‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 3 sur 37 · PREMIÈRE SÉRIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE

Le lecteur qui prend cet écrit en main doit se figurer une sorte de voie Appia de la papauté se continuant à travers les siècles jusqu'au temps où nous vivons. De chaque côté, à droite et à gauche, il verra les monuments des papes comme il voit ceux des anciens Romains sur la voie Appienne. Beaucoup d'entre eux ont disparu; d'autres ne sont arrivés jusqu'à nous qu'en ruines ; plusieurs sont là devant nos yeux dans toutleur effet et toute leur magnificence. ^

4a LES TOMBEAUX

Mais nous avons ici un principe tout différent de celui gue Ton trouve dans les monuments des anciens Romains. Ce principe était architectonique chez eux ; chez les chrétiens il est plastique. Les empereurs romains se bâtirent en effet de merveilleux mausolées où ils faisaient profondément enfouir leurs urnes sépulcrales ; mais les papes de Rome se voulaient éterniser dans leur pleine personnalité; et môme, après la mort, toujours présents, au moins eu'.marbre, continuer à agir sur l'Église.

On voulut fixer Fimage visible des princes de l'Église, tant pour leur rendre honneur et contrihuer à l'édification des fidèles que pour que leur souvenir restât toujours présent à l'Église; et c'est à cette idée que nous devons la suite de statues, sépulcrales et de monuments qui nous ont été conserr vés. En somme, il n'y en a pas beaucoup. Des deux cent soixante-quatre papes que compte le catalogue

de Guillaume de Burry, complété par Noaës et par Artaud, on ne trouve guère à Rome que soixante tombeaux; vingt à peine dans d'autres villes d'Italie. A Pérouse, Viterbe, Florence et Naples, à Arezzo,

Pise, Vérone et Salerne, à Ferrare et Bologne, à Reccanati, à Aquila, et enfin dans le couvent du Mont- Cassin. Les . papes d'Avignon ont leurs tombeaux en France; et dans toute rAllemagne, la seule ville de Bamberg possède cette curiosité historique :'un tom-, beau de pape. A Rome même, où la plupartdes papes eurent leur sépulture, et où, rien qu'à Saint-Pierre, f lus de cent cinquante papes sont ensevelis, dit-on, un nombre considérable de tombeaux fut détruit par suite desréédiflcations des églises de Saint-Pierre etde Saint-Jean de Latran,en particulier; si bien que rien n'est arrivé jusqu'à nous des plus anciens monuments, si ce n'est quelques inscriptions qu'on retrouve dans les livres. Ce n'est qu'à partir du quatorzième siècle, c'est-à-dire de l'époque où les papes revinrent de la captivité d'Avignon, que les monuments commencérent à se montrer à nous dans une suite presque non interrom^pue jusqu'à iios jours. Ils offrent à nos regards, sous une forme palpable et visible, une histoire continue à deux faces, celle de la papauté à qui ils appartiennent, et celle de l'art qui les forma.

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