CHAPITRE LIX
B) Nido de Atocha.
Noua suivîmes le sentier qui t'ouvrait devant nous pendant cinq milles ou environ; mais je ne pourrait rendre bon compte du pays que noua pa mou fûmes; 1* dernière goutte de catalan que j'avais bue était la feuille de rose qui avait fait déborder le vase, et mou esprit, je le confesse, était ttn peu sens dessus dessous. Je me rappelle pourtant que la contrée était entièrement inhabitée, que U route traveraaït des boia et des fourrés, et s'enfonçait en ngiag an milieu des rochers et de toutes sortes d'sccidenta de terrain.
Au moment oh nous descendions une pente ai escarpée, que nos mules avaient complètement la tète en bas, U voix de Taplin se ht entendre.
— Nous ne dévoua pas être loin, disait mon compagnon, et c'est heureux, car voilh un nuage noir qui nous arrive et qui parait gros de tempête.
A peme ces paroles étaient-elles prononcé**, que le nuage en question fut déchiré en mille endroits par le* langues de feu de l'électricité, et que sa masse divisée flotta au-dessus de nos (êtes en fragments semblables par l’aapect et la couleur à une troupe d'oiseaux de proie. Bientôt l'orage sévit dans toute aa rigueur, et nous fûmes enveloppés dans une obscurité presque aussi sombre que la nuit.
Tout à coup mon cheval «'arrêta brusquement.
— En avant, en avant! cri* Taplin voyant que je m’arrêtais sur le bord de l'étroit sentier.
— Eh! pour l'amour de Dieu, reculons, au contraire! répondis-je a mon compagnon, car, è la lueur d’en éclair, je venais d’entrevoir a nos pieds un abîme affreux dans lequel nous eussions été infailliblement engloutit sans !' instinct de nos chevaux.
Devant c. t obstacle nous reculâmes, et noua tournâmes 4 droite en prenant au milira des boia.
L'orage avait encore r©d«ùb)é de fureur. La pluie, le vont, le tonnerre, les éclairs se oonfMriUloilt à chique instant dans un choc majestueux et terrible. Noœdttnae toujours plongé» dans l’obscurité.
Perdus, ignorant complètement ou noua «ou» trouvions, nous commencions I désespérer de pouvoir reconnaître notre chemin, quand lea aboiements d’un chien arrivèrent jusqu'à noua. Cette voix ranima no# chevaux, qui *e mirent d’eux-méraea à prendre eeite direction. L’épais brouillard qui noua avait enveloppés se dissipant un peu, nous nous retrouvâmes toujours au bord du précipice, maia sur un point où so profondeur était beaucoup moins considérable. Au dessous de la colline que nous é tiens en train de descendre se dressait un bouquet d'arbres , parai le» feuille» desquels le soleil commençait à e jouer gaiement; car l'orage avait cessé subitement, et nous avions possé sans Iran. mon d’une nuit ob.curo à l'éclat d'un brillant soleil.
Nous regardions comment et par oh noua poumons arriver en bu, qiund noua nous entendîmes bêler par quelqu'un.
— ^ooolferoa, bajan por acat (Prenes par ce chemin, messieurs!) criait-on.
C'était la voix d’un homme qui noua parlait d’en bas.
En cherchant à découvrir notre inierlocuteur, noos aperçûmes un toit de tuiles rouges dans U direction d'où était venue la von ; mais nous ne vîmes point pourtant l’individu qui nous avait parlé, nos yeux étaient encore trop étdouis par la lueur des éclairs.
L'avertissement nous fut répété, et en même temps ces mots ; Por LA.a, por acal noua arrivèrent de nouveau comme a'iia eussent été répétés par quelque doux écho. Evidemment il y avait aussi des voix de femmes.
En regardant avec plus d'attention et en mettant la main devant ne* yeua pour noua garantir de* rayons du soleil , nous découvrîmes en fin des objets en mouvraient : c'étaient des vêlement* de femmes. Fui* bientôt un animal s’élança par une clairière , noua l'eûmes vite reconnu, c'était le saint-bernard. L’instant d'après le brave chien était à no» côtés, et noua témoignait aa joie par toutes sortes de démonstrations amicales.
I Nous descendîmes , guidés par le chien, jusqu'au pied de la colline, où nous trouvâmes U famille du vieil Indien.
Le but de noire excursion était atteint.
Lejeune Pepe saisit avec empressement lea brides de nos chevaux et les conduisit du côté du rancho, tandis que les jeunes filles, s'approchant de nous avec une innocente familiarité, s’écriaient, au contact de nos vêlements mouillés :
— Ah 1 qué p-.br ta l on mu judos/ (Ah! pauvres! comme ils sont mouillés!)
Conduits par notre hôte et ses fille», nous eûmes bientôt atteint le rancho ; c'était une petite construction en adobé entourée d’une bau vive de cactus. A la porte du bâtiment nous fûmes complimentés et reçus par la mère de famille. Nos vêtements mouillés étaient devenus l’objet de la sollicitude générale. Fepe ne tarda pas à nous apporter deux ou trois fagots de branches de pin qui bientôt flambèrent joyeusement, et devant lesquels sous sous plaçâmes pendant que les jeunes filles, sur on signe de leur mère, rentraient dans l'intérieur du rancho.
Toot en nous séchant nous entrâmes en conversation avec notre bôte. Rien de simple comme la vie de ce bon veillard. Son industrie consistait à faire de* nattes en feuilles de palmier et à les vendre au marché de Jalapa. 8a famille l'aidait dans sa modeste industrie. Ses filles fabriquaient aussi ccs charmants paniers de fibres de yuca ai recherchés par nos amateurs de curiosités. Ces derniers produits éuient achetés par les rieo* du pays, et principalement par de» marchands qui les expédiaient à l'étranger.
Pendant que noua causions avec le vieil Indien, Taplin paraissait inquiet et suivait avec un intérêt marqué tous les mouvement* de Pépita et Ana : ainsi se nommaient les «leux filles de notre hôte.
— Laquelle des deux préféré* -vous, Taplin? lui dis-je en riant.
— La plus petite, répondit mon ami avec un sérieux qui ne laissa pas de me surprendre un peu.
Du reste, je ne fus peint étonné du choix du lieutenant. Ana devait avoir 1a préférence par cela même qu'elle était de petite taille. Taplin avait près de six pieds, — le* contrastes ont eu de tout temps le privilège de s’attirer.
— J 'en suis enchanté, répondis-je, il n'y aura point rivalité entre nous, car je préfère la uzur.
— La sceur! ah! capitaine , il b'y a pas de comparaison à faire entre elles! voyez plutôt.
En pariant ainsi le lieutenant désignait avec un sourire d'admiration la petite Ana, qui, au moment même, ae montrait à la porte du cottage.
— Ah çà, licutemnt, lui dis-je en le prenant par le bras et le regardant en face, est-ce que voua voudriez l'épouser?
— Dès demain ai cela éuit possible, vrai Dieu! répoaditatl avec emphase.
Mon ami était définitivement amoureux. Une beauté rustique et presque à moitié sauvage avait conquis sou cœur, et je n'éuis pas sans crainte que l’aventure avec la petite poblana ne sc terminât pas quelque folie.
De mon côié, je n’éuis point entièrement insensible aux caartnes de la jeune PepiU; mais ce n’éuit de ma part que l'hommage iavo- Jontaire que l'bomnae rend à la beauté ; mon c«ur demeurait tout à fait étranger à « mb liaient passager, il était tout entier ailleurs.
Pendant que je faisais à part moi ces quelques réflexions, on cheval approchait du rancho; je l'entendais distinctement, et hientdt j'aperçus un cavalier qui arrivait au galop et qui à notre vue s'arrêta subitement.
Ce cavalier était un jeune homme vêtu du costume pittoresque des ranrheroi, maia avec un luxe qui dénotait pourtant une classe supérieure. Bon cheval était un magnifique mustang an poil luisant, à I «ri 1 fier; sa selle était enrichie d'ornement* précieux, ses houes portaient des éperons en argent massif; lea boutons de sa veste et de set Calxoneros étaient de même métal; sa msng», drapée avec grâce sur sci épaules, était du drap le plus fin Evidemment ce n'étail peint un simple ranebero; mais qui était*»» ? Ce fut i* ce que je demandai tout bas a notre hôte.
— £f duriio/ (Le maître') me répondit le vieillard.
~ Ah! le mai Ire ! murmura Taplin évidemment contrarié Rapprendre que cette famille avait un maître.
-w Maure de quoi? demandai-je moi-même aveo quelque vivacité.
De la hseienda, stffor. Don Juan eat le propriétaire de toutes ces terres. — hue nas don Juan! ajout* l'indien en saluant U
nouveau venu avec uu air d'buaulilé qui nous contraria.
— Êae no» diat, vitjn (Bonjour, vieillard), répondit lo jeune boramt avec un accent hautain qui donnait assea à entendre le peu de cas qu’il faisait de sou serf.
— . La petite A ni te e*t-«Uo à la maison? ajouta-t-il en s'approchant
du rancho.
— Si, dm Juan, a su ditpoMcianl (Qui, don Juan, à votre service.)
— Je u* veux qu’allumer mon cigare «t boire un vesre de piftote.
— Eut» bueno , M/a butna.
L’étranger se trouvait déjà sur le aeuil de U porte, oh il donna ses ordre* à ceux qui étaient dana l’intérieur. Un instant après tapi ta