‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 46 sur 47 · CHAPITRE LXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXL

Suprême offort.

Sans les conséquences probables de ce nouveau voyage, il eût été

ur nous moins terrible et moins effrayant que celui aue nous avions

t dans les mêmes lieux quelque temps auparavant. La tempête s'était calmée, le ciel s’était éclairci, et nos mules marchaient d’un pied ûr h la suite d’un guide qui paraissait parfaitement connaître le errain.

Non loin du ranebo de l’Indien, à environ un mille de cette demeure, se trouvait une route qui coupait celle que nous suivions. Celte route se divisait elle-même en deux branches dont l’nne conduisait h 1a hacienda de don Juan , située à environ trois milles, et l'autre, après avoir traversé les montagnes, venait aboutir à San Miguel Soldado.

Ces roules, en dépit de leurs noms, n’étaient que des sentiers bordés de tons côtés per les bois et le chapparal.

Ce fat h eet embranchement que la troupe s'arrêta. Le dialogue suivant parvint à mes oreilles.

— Voua ne voules donc pas venir à ma demeure, capitaine?

Cette question, faite par te jeune haciendado, s’adressait an chef

des guerriileros.

— Je vous remercie, don Juan, répliqua celui- ci, cela m'en mè-

nerait trop loin de ma route. Ce vieux raneho suffira pour abriter 1a plupart d’entre noos; quant aux antres Us coucheront dans les bois, ce n’est pas chose nouvelle pour des gens de notre sorte. Le général quittera demain Orisava et je dois le rencontrer à San- Andrcs. Ses mouvements peuvent dépendre de ce que ce» gens...

Ici le chef baissa la voix , et noos ne pûmes pas entendra le reste de sa phrase.

— Très-bien t répondit le jeune homme en donnant de l'éperou h son cheval , je serai heureux de trouver bientôt l’occasion de vous recevoir. Va con Dios, y muer an lot Yankees I

Ce fat au milieu des tîi'coj que cette exclamation patriotique avait excitée dans la troupe que le haciendado prjt la route opposée , et s'éloigna au galop.

A quelques pai du lieu oh nous nous étions arrêtés s’élevait un ram cho abandonné, à moitié détruit et presque caché par les arbres. Ce fut de ce côté que la troupe se dirigea après le départ de don Juan. Arrivés à ce raneho, les guerriileros mirent pkd à terre; le chef et plusieurs de ses hommes entrèrent dans la maison. Mon ami et moi nous nous attendions à être conduit» dans l’intérieur, nous imaginant qu’on noua ferait l'hooneur du toit; moins, bien entendu, dans l'intention de nous être agréables, que dans celle de pouvoir nous surveiller plus facilement. A notre grande surprise, cette idée ne fut pas celle det guerriileros. On nous renversa tout bonnement à terre, on resserra les liens qui attachaient nos mains et nos pieds, et on nom laissa là tous la garde de deux brigands à l’air fort éveillé, qui u mirent à marcher en cercle autour de nous avec leurs carabioes chargées sous le bris. De la sorte, nos ennemis se croyaient suffisamment en garde eontre toute tentative d’évasion de notre part.

Les chevaux de la guerrilla furent attachés autour de nous à des pieux enfoncés en terre avec de grands lassos qui leur permettaient de paître.

Noua étions placés sur le dos ; nous demeurâmes quelque temps dans cette position, sans prononcer une sente parole, les yeux tournés vera le ciel, oh flottaient de sombre* masses de nnagesque sillonnait parfois la lueur brillante des éclairs.

Au bout d’un certain temps arrivèrent quelques hommes avec des mules chargées de provisions qui furent immédiatement transportées dans le raneho, et bientôt nous entendîmes les guerriileros qui se livraient bruyamment à la joie du festin. No« deux gardiens étaient parvenus à s'emparer d'une bouteille d’aguarcTienfe. Ils se U passèrent »i souvent l'un à l'autre, que nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que leur surveillance devenait moins active ; mais nous n'y gagnions guère, car nos pieds et nos mains étaient si étroitement liés, que noua ne pouvions faire an mouvement sans que les cordes noua entrassent dans les chairs. Pour tout dire, en nn mot, noos avions été attachés par des Mexicains. Nous pensions donc avec doulcnr qu'il n'y avait à espérer dans aucun moyen de faite.

— Qu'il nous serait facile de nous échapper, si ee n’étaient ees diables de cordes ! murmura Taptin après quelques efforts demeurés infructueux.

Depuis notre capture , nous avions perdu de vue 1e jeune garçon indien. 11 avait disparu comme par enchantement. Que pouvait-il être devenu ? Il me vint alors à l’esprit que cet enfant avait bien pu nous trahir. Je fis part de cette réflexion a Taplin, qui s’efforça de la combattre : me rappelant les témoignages d’amitié que l’enfant nous avait donnés. De plus, le jeune garçon lui avait fait confidence des sentiments haineux qn’il nourrissait contra le haciendado en raison de quelques coupa de fouet que eelui-ci lui avait un jour distribués.

11 répugnait à mon ami de croire à la trahison de cet enfant, qu'il avait pris en amitié moins encore, je suppose, pour aa gentillesse qu'à raison des liens de famille qui l'unissaient à ia petite Anita.

— Je ne puis, Ait-il après un long silence, pendant lequel il avait examiné toutes les faces de la question, non ! je ne puis croire à cette infamie. Si l'enf«nt avait voulu nous livrer, il n'aurait pas emmené le chien avec loi. Pauvre animal 1 il nous avait bien avertis, mais U était trop tard. Non, je vous le répète, cet enfant n'est point un traître, seulement il aura eu peur et sera retourné ch ex loi.

Je ne pouvais me rendre aux argumenta de Taplin en favenr de notre dernier guide. Sa conduite étrange pendant la route, aa disparition merveilleuse combinée avec celle de nos pistolets me donnaient des soupçons dont je ne pouvais me défendre.

J'allais encore insister h cet égard auprès de mon ami, quand je sentis sur ma joue quelque chose de froid et d'humide. Je tressaillis, me soulevai sur ma couche, et regardai de tous côtés pour découvrir la cause de cette sensation.

U faisait très - peu clair. Ce fut à peine si je pus apercevoir nn? forme noire qui se mouvait dans l’ombre, et vint s’arrêter près de te tête de mon compagnon couché à quelques pas de moi. Celui-ci tressaillit à son tour . et se teva sur son coude en poue s s nt cette eaetemation involontaire : •

— Que diable eat cela t

Un murmure à moitié étouffé répondit à cette question, mm reconnûmes le saint-bernard. An bout d’un instant, l’animal revint « moi et plaça de nouveau son asseau sur me face en agi t a n t 1a queue en signe de joie. Je l’appelai par son no»- maie à beau; car à U

LES TIRÀlLtEütlS AO MEXlQtfÊ.

vue du ebien j’avais pensé que le jeune m»itre u'éuit peut-éirc pas loin, et l'espoir d'une prochaine délivrance m'était revenue au ctrur. J'engageai Taplin à sc tenir tranquille. Au inumeut où je faisait celte recommandation un éclair traversa le» nuagr», «*t j'aperçus, non sans surprise, que le chien tenait entre tes dénia quelque cboac de brillant que je reconnut de fuite : c'était un couteau , celui que mou camarade avait donné au jeune Indien le jour de 1a délivrance de set Meurs.

Taplin le reconnut en même temps que moi, et il s'écria sans

réflexion

— Merveille ! le chien me rapporte mon ancien couteau.

— Chut ! fis-je.

Le chien varant que je ne prenais pss le couteau, retourna à Taplin, puis de Taplin revint h moi, paraissant fort étonné de nous voir rester »i tranquilles.

Pendant cet ailées et venues du chien, je hais par deviner dans quel but ou nous l’avait envoyé ; et tout en admirant l’adresse de l'artifice, su moment où le chien venait de nouveau poser son nrs sur nia joue, je saisis avec met dents la lame du couteau, qui était ouvert, et je la retins fortement. Mais l'animal voyant mon intention de m'emparer de l'objet qu'il portait, ae rejeta brusquement en arrière, et disparut dans l'ombre sans avoir lâché le couteau.

— Quel malheur! t’écria Taplin, qui l'était approché de moi, et qui avait suivi la scène avec la plu* grande ansiélé.

Nous étions encore à échanger nos regrets, lorsque le chien reparut, mais le couteau n'était plus dans sa gueule... il le portait pendu an cou.

Il s'approcha d'abord de mon camarade, qui s’efforça S son tour de saisir l'instrument avec tes dents) mais il m'j nul réussir, le chien ne demeurait pat tranquille.

— I/o ! ptrrito I Lutq ! ho t

Je prononçai cet m oit d'un ton carénant. En entendant ma voix, le chien s’approcha de moi ti près, qu’enfin je pus parvenir h uiair avec mes dents la cordc qui retenait le couteau; je tirai avec tant de violence qu’elle se rompit, et qoe l'instrument tomba sur i« soi directement au-dessous de ma figure.

— Arrière, chien l criai je alors d'un ton de colère pour éloigner ranimai, qui te disposait k reprendre le couteau.

Mais au mot d'Aftura que je lui adressai, il s’éloigna eu courant et relouroa vers celui qui l’avait envoyé. Durant toute cette scène , nos garJimt , qui s'étaient assis k terre, paraissaient trop occupés de leur bouteille pour penser k nous surveiller.

— S'ils pouvaient seulement nous laisser cinq minutes en repos ! murmurai-je k mon compagnon. — Approelievvous plus près... bien ! Maintenant, tournet-mui le das... C'rst cela !

Nous avions les maint liées par derrière, et, par suite, nom ne pouvioos nen faire que l'un par l'autre Mon compagnon s'étant tourné la fare «outre terre, ainsi que je le lui avais indiqué, j'appuyai mon mrntou sur son dos, après avoir eu soin de placer le couteau entre mes dents de manière que la face coupa me fût eu dehors. Je mit le coupant de la lame en contact avec la cordc . et je remuai U tête de baut en bai eu appuyant sur les cordes. Après Un certain nombre d'otcillstion* répétées, j'eu» le bonheur d'entendre un bruit: c’était anc corde qui cédait. J'avais rencontré le bon rndroii du noeud ; un mitant après, mon camarade avait les maint libres.

Le reste était peu de chose, et en une seconde nous lûmes débarrassés de tous nos liens.

Nous avions résolu de gagner le fourré , qui te trouvait k environ vingt pas de nous; mais nous crûmes prudent d'attendre que l'attention de not gardiens fut concentrée sur une seconde bouteille d'aguardicnle qu'un de leurs camarades leur apportait à l'instant même. Bimtèt, tous trais forent assis et parurent exclusivement occupés I téter la généreuse liqueur.

Le moment était propice ; nous parvînmes, en rampant comme de giau loquet lésa rds. a nous glisser sans bruit derrière quelque» chevaux. Là, nous noua arrêtâmes encore, pendant quelques inu.nts, le cœur pantelant et l'oreille au guet. Noua attendions qu'un éclair vint nous fixer sur la direction k prendre. Cet éclair parut enfin, et aussitôt, nous dressant aur not pieds, nous eûmes, en trois ou quatre bonds, atteint la lisière du chappanl. l.e chien vint en bondissant k notre rencontre; an même instant, je via mon camarade enlever quelqu’un dans ses bras et l'embrasser avec la fureur d‘un maniaque. Celait Pepe notre sauveur, auquel Taplin témoignait ainsi sa profonde reconnaissance.

N«nt n’avions pas de temps k perdre, car il noua fallait passer le défilé avant qn’on se mit k notre poursnite ; nous n’avionaplui besoin de guide, nous connaissions sud la barranca, k l'antre extrémité de («quelle noua savions que se trouvait le village de Rradenlla. Si l'on venait k nous poursuivre, nous avions encore U ressource de nAnft cacher dans les broussailles qui bordaient la tonte. D'ailleurs, le Chien aurait pu nous trahir) il valait miens que nous fumions seuls.

-Tau* cet aoufi uous déterni inèreilt à renvoyer notre jeune guide, qui emmena le samt-beiAard avec lui et reprit U route du rancho. De udtre cité, noua noua engageâmes MM perdra de temps dans ce Lie qui conduisait à la barranca.

Bientôt nous eûmes atteint celte gorge. Elle éiait pim sombre que jamais ; nous a'j avancions que lentement, obligé* que uous étions d'attendre U plupart du temps qu'un éclair vint nous indiquer notre chemin. Ce fut de la sorte, et noo sans beaucoup de peiue, que doux atteignîmes le poiut culminant où la route se trouve, comme uous l'avons déjà dit, suspendue presque perpendiculairement au-dessus du torrent qui mugit k plus de mille pieds de profondeur. Quand les éclairs nous permettaient d'entrevoir notre position nous frémissions d’horreur en reconnaissant que nous n'élioos séparés de l'abîme qoe par quelques pouces, et qu'un seul faux pas suffirait pour nous y précipiter.

Nous étions nu-pieds, comme on se le rappelle , et cela peut-être valait mieux pour nous, car nous étions moins exposés k glisser sur la pente rapide que nous parcourions. Il est vroi que d’un autre côté nous avions les pieds eu lambeaux.

Taplin était k quelques pas en avant, lorsqu’il me sembla entendre un bruit de voix. Je m'arrêtai pour écouter, ce pouvait être des gens lancés k notre poursuite. Malgré toute mon attention, je s'entendis plut) rien; et je dus croire que je m'étais trompé et que J'avais pris pour des voix humaines le bruissement du torrent. Dans cette conviction, je rejoignis mon compagnon sur une petite plate-forme où la roule faisait un angle et tournait autour du rocher. Je me rappelai ce lieu pour l’avoir vu au commencement de la nuit. C'était un petit plateau de quelques pas de large et duquel on dominait de tous côtés, i'aplm était monté sur cette plate-forme et m'y attendait, sa grand* taille Se dessinait sur le vague du ciel, et je crus remarquer qu'il était placé dans l'attitude d'un homme qui écoute.

— Entendez-vous quelque chose? lui demandai-je après l'avoir rejoint.

— Silence, silence, écoutes, su nom de (Ten) silence...

Nous nous primes par le bras et nous noua penchâmes sur l'abîme pour mieux entendre.

C'étaient bien des voix, un bruit de pos de chevanx s ’j mêlait; l'instant d’après deux hommes à cheval parurent aur 1a nve de la barranca et s'arrêtèrent. Nous ne les voyons que très-imparfaitement et, dans l'obscurité qui noua environnât, ils noua apparaissaient comme deut statue» équestres aux g*g*« eujues proportions. Quels pouvaient être ces hommes? Ce n’éuieat pas des gens a notre poursuite, puisu'ila venaient du côté opposé, précisément k l’encontre de nous... Un clair jaillit...

— Ahl ce sont cet damnés renégats! s'écria Taplin en poussant en avant. Nous allons voir, maintenant...

Deux coups de pistolet avaient suivi l'éclair; en même temps les deut »l ' dits te précipitèrent en bas de leurs selles, lea chevaux se reculèrent comme pour laisser aux hommes la place libre pour le combat. Je vu Taplin s'accrocher k l'un de nos adversaires, je saisis l'autre, la lueur d'une épée passa devant mes yeux, je l'empoignai et la brisai dans mes mains. Le juron allemand qui suivit m’annonça aises k qui j’avais affaire.

Sans armes tous deux, nous nous saisîmes k bras-le-corps. La force seule devait décider... Qui de nous deux lancerait l'autre dans l'abîme ?...

La certitude du destin réservé au vaincu doublait nos forces. Nous tombâmes ensemble sur le rorher, mais nous fûmes en même temps sur pied prêts k une nouvelle lutte... Quelle allait en être l’issue?... Tout k coup mon adversaire, pris d'une peur subite, te recala de quelques pas, se pencha et disparut rapidement dans l’obscurité.

Heureux d'en être quitte k ai bon marché, je n'emjal point de le poursuivre, préférant de beaucoup aider mou camarade, qui avait engagé avec l'Irlandais une lutte semblable k la mienne.

Un nouvel éclair vint en ce moment illuminer une scène qui glaça d’effroi mon sang dans mes veines. Deux combattant* luttaient sur l’extrême bord du précipice. C'étaient le aoldat et son officier, ce dernier presque déjk suspendu au-dessus de l’abîme tandis que l'autre, solidement appuyé sur tes pieds, semblait faire un dernier effort poux détacher sou ennemi du sel et le lancer dans l'abîme. Horreur!... avant que la lumière électrique eût entièrement disparu du ciel, je vis le soldat seul sur le rocher, j'entendis un en terrible : l’officier avait disparu.

Je m'élançai avec un cri de vengeance.

— Misérable! tu va* le suivre! m’écriai-je.

Et saisissant le aoldat au collet je m'efforçai» de l'entraîner enr le bord de la plate-forme.

— Ah çk, à qui diable en nvn-vous, mon cher Haller, c’est moi!

— Gnud Dieu!.,. Taplin! m'écriai-je en lâchant le ceUet de son babit et tombant a genoux dans un sorte de prostration*

(.'était, en effet, mon ami qui était devant mdi , le eri solli des profondeurs de l'abîme avait été jeté par le déserteur.

J avals tout A fait oublié ototrè changement d'uniforme.

Itou» trouvâmes not chevaux dans les bais; nous montâmes dessus et uous regagnâmes le camp, où nous arrivâmes un peO après minuit. Lé lendemain matin un noua apprit k notre téveil que le régiment [ avait ordre de partir daju la journée. A midi noua étions en routa,

it aou< )>nvi>ii«iii I* route moataeuse qui conduit eut plaines de

Peroié.

l'iuvrt Taplint il lire encore son épée en plusieurs batrillrs, mais, bdlas! celte brave épée est renée sur le fosse de iw mai ire dans U champ de carnage de filai ino del lit.

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