CHAPITRE LUI
Une bataille è vol d'oiseau.
Nons quittâmes la caverne de l'Aigle une heure environ après le lever du aole.il. Au bout de quelques cents |us, je me retournai sur ma selle et regardai derrière moi. Les cinq raa-«v es d>-a J.-ru. lioa pendus aux limche* des arbres formaient un hideux tableau que je n’oublierai de ma vie. Leur» camarade*, qui sans doute les voyait ut dans relie tri*»e position du ni ! ! ,* c!qn- " mrré s In , durent
faire à ce sujet de singu'iè rs i( fl- i ions
Ce* malheureux avaient été exécutés sans qu’on les dépouillât de leur pittoresque costume, leurs vêtements de guerre étaient devenu» leurs linceuls; drapés dans les phi de leurs biangas, ils restaient immobiles au-dessus de l'abîme, tandis que l'aigle pfSi.it auprès d’eux en paiiS'ant ton cri guerrier, et qné dt-s milliers de vautour» obscurcissaient le ciel au-dessus de leur» têies et Volaient en rond en se rapprochant à chique cercle d»* l'horrible proie qu’ils convoitaient.
Avant que nous eussions perdu de vue U falaise de l’Aigle, les oiseaux de carnege s'éttienl abattus sur les cadtvrrs et plongeaient avec avidité leurs bec* crochus dani ers chair» encore rhaudes cl palpitantes; boneur... Je ne pus M'empêcher à cet affreux sprclade de faire un retour sur moi-méme et de me livrer à quelques réflexions intimes sur cet étrange changement de victime».
Noua atteignîmes bientôt le pied de l'escarpement et nous noua retrouvâmes aur le bord du torrent , qne nous traversâmes quelque»
LES TtRAïLLEÜftS AÜ MEXlQÜE. •*
leurra après pour noos diriger dan* l’ouest. A qiidi notre marche oou* amen.i près d'un ruLse.u à l’eau claire et limpide qu ombrageait »n Joli bois de palmiers; nous ne pouvions demander mieui pour Mire notre sieste, et ce fut U que nous noos arrêtâmes.
Après quelques hrures données au repos et quand la grande chaleur iitl jour fut un peu calmée, non» nous remîmes en marche et nous arrivâmes dans la soirée à la purblita (village) de JacoiUulco, où nous résolûmes de passer la nuit, twing mit l’alcade en demeure de lui fournir de* vivres et du fourrage, fit attacher les chevaux sur la plaxa, et ordonna aux hommes d’allumer leurs feus et de bivouaquer dans le même endroit. Par précaution on avait placé un poste a l’entrée de chacune des routes qui aboutissaient au village.
Au point du jour nous quitlimes notre étape, et après quelques heure* dé marche nous arrivâmes sur les borls du Plan, h cinq railles au dessu* du pont, vers lequel nous nous dirigeâmes en suivant la rive de Ce fleuve , qui n’est , comme presque tou* les cours d'eau dn pays, qu'un véritable torrent coulant à des centaines de pieds de profondeur dans l’abitne d’une sombre barrahea.
Nous poursuivions tranquillement notte route et gravissions une côte escarpée, quand tout a coup nous fûmes frappés par la vue d’un objet qui nous fit tressaillir : droit devant noua, au sommet de la coltiné taillée eh forme de dôuie, *e dressait une tour au-dessus de laauelle flottait l’étendard du Mexique.
La tour était défendue par une longue ligne d’hommes en uniforme militaire. Des cavaliers superbement habillés parcouraient au galop la colline.
Nous voyions reluire le cuivre des casques et briller les éclairs des baïonnettes. Un obusier de brome resplendissait aussi aux rayons du soleil; nous distinguions parfaitement les artilleurs h leur poste. La volt du clairon et le son du tambour arrivaient jusqu'à nous. Nous étions si près, que nous pouvions même entendre les commandements.
— Daltet cria Twing en tirant vivement le* rêne de son cheval. Grand Dieu! nous allons donner dans le camp ennemi. Guide, ajoutat-il ec se tournant avec colère vers Raoul et tirant son épée à moitié du fourreau, qu'est-ce que cela signifie P
— Cette colline, major, répondit le soldat sans t'éraouVoir, est el TeUgrapho. C’est le quartier principal des Mciicains
— El pourquoi nous faire prendre par là alors? Nous sommes à peine à un mille de l’ennemi.
— Nous en sommes t dix milles, major.
— Comment, dix milles? Mais je vois d'ici l’aigle de leur drapeau. Il n’j a seulement pas un mille, vous dis-je.
— Pour l’œil, cela est vrai, mais comme chemin, c'eat différent, major, il va dix milles, comme je vous l’ai déj» dit, car pour aller jusqu'au Telegrafo il faut contourner la barranca; d’ailleurs nous n’avions pas d’autre route pour gagner el Plan.
Ce que disait Raoul était vrai; bien que nous fussions à portée de canon de l'ennemi, nous n’en étions pas moins par le fait à la distance de dix milles.
Ün gouffre nous séparait; quelques instants après nous pûmes nous en convaincre, car nous arrivions sur ses bords , et nous nous mimes à le* suivre aussi vite que le permettait une route couverte de pierres et en fort mauvais étal.
— Grand Dieu! Haller, nous arriverons trop tard] au galop! cria Twi.g en donnant l'ordre de bâter le pat,
La troupe obéit et prit nne marche plus hâtive. El Plan, le hamean, le camp américain, avec ses pyramides blanches, commençaient à nous apparnitie, mais loin, bien loin au-dessous de nous dans la plaine, uc nous dominions comme du haut d'une tour. Malgré 1a rapidité e noire marche, nous n’avions pas encore pu parvenir à tourner la barranca.
— Mon Dien! cria Twing, notre camp est vide.
En effet, ou y voyait peu de mouvement; quelques conducteurs de convois, des invalides, des soldats préposés à la garde du camp étaient le» seuls êtres animée que nos regards pussent découvrit.
— Voya, voyex!
Je lume la direction que m’indiquait le geste de Twing. Sur les hauteurs qui dominaient le camp s'étendait une longur ligne couleur gras-bleu : c'étaient des soldats qui te déployaient, faisant reluire au soleil a chacun de leurs mouvements plut de dix mille baïonnettes. La ligne bleue se déroula comme nn long serpent en se dirigeant vers cl Telegrafo et bientôt disparut derrière la colline.
Alors de dessus l’éminence en forme de dème partit un coup de cauon, puis un deuxième, puis un troisième, puis plusieurs autres avec accompagnement de mou»quetene, de tambours, de trompettes, de cris et de hurlements.
— La bataille est commencée.
— Nous arrivons trop tard.
Nou nous trouvions encore à boit milles du théâtre de l'action. U ne fallait pas peoser y arriver à tempe, et nhuanoua arrêtâmes furieux en maudissant notre mauvaise chance.
Cependant la fusillade continuait avec un intensité toujours crantante. Nous distinguions au milieu de tous les bruits eeiui dw earabiues américaines. Les bomba» la boulets et la fnséa se tru.mwut a chaque instant dans la sirs.
La colline tout entière ko trouvait enveloppée dam un nuage de vapeur sulfureuse au travers duquel nous entrevoyions de petits détachements de soldat* qui se glosaient de rochers en rochers et de buissons en buissons, et avançaient toujours eo faisant un feu nourri. Quelques-uns pourtant restaient en arrière atteints par la giêlc de plomb qui tombait sur eux du haut de la colline.
Bientôt une troupe nombreuse sortit des bois et se mit eu devoir, malgré tous les dangers, d’escalader la colline. Rien des morts furent laissés sur la route, mais enfia on arriva. Alors les baïonnettes furent Croisées, les sabres brillèrent, se heurtèrent et se rougirent de sang; des cris de fureur remplirent les airs, puis un long silence, puis en ni un grand cri, un hourra de joie et de triomphe. Au même moment, i travers la fumée qui commençait à se dissiper, nous aperçûmes det milliers d’bommes se précipitant comme un torrent du haut en bu de la colline et gagnant les buis qui détendent à ses pieds.
Le brouillard île soufre qui obscurcissait l'atmosphère ne nous avait pas permis de reconnaître à quel parti appartenaient les fuyards. Nos rrgards interrogeaient avec aniiélé le sommet de la tour, tandis que du nuage qui entourait sa base s'échappait encore le bruit sourd des derniers coups de fusil qu’on tirait sur les fuyards.
— Regardes, regardes! cria une voix. Le pavillon mexicain et* abattu! Voici la bannière étoilée!
En effet, l'étendard américain s’élevait majestueusement au-dessus du nuage bleuâtre de fumée; nous le reconnûmes aux bandes dont il est traversé, ainsi qu’au carré parsemé d’étoiles dont un de set angles est orné.
A cette vue, notre troupe entière poussa un brillant bourra.
Tout était fini. Dans moins de temps qu'il ne m’eu a fallu pour la raconter, la bataille de Cerro-Gordo avait été perdue et gagnée.
CUapiîre LiV.
Singulière manière do se retirer d'an champ da batailla.
Nous étions toujours à cheval, le visage tourné du cdlé d’el Télé* grafo. à contempler notre drapeau qui flottait au-dessus de la tour, quand un officier s'écria :
— Voyex de ce côté! que se passe-t-il là?
Kn même temps il indiquait la barranca.
Tous les regards sc portèrent vers le point indiqué. Üne longue ligne blanche se mouvait sur la face intérieur de U barranca.
— En arrière, eu arrière ! Cria Twing lea yeux fixes sur cet étrange spectacle. Mettex-vous à couvert derrière quelque accident de terrain.
Üne minute après, tout notre détachement, officiers et soldats, avait gagné au galop le lit desséché d'un ruisseau et a’y était posté à l'abri de tous les regarda. Trois ou quatre d’entre nous mirent pied à terre, et, en compagnie du major, s'avancèrent en rampant jusqu’à la place que nous venions de quitter à l’instant même et se cachèrent entre des touffes d'berbe de manière à pouvoir examiner la barranca sans courir risque d'être découverts. J'élais au nombre de ces observateurs.
Nous étions ainsi place» sur l'extrême bord de l'abîme, et uous avions en fa- c de nom la joue oppoare de la b<rr*n~a qui a»' dressait comme un mur de pirrre* ju-qu’à plus de mille ptrd» «u-dessns du niveau dz U rivière. Nous n'éuons séparés de celte rive que par une distance de mille pieds tout au plu*. Cette face de la h«rranca était ceupve preiquc perpendiculairement, sauf quelques accidents formés par des saillies de roches basaltiques couvertes de cactus et d'agaves au milieu desquels s’élevaient aussi des palmiers et des cèdres rabougris.
G était aur cette face interne que se mouvait U ligne dont nous avons parlé. Elle s’avançait lentement en xigxag en suivant les accident* de terrxin.
Bientôt cette étrange apparition nous fat expliquée : c’ctait une troupe de Mexicains fuyant le champ de bataille. Plus haut, au milieu d’uo bois qui couronnait la rive de la barranca, nous aperçûmes d« même coup des milliers de ces guerriers qui se disposaient à descec dre dans le gouffre rl à suivre le chemin tracé par leur* camarades. Leur dessein était évidemment de mettra la barranca entre eux et l'armée américaine.
Nous demeurâmes quelques instsntt à examiner le* mouvements de ces rusés fuyards, dont la tête de colonne commençait déjà à atteindra les bois qui remplissaient le fond du gouffre.
Le majorée taisait et ne nous donnait aucun signal d’action, malgré les regards impatients que chacun de nous dirigeait vers lui.
— Eh bien, major, qu’allone-noua faire? demanda quelqu’un en prenant l’initiative.
— Rien, répondit froidement le major.
— Gomment, rien? s'écria en même temps chacun de nous.
— - Et que pouvons-nous faire ?
— Les prendre prisonniers tous autant qa’ils sont.
— Et qui faire prisonniers?
— Qui ! mais ces Mexicains qui sont devant noue.
— Ab; devant nous! nous en sommes loin! il f n dix ailles à faire. Mais , m supposant que nos chevaux cassent da ailes et qu’ilâ
pussent s’abattre uni encombre jusqu’ «a fond de ce gouffre, que ferioni-ncm» là-bai avec cent hommes? Voyes, il y a plus de mille Mexicains sur ce» rochers.
— Eh! qu’importe le nombre? dii-je à mon tour en prenant pour U première foi» la parole dan» cette circonstance. C'est un ennemi battu et en pleine déroute, et je parierai» bien que la moitié d’entre eux n’ont même pas d'arme». Allons, major, conduises- nous, et je vous promets que non» les prendrons tons sans même tirer un coup de fusil.
— Mais, mon cher capitaine, noos ne pouvons pas alkr les trouver b ils sont.
* — Cela n'est pas nécessaire. Si nous voulons gagner ces hauteurs »à -bai, nous n’aurons qu'à les attendre, ila viendront eux-mêmes à ions...
—-Comment cela ?
— Vous voyez bien cette ligne noire qni est à environ dix milles d’ici : c'est un bois, et vous n'ignoret pas qu’il n’en pousse point sur .e sol rocheux de la falaise. Par conséquent il doit y avoir en cet endroit une gorge, et un cours d'eau; soyez sûr que cest là qu’ils viendront passer.
— Très-bien! nous n’avons qu’à aller les attendre là! crièrent toutes les voix ensemble.
— Won, messieurs, non! vous vous trompes, ils resteront dans le fond de la barranca, au milieu des bois, soyei-en certains. Laissons- ]e*-y, car noua o’avona pas de temps à perdre ; il noos faut pousser en avant et gagner la route au plut vite. Qui sait ce qui nous attend avant 4 'arriver? Allons!
En prononçant ces derniers mots, notre commandant revint au ruisseau et remonta promptement à cheval. Nous obéîmes sans mot dire, malgré tout le désappointement que nous ressentions intérieurement.
Pour ma part, j’aurais été heureux de pouvoir accomplir ce trait d’audace et de revenir au camp avec un bon nombre de prisonniers. Mon ami Clayiey était entièrement de mon avis; et comme un écolier qui a manqué l'heure de la classe, il aurait voulu, pour se faire pardonner son absence, rapporter quelque présent au maître. De plus, nous savions qu'il entrait dans Ira intentions du général en chef de faire en celte circonstance le plus grand nombre de prisonniers possible pour punir l’ennemi de sa mauvaise foi; car on avait appris par des renseignements certains, qu'un grand nombre des soldats qu'on avait laissé sortir de Vera-Cruz sur parole avaient gagné Cerro-Gordo avec l'intention de nous combattre , et nous ne doutions pas qu’il n’y eût beaucoup de ces honorables soldats parmi la foule des fuyards que nous avions vus s’engouffrer dans la barranca.
— Ma jorTwing, permettez-moi de prendre cinquante de vos hommes et de tenter le coup. Vous savez que j'ai un compte à régler avec ces gens- là...
— Je ne paie, capitaine, je ne puis pas vraiment... Allons, en avant!...
Un instant après , nous étions lancés an trot dans D direction d’el Plan.
Dans le premier moment. Je fus furieux contre Twing ; je m’éloignai de loi en boudant, et j’allai me placer sur les derrières de la troupe. Que n’aurais-je pas donné pour avoir en ce moment mea tirailleurs !
Je fus distrait de ma mauvaise humeur par le brait d’an coup de feu. Le major, placé en tête de la colonne, venait de crier : Halte! Je m’arrêtai comme lea antres et regardai devant moi. A une certaine distance je vis poindre un objet de couleur verdâtre, qui disparut bientôt derrière un rocher. C’était une sentinelle : le coup de fusil avait été tiré par elle.
— Croyez-vous que ce soit quelqu’un des nôtres ?
— C'est an soldat de notre compagnie, capitaine, j’ai reconnu la couleur verte de aa coiffure, me répondit Lincoln.
D uo temps de galop je rejoignis Twing. Le major était en train de détacher quelques bommea pour faire une reconnaissance; je me joignis à eux. Après deux minutes de marche, nous aperçûmes, à une distance de quatre cents pas tout an plus, un obusier de dix pouces qu’on venait à l’instant de pointer contre nous. Derrière cette pièce se tenait un groupe d’artilleurs, et sur chacun de aes côtés nn corps «ombreux de soldats, que je crus reconnaître pour de l’infanterie légère on des tirailleurs. Une telle vue avait de quoi noos effrayer; mais heureusement au-dessus du canon flottait un petit drapeau rayé dr baudet rouges et blsncbcs, et, sans qu’il fût besoin d’ordre, nos homme* s’arrêtèrent court, ôtèrent leurs ebspeam et saluèrent avec ica cris joyeux.
Le poste continuait à demeurer indécis; U ne savait trop que penser sur notre compta, et s'étonnait à bon droit do notre présence, quand nn des hommes qui m'accompagnaient ht cerner toute incertitude en g dopant du côté du poste et en déployant le drapeau de son régiment.
A cette vue, de joyeux cris partirent de la batterie; et le moment 4'après noua étions tous mêlés les uns aux autres, donnant et recevant des félicitations et des poignées de main comme des amis heureux de se revoir après une Ion
La fait la pins * tu rencontre , c’est que
ma compagnie, sous les ordres du lieutenant en xecond, se trouvait là et servait de garde à la pièce d'artillerie.
Noua finies reçus par nos camarades comme des gens qui viendraient de l’autre monde, ila croyaient depuis longtemps que nom étions perdus pour jamais; et il fallait voir comment ces braves tirailleurs se groupaient autour de Lincoln et de sea camarades, et aves quel intérêt ils écoutaient le récit de noa aventures.