‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 6 sur 47 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

beoeoDtre d'an squelette.

H était plus de minuit lorsque je quittai le théâtre de la fête. Quant à Clayley, c'était un de ce* joyeux caractères qui peuvent boire depuis le coucher du soleil jusqu’au lever de l'aurore; et comme il paraissait désireux de demeurer en si bon lieu, je aorti» seul sins le prévenir. Le ung me portait à la tête, et je descendis sur le rivagr pour jouir de la fraîcheur qu'apportait aur ses ailes la petite bris» qui soufflait de la mer du Mexique.

Le tableau qui se déroulait à met yeux était emprtint d’une majesté pittoresque , à laquelle les fumées bachiques qui troublaient un peu mon cerveau prêtaient nn caractère plus grandiose encore.

Une magnifique lune des tropiques brillait au xénitb d’un ciel sans nuages; les étoiles commençaient à s’éclipser pour la plupart, mais quelques-unes encore scintillaient dispersées dans l'espace. On diitinguait, à la splendeur de leurs feux, Vénus, la Ceinture d'Orion et surtout la radieuse Croix du Sod.

A mes pieds s'étendait, jusqu'aux limites de l’horixon, une large bande blanche à laquelle le reflet de la lune donnait l’éclat de l’argent. Une ligne tracée an loin par les récifs de corail brisait seule {‘uniformité de cette surface, sur laquelle en voyait aussi courir çà et là des lueurs phosphorescentes. Ces récifs, qui s’étendaient en | cercle autour de l’ile, semblaient une ligne de gardiens préposés à sa j sûreté. Dans la nature qui m’entourait, seules les vagues avaient un mouvement qui semblait leur être communiqué par un pouvoir sousmarin; car c'était à peine ai l baleine de la brise était aasex forte pou/ rider légèrement la surface de l’eau.

I Du côté du sud, on voyait en ride une centaine de bâtiments mouillés à une encablure les ans des autres. Aux lueurs tremblantes ! de l’astre des nuits, les carènes, les vergues et les mâu prenaient a es proportions gigantesques qui donnaient à cette flotte une apparence j an Us tique. Tons cea navires étaient a usai immobiles que si tes flou

qui le» portaient eussent été changé* en un cristal solide. Les pavillons retombaient inertes le long des mita ou pendaient nonchalamment eu roulés autour de leurs drisses.

Sur la terre s'étendait en amphitbéitre 1a ligne des tentes, dont les toits blancs et coniques ressemblaient, sous les rayons de 1s lune, à autant de pyramides de neige. Ça et U, dans quelques-unes de ces tentes, brillait encore la lumière de la lampe qui édairait dan» ses trsvaui guerriers un soldat occupé h nettoyer son fusil ou à polir les tuivre» de son ceinturon.

De temps à autre passaient quelques formes noire» revêtue» d'un ccstume uniforme : c'étaient des militaires qui rentraient dans leur bote après avoir rendu visite à quelque camarade. Tout autour du eunp »« dressaient d'autres formes humaines, séparées entre elles

L ir des espaces égaus. La lune, en se reflétant dans l'acier poli de ur mousquet, indiquait à l'observateur que c'étaient des sentinelles fui veillaient à la sûreté commune.

Le clapotement de l'eau frappée par l’aviron de quelque embarcation qui s’éloignait ou s’approchait d'on navire à l'ancre, le murmure de la vague qui se brisait contre un rocher, le» qui-vive répétés des sentinelles, le colloque h voix basse qui les suivait, le chant monotone de la cigale cachée dans le fourré, le cri de l'oisesu de mer que quelque ennemi chassait de sa retraite, tels étaient les seuls bruits qui troublaient le repos silencieux de cette nuit pleine de charmes.

Je continuai ma promenade jusqu’à ce que je fusse arrivé au point de 1a côte qui se trouve directement opposé à la terre du Mexique. A cet endroit, la forêt devenait plus épaisse et plus sombre; et se

J iroloogeait jusqu'à la mer, où elle se terminait par un fourré de paétuviers dont les pieds baignaient dans l'eau. Comme aucune troupe n’avait établi son campement de ce côté, le boit n’y avait point été coupé et cette partie de l’ile conservait le caractère sauvage et solitaire qu'elle avait avant notre invasion.

La lune commençait à descendre, et quelques-uns de ses rayons venaient en biaisant se réfléchir sur la surface de l’eau. Tout à coup je crus entendre du bruit dans les broussailles. Certainement les feuilles avaient remué. Sans douto c'était quelque soldat qui avait franchi la ligne des sentinelles et qui n'osait pas rentrer su camp. Mais n'apercois-je pas un bateau r Oui. Voici on esquif et des filets. Aussi vrai que j'existe. C’est sans doute uoe ruse des Mexicains. Peut-être cependant est-ce un pêcheur de la côte de Tuspan. Pion, non ; il ne se serait point aventuré jusque-là. Ce doit être...

Un étrange soupçon venait de ma traverser l’esprit, et je me précipitai dans le fourré de palétuvier* à l'endroit ou j'avais cru voir remuer quelque chose. Je n’avais pas fait cinquante pas, que je reconnu* ma sottise. Je m’étais engagé dans un labyrinthe inextricable où

Ï étais entouré de toute» parts par ou mur presque infranchissable de ranches et d'épines. Les tiges des palétuviers, pressées les unes contre les autres , étaient en outre enlacées avec force par les liens de U vigne sauvage, et tout cela formait une barrière que je ne pouvais parvenir à briser.

— Si ce sont des espions, me di«-je, il faut avouer que j’ai pris un bien mauvais moyen pour les découvrir.

Et, tout eu me pariant ainsi, je me disposais à regagner le camp, dont les derrières ne devaient pas être à une grande distance.

J'avançais péniblement, me heurtant à chaque pas contre des troncs d’arbre couchés, ou m’embarrassant les jambes dan» les longues cordes de la vigne. De» broussailles é pauses entravaient ma marche ; les épines me pénétraient dans les chairs ; les meiquites m'écorchaient le visage et faisaient conter mon sang. Bientôt je fus obligé pour me soutenir de m'accrocher avec force à une branche pcmlante. Je venais d’être atteint violemment par un gros objet qui m'avait sauté sur les épaules et qui de là avait pris sa course au milieu des feuilles mortes. Je reconnus cet objet a sou baleine fétide, ainsi qu'à l’impression de froid qu'il m’ayait causée en me frappant la joue : c’était un hideux iguane.

L’aile d'une chauve souris vient me frapper an visage : elle s’enfuit, revient et s'enfuit encore, trahissant à chaque pas son approche par une odeur nauséabonde qui fait soulever le cœur. A deux fois essaye de la frapper avec mon épée ; deux fois je n'attrape que le ride de l’air. Au troisième coup, mon épée s'embarrasse dans un treillis de plantes pansues. Je commence à m'effrayer d’une lutte nocturne avec ces étranges adversaires.

A la fia, «près de nombreux efforts, j’avance un peu, et je puis r 'percevoir une clairière. Je me précipite vers ce point lumineux.

— Quel bonheur ! m'écriai-je en sortant des ténèbres.

Mais aussitôt je me rejette en arrière avec un cri d'horreur, met /ambes se dérobent sous moi, mon épée échappe à ma main, je demeure immobile et sans voix comme si je venait d'être frappé par la main de Dieu.

Devant moi, à trois pat de distance seulement, se dresse une imsge terrible, l'image de la mort elle-même : c’est un squelette qui étend set bras décharnés pour me saisir. Lessive de rassembler mes esprits. C’est une vision, me dit- je. Mais non! ce n’est point un fantôme. Voici son crâne blanc et dépouillé, ses orbites vides de leur» yeux, ses longues jambes osseuses, ses côtes à jour, ses doigts sans muscle» tom soutire mm lèvres, c'est bien la mort elle-même.

Pendant que mon esprit te perd en conjectures devant cet étrangr objet, j’entends du bruit dans les broussailles : on dirait des personnes engagées dans uoe dispute violente.

— Emile, Emile ! disait une voix de femme, ne l’aasamines pasl je vous en prie , éparguex-le !

— Laisses-moi, Marie, laisses-moi, répondait un homme d’en ton de colère.

— Non , non , continuait la femme, ne faites pes cela , ne le faites pas!

— Malédiction sur les femmes ! me Uisserex-vous tranquille maintenant.

En même tempe j’entendis nn coup assené avec violence , un cri suivit, puis un homme s'élança des broussailles et se précipita sur moi en disant ;

— Ah I monsieur le capitaine, coup pour coup.

Je n’en pus entendre davantage. Je venais d'être frappé violemment à la tempe. Je tombai par terre, et j’y demeurai privé de sentiment.

Lorsque je revins à moi les premiers objets qui s'offrirent à ma vue furent les gros favoris bruns de Lincoln, puis je distinguai Lincoln lui-même, la figure pile du petit Jack, et bientôt après plusieurs soldats de ma compagnie. J’étais dans ma propre tente coucbé sur mon lit de camp.

— Quoi! comment? qu’y a-t-il? qu’est-ce? dis-je en portant mes mains au bandeau de toile dont mes tempes étaient entourées.

— P renés garde, capitaine, dit Bob en saisissant mes mains et en les replaçant à côté de moi sur le lit.

— Ah ! sur mvn âme, capitaine! vous devet un fameux cierge à le sainte Vierge, et vous aves eu bien du bonheur! dit Chane soldat d’origine irlandaise.

— Du bonheur! et aue m'est-il arrivé d'heureux ? demandai-je.

— Ab! capitaine, Votre Honneur a failli être aaaassioé j»»r ces brigands de créoles, et vous aves eu bien de la chance d'en échapper!

— Assassiné, ces brigands de créoles !... Qu'est-ce que tout cela , Bob ?

— Comme vous pouvez vous en apercevoir, capitaine , vous aves nn trou à la tête , et nous pensons que e’est l'ouvrage des créoles.

— Ah ! bien, je me rappelle maintenant! Un grand coup en effet. Mais la mort, la mort!

Je me levai tout de bout sur mon lit, mon imagination exaltée me faisait revoir l'affreux fantôme.

— La mort, capitaine I et que vonlex-vons dire ? fit Lincoln en me saisissant dans se» deux brat vigoureux.

— Le capitaine veut un» doute parler du squelette , dit Chane.

— Quel squelette ? demandai-je.

— Un squelette que les camarade» ont trouvé dans le fourré et qu’ils se sont amusé» à dresser contre un arbre. Nous avons rencontré en effet Votre Honneur étendu à ses pieds.

J'en savais assex sur ce sujet.

— Mais que août devenus les créoles ? demandai-je après un moment de silence.

— Ils ont décampé, capitaine! reprit Chane.

— Comment, décampé?

— Oui, capitaine, c’est comme U a l'honneur de vous le dire, rM prit Lincoln à son tour, ils sont partis.

— Partis , mais par quel moyen? demandai-je.

— Ils ont déserté , capitaine.

— D'où le lavez-vous?

— Parce qu'ils ne sont pas ici.

— Dans Pile ?

— Certainement Nous avons battu tous les buissons sans pouvoir les trouver.

— Mais encore, qui sont ce» créoles ?

— Dubrosc et le jeune homme qui était avec lui, Us ont déserté tous deux.

— Oui, et le diable les accompagne ! Quant à moi , je ne suis pas fiché que nous soyons débarrassés de M. Dubrosc; c’est un forçât' qui ne m’allait pas.

— Etes- vous sûr» qu’ils soient partis?

— Très-sùr, capitaine. Qravenils a vu Dubrosc s’enfoncer dans le fourré avec son mousquet. Peu de temps après, nous avons entrodu un coup de feu; mais ce n’est que ce matin que nous avons apprit qu’un soldat avait trouvé un sombrero espagnol du côté du bois, et que Chane nous a raconté que la toile de la tente du major Twioy avait été percée par une balle. Nous avons encore ici, comme pièce de conviction, le couteau de boucher qui a servi à vous frapper.

Et en prononçant ce» dernier» mots Lincoln étalait h mes yeux une espèce d’arme mexicaine connue sont le nom de mâche te.

— Ah ! bien.

— ■ Voilà, capitaine, tout ce que nous savons de positif. De plus, je soupçonne qu'il y avait quelques Mexicains sur l'ile et que les deux créoles se sont enfuis avec eux.

i Après le départ de Lincoln, je demeurai pendant aue» longtrmi* ! préoccupé de cette mystérieuse affaire. Peu à peu, cependant, mes J souvenirs devinrent plus précis, et tons les événements de la nuit I précédente m représentèrent à mon esprit, formant entre eux le» dif*

LES TîRAirtEüira XO MEXIQUE.

férenls mncuu d ont chaîne non Interrompue, I.» belle qui avait i fw**é ai prêt de moi dan* U tente de Twing, le bateau, U conver- Mtion que j'avais entendue avant d'être frappé, 1 V*r I « *ti n t ion de coup pour eosip qui m'avait été adressée, tout venait confirmer les soupçons de Lmrolu.

Evidemment c’était Du broie qui avait tiré le coup de feu et qui

m , av;>ii frappé à la tempe.

- Mais quelle pouvait être la femme dont J’avais entendu la vois plaider en ma faveur?

< Je p* mai alora au jeune garçon qui était parti avec Dubrosc et que je me rappelais parfaitement avoir vu souvent dan* m société. Un •ttaebemrnt singulier paraissait exister entre eea dent être*. L’enfant ^béusait eu farouche créole comme un esclave à son maître; ce défait être une femme.

Je me souvenais en efTet d’avoir été frappé de la délicatesse des Imita de ce jeune homme.de la douceur de m voit, et de h petitesse de sa main. Il y avait également d.n» |>tpret*ion de sa figure des îbosrs qui m'avaient étonné; et j’avais été à même d’oh*erver fréquemment qu'en l’absence de Dubrosc, tes veut »e panaient sur moi ®vrc un intérêt étrange dont je m'eipiiquai* maintenant la cause.

Plusieurs autres circonstances dans lesquelles Dubrosc et son jeune compagnon se trouvaient mêlés *e présentaient à la fois à mon souvenir et contribuaient encore à me confirmer dans l'idée que le créole était mon assassin et que son jeune compagnon n’était autre que la femme dont j’avais entendu In voix dans le fourré.

Telles furent les aventures de cette nuit, dont je m’efforçai de cacher toute la partie relative au squelette.

• Peu de jours après, les foree* m'étaient revenues ; le coup que j’a- *mis reçu n'ayant pas pénétré bien avant, grâce à tua coiffure d’uniforme et au peu de poids de l'arme du créole.

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