‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 6 sur 37 · ÉPITAPHE DE GRÉGOIRE "LE GRAND · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DE GRÉGOIRE "LE GRAND

Reçois, ô terre I ce corps, à ton corps emprunté luimême;

Tu le rendras à Dieu quand il lui rendra la vie.

L'âme monte vers les cieux : la mort ne nuira point

A qui la mort est bien plutôt le chemin d'une autre vie.

En ce sépulcre sont enclos les membres d'un grand pontife

Qui vivra toujours en tous lieux par ses bonnes œuvres sans nombre.

Il vainquit la faim avec du pain et le froid avec des vêtements,

Et avec les saintes Écritures il tint les âmes à couvert de Tenneml*

1* Tituiuê Gregorii papa I : Suseipe, etc,(V. aux Inscriptiors.)

.DES PAPES ROMAIT^S. 61

n renforçait par ses actions tout ce qu'il easdgnait par ses discours

En de mystiques paroles, afin qu^elles servissent d'exemple.

Il convertit les Angles à Christ, par ses soins pient^

Acquérant aux peuples de nouvelles phalanges de la vraie foi.

Ton travail, ton étudto et ta peine, ce que tu faisais, ô pasteur !

C'était d'offrir au Seigneur tous les grains du troupeau.

Tu as été fait conisul de Dieu : réjouis-toi jde ton triomphe,

Car tu tiens déjà la récompense sans un de tes (0uvres.

Ici repose le pape Grégoire I*', qui régna treize ans si% mois et dix jour^. II fut déposé le quatrième jour des ides de mars.

Comme on le voit par les derniers vers, h pensée du poëte qui les eomposa, en l'an 604, était encore en pleine antiquité.

A mesure que la science et l'art jetaient leurs d^nières lueurs et que la ville de marbre d'Auguste et de Trajan devenait semblable à un tombeau hanté par des ombres et par une foule innombrable de moines, la barbarie qui enveloppait Rome continua longtemps

• encore 'après Grégoire 1" à faire des progrès. Elle n*a aucun monument qui vienne arrêter le voyageur, si ce n*est par-ci par-là, dans quelque église, une de ces sombres mosaïques, si ^ expressives et^î étranges, appartenant au style byzantin. Nous trouvons là un art grossier, plein de force, tout empreint de la sauvage gravité de ces temps. Mais nous ne le comprenons plus aujourd'hui; tout au plus croyons*nous le deviner ou le pressentir, par un retour de mémoire soudain, lorsqu'il nous arrive de nous perdre dans la contemplation d'une tête de Christ ou d'un visage de saint de l'école byzantine.

Alors, — je parle de la fin du septième et du huitième siècle, — alors un flot de pèlerins afiBuait vers Rome, venant du côté du Nord, pour recevoir le baptême au tombeau de l'apôtre. Des rois de cette Angleterre où Grégoire avait envoyé les premiers missionnaires portèrent leurs couronnes et leurs longues chevelures en offrande à saint Pierre, et sur les degrés du Vatican ils reçurent un blanc vêtement de catéchumène, comme la plus grande récompense de leur vie. Cedwalla, roi des Saxons occidentaux, vint

à; Rome; Offa, roi des Saxons de l'est, et le roi Coenred, vinrent aussi. Ils trouvèrent tous un tombeau dans. Tafo'iiiia de la basilique, à côté de ceux des papes \- .^. .

1. On peut voir dans Béda,dans Baronius, Tépitaphe de Cedwalla, de Wessei, qui mourut à Rome l*an 689. Elle est lourde, gonflée .^ btaiucoup trop longue.

Ce fut au septième siècle qu'on commença à avoir ridée de transférer les tombeaux de ceux des papes qui étaient l'objet d'une vénération particulière du vestibule de Saint-Pierre dans l'intérieur de l'église. Ce fut par Léon le Grand qu'on commença, et l'an 688 on lui éleva un magnifique tombeau dans le transept de la basilique. Il fut ainsi le premier pape qui eut un monument danà' l'église^ même. Déjà s'était dissipée cette crainte religieuse qu'on avait en des temps plus anciens : les morts pénétraient dans le sanctuaire, et ils commençaient à devenir l'objet d'une vénération religieuse. C'était précisémétit aussi le temps où le culte des reliques et la vénération des saints qui n'avaient pas souffert le martyre commen-

çaient à s'établir. On érigeait déjà des autels au-dessus des ossements des papes vénères.

On éleva donc aussi un autel à saint Léon. Celui qui lui est dédié aujourd'hui fut refait en Tan 1715, sous le pontificat de Clément XI. C'est celui qui est placé dans la chapelle de la madone Colonna, tout au fond de Téglise, et sur lequel on voit le célèbre relief de TAlgardi. Il représente ce pape arrêtant Attila et Tempéchant d'entrer dans Rome, et il offre une scène semblable à celle que tout le monde connaît par la fresque de Raphaël dans la chambre de l'Héliodore. Comme saint Léob, saint Grégoire le Grand fut aussi transporté de ratriûm dans Tinté rieur de Tèglise, cent vingt-cinq ans après sa mort et sous le pontificat de Grégoire lY, qui lui érigea un autel. Il est aujourd'hui dans la chapelle Clémentine.

Les papee qui suivirent trouvèrent, eux aussi, leurs tombeaux près de raûtel de Tun de leurs prédécesseurs qui avait été canonisé. Ainsi nous savons que le pape Adrien I" (772-793) fut enterré auprès de celui de saint Léon. Charlemagne, qui avait été son ami, lui fit placer par Alcuin cette épitaphe émue qu'on

peut lire aujourd'hui sur une plaque de marbre dans le vestibule de Saint-Pierre; c'est un des plus anciens monuments de la papauté.,

Page 1