‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 29 sur 37 · U LES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

U LES TOMBEAUX

dont les palais et les villas font aujourd'hui Tornement de Rome.

Le concile de Trente fut clos sous le règne de Pie IV, rÉglise étant réorganisée dans tous les sens. Rendons-nous maintenant à Sainte-Marie Majeure, où, depuis Nicolas IV, nous n'avons plus vu de tombeau de pape. Ici nous allons en trouver un énorme et magnifique, et comme nous n'avions vu rien de tel depuis bien longtemps. Il appartient déjà à Fère du christianisme pompeux.

On trouve dans l'église de Sainte-Marie Majeure, à droite et à gauche du vaisseau, à l'endroit même du transept, deux grandes chapelles en forme de croix grecques et surmontées de coupoles qui se ressemblent toutes deux. Le luxe des peintures, des colonnes corinthiennes à chapiteaux dorés, des incrustations de marbre précieux de toute espèce qui couvrent les parements et les murs, fatigue Tœil de son pesant éclat. Deux grands tombeaux occupont Ips deux parois latérales de chacune des chapelles ; et dans chacune d'elles les tombeaux sont de même style, contiennent

un pape qui bénit, faisant pendant à celui qui est placé de l'autre côté.

Entrons dans la chapelle del Presepio, bâtie par Sixte-Quint et où s'élève son tombeau. Nous y voyons d'abord le monument plus que splendide d'un pape, dont la statue a des rayons d'or autour de la télé. Ces rayons, qui annoncent un saint, ne sortent-ils pas plutôt de l'âme ardente de Carrafa? C'est la figure de Pie V, Ghislieri (1666-1572), celui qui acheva la restauration ecclésiastique commencée par Paul IV, ce pape qui, dans son règne si court de six ans, a vu s'accomplir ou se préparer d'aussi grands événements que la lutte des Pays-Bas, la chute des huguenots en France, la Saint-Barthélémy et la victoire de Lépante, événements qui furent des fêtes solennelles pour Rome, et qu'on y célébra avec actions de grâces. Ils forment une brillante auréole autour de la tète de cet homme pieux, qui, né dans une humble condi- • tion, était entré dès l'âge de quatorze ans dans l'ordre de Saint- Dominique, et qu'on avait vu passer dans les processions tête découverte et pieds nus.

Son fastueux monument est peu en harmonie avec

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iM)a esprit. Aussi ne s'agit-il pas de lai ici. Tout est pour l'Église triomphante, et ce monument met en évidence la magnifique ostentation du culte, sa pompe calculée ; nulle part on ne peut la voir aussi bien que dans les tombeaux de ces deux chapelles. Tout sentiment naïf, tout caractère intime et personnel, par où se distinguent les tombeaux du moyen âge, a disparu ici sans laisser de trace; il n'est resté qu'une enye-

loppe extérieure sans âme.

Ces monuments couvrent les murs, débordent de tous côtés, comme ces magnifiques tapis de parade qu'on étale dans les cérémonies; et ils servent en même temps de décoration architectonique; car leurs sculptures, leyrs colonnes de vert antique, leurs frises et leurs frontons continuent l'architecture de la chapelle. Quatre colonnes flanquent le sarcophage et por- ' tent un entablement; dans la niche centrale, placée au-dessous, est assise la figure du pape. De chaque côté un bas-relief reptésente une action de sa vie. Dans la partie supérieure du tombeau sont placés deux autres bas-reliefs, et un cinquième, qui représente le couronnement du pape, vient terminer le

monument. On voit en outre, dans deux niches latérales, lés statues de saint Pierre, martyr, et de saint * Dominique. La statup de Pie V offre l'image d'un moine 'décharné, l'apparence d'un spectre assis, dans l'attitude de la bénédiction ; au-dessus du sarcophage, et sur la face antérieure de celui-ci le pape est figuré encore une fois en un bas-relief de bronze doré. Cette statue est l'ouvrage de Léonardo de Sarzana, qui a beaucoup mieux réussi celle de Nicolas IV. Les basreliefs ont été exécutés par différents artistes; quelques-uns par les deux Flamands Nicolas d'Arras et Égidius : dans tous domine le principe pittoresque, la perspective, les raccourcis et des figures en rondebosse se détachent entièrement du fond,. Ils nous font voir que, dés le commencement du dix-septiéme siècle, la sculpture tombait de plus en plus au rang d'esclave de la peinture et se réduisait à l'habileté mécanique d'un découpeur ou' tailleur d'images. Toutes ces sculptures sont bien au-dessous dés ouvrages d'Oliveri, de Michelangelo Sanese ou du Tribolo. Les sujets historiques ont seuls de l'intérêt, parce qu'ils rappellent des faits mémorables.

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