CHAPITRE LVIL Deux brigands da soldats
Peu après l'événement que nous venons de raconter, plusieurs modifications furent apportées dans la disposition de l'armée américaine. Worth.qui commandait la division d’avant-garde, avait pou . é jusqu’à Peroté et occupait la ville et U forteresse; l’arrivée de quelques nouveaux régiments rendit nécessaire la formation d'un camp, attendu qu’il n’y avait point à Jalapa de quoi loger louics lea troupes. On choisit pour établir ce camp un endroit appelé Screna, du nom d'une habitation située à une lieue et demie de Jalapa, et plus pré» encore des montagne». Ce fut donc U qu'on cantonna une partie de l'armée, en attendant, pour pousser vers la capitale, l’arrivée de quelques troupes ri|>édiée» par les Etats-Unis.
Lea tirailleurs furent parmi les corps destinés à camper à Screna. L’annonce de cette disposition produisit aur mes camarade* une impression fort désagréable.
Mais, malgré le» regrets qu'on témoignait de quitter Jalapa, il n'eu fallut pas moins obéir, l'ordre du général en chef était presiant, et dix beurra après sa réception nous sortions de la ville salués à notre départ par les sourires des Jalapefiss qui se penchaient aur leurs balcons pour nous voir une dernière fois.
Serena était un mauvais trou boueux oû l’on ne trouvait rien de ce qui est nécessaire à un campement militaire, excepié l’eau cependant. Noua y arrivions dans la saison des pluies, le pays était devenu un étang, il pleuvait régulièrement au moins six ou sept heures par jour.
__ b solitude 1a plus complète régnait auteur de notre campement. C'étaient des champs et des fourrés déserts ou qui du moin» paraissaient Uls. 11 n'était pas sûr cependant de s'y aventurer, et plusieurs de nos compagnons qui avaient commis l'imprudence de s’éloigner du camp avaient été retrouvés plus tard uni vie avec une croix entail'ée dans le front.
Jamais lieu de campement ne fut plus mtl choisi. Pour comble de désagrément, mon ami le lirutenant Clayley était resté a Jalapa, où le retenu! sa blessure. Pendant sou absence, j'avais reporté temporairement ne* affections sur un garçon brave et honnête, mais un peu original, qui se nommait Taplm, et était, comme Clayley, lieutenant ai» volontaires. Cel officier, avant de s'engager, avait consacré quelques années a la vie aventureuse de la Prairie. Quoique jeune encore, il était taciturne et d’une apparence modeste et réservée, ce qui ne l'empêchait pas, dans l'oreasien, de montrer le courage d'un lion. *>o» sang- froid et la franchise de sou caractère lui avaient vile g'gné mr* sympathies, et nous vivions ensemble dans les meilleurs larmes.
Un matin, après avoir salué l'officier de garde, nous sortîmes du SnMnp et priascs dans le ck>pp«rai on sentier qui nous conduisit bien-
tôt à la grande roule près HauderiUa. Nous voulions poussât noire
promenade jusqu'à Jalapa.
Au pied d'une petite colline, nous rencontrâmes une famille indienne composée d'un vieillard à l'aspect vénérable, de ses deux jeunes fille* et d'un petit garçon à l'air fort intelligent. Deux ou troia ânes, un gros chien de la race du Saint-Bernard, complétaient le ! groupe qui marchait davant nous. Le père était revêtu d'un costume de cuir en usage dans le pays et enveloppé dans son Mrapé- Le jeune garçon était babillé de la même manière. Quant aux jeunet biles, elle* portaient avec grâce leur* naguas et leurs chemisettes blanches.
Nous avions dé, a eu occasion de rencontrer celte famille en «lUpt à Jalapa un jour qu elle revenait du marché da U villa- L'air de franchise de ces braves gens nous avait séduit* au premier «bord bien que nous eussions été qua'que temps avant de pouvoir distinguer les traita des jeune» bile*, qui , à notre aspect , avaient caché leur visage sous les plis de leur reboso. A la fin cependant, il nftga fut donné de les voir un instant sans voile. De ce moment le sort de mon compagnon fut fixé, il devint épris d'un amour ausai ardent que subit.
Quoique les deui jeunes bile* se renemblissent beaucoup, ce fut cependant la plus jeune qui attira exclusivement l'attention de mon camarade. Toutes deux étaient d’uuc beauté remarquable, capable de séduire deux hommes même moins ennuyée et moins romanesque* que nous.
Le caractère de leur beauté était celui de la race indienne de# Aztèques, à laquelle elles appartenaient- Leurs traits aquilios avaient quelque chose du type juif. Leur* yeux, obliques comme ceux de* Mongols, avaient celte forme chêne des poètes, qui les ont nommes yeui en amandes; leurs dents, blanches comme des perles, étaient enrhà-sées dans des lèvres de corail la teinte ronge qui brillait à l'extrémité de leurs pommettes relevait agréablement le bronxe de leur teint velouté; leurs longs cheveux noirs, nattés avec soin, tombaient eu tresse juMju'a leur ceinture; des rubans noués gracieusement à ce* tresse* donnaient à leur toilette un air de fête et de gaieté.
Malgré l'intérêt que mon compagnon et moi-même portions h cette famille, noua n'avions pas encore pu parvenir à lier connaissance avec elle. Toutes nos relations s'étaient bornés* à l’échange de quelques ftuenos dm* et de quelque* remarques sur le temps.
An moment où nous approchions du groupe, je vu l'Indien faire un signe à ses filles. Celles-ci, pour lui obéir, abaissèrent leurs reboxoa et bêlèrent le pas de leur* ânes, sur lesquels elles étaient assises ci Us duchesse de Berry.
— Huent/s diat, niiiat! dit mon ami d'un air contrarié au moment où elles passaient auprès de lui.
— Buenos diat, cahalltro»! nous répondit-on, mais ce fut tout, car l'Indien, poitant la m«in à sa tête, souleva son chapeau et noua adressa un adios poli mai* qui n'en signifiait pas moins qu'il n’avait pas le temps de causer plus loogtemps avec nous. L'entant, le troisième âne et le cluen suivirent, tandis que men compagnon et moi tournions le dos du côté du camp.
Taplin était en proie à tout le dépit dé WR diwppùipttWfnL Cela ne faisait pas son compte , et il résolut d'arriver au succès par la persévérance. La famille indienne se rendait tous le* jours à 1a ville et en revenait à de» heures fixes, T#plin ** détermina à venir dorénivant les attendre régulièrement au passage. En conséquence de ce beau projet, le lendemain nous sortîmes du camp rt dirigeâmes notre course du même côté que la veille. En approchant du lieu où noua avions l'habitude de rencontrer la famille indirnna, nous entendîmes des bruit* extraordinaire^; c'étaient des cris et de* gémissements mêlés aux aboiements d’un chien en fureur. Nqut précipiter en avant et arriver à l'angle de la route fut pour nou* l'affaire d'un instant: l'Indien et sa famille étaient sous nos yeux, peux étrangers. deux soldats, avaiept saisi les jeune* filles et s’efforçaient de les entraîner dans le fourré. Les assaillants, d'une main opposaient leur baionnrtte au rbirn du S*int-Beroird , tandis que de l’antre ils retenaient les tremblante* jeunes hile*. Le jeune garçon essayait de défendre ses *«eurt, taudis que le vieil Indien s'enfuyait à toutes jambe* sur la route.
Mon compagnon cl moi, san* perdra noire temps h considérer celte scène inattendue, nous nou* élançâmes au secours des jeunes biles. Nous avions recouuu le* soldat» pour deux des plus mauvais garnemeiils du régiment. En un moment les vaurien* furrnt renversés tous nos piaij» ; nous eûmes toutes les peines du monde à empêcher le chien du Saint-Bernard de les étrangler.
— Lour nous assurer da leur personne, nous empruntâmes à Pepg, le petit garçou indien, la corda qui entourait Jg paquet dpnt il était chargé; il nous rn fit avec plaisir le sacrifice.
C'était la première faiÿ aqe pou» pouvions contempler à notre aise les traits charmants dé* jeunes filles, leur* rebotos étaient tombe* par terre pmd-iit la luitp, elles « iPOUlfaient * nou* dans tout l’éclat de leur beamé, rehaussée encore p* l'animation inséparable d'un pareil moment. Leu* sein était vivement agité, fl leurs yeux peignaient a U fou la crautta et la tccnnnausaancc. flotta preattpc
U mafr sa» désignait cinq J «roches qui aval «U été faits prisonnier».
Je ri* beaucoup de cette prévoyance de mon ami, et e’est en me moquant un peu de lui |ue noua arrivâmes jusqu'au poste avancé du camp. Noua remîmes uoa priaonuien entre le* main* de l'officier de ga>de.
Le lendemain matin le tambour de la parade reteotisaait encore que noua él<on» déjà en route à travers le» boi», nous dirigeant vert le théâtre de notre aventure de la veille. Tapliu ne ae sentait pa» de joie , il était transporté par l'espoir de la gracieuse réception qu’il attendait de no* nouveaux amis.
Quand noua arrivâmes à la route, nous ne rencontrâmes personne; on n'était point encore arrivé. Nous nous as.îmes sur le bord d*t chemin, et nous attendîmes, mais ce fut en vain; elles ne vinrent ni ce jour-là, ni le lendemain, ni même le surlendemain, jours pendant lesquels nous Tînmes régubè rement attendre leur passage.
* Alors Taplm désespéra de les revoir jamais et se livra à tout son désespoir. Moi- même , je t'avouerai, quoique je fusse loin d’être amourrus, j'éprouvai de celte circonstance une contrariété plus vive
Î oe je ne saurais dire, et je devins plut ennuyé que jamais. Quant à aplin, sa tristesse tournait presque au suicide.
Les deux soldats que nous avions arrêtés reçurent le juste châtiment de leur honteuse action. Ha furent condamnés par un conseil de guerre, leur dos fit connaissance avec le chat à ntuf queues, et leur solde leur fut retirée pendant une couple de mois.