‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 7 sur 47 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Débarquement à Sacrificioe.

D»n« le* premiers Jours de msn, les troupes de Lobos se rembirqucrint et vinrent mouiller â Anlon-I.ix.ardo. Lrtbâtimrntsacnéricains furent bientôt rejoints sur celte rade par une centaine de bâtiments de transport.

Dans eetie partie, la eête n’offre à l'ail ni ville ni village; elle est presque déserte, et c’est à peine ai l’on aperçoit çà et là quelques rares habitations; elle est hérissée de tou* côtés par de hautes collines de asblc, auxquelles le feuillage de* palmiers qui les couronnent donnent un aspect qui n’e*.t pai sam charme et sans grâce.

La plage unie et découverte nous engageait h venir nous y reposer, mais nous n’osions nous exposer au danger de rencontrer quelques postes détachés du corps d’artuée ennemi qui campait derrière les taomagnes voisines. De temps en temps même, des patrouilles venaient sc montrer jusque sur la côte*

Je ne sais point au juste quels furent les sentiments des habitants de ce pays à moitié sauvage à la vue de nos gr*nd< navires , mais ce fut sans doute avec crainte et émotion qu'ils virent approcher de leur lerre ces vastes casernes de Imxîs portant dan* leur* flancs une Vgion d'envahisseurs. Laocoon ne dut pas regarder le cheval de bois «rvec plus de défiance et de surprise que n’en témoignèrent le» ignorant* paysans d’Anahuac en apercevant nos grands léviathans s'approcher de leurs côtes.

Celte scène avait pour nous un intérêt d'un genre tout différent. Hou* considérions aVcc orgueil ces magnifiques produits d'architecture navale; nous admirions leur force, leur nombre et leur légèreté. Nous étions fiers d'appartenir au peuple puissant et libre dont ils étaient les instruments... et ce n’étail pas sans un martial et légitime orgueil que du sommet des mâts où flottaient les couleurs nationales bous reportions nos yeux sur nos uniformes, où brilhienl les mêmes insignes.

Nous voyions briller les fusils, resplendir les épaulettes et luire les baïonnettes; nous entendions les accent» hrujanls de la trompette, le* appels guerriers, le bruit des armes, les roulements des tambours, la voix aiguë des clairons; en un mot, les yeux aussi bien que les oreilles étaient frappés de cette rude harmonie et de ce éclat qui élèvent et transportent le ceeur et forment, par leur ensemble, U magique poésie des combat*.

Le débarquement était Axé au 9 mars. Le point sur lequel il devait l'effectuer était déterminé h l’avance : c'éUit le côté opposé de l’ilc rie Sarrifidos , position dans laquelle nous devions prendre terre à l'abn du canon de Vera-Cru

Le 9 mars arriva; c’était un jour magnifique, plein de soleil et de lumière. I.s mer était câline, et c'est à peine si ses dota étaient ridés par une faible brise des tropiques; mai* cette brise, si faible quelle lût, suffisait pour nous conduire au Ttvage vers lequel elle soufflait.

De grand matin , Je remarquai dans la flotte un mouvement inaccoutumé ; les sigoaux s’échangeaient suis cesse » et Ica cmmU couraient rapidement d’un bord à l'autre.

Avant l'aurore , tonies le» embarcations avalent été détachées de lenn supports, descendues h 1a mer, mises à flot et attachées par des câbles le long des navires et des steamer*.

La descente est sur le point de «'effectuer; le «ombre nuage qui depuis quelque temp* menace le Mexique va maintenant éclater et lanrer la foudre contre cette terre.

Mais oh tombera t elle? L’ennemi ne s’en doute guère et ae prépare à nous recevoir sur la côte voisine.

Les machines commencent à chauffer; un nuage épis de fumée noire obscurcit l’air et dérobe à moitié la flotte. Çl et là une grande voile s'agite sous le souffle de la brise; on n'a pas encore eu le tempa de la serrer autour de la vergue.

Sur les ponts, les soldais se tiennent debout, les uns entièremen* armés et équipés, les autres bouclant leur ceinturon ou attachant lecir giberne , d’autres enveloppant par précaution les batteries de leurs fusils pour les préserver de tout contact avec l’eau de la mer. Les officiers, avec la ceinture et l'épée, sont debout »ur les bancs de quart, ou, mêlés aut groupea, examinant les soldats, ou bien encore jetant par-dessus les bastingages un regard sur le» autre* navires.

Des sons inusités ae font entendre de tou* côté* : on distingue la voix des marins, le bruit de* ordres qui se transmettent, le grince ment de la dent de fer des cabestans, les gémissements de» chiines, le craquement de* mit*; en un mot, ces mille bruits divers qui annoncent l'approche d'un grand mouvement.

Au-dessus de tout ce vacarme *e distinguent les roulements d’un tambour. Le signal est donné, un autre lui répond, puis un autre encore , et bientôt tous le* bruit* sont couverts par ce* accent» retenli**ants. Puis suivent de nouveau» commandement». Des voix brève» et fortes donnent des ordres précipité». Les bancs de quart sont occupés par des officiers. Ccat de là que partent le» ordre». Le pont dç tous le» navires est maintenant couvert de matelot» et de soldat» dont chacun a le» yeux fixé» *ur le petit steamer noir monté par le commandant eu chef.

Du côté de ce dernier, on voit tout à coup paraître un petit nuage de fumée; un jet de flammes s'échappe dans une direction horixontale, un coup de canon vient d’ébranler l’atmosphère. Avant que les échos aient fini de répéter ce bruit majestueux, une vie nouvelle semble s’ètro emparée de toute 1s flotte. Les bâtiments, emporté» par une force qu’on dirai! surnaturelle, s’élancent à l’cnvi les uns des autres. Le mouillage est abandonné, nous voguons avec la légèreté du vent. On se dirige ver» le nord-ouest; nou* somme» en route pour l’île de Saerificios.

Le* navires à voile «'avancent rapidement sou» le souffle de U brise. Plus rapides encore, les vapeur» les devancent. Tout est sur la flotte bruit et mouveineut, et les écho» de la côte, dont nous nou» rapprochons à chaque iuslant, répètent déjà les commandements de nos officiers et lea cri* joyeux de» soldats impatient» de fouler le sol de la terre ennemie.

L’alerte est donnée à terre. Les ennemis ont pris l’alarme. De brillant» cavalier» arrivent au grand galop sur 1a côte. De» (ancien débouchent avec leur» pennons au vent à travers le» défilés des collines. L’artillerie te range sur le bord de la mer ; le canon gronde, et le* boulets, qui se croisent avec rapidité, abattent de tous côtés les cactus et les autres plante*.

A «delà ! andcla ! tel c*t le cri de nos ennemis. Mai» c’est eu vain qu’il» excitent leur* chevaux et qu’ils enfoncent leurs éperon* dan» leurs flancs sanglants, loi élément» sont contre eux et combattent pour nous.

La terre et l'eau le» arrêtent, tandis que pour nu us Peau et l’air sont détaillé*. Nou* le* voyons bondir à travers le nuage de sable j«une que soulèvent les pied* de leurs courtiers ou fouler le* bord* marécageux de la Maiidinga et du Medellin, tandis que la vapeur et le vent nous entraînant sur l’eau avec la rapidité de la flèche. Nous nous rions de leurs efforts impuissants.

L’alarme «< propage rapidement sur U côte. Les clairons sonnent, des estafettes sont envoyée* de Vera-Cruxdaus toutes les direc ions, U générale bat dan* 1a ville. L’écho noua apporte loua ces bruits divers.

Des signaux tout échangés avec San-Juan; on leur répond de Santiago cl de 1a Conception.

Des milliers de forme* humaine* couvrent le» toits de 1a ville et les remparts du château. Des eris de terreur partent de tous côté*.

— Les voilà ! les voilà I dit-on de toutes paru.

Cependant ils ignorent encore de quel oôté l’attaque sera dirigée et où .‘effectuera notre descente.

Ils s'imaginent que nou» allons essayer de bombarder leur citadelle imprenable d« Saint- Jean, et s'attendent a voir ou» vauaeaux venir sc perdre et se détruire sur les récifs qui bordent le» rempart* de leur vdle.

La flotte «'avance à peu prèa *ar U même ligne de front. Le» navires fendent les flot», qu'iU semblent dominer en maîtres. La foule des solda u et des matelots se presse »«r les pouu et jette par-de »u» U bastingage des regards de défi à la villa qu'il* vont bientôt attaquer. A $*Mti*gO, Je» artilleur», rangea autour do leur» canon», attendent a» silence l'ordre de commencer le tou. Le pptsdee, les UmsJeto, bombes, les obas, tout est prêt; le* lances à feu tout allumées bril-

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lent dans le* mains de* pointeurs, quand tout h coup part des remparts ennemis un cri terrible, cri de rage, de désappointement et de désespoir.

Celui de no* v*iiseaui qui forme l'extrémité extérieure de la ligne vient de changer brusquement la direction de sa route et obéissant à la savinte impulsion du timonier, marche droit sur 1a rade de Sacrificios.

I.e second bâtiment imite le mouvement du premier, un troisième suit bientôt, et avant que la foule ébahie de nos ennemis soit revenue de sa stupéfaction, notre flotte tout entière est arrivée à une portée de pistolet de l'ile.

C'est alors seulement qne les Meticains comprennent la ruse et commencent h en calculer les résultats probables. Ces immenses navires, que quelques instants auparavant ils M flattaient de voir brisés sur leurs récifs et foudroyés par le feu de leurs fort*, allaient Jeter sur leurs côte* sans défense une armée nombreuse d’ennemis braves et disciplinés. C'est en vain que la trompette sonne le bouteselle, en vain que l'artillerie *e r»*»emble et s'aligne le long des yempjrts, nous somme* détonnais hors de se* atteintes.

Pendant ce temps, les vaisaeaui arriveut au mouillage ; le* chaînes crient avec un bruit épouvantable; les ancres vont mordre le fond de la iner ; les voiles sont repliées autour de* vergues; matelots et soldats descendent dan* les embarcations. Déjà les avirons sont prêt* à frapper en cadence la turface de la mer. Au commandement de l’officier qui dirige chaque bateau, les embarcations, rangées sur une même ligne, présentent no front redoutable.

- Les bâtiments de guerre , placés sur no* flancs, sont disposés de manière a protéger notre desceote par les feus croisés de leurt batteries. Cependant aucun ennemi lie s’est ourore montré aui regards impatients de nos soldats, qui se dirigent *ers la terre avec une rlprestion menaçante. Tous les cœurs sont remplis de belliqueux désir* ; on n'atlend plus que le signal.

Enfin un coup de cation est tiré à bord de l'amiral. Au même instant , des milliers d'avirons frappent la mer; des flots d'écume blanche jaillissent de tous côtés sous leurs coups. Plus de cent bateaux s'élancent à la fois; c'est h qui se devancera. Chacun veut le premier arriver au rivage; c'est une régale guerrière. L’emhousissue est k son comble.

Nous approchons de la côte. Les officiers sont debout, l’épée k la main. A côté d'eux, les soldats , armés de leurs mouiquets, se tiennent prêts k exécuter leurs ordres. A un signal donné, mille hommes se précipitent k la fois dans la mer et s'avancent ver* la terre en sui vint le mouvement de la marée. Des milliers d’autres guerriers s'élancent k leur suite en élevant au-dessus de leurs tète* les gibernes qui contiennent leurs cartouches. Les fusils, les baïonnettes, les épées étincellent sous les rayons du soleil. Les bannières flouent, et c’est avec cet appareil guerrier et en poussant des cris d'enthousiasme que l'armée mexicaine atteint enfin le rivage ennemi.

Cn long hourra de triomphe retentit alors sur toute la ligne. On leor répond des navires, et ces bruits, répétés par les échos du nvaffh, vont apprendre sut Meticains la réussite de notre entreprise.

Un porte étendard plante son drapeau an haut d'une colline de sable : la Hépubliqoe-Uoir a pris pos.ession de cette terre lointaine.

La noble bannière se déploie sous le souffle de la brise, et son apparition est saluée par de nouveau! cris de triomphe.’ Les bâtiments île la flotte se pavoisent au même instant, les couleurs nationales flottent au haut de tous les mâts. Une bordée partie de tous nos vaisseaux salue le pavillon, tandis que les canons du fort Saint-Jean, si* réveillant enfin de leur sommeil léthargique, font gronder au loin i: n tonnerre inutile dont les éclats ne peuvent nous atteindre.

Les dernier* rayons du soleil éclairent notre débarquement. Les troupes, à mesure qu’ellet prennent terre, se déploient vers l’intérieur. Qurlques dunes de sable sont escaladée*; enfin notre position est bien prise. Nous fai>ons halle, notre aile gauche restant toujours appuyée k la mer.

Les soldats campent à 1a belle étoile sans dresser de tentes, et bientôt s’endorment k terre; le sable leur sert de lit et leur tète est appuyée sur leur cartouchière, qui leur lient lieu d'ereilier.

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