dans l’épaisseur du c happa rai.
— Par les pouvoirs de Moll-Kelly! je ne connais pas beaucoup d'hommes qui aient autant d'esprit que ces créatures-là. Ce sont des bêtes à en remontrer aux plus fins.
La réflexion de l'Irlandais noua fit tous sourire. Cette scène nous avait complètement réveillés. Bientôt noos fûmes sur nos pieds, prêts à poursuivre notre route, et asses dispos, grâce aux quelques heures de sommeil que nous avions goûtées.
L’orage avait entièrement disparu ; le soleil, sur son déclin, resplendissait à travers la feuillaga des palmiers; les e as a* «t
recouvré leur voix et faisaient entendre leurs chants harmonieux audessus de nos têtes; les perroquets et les tragons babillaient en voltigesnt autour de nous, tandis que les toucans au gros bec danseur* ieu' silencieux et taciturnes sur les plus hautes branches des arbres. To» nous invitait à reprendre notre route; le ruisseau était d’aiilcurt m devenu guéable pendant notre sommeil. Aussi, quittant notre retraite, nous traversâmes de l’autre côté et noos bous enfonçâmes dans les bois.