‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 25 sur 37 · ÉPITAPHE DE PIE II · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DE PIE II

Pie II; souverain Pontife, Tpscan de nation, Siennois de naissance, de la famille des Piccolômini, régna VI ans. Son pontificat fut court, grande en fut la gloire. Il réunit un concile chrétien dans l'ihtérêt de la foi. Il résista aux ennemis du saint-slége romain, au dedans et au dehors de l'Italie. Il plaça Catherine de Sienne au

1. Titulus PU papœ IL Plus IL Pont, Max,, etc. (V. aux Inscriptions latines.)

nombre des saints du Christ. Il abolit en France la pragmatique sanction. Il rétablit Ferdinand d'Aragon dans le royaume de Sicile, au delà du détroit. Il augmenta le gpuvoir de l'Église. Il établit les mines d'alun que l'on avait trouvées alors près de Talpha, Zélateur de la justice et de la religion, il était admirable par son éloquence. Comme il partait pour la guçrre qu'il avait déclarée aux Turcs, il mourut à Ancône. Là il avait déjà sa flotte prête, et le doge de Venise, ainsi que son sénat, pour compagnons d'armes pour le Christ. Transporté à Rome par le décret des Pères, il a été déposé en ce lieu où lui-même avait ordonné de placer le chef de l'apôtre saint André, qu'on lui avait apporté du Péloponèse. Il vécut cinquante-huit ans neuf mois et vingt-sept jours. François, cardinal de Sienne, éleva ceci à la mémoire de son bienheureux oncle.

MCDLXIV.

IÇO. . UBS TOMBEAUX

Le tombeau de Paul II, Pietro Barbo, était encore beaucoup plus beau que celui de Nicolas V ; il était l'ouvrage de Mino da Fiesole lui-même. Un fragment important, .en fonne de lunette, représentant le jugement dernier, et un nombre considérable de statues de saints et de vertus, qui nous ont été conservés, montrent quelles ont dû être l'étendue et la beauté de ce monument. L'urne sépulcrale du pape est déforme carrée et plus simple qu'il ne l'avait désiré, car il avait lui-même autrefois fait arracher de la chapelle des Saints près de Sainte-Agnès, hors de la porte Nomentane, le grand sarcophage de porphyre de Constance, qui est aujourd'hui placé au musée du Vatican;

il Tavait fait porter à son palais de Saint-Marc pour qu'il lui servit de tombeau, ^. '

L'épitaphe de ce pape le loue de ce qu'étant né de Tancienne race des Barbi et doué des plus beaux dons de la nature, il ne le cédait en rien à son oncle Eugène IV. Paul appartenait à la famille vénitienne des Gondulmer, qui donna trois papes à l'Église en trèspeu de temps. Le père d'Eugène IV (1431-1447)^ Angelo Gondulmer, était le propre frère de Grégoire XII (1406-1409) et oncle de Paul. II (1464- 1471). Pietro Çarbo avait une belle figure. Lorsqu'il sortit du conclave comme pape, il voulait prendre ïe nom de Formosus; mais les cardinaux lui firent remarquer que l'on trouverait dans ce nom' une allusion à sa beauté corporelle, Il ne prit donc pas le nom de Formosus ; mais le monde ne manqua pas de se moquer d'un pape qui passait pour n'aimer rien tant que de se montrer dans des processions où il domi^

nait tous les autres hommes,par'sa haute stature, et

de se farder avant d'aller remplir les cérémonies religieuses. Il prodigua des sommes énormes pour orner sa mitre. Il se faisait apporter de tous les lieux du

monde les plus belles pierres précieuses : saphirs , cbrysolithes, émeraudes, diamants et perles couvraient à profusion les trois couronnes de la tiare; et puis il aimait à se montrer au peuple dans ce pom^ peux attirail, comme le plus beau de tous les papes. A cette époque Tarcbevêque de Bénévent portait aussi, d'après un très-ancien usage, un trirègne, ou bonnet surmonté de trois couronnes, lorsqu'il officiait dans son église ; jaloux de cette distinction, Paul le lui enleva.

Il fit observer très-sévèrement le costume officiel des cardinaux , car il défendit par un décret que personne, excepté les cardinaux, ne portât une bar* rette couleur de pourpre, et il fit présent de drap rouge à tous les cardinaux pour couvrir leurs chevaux ou mulets : car de son temps on ne voyait jamais les cardinaux aller autrement qu'à cheval dans les rues de Rome; on ne connaissait pas encore ces lourds et pesants carrosses qui, traînés par de gigantesques chevaux parés de plumets rouges, font rouler aujourd'hui les cardinaux à travers Rome. Bien des choses rappellent encore dans Rome ce pape heureux

qui toujours prit tout à son aise : le grandiose et merveilleux palais de Saint-Marc qu'il bâtit, par exemple, et le nom de Corso, qu'il donna à la principale rue de Rome, ainsi que les courses des barberi pendant le carnaval, qu'il y introduisit. Mais le barbare mépris qu'il montra pour toutes les fondations savantes de ses prédécesseurs ternit la gloire de son nom. Il mourut le 26 juillet' 1471, encore à la vigueur de l'âge, à cinquante-trois ans. Peu de papes sont morts aussi jeunes.

Le successeur de Paul, Sixte IV, Francesco délia Rovere (1471-1484), formait un parfait contraste avec lui. Ce pape remuant , toujours dans la diplomatie et toujours cherchant à faire dès conquêtes, s'embarquait dans toutes sortes de mauvaises affaires, d'intrigues et de querelles, et il avait trempé secrètement dans la conjuration des Pazzi, à Florence. Le rôle de la papauté n'était plus le même dans le monde, et nous voyons les papes, tombés de la grande position qu'ils y avaient occupée et semblables à tous les autrès princes italiens, commencer leur règne dans des luttes mesquines et embrouillées avec les États voi- •

çins. C'est Fépoque où Venise, Milan, Florence, Napies et un nombre sans fin de villes et de principaur tés se faisaient la guerre; et au milieu de millQ alliances diverses, de conspirations de toute espèce et de changements continuels de politique, on voit 1q pape, tiré tantôt d'un côté et tantôt de l'autre, cbej-, cher à agrandir ses États, ten^ps de petites mais violentes passions.

Sixte IV est le premier pape qui ait osé fonder une principauté en faveur de son neveu, le cardinal Girolamo Riario. Il le fit seigneur d'Imola et de Forli, et il| peut être regardé comme le fondateur de cette politique traditionnelle, suivie par ses successeurs, qui cons^iste à donner une grande base temporelle i^ la papauté par la fondation d'un , Etat politique. Cela a pendant longtemps fait la grandeur de leur fa-» mille ; mais cela a toujours fait le plus grand tort à l'Église et aux papes çux-mêmes, comme on le voit encore aujourd'hui.

Ginlio délia Rovere, fils de son frère, et si célèbre par la suite sous le nom de Jules II, fit élever le tombeau de son oncle lorsqu'il n'était encore que

cardinal. Il était placé à cette époque dans la cha* pelle du chœur de Tancien Saint-Pierre, et il est aujourd'hui ôur le pavé de la chapelle du Saint- Sacrement. ,

Comme le monument de Martin V, ce n*est qu'une plaque de bronze, travail remarquable du Florentin Antonio PoUajuolo eh 1493. Il consiste en un cou'^ vercle ou plaque tombale légèrement exhaussée audessus d'un socle un peu plus large, sur les quatre faces duquel on voit des figures allégoriques, tandis

% que l'image du pape, également entourée de figurés allégoriques, est couchée sur la plaque elle-même; Les sculptures du socle soYit des figures de femmes accompagnées d'emblèmes et représentant l'Arit^imé"

' tiqiie, l'Astrologie, là Dialectique, la Rhétorique et là Grammaire; la Perspective et la Musique, la Géogra-' phie, la Philosophie et la Théologie, toutes en relief et qui entourent sa base. Sixte IV avait été en effet un savant franciscain, l'ami de BessarioUi et il avait enseigné successivement dans les six grandes universités d'Italie : ces allégories pouvaient donc convenir parfaitement pour un professeui^, mais elles n'avaient

rien de commua avec Tidée d'un pape. Ces figures de femmes demi-nues, de formes sèches et remarquablement maniérées, paraissent encore plus singulières par le choix capricieux de leurs attributs. Peuton voir en effet rien de plus singulier que la théologie sous la figure d'une femme portant sur ses épaules un carquois rempli de flèches, à la façon de la Diane païenne, comme si, au lieu de siéger parmi les Pères de rÉglise, présidant aux dogmes, elle se préparait à aller chasser le cerf dans la forêt? II est difficile de s'expliquer où en voulait venir Tartiste par cette singulière association d'idées étrangères Tune à l'autre ; et Winkelmann lui-même, qui ôe trouvait si embarrassé pour expliquer les rapports de l'allégorie et de l'art, et que l'invention de nouvelles allégories préoccupait si fort, restait muet devant cette Théologie au carquois. C'est du reste le tombeau de Sixte IV qui nous montre je ne dis pas seulement la première application bien claire d'un système de figures allégoriques qui devint de règle pour les tombeaux des papes, par cela même que tout dans leur vie comme dans leur être repose sur un principe moral, mais

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encore la première tentative qu'on ait faite pour fondre les idées et les formes chrétiennes avec celles du paganisme, pour passer à une conception plas* tique entièrement laïque et mondaine. Quoi qull en soit, la figure puissante du pape, avec sa tète pleine d'expression, son menton fortement saillant et son nez aquilin, est la meilleure partie de ce bizarre ou** vrage du Pollajuolo, qui y travailla dix ans.

Le même artiste fit aussi le monument de bronze d'Innocent VIII, Cibô (1484-1492), un noble Génois. Il est à Saint-Pierre, appliqué contre un pilier près

de rentrée de la chapelle du chœur, à une assez grande élévation au-dessus du sol. Le pape est cou-^ ché sur un sarcophage tout en bronze, qui repose sur des consoles. Au-dessus du mausolée il est représenté encore une fois, assis sur son trône, la main droite levée pour bénir, et tenant dans la gauche la sainte lance, que le sultan Bajazet lui avait envoyée en présent. A droite et à gauche, les vertus morales et théologales ; la Foi, TEspérance et la Charité, la Valeur, la Justice^ la Tempérance et la Sagesse, ornent les niches des piliers.

L*épitaphe donne à Innocent le titre de gardien vigilant de la paix en Italie, et l'appelle la gloire du nouveau monde, qu'on découvrît de son temps. Elle ajoute que le sultan lui fit présent de la lance qui avait bu le sang de Jésus-Christ * .

' Belles, ingénieuses, parfois sublimes et pleines dô sens étaient souvent les épitaphes que le moyen âgé primitif mettait sur les tombeaux des papes ; celles des temps plus modernes semblent bien sèches et bien plates ea comparaison. Les épitaphes de Pie II et d'Innocent VIII le font voir daîrement.

Et pourtant son mausolée éveille des idées de nature bien diverse. Ce pape vit Taurore d'un grand avenir à l'heure même où il mourait sur le seuil de l'ère la plus importante de l'histoire moderne. ' Trente ans avant son avènement Constanlinople était devenue la proie des Ottomans ; mais ce que lé christianisme venait de perdre en Orient, il le regagnait en Occident. Il vécut assez pour voir la chute de Grenade et la conquête du royaume des Maures d'Espagne par Ferdinand d'Aragon ; et justement à^

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