CHAPITRE LV
Um captura en gros.
Quelques minutes suffirent pour la reconnaissance et les exnüca lions. Twing continua sa roule avec aon escadron de cavalerie. Quai, à moi, j avais formé la résolution de prendre la direction opposée de revenir en arrière. Je me trouvais détonnais à la tète d’nn certain nombre d'hommes, c’était précisément ma compagnie, et je aen tais plus vivement que jamais la nécessité de faire oublier ma dernièrt escapade par quelque action d'éclat. Clayiey, je l’ai déjà dit, partageai t mon opinion à cet égard.
— Avez-vous encore besoin de mes tirailleurs ? dis-je à Ripley, jeune et brave garçon qui commandait l’artillerie.
— Won, capitaine; j’ai assez de mea trente artilleurs pour manoeuvrer et défendre ma pièce. Partez avec vos tirailleurs. Adieu! et si vous vous trouves dans l'embarras, envoyez-moi prévenir. Je laisserai l’obusier ici jusqu'à votre retour, j’ai, s’il en est besoin, quelques boites de mitraille à cracher à 1a figure de ceux qui vous poursuivraient.
Pendant ce colloque, 1a compagnie s’était mite en rang sur le flanc de la pièce, et au commandement de : En avant, marche! au pas accéléré! on ae mit à descendre rapidement La colline.
Il ne nous fallut que quelques minutes pour gagner le point ou 1a route faisait un crochet et s’éloignait un peu du bord de la barranca. Arrivé là, je fis arrêter an moment, et en compagnie de Raoul et de Lincoln, je m’avançai en rampant iusqu’au point d’observation que nous avions déjà occupé avec Twing.
Noua avions perdu si peu de temps à la balterie et les difficultés de la route étaient telle* pour les ennemis, qu'lia n’avaient encore pu atteindre le fond de la barranca. I>viséa par groupes de deux et de trois, ils se dirigeaient du côté du «ours d'eau qui coulait non loin de là an pied même du précipice. Ptuaieurs d’entre eux étaient sans armes, ils t’en étaient sans doute débarrassés pour fuir plus facilement. D’autres, mais en pins petit nombre, avaient conservé leurs mousquets.
Arrivée sur les bords du ruisseau, 1a troupe ennemie se précipita à terre, s’agenouilla et se mit à boire avec avidité. Plusieurs même remplirent leurs gourdes.
Cette précaution me confirma dans l’idée qu’ils avaient dessein de prendre par les montagnes; car je savais que dans cette direction on ne rencontrait l’ean qu'à une distance de plusieurs railles.
Aucun mouvement des fuyards no m’échappait, grâce à une longuovue que Ripley m’avait prêtée. A l’aide de cet instrument je découvris au milieu d’un bouquet de palmier* un objet brillant. Je l'eaa bientôt reconnu : c’était une mule richement harnachée et gardée par plusieurs soldats plus somptueusement vêtus que la plnpart des autres fuyards.
Sans doute, me dis-je, on attend quelque officier de marque; et changeant la direction de la lorgnette, je me mis à suivre la ligne qui continuait à descendre «ur le flanc de l’abrupte pente. Mes regards se fixèrent bientôt sur une petite plate-forme de rochers qui u trouvait à peu près à moitié hauteur de l'escarpement. Elle était couverte de brillants uniformes; sous les palmiers qni l'ombrageaient, un groupe d'officiers était arrêté, dans te dessein, je le supposais du moins, d’attendre que les premiers fugitifs eussent tracé une route au travers du fourré qui encombrait le fond de la barranca. Mes conjectures étaient justes, car à peine 1a tête de colonne avait traversé la jongle en laissant derrière elle une sorte de sentier, que le groupe d'officiers se mit à continuer sa descente.
Ce que je vis alors fit battre mon pools avec une rapidité fébrile. Parmi ceux qui venaient de quitter la plate-forme, je remarquai un boni me portant une masse noire sur aon dos. Cette masse, c’était un autre homme, je le reconnus à l'instant, ce ne pouvait être que la tyran boiteux du Mexique.
Je n'entreprendrai point de décrire lea sentiment! qni m'agitèrent en ce moment. Tout ce que je pau dire de mieux pour lea faire comprendre , c’est qu’ils étaient de la même nature que ceux éprouvés par un jeune et enthousiaste chasseur au moment oh il tient au bout de sa carabine nn noble gibier, tels qu'un ours, nne panthère ou un buffle. Je ressentais contre cet homme le mépris et la haine que doit éprouver tout coeur honnête et libre contre un aussi lâche tyran. Depuis le commencement de notre campagne, j'avais appris sur sou | compte tant d’infamies et de détails odieux, que j'aurais volontiers sacrifié une de mes mains pour que la distança qui nous séparait fût | en réalité aussi rapprochée qu’elle me paraissait l'être ; cor, à l'aida
de la longue-vue , je le voysis ri distinctement , que je reconnaissais sur te» trait* flétri» par le vice l'expression de malice et de basse cruauté que je «avait leur être habituelle.
Nous u'avion* que le tempe d’agir. Je terrai la lorgnette et revint en rampant joindre le grot de ma troupe. Je m'était informé auprès de Raoul de ce qu’était 1a ligne noire dont j’avai» précédemment parlé an major. Ainsi que je l’avait conjecturé , c'était le caflon d’un petit flffoyo couvert de boit épais et formant une gorge ou défilé qui conduisait jusqu'à la rivière d’el Plan. Je m'étais trompé seulement dans l’appréciation des distances : au lieu de trois millet il y en avait cinq.
En moins d’un instant nous fûmes de nouveau en marche, et nous nout avançâmes à grands pat vers le but de notre eipédition. J'en avais assez dit à mes hommes pour leur faire partager me* espérance*. U t’en trouvait d’ailleurs parmi eu* qui n’avaient pas besoin d'être «cités et qui eussent volontiers consenti à donner 1* moitié de leur vie pour pouvoir s'emparer d'un gibier tel que celui que nous chassions. Beaucoup aussi avaient à venger un parent, un frère ou un ami laissé dans les plaines de Goiiad ou h la forteresse d'Atamo.
Mes homme* étaient encore excités par la circonstance. Depuis le matin ils s'attendaient à faire le coup de feu, et l’occasion qui te présent «il en ce moment les dédommageait amplement de n'avoir nas assisté à la baiaille. Aussi toute la compagnie marcha avec 1a précision et la rapidité d’un seul homme, les cinq milles furent franchis en moins de rien. Je crois que nous ne mimes pas une demi-heure. Connaissant le* difficultés de la route que l'ennemi était obligé de suivre, nous espérions avoir le temps de prendre haleine avant son arrivée; et j’avais réservé cet instant pour mûrir le plan que j’avais, chemin faisant, préparé et arrangé dans ma tête.
Le seul aspect des lieux nous convainquit qu'il était impossible de trouver mieux pour une embuscade. La gorge ou caflon ne s'enfonçait
Î as en droite Signe dans la montagne; l'ouverture, su contraire, se écoupait en xigxag, de aorte que ceux qui arrivaient les premiers devaient être pris comme dans une souricière sans avoir le temps d’avertir ceux qui les suivaient. C’était précisément ce qn'il nous fallait; car il ne nous suffisait pas de faire quelques prisonniers , sauf à voir le gros de la troupe s'éparpiller et se cacher ensuite dans les fourrés, mais nous voulions, au contraire, capturer la bande en gros tans tirer un coup de fusil, si faire te pouvait. La disposition du terrain rendait heureusement la chose possible.
Le défilé était un arroxjo desséché bordé de pins et de cotonnier» que reliaient entre eux des lianes et des vignes sauvages. A l’endroit oit la gorge entrait dans la montagne, tes rivet s'élevaient brusquement; elle* étaieat découvertes, mais p»« assez cependant pour qu'on n’y rencontrât pas quelques touffes de palmiers disséminées ça et là. Derrière chacune de ces touffes fut placé un tirailleur, de telle sorte que notre ligne formait dana ton déploiement un arc concave dont le* estrémitéa partaient de l’embouchure de la gorge et venaient te rejoindre au milieu d’un ehapparal ou bouqnet de bois épais situé dans le fond même du précipice. De chaque côté de la porte du caflon je disposai six hommes de telle manière, qu’ils étaient entièrement cachés et qu'on pouvait pénétrer dans la gorge sans les apercevoir et sans même soupçonner leur présence. Ils devaient, en cas de besoin, couper toute retraite. Au point le plus éloigné, en face de l'embouchure, se tenait un détachement tous le commandement de Clayley avec Raoul pour interprète. Au milieu stationnait le reste de la troupe commandé par Oaket et par moi.
Ces dispositions ne nous prirent que très-peu de temps. J'étais comprit à demi-mot par mes hommes, dont beaucoup avaient rabattu des troupeaux dans des conditions à peu près semblables. La chasse était la même, le gibier seul était changé, et je n’eus besoin que de très-courtes explications pour les mettre au fait de tues dessein». En cinq minutes chacun de nous occupait son poste, et la troupe entière attendait en silence et avec impatience l'événement qui allait s’accomplir.
Cependant rien ne noua annonçait encore l'approche des fuyards. Le brait du vent qui agitait la cime des arbres et les murmures de *rau se faisaient seuls entendre. Quelques notes d’ua instrument guerrier parvenaient par intervalles à nos oreilles; mais c'était un elriron de cavalerie, celui tana doute des escadrons ennemis qui s'étaient dirigés du côté d'Aniero et de Jalapa.
Personne ne pariait parmi noos. Les hommes, disséminés et cachés au milieu des touffe» d herbe, étaient pour la plupart invisibles les uns anx autre*.
Ce moment d'attente est, sans contredit, un de ceux où j’ai éprouvé les émotions le* plu* violentes. Sans doute je n’avais point de motifs particuliers de haine contre les ennemis; ils m'étaient tous, à mon point de vue personnel du moins, complètement indifférents, a l'exception pourtant du tyran dont j’ai déjà parlé; mais il y avait dans cette trappe à l'homme quelque choie d'étrange et d'enivrant qui me transportait malgré moi. J'étàis, je l’avoue, en proie à une aorte de fièvre.
Je tcoai* à respecter, autant que possible , les lois de l’humanité ; je voulait faire des prisonniers et non des morts, aussi j’avais ordonné de ne tirer aucun coup de feu que dans le seul cas où les enoemia feraient résistance et s’en remettraient eux- memes au sort des armes.
Mais quant au tyran l'humanité n’avait rien de commun avec lui, et ce fut tans grande répugnance que je permis aux tirailleurs de se comporter à son égard comme bon leur semblerait.
N'entendant aucun bruit et ne voyant rien paraître, je commençais, après une assex longue attente, à craindre que nous n'eussions dressé une embuscade en pure perte ; je tremblais que les Mexicains n'eussent donné à leur fuite une autre direction, quand arriva enfin jusqu'à moi un murmure confus semblable au bourdonnement d’au essaim d’abeilles. Bienlét le bruit augmenta, et je distinguai des voix d'hommes.
Le bruit de mon coeur, qui battait d'anxiété , était plus fort que ces voix.
Ou se rapprochait toujours. Déjà nout distinguions le fracas des pierres qui se détachaient de la pente et roulaient sous les pieds des fuyard». A ce momeDt , le dialogue suivant arriva à nos oreilles :
— Guardaos hombre ! (Garde à vous !) criait un Mexicain.
— Caraja , répondait l'autre, attention à ce que vous faites! Je n'ai pas échappé aujourd'hui aux balles des Yankees pour venir ici me faire casser U tête à coups de pierres.
— Arriba ! arriba!
— Antonio, êtes-vous bien sûr que ce chemin conduise dans les hautes terres?
— Très-sûr, camarade.
— Et de Ut à Orixava ?
— A Orixava derecho , derecho.
— Mais que c’est loin, hombre f
— Oh ! il y a des étapes, pueblitas.
— Vayal j’en aurais grand besoin, je suis harassé comme un coyote affamé.
— Corai / les coyotes de ce pays n>n rageront pas de faim d’ici à longtemps, vayal
— -Sait-on si les Yankees ont tué el Cojo ?
— Bah! est-ce qu'un renard se laisse ni prendre ni tuer? D aura bien su trouver quelque trou pour se mettre à l’abri. Je voua le garantis.
« El que mata on ladroo • Tiens ciso afin do perdra 1 . •
Les hommes qui chantaient ce refrain satirique étaient les mêmes qui une heure auparavant avaient crié Vivo el general, vins Santo Anna!
Les plaisanteries sur le président n’en restèrent pas là, et après maints quolibets l’un des fuyards ajouta en forme de péroraison ;
— Si les Téjano» pouvaient mettre la main sur el Cojo, nous aurions l'agrément de nous nommer un nouveau président.
Une première troupe venait de pénétrer dans le défilé. Déjà nous ne la voyions plot que par derrière. Ce groupe se composait de quinze à vingt hommes, presque tou* soldats appartenant aux recrues. C’éiaient des conscrits vêtus d'habils de toile blanche et de larges pantalon» de matelot. Tout consent qu’ils étaient pourtant, soit psr suite de leur position dans la bataille, soit, ce qui est plus probsblc, à cause de leur connaissance du pays, ils avaient trouvé moyen de s’échapper quand des milliers de leurs compagnons vétéran* avaient été faits prisonniers. Peu d’entre eux avaient des armes, ils s’eu étaient débarrassés pendant leur fuite.
Au moment où Us venaient de nous dépasser, la voix de Raoul su fit entendre :
— Alto! abajo las armes! (Halle! bas les armes ’) eriait le Français.
A cette sommation, les Mexicains firent on bond de terreur; qnelques-unt se retournèrent en arrière avec l’intention évidente de rentrer dans la gorge , nuis une douxaiue de canons de fusil, qui brillèrent à leurs regards, les arrêtèrent dans leur projet.
— Adelante ! ad e tant e I s ornot amigos ! (En avant ! en avant ! nous sommes des ami«) !
Je leur adressai ces mots à demi-voix dans la crainte de donn l'alarme à leurs compagnons qui arrivaient par derrière, en mê temps je leur fis signe d'avancer.
Placés entre Clayley, qui leur présentait par devant an drap blanc, et une ligne de canons de fusil, qui les menaçaient par d rière, les Mexicains ne furent pas longtemps indécis. Dans l'intla même il* poussèrent en avant, préférant de beaucoup la compag de Clayley et de Raoul à celle de» autres tirailleurs.
A peine en avions - nous terminé avec ceux-ci, qu'un second groupe déboucha dans le caflon. Ces nouveaux venus ne se doutaient pas plat du tort de leurs camarades que de celui qui leur était ré- 1 servé à eux-mêmes. La chose se passa avec eux comme avec les premiers. Plusieurs autres groupes vinrent après et eurent successivement le même sort. On forçait ceux qui avaient des armes à les remettre entre nos mains, Us avaient ordre de se coucher ensuite à terre et d'y demeurer sans dire un mot et sans faire un mouvement.
Cela se continua de la sorte jusqu’à ce que je commençai à craindre que noos n’eussions enfin trop de prisonnier! pour pouvoir les
Calai qui lue un larron Gagne oeol us du pardon.
Diciiti
conduire en lùreté. U n’était pat imposable qu'à U vue de notre petit nombre il» ne cherchassent plu» lard à s'échapper.
Mais doui n’avions pat encore atteint le but principal de no» effort», nous en espérions un prit plu» élevé. Santa Anna ne devait pa» être loin , si nous pouvions nous emparer de lui ! ! I
Soutenu par cette perspective , je résolu» de pousser jusqu’au bout l’entreprise.
Un événement imprévu mit pourtant malgré nous fin à notre
rappe.
Un groupe composé de dis ou quinxe hommes dont faisaient partie quelques officier* entra dans le caùon en poussant sans défiance en ivani. Quand il» furent arrivé» à un po»nt convenu, Raoul cria son .ornudable Alto! Mai», au liru de «'arrêter comme avaient fait les précédents, cea nouveau» venus tirèrent leurs épées et leurs pistolets, et firent mine de vouloir se défendre.
Ils étaient placés entre drus feus, et nos carabines eurent bientôt saison 4'eiu. Quelques-uns furent tués, d'autre» furent pris, un petit nombre s’échappa par Ira côté» du canon, trois ou quatre revinrent sur leurs pas et parvinrent à franchir de nouveau la gorge. Mous n avions ni U possibilité ni U volonté do les suivre, mais l’alarme était donnée, il ne fallait plus penser à poursuivre noire projet. J’ordonnai donc à mes homme» de se rallier et de surveiller leurs prisonniers de manière à empêcher toute tentative d’évasion.
Mous n’avions point peur d'ètre attaqué» par la ravine , ceui qui nous avaient échappé avaient porté une telle panique avec eu» que nous étions de ce côté a l'abri de tout danger. Quant au tyran, il «levait élfC averti; et nous ne pouvions conserver l'espoir de le voir tomber en nos mains.
Plusieurs tirailleur* que les souvenirs de Santa-Fé et de San-Jacinto ex»spénûrul contre lui, me demandèrent l'autorisation de suivre ses traces. Je fus obligé de repousser leur demande ; les circonstance* ne le permettaient pas, et nous avions assez de la conduite 4c nos prisonnier».
De» bandoulières de fusil et des ceinturons de sabre furent couné» en lanière», et Ton s’en servit pour lier nos captif» deu» a deu». Ils formaient ainsi une file de cent quinze hommes de profondeur : c’était donc en tout deux cent trente prisonniers que nous avions faits.
Mous nous poslioies devant, derrière et sur les côté» de cette colonne, de manière a la surveiller aussi exactement que possible, et ce fut dans cette attitude triomphale que nous reprimes la roule du camp américain.
CIIÀPITRE LYI*
On duel siugiilièroncnt terminé,
Après la bataille de Cerro-Gordo , nos troupes victorieuses poursuivirent l'ennemi jusqu'à Jalapa, ou l'on s’arrêta pour s’occuper des blette* et préparer l’expédition contre la capitale du Mexique.
Les Jalapefios ne se montrèrent point inhospitaliers envers nous, noue n'eùioes point non plus à nous plaindre de 1a réception des J«lapefia*. Les uns et les autres s'attendaient à voir leur superbe ville livrée au pillage, aussi la modération que montra notre armée en cette circonstance nous valut-elle de la paît des habitant» une reconnaissance qui mit tout en œuvre pour nous faire passer le temps aussi spréabletnenl que possible.
Les plaisirs succédèrent aux combats. Tout le monde autour de moi s’y livra avec entraînement sans souvenir du passé, sans souci de l'avenir. Car c'est le propre de U vie «ventureuse du militaire d’oublier vile ceux de scs camarades qui sont restés U veille sur le champ de bataille oh peut-être lui-même sera couché le lendemain.
Les bals, les lertulias. le» dia» de cawpo *e succédaient sans interruption, mais tous ces plaisirs n’eserçaient sur moi aucune fascination : ail* n était pas là pour le» partager. Où était-elle?... Je l’ignorai* toujours. Peut-être même ne la reverrais je jamais ! Tout ce que c savais de son sort, c’est qu'elle avait gagné 1 intérieur du pays: Cordova ou Orixava.
Clayley partageait me* sentiments de tristesse.
Des dé* « g ré ur nu d'une autre espèce venaient s'ajouter à mes chagrins. La divi.iun s'était mise parmi le» officiers de noire armée. | La rivalité entre Je» anciens et les tiuuveiux vmus en était la cau*e. Ceux qui faisaient partie de l'armée pernupcn<e aiïcctaient de nous regarder comme de a intrus; ce ridicule préjugé semblait partagé par tous les vieux officiers, depuis le général en chef jusqu'au dernier sous-lieutenant.
Malgré l«* efforts conciliateurs de quelques hommes plus raisonnables et plu» tolérants que le» autres, ceuc wtte rivalité allait s’aigrissant de jour en jour.
Parmi le» plus ardents champions de cette querelle se trouvait du côté de* anciens régulun un certain Uaqsom, capitaine dans un régiment d'infanterie : c'était un brave soldat, excellent garçon sous beaucoup de rapports, mais qui avait la manie de vouloir trancher de l’aristocratie.
Ce qu’il y a de singulier dans les prétentions de celte nature, c’est
a’ dles sont la plupart du temps le partage de ceux qui semblent y
avoir le moins de droits. J'ai toujours va, et le lecteur a sans doute observé comme moi, que ce sont les parvenus qui visent surtout à l'aristocratie. Le capitaine Rapsom n’était point one exception à cede règle. En effet, en parcourant quelques papiers de famille, j'avais trouvé un écrit émanant du grand-père de notre aristocrate capitaine. Cet écrit n'était autre qu'une quittance que mon propre père avait retirée du vieux gentilhomme en lui payant la façon d'un**, culotte de peau.
Il se trouvait par hasard que j'avais ce reçu dans mon portemanteau, fl, pour rabattre un peu la vanité du petit-fils du tailleur, i'iitiaginsi de le communiquer à quelques-uns de mes commensaux. Mes compagnons de table rirent beaucoup de celle découverte, cl quelques -uns prirent copie de ce renseignement afin de a'en servir au besoin.
Une de ces copies fut communiquée à Rantom, qui, dan’ le pre osier moment de sa colère, se permit sur mon compte certaines expressions inconvenantes qu'on eut, comme toujours, grand soin de me rapporter.
Le résultat de tout cela fut un cartel dont mon ami Clayley fut le porteur. La rencontre fut fixée au lendemain matin.
Le lieu ind-qué était un endroit retiré sur les bord* de la Zenedx, nou loin d’une rouie peu fréquentée qui conduit au Cufre de Peroié.
Au lever du soleil nous maritime* dans deux voitures pour nous rendre au lieu iudiqué. Mous étions si» en tout, y comprit les témoins et les chirurgiens.
A environ un mille de la ville nous mimes pitv' à terre, et, laissant notre voiture »ur la route, nous gagnâmes u*.»c petite clairière située dans le milieu du ehapparal.
La place aurait pu difficilement être mieux choisit, mur le but que nous nous proposious. Mous savions d'ailleurs qu'cllü ivait servi plus d'une foi* de théâtre à drs reçues de ce genre à une époque où toqt sentiment d’honneur et de diguilé n'était pis encore mort chcx les docendanlt de Cortex.
Le terrain fut bientôt tnt’uré, nous devions nout battre à dix pas; nous nous plaçâmes donc à cette distance en nous lotraanl réciproquement le dos. 11 était convenu que nous nous retou r .crions «u mot Alltz! et ferions feu su commandement Une, deux , i tus/
Mous attrndion» le signal, quand le petit Jack, qu'op avait laissé près des voitures , arriva dans 1a clairière en criant de toutes scs forces :
— Capitaine ! capitaine ! les Mexicains sont sur la route !
Ces mou étaient a peine prononcés, que nous entendîmes un grand bruit de chevaux, et un instant après une bande de cavaliers déboucha pêle-mêle dans 1a clairière. Un coup d’œil nous suffit pour reconnaître la guerrilla.
Ransom, qui était le plus près des nouveaux arrivants, fil feu sur le cavalier qui se présentait en tète de la troupe. D'un bond le guerrillero fut sur son adversaire, son sabre était levé, il allait frapper, quand ma balle l’atteignit et le fit tomber à bas de son ch»v*L
— Je vons remercie, Haller! me dit mou antagoniste.
En même temps nous nous élançâmes ensemble du côté où avaient été déposés les pistolets, nous en avions quatre paires en tout; Ici chirurgiens. et les seconds avaient saisi chacun une arme et la dirigeaient déjà sur l'ennemi , nous non» emparâmes des deux qui restaient et les armâmes immédiatement en nous retournant vers les Mexicains.
A ce moment mes regarda tombèrent sur un cheval noir, je l'eua bien vile reconnu ainsi que le Cavalier qui le moptail. Ce dernier m'avait de son côté reconnu, car, epfonçinl ses éperons dans le ventre de son cheval, il arrivait sur moi au galop en pousaant des ens de rage. Ses dents blanches grinçaient comme celles d'un tigre en fureur.
Son sabre brilla à mes yeux, je fis feu, un corps pesant s'abattit sur moi , et je tombai a terre privé de sentiment.
Je n'éiai» qu'éiourdi, et bientôt je revins à moi. On se battait avec fureur, j’entendsis des coups de feu et le bruit des chevaux inèiés aux gémissements des blecsé».
J’ouvris les yeux. Des cavaliers en uniformes noirs traversaient la clairière au galop et »e dirigeaient ver» les bois. Je reconnu» les revers jaune» des dragons américains.
Je ptssai ma main sur mon visage, il était humide de sang. Un corps lourd était en travers sur moi, le petit Jack essayait de m'en debarrasser ; je l'eus bientôt fait moi même. Ce fut *lora seulement que, regardait! l'objet qui dans sa chute avait eniruiud la mienne, jr le reconnus et dis en m'adressant à mon jeuue serviteur i I — - Dubrose ! il est mort!
Sou corps gisait par terre dans tout le luxe de son pittoresque équipement. Une balle, celle sortie de mon pistolet, lui avait traverse le cœur, il était mort sur le coup. Je plaçai tua main sur son front, il était dé,à presque froid; ara traits, naguère si beaux et si fiers, commençaient a »r décompenser; le feu brillant do son regard avait disparu , tes yeux s'étaient ternis sous la main de la mort.
— Fcrme-les-lui, dis-je à Jack en m'éloignant de quelques pas.
Autour de moi gisaient quelques blessés, dragon» et Messcaig quelques morts se trouvaient aussi sur le soi.
IBS TIRAILLEURS AU WEXÏQUB.
Un groupe d'officier* revenait eu ce «ornent de U pour-une dei fuyard», parai eut won ancien adversaire avec no* seconds et nos chirurgiens ; mon ami Clayley avait été blessé dans la mêlée et portait le bras en écharpe.
Un officier arrivait sur nous au galop, c'était le colonel Harding.
— Ces drôles, cria-t-il en s'arrêtant, sont venus bien à propos pour me dispenser d’une commission très-dé**gré»hte. J’avtis ordre du commandant en chef d’arrêter les capitaines Haller et Hansora.
-—Maintenant, messieurs, continua le brave colonel avec an sourire, je pense que vous voua êtes aa*e* battus ce matin) et si vous vouliez me promettre d'être tiges et de faire U pai* , je me permettrais, pour la première fois de ma vie, de désobéir aui ordres de mou général. Que penses -voua de cela, messieurs?
Il n'était pas besoin de nous en dire davantage, le sujet de notre querelle était fort frivole, aussi, à peine Kansom et moi avions-nous entendu les paroles du colonel que nous nous avançâmes i'uo vers l'autre en nous tendant cordialement U main.
— Pardonnes, mon cher Haller, dit Ransom, je rétracte tout. Les paroles qui vous ont blessé étaient l'effet du premier moment de dépit occasionné par ces diables de culottes de peau.
— Je regrette de vous avoir causé un instant de mauvaise humeur, répliquai -je; si vous voules venir sous ma tente, nous boirons un verre de vio ensemble et noua allumerons nos cigares avec
Ce malencontreux document.
Cette proposition fut acceptée avec empressement par Hansora, nous rentrâmes donc en ville dans la même voiture et les meilleurs •mis du monde.
Quelques soldats en fouillant Dubrosc trouvèrent sur lui un papier prouvant que le créole était au service de Santa Anna rn qualité d’espion. Il s'était engagé dans les volontaires à la Nouvelle-Orléans dans l'intention de découvrir les projets des Américains, et de déserter après ton arrivée au Mexique. On a vu comment l'entreprise lui réusait. S'il eût obtenu le commandement des tirailleurs, il eût sans doute trouvé moyen de lea livrer à l’ennemi, soit à la Virgin , Mit ailleurs.