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un char traîné par un dragon et rempli de sacs, d'où
sortent des épis de blé, et au-dessous de cet emblème on niit ces mots : Semina desertis terris.
L'introduction du nouveau calendrier a rendu Grégoire XIII immortel. Ceci était digne de Rome, la grande ville du monde ; cet événement dont le souvenir méritait d'être conservé et consacré par un des bas-reliefs de son tombeau. On y voit le pape remettre son calendrier à un astronome ; un globe céleste est placé prés de lui.
Le monument de Grégoire XIII ne fut placé à Saint- Pierre qu'en 1723 ; ce fut le cardinal Buoncompagni quille lui éleva. Cet ouvrage est donc postérieur à répoque du Bernin ; il est dû au ciseau d'un homme de beaucoup de talent, Camillo Rusconi ; et sans être exempt d'une certaine recherche du pittoresque, il ne manque pas de charme. Le sarcophage, de marbre blanc, repose sur un socle ; la Sagesse, sous la figure de Minerve, casque en tête et armée de son bouclier, tire une draperie, qui couvre le cercueil, pour laisser voir le bas-relief; et de l'autre côté est la Foi, tenant [ la Bible et une tablette sur laquelle on lit ces mots ;
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Novi opéra ^us et fidem. L'alliance des éléments du , paganisme et de ceux du christianisme, qu'on voit revenir si souvent dans ces tombeaux, ne laisse pas que d'avoir un certain attr^iit; Le pape enfin est assis sur le sarcophage dans l'attitude de la bénédiction. C'est une belle figure de vieillard, sévère et pleine de puissance. Grégoire XIII avait a(tteint l'âge de quatrevingt-quatre ans.
Maintenant passons au tombeau de Sixte-Quint, Perretti. Si quelque chose peut forcer le passant à s'arrêter en silence et réveille en lui dé grands souvenirs, c'est bien le monument' de cet homme éton^ nant, qui, enfant, garda les cochons, et vieillard commanda aux peuples et aux rois, et qui a rempli Rome de tant d'ouvrages, que, de tous côtés, chaque coin renvoie comme un écho son nom aux voyageurs. Le bonheur énigmatique qui éleva Napoléon, du sein de la poussière au trône du monde, nous remplit toujours d'étonnement; cela nous semble un roman, un conte de fée. Mais si dans l'histoire des rois de si étonnantes transformations sont des hasards extraordinaires, en dehors des lois communes, elles se trouvent
siiQples et naturelles dans Thistoire des papes; elles appartiennent à l'essence même du christianisme, qui n'appelle point la personne, mais l'esprit. Aussi l'histoire de la royauté est-elle remplie de noms d'hommes ordinaires, qui, sans la prérogative attachée à leur couronne, auraient été engloutis par l'éternel oubli; mais l'histoire des papes est riche en grands hommes. Placés dans d'autres sphères, ils seraient également devenus dignes de la gloire.
On a plaisir à regarder ces hommes forts, appelés du fond de leur poussière à suivre la marche du génie, qui, quel que soit le point où il entre en con- , tact avec l'étincelle électrique, saisit énergiqùement l'initiative des événements et prend possession du monde comme une matière qui lui appartient.
Enfant, Sixte-Quint avait gardé les pourceaux de son père à Montalto: le jeune honmie étudiait à la pauvre lumière que lui offrait la lampe d'une madone. Il esl de ees rares intelligences pour qui une goutte de la science devient un océan tout entier ; et la lueur fugitive d'une seule idée, qui laisse l'homme ordinaire dans sa pauvreté originaire, les saisit et les
illamine comme un éclair cëlesle. Pour Tesprit que daigne instruire la nature, maltresse de toute science, peu ou beaucoup n'est-ce pas tout un? -
Devenu franciscain, Félix Peretti mit Rome en feu par les prédications qu'il faisait pendant le carême, dans Téglise di Sainti-Apostoli. Il devint évêque de Ferme, et puis cardinal à Jlome même, où il vivait sans train, trouvant le repos dans sa vigne, près des murs de Servius TuUius. Et là on peut voir encore, debout au milieu d'un cercle de sombres cyprès, la figure colossale de Minerve, emblème solitaire de la Rome d'autrefois, et que Félix y fit placer. Sur le piédestal sont ses armes : un lion tenant trois poires
dans sa griffe. Ces armes et le chêne de la maison délia Novere, on les voit partout dans Rome et beaucoup plus souvent que les écussons des papes qui précédèrent Sixtç-Quint.
Félix fut élu pape en 1585. Il ne resta que cinq ans sur la chaire de saint Pierre; mais ce temps si court suffit à celui de tous les princes de l'Église qui aima le plus à bâtir, pour renouveler Rome entièrement. Ce que Jules II et Léon X avaient été dans la période
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classique de la Rome papale, il le fat aa temps de son renouvellement politique et ecdésiastique. Sa grande intelligence s'empara d'elle, loi donna une forme dëfinitiTe, et il en a fait un monument étemel.
Son tombeau, placé dans la même chapelle de Santa-Maria Maggiore, où repose Pie Y, raj^elle de plus d'unefaçon, au moiçs par les sculptures, ce que Sixte-Quint a été.
Parmi les cinq bas-reliefs qui le décorent, et qui sont tout à fait semblables aux sculptures du monument de Pie V, puisqu'ils appartiennent à la même époque, le plus remarquable est celui qui se trouve à la droite de la statue du pape. Sur le premier plan on voit les figures de la Paix et de la Guerre ; au second plan et au fond un combat et des hommes qui tiennent par les cheveux des têtes coupées, à la manière turque. N'est-il pas étrange de voir un pareil sujet servir d'ornement au tombeau d'un pape? Sur les sarcophages de l'ancien temps du christianisme on voit les apôtres saint Pierre et saint Paul, de char? mantes et douces figures d'auges, quelque madone idéale, de saints martyrs ou des patriarches; sur les
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lombes du moyen âge on voit des figures allégoriques de vertus; et le tombeau d'un pape du christianisme
de répoque nouvelle nous montre, dans toute Thorreur de la réalité, des têtes coupées de bandits que le bourreau tient par les cheveux; et la gloire du saintpère Ae dédaigne pas de les planter sur son tombeau comme des trophées de sa vie I On voit là nettement combien différentes sont les manières de voir de chaque époque, et combien différentes aussi les conceptions de Tart.
Ce bas-relief rappelle Timpitoyable rigueur avec laquelle Sixte-Quint détruisit les brigands. Depuis Grégoire XIII il n'était plus possible d'aller dans Rome et dans la campagne ; et des gentilshommes, tels qu'Alphonse Piccolomini et Robert Malatesta, avaient joué un rôle parmi eux. L'existence de ces bandes de brigands était une suite de la suppression d'un grand nombre de baronnies et des restrictions qu'on avait apportées aux droits des seigneurs féodaux K Les
1. Aujourd'hui encorde peuple de Rome parle de Padministration de Sixte-Quint^ et un grand nombre d'anecdotes relatives à sa
autres bas-reliefs ont trait à des événemenls politi qaes tels que raccommodement du différend entre TAutricbe et Sigismond, roi de Pologne, ou à quelque canonisation, ou bien quelque fondation pieuse. Toutes ces scènes ont * pour fond une architecture dont le pape est le fondateur. Ici Ton voit Tobétisque de la place Saint-Pierre, que Sixte-Quint fit élever par son architecte, Fontana; là, dans un autre, la coupole de Saint-Pierre, qui fut terminée sous son règne ; et aSUeurs l'aqueduc de TÀcqua-Felice, qui porte son nom, et qui, parmi tous les ouvrages qu'il a faits, est le plus utile. Pour cela seul il eût mérité que le peuple rolnain reconnaissant lui dressât une statue de bronze sur le Gapitole. Il serait trop long d'énumérer tous les édifices qu'il éleva dans Rome. Tous ses monuments avaient un caractère d'utilité pratique, ou ils devaient proclamer la gloire de la foi : car cet
ftévérité et à dOû impitoyable manière d'administrer k' justice sont restées vivantes dans les souvenirs. Lorsqu'il arrive à des Romains de faire la critique de leur gouvernement^ ce qu'ils font assez volontiers, on entend souvent ces paroles : « Si vuol un Sixto Quinto. »
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esprit despotique , toujours cherchant en tout la réalité, ne comprenait pas Tart idéal. Il voulait faire enlever du Vatican le Laocoon et TApoUon ; et après qu'il eût fait détruire, sans tenir compte de tout ce qu'on avait pu lui dire, le Septizanium de Sévère, ou eut toutes les peines du monde à l'empêcher de faire .démolir le tombeau de Cecilia Metella.
Ainsi le fin et charmant esprit de Léon X et de Jules II, qui pénétrait dans l'antiquité en la ranimant de son humaine sympathie, disparaissait devant une prose sèche et aride, qui ne tenait compte que des besoins du teipps présent.
L'heureux Félix, puissant, admiré et redouté comme pape et comme monarque, mourut le 27 août 1590, à l'âge de soixante-neuf ans. On pourrait presque l'appeler le dernier pape. La statue, qui le . représentée genoux, les mains jointes, très-bel et fort ouvrage de Basoldo, est une figure ramassée et puissante.
La tête est forte et grosse, le nez gros, la structuré du visage ferme et massive; sous ce large front il y avait une large intelligence et une volonté de fer.
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Ses yeux étaient vifs et petits, ses sourcils noirs et épais, sa barbe longue et blanche. On rencontre encore aujourd'hui, parmi les franciscains d'Aracœli, plus d'un homme robuste qui lui ressemble.
Des trois successeurs de Sixte-Quint le premier, Urbain YII, Jean Baptista Castagna, ne régna que onze jours; Grégoire XIV, Sfrondrato, que dix mois, el Innocent IX, Fachinetti, que soixante jours. Vieux et faibles, ils montaient au trône pour mourir aussitôt. Urbain est le seul d'entre eux qui ait eu un grand monument; il est placé à la Minerve. Cet ouvrage d'Ambrogio Buonvicino est exécuté dans le style habituel. Un tombeau tout simple et sans sculptures, dans réglise de Saint-Pierre, rappelle la mémoire du
second de ces papes; quant au troisième, il dort aussi tranquillement que les autres, quoiqu'il n'ait pas le moindre monument .
Mais Clément VIII, le Florentin Ippolito Aldobran*
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dîni (1892-1608), qui a fait bâtir le palais neuf du Vatican, le conquérant de Ferrare, prince énergique et très-versé dans la science du droit, nous ramène encore devant un monument somptueux à l'excès; c'est celui que Paul V, Borghèse, fit bâtir à grands frais et avec un luxe de marbre vraiment prodigieux, dans la seconde chapelle de Santa-Maria Maggiore. On y yoit les tombeaux de ces deux papes disposés exactement de la même manière que ceux de la chapelle de Sixte-Quint.
La statue de Clément VIII est assise dans une niche, dans l'attitude de la bénédiction. C'est une belle et énergique tète à barbe virile. Les bas-reliefs rappellent quelques-unes de ses actions : la conclusion de la paix entre la France et l'Espagne et la prise de Ferrare, beau domaine que le pape arracha aux héritiers d'Alphonse II.
Vis-à-vis de ce tombeau s'étale, sur la muraille, le monument du Romain Camilla Borghèse, qui régna de 1608 à 1621, sous le nom de Paul V. Comme Sixte-Quint, il est représenté à genoux. C'est une figure herculéenne avec une tête puissante; et dans son cou
épais, l'orgueil, la violence et la sensualité semblent s'être condensés. C'est le premier pape qui ait porté la barbe de cavalier, une barbe à la Henri IV, qui rappelle la guerre de trente ans, dont il vit le commencement jusqu'à la bataille de la Montagne- Blanche (ilmu;eîS5^nB^rg'). Le caractère facilement irritable et emporté de Paul V, qui aimait à se sentir maître absolu, répond parfaitement à cette face ronde et ramassée et brillante de vigueur. Qui ne connaît sa fameuse querelle avec Venise, et le rôle que joua, avec un courage inébranlable, son adversaire, Paolo Sarpi, qui lui était si supérieur? Les bas-reliefs de son tombeau représentent la réception que fait le pape aux envoyés du Congo et dû Japon, la construction de la citadelle de Ferrare, l'envoi de troupes auxiliaires en Hongrie au secours de Rodolphe II, et la canonisation de sainte Françoise, romaine, et de saint Charles Borromée.
C'est sous le règne de Paul V que fut terminé le dernier et le plus grand monument de Roîne, Saint- Pierre, cette forteresse colossale de la religion, que les papes bâtirent comme le retranchement et la citadelle
sacrée que le catholicisme opposait à la reformations Ce fut] aussi son dernier effort vraiment remarquable ; Saint-Pierre est la couronne et Taccomplissement de l'Eglise catholique.
A partir de cette époque, la papauté est toujours de plus en plus tombée de cette ancienne hauteur d'où elle avait dominé toute chose, et elle en est descendue pour toujours, parce que la guerre de trente ans a déchaîné d'autres puissances : les monarchies. Elles ont transporté le centre de gravité des affaires humaines de Rome à Paris.
Paul Y vit encore toujours, dans la famille qu'il a fondée, par ses neveux, et qui. plus tard, s'est alliée à celle des Bonaparte. Son neveu, le cardinal Scipion Borghèse, bâtit la magnifique villa de la Porta del Popolo, et acheta le grand palais dans la ville.
De toutes les collections que les neveux des papes ont accumulées depuis le seizième siècle pour assurer à leur nom un éclat durable, renouvelant ainsi les temps et les façons des anciens patriciens de Rome antique, aucune ne peut se comparer aux collections de la maison Borghèse. A partir de cette époque, les
neveux des papes reçurent en héritage des villes^ des richesses et des titres, au lieu de couronnes indépendantes, et Rome se peupla d'une aristocratie qui venait exclusivement des papes.
Nous avons sauté un tombeau, celui de Léon XI, Medici, qui j[nonta sur le trône après Clément VIII, et n'y resta que vingt-six jours. Sur son monument, à Saint-Pierre, on voit des. fleurs, et au-dessus sont écrits ces mots : SicFlorui; emblème rempli de sens. Ce monument, d'un style conventionnel, comme tous ceux de cette époque, en est cependant un des meilleurs ouvrages; et il est de la main d'Algardi. Les deux vertus qui sont aux deux côtés du sarcophage, la Sagesse, sous la figure de Minerve, et l'Abondance dont la corne répand de l'or et des bijoux, ont particulièrement une bonne expression, et elles surpassent de beaucoup les figures analogues que l'on voit sur d'autres tombeaux.
La voie des tombeaux que nous suivons nous conduit maintenant dans une église où nous n'étions pas entrés jusques aujourd'hui, car elle doit son origine précisément au temps dont nous parlons. Il s'agit de
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l'église de Saint-Ignace, qni est une dépendance du collège romain. Ce somptnenx édifice dn dix-septième siècle est en même temps nn remarquable monument des talents de la compagnie de Jésos. Non-seulement un grand nombre de sculptures et de tableaux sont rouyrage des jésuites, mais le plan même de l'église est dû, en partie du moins, à l'un d'eux. C'est là que, dans une chapelle, à côté du chœur^ est le tombeau de Grégoire XV, de la maison Ludovisi (1621-16Sfâ), un bolognais, qui fut le protecteur zélé des jésuites. Il canonisa les deux héros de l'ordre, Loyola et Xavier, et fonda le plus grand institut du monde, la Propaganda Fide. Son monument, composé par Le Gros et en grande partie exécutée par lui, montre dans tout son éclat le style surchargé du dix-septième siècle et le faste de l'ordre opulent des jésuites. •
Le pape est assis dans une niche au-dessus du sarcophage ; . il est couvert de vêtements magnifiques, volant et flottant aux vents, et il se trouve placé au-dessous d'un riche baldaquin, d'où pendent, de chaque côté, des rideaux d'albâtre aux couleurs variées, ornéfc de franges d'or ; de leurs plis sortent
des génies ailés, proclamant la gloire du pape à grand renfbrt de trompettes., '
Au-dessous du sarcophoge de Grégoire se trouve celui de son neveu, le cardinal Ludovico Ludovisi, qui gouvernait entièrement le vieillard. Ce fut lui qui bâtit l'église de Saint-Ignace, ainsi que la célèbre villa Ludovisi, la plus magnifique de Rome par sa collection d'antiquités.
Nous avons déjà pu voir sur plus d'un monument de pape la décadence progressive de l'art depuis le commencement du seizième siècle; nous avons vu partout l'exagération du style grandiose de Michel-Ange arriver à l'oubli complet de la nature, et nous sivons appris à connaître cette façon pittoresque de traiter la ' sculpture. Cette fausse école trouva enfin son géMe dans Bernini. Au milieu de la pauvreté de son temps il fut maître plus absolu que Raphaël et Michel-Ange ne l'avaient été dans leur époque si riche; et à ce siècle gonflé, maniéré et affecté dans toutes les manifestations de l'esprit, à ce siècle qui avait réduit la forme humaine elle-même à une maladroite caricature, Bernini vint rendre sa direction. A une autre
époque, ce talent prodigieux et digne d'admiration aurait pu briller comme un autre de première grandeur; mais la malédiction de son temps pesait sur lui, et l'on devait arriver à un abâtardissement sans fin : on comprend son siècle en voyant ses ouvrages.
Ici, nous nous trouvons pour la première fois deyant un monyment de la main du Bernin ; voici le tombeau dTrbain VIII, Barberini (1623-1644). Bernini traversa les règnes de neuf papes successifs; mais il fut Thomme d'Urbain VIII, comme Raphaël avait été celui de Léon X, et Michel-Ange celui de Jules II. Tout ce qu'Urbain a bâti, la fontaine du Triton, sur la place Barberini, le bassin de la place d'Espagne, les constructions du château Saint-Ange, ou les murs de Rome, la colpssale Confession de Saint- Pierre, tout cela, c'est par lui qu'il l'a bâti. Ce pape bâtissait, lui aussi, avec passion et magnificence, mais surtout des fortifications ;, ses goûts étaient en harmonie avec son temps, celui de la guerce de trente
ans. C'était, du reste, un prince savant et mondain,
bâti en hercule et d'nne santé de fer ; aussi a-t-il régné vingt et un ans et vécu soixant&4ix ans.
Son tombeau fait pendant à celui de Paul III, dans la tribune de Saint-Pierre, et il est de bronze comme lui. De chaque côté du magnifique sarcophage de marbre noir se dressent deux figures sans dignité, . maniérées au point de ne pas être supportables, la Justice, tenant l'épée et la torche, et la Charité, avec un enfant. Un squelette ailé, en bronze doré, qui excite le dégoût ou le rire dans Tâme du spectateur, est assis sur le sarcophage et semble inscrire le nom du pape sur le livre de la mort. Urbain lui-même, belle figure virile, à forte barbe, trône sur un piédestal, distribuant sa bénédiction ; il est enveloppé d'un vêtement à plis confus qu'il tient amoncelés sur ses genoux : cette disposition de plis exhubérants était très en usage à cette époque. L'écusson des Barberini (il porte des abeilles) couronne le monument ^ .
1. Les armes des papes font rarement défaut sur leurs tombeaux^ et ils en occupent généralement le sommet.
Son successeur, Innocent X, Pamfili (1644-1655), . est moins remarquable par ses actions que par son népotisme exagéré, et par les intrigues et les cabales que ses parents mettaient en mouvement les uns contre les autres. Sa belle-sœur, la fameuse Olimpia Maldachini, dominait entièrement ce vieillard faible et bienveillant. Innocent, qui était excessivement laid, se rendit généralement odieux par Tavidité et les pilleries de sa famille ; et si le sénat a dressé à
lui aussi une statue sur le Capitole, cet honneur ne
s'adressait qu'aux constructions qu'il avait fait faire, aux merveilles du Transtevère et au second palais du Capitole. Il aimait la grande placé Navone; et c'est là, dans l'église de Sauf Agnese^ qu'il fit bâtir près du palais de sa famille, et devant laquelle il fit placer la belle^ fontaine de Bernini, qu'il a été enterré. On y voit aussi son image en demi figure qu'on a placée très-mal à propos et sans goût au-dessus de la porte d'entrée. Ce fut don Çamillo, le fils de donna Olimpia, qui éleva le somptueux palais Pamfili sur le Corso, ainsi que la magnifique villa dehors de la porte San P^jncrazio.
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Qdând on voit toutes ces magnificences da népotisme, on ne s'étonne plus de la pauvreté' des États de • rÉglise.
Mais le coupable Innocent, qni avait tant donné à son insatiable famille, devait recevoir la juste récom- ' pense au moment de sa mort. Ce que les relations contemporaines en racontent est trop remarquable pour qu'on puisse le passer ici sous silence.
c Après les trois jours pendant lesquels le corps d'Innocent était resté exposé à Saint-Pierre, disent les mémoires du temps S il ne se trouva personne qui voulût se charger de le faire ensevelir. On envoya dire à donna Oli^pia de lui faire faire un cercueil et un coussin; mais elle répondit qu'elle était une pauvre veuve. De tous ses autres parents et neveux pas un seul ne donna signe de vie ; alors on transporta le corps dans une chambre où les maçons
1. Voir Novaës dans la Vie cTInnocent X Donna Olimpia^ qui avait trouvé moyen de sortir heureusement du procès que lui intentèrent l,es successeurs de ce pape, mourut cependant de la peste^ misérable^ et abandonnée de tous, à sa villa 4e Viterbe. L'histoire de cette vie singulière a été publiée à Rome, à Tépoque de la dernière révolution, d'après un manuscrit de la Bibliothèque Vaticane. j
tenaient leurs outils. Quelqu'un lui mit, par compas-
sion, une chandelle de suif allumée près de la tête ; et un autre ayant dit qu'il y avait beaucoup de souris dans cette pièce, et qu'elles pourraient manger le cadavre, quelqu'un qui se trouvait là donna de sa poche de quoi payer un gardien. Et après qu'un jour encore se fut écoulé, monsignor Scotti, le majordome, eut pitié de lui et lui fit faire un cercueil de bois de peuplier, et monsignor Segni, chanoine de Saint- Pierre, qui avait été son majordome et qu'il avait , chassé, lui rendit le bien pour le mal et donna cinq écus pour le faire ensevelir. »
On le voit, le saint-père n'est pas plus assuré contre le sort que le commun des hommes; mais un pareil exemple des vicissitudes de la vie dans de si hautes destinées est plus saisissant ou soulève plus d'indignation.
Nous allons presser le pas désormais, car bien peu de tombeaux nous pourront intéresser, maintenant que nous sommes arrivés à une époque ou la papauté a terminé déjà son rôle politique dans l'histoire du monde.