‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 7 sur 37 · ÉPITAPHE D'ADRIEN · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE D'ADRIEN

Le père de l'Église^ romement de Rome, récrivain célèbre, • ,

Adrien, ce bienheureux pape jouit d^la paix :

Dieu fut la vie de cet homme, l'amour sa loi, Christ sa gloire;

Il fut le pasteur apostolique, toujours prêt à faire tout ce qui était bien.

Né noble et issu d'une race grande depuis longtemps.

Il reçut une noblesse plus grande encore de ses vertus.

L'âme pieuse dexe bon pasteur s'appliqua toujours

Et partout à orner les temples consacres à Dieu.

Il combla de dons les églises et inculqua aux peuples les dogmes sacrés; \

Et à tous il montra le chemin du ciel.

Libéral envers les pauvres, sa charité n'était à nulle autre seconde.

Et pour son peuple il veillait toujours en prières.

Par ses doctrines, ses trésors, ses constructions, il éleva,

1. Titulus Adriani papœ I : Hic Pater, etc. (V. aux Inscriptions.)

Rome illustre, tes monuments, l'honneur de la ville et du monde.

La mort ne lui fit aucun mal, car elle a été tuée par la mort de Christ;

Elle fut pour lui la porte d'une vie meilleure.

Moi, Charles, j'ai écrit ces vers, tout en pleurant sur mon père; •

mon père, mon doux amour, je te pleure à présent.

Toi, souviens-toi de moi : toujours te suivra ma pensée. Avec Christ jouis donc de l'heureux royamne du ciel.

Le clergé et Je peuple t'aimèrent d'un amour extrême,

Tu étais l'amour de, tous, ô le meilleur des pasteurs.

J'unis nos deux noms et nos titres à la fois,

le plus illustre des hommes :

Adrien, Charles, moi le roi, toi le père. -

Qui que tu sois qui liras ces vers, dis avec un coeur pieux cette prière :

Dieu ! sois clément, prends-les tous deux en pitié.

Que tes membres, ami, reposent en paix à cette heure,

Et que ta belle âme se réjouisse avec les saints de Dieu;

Oui, jusqu'à ce que la trompette dernière résonne à tes oreilles;

Alors lève-toi pour contempler Dieu, à côté du prince des apôtres, saint Pierre.

Tu entendras, je le sais, la voix clémente du juge :

Entre alors dans les joies sublimes de ton Maître et Seigneur. .

es LES TOMBEAUX

Souviens-toi de ton fils^ ô bon père, alors/ je t'en prie,

^t dis : Avec le père, ô Seigneur, que mon fils entre au ciel.

Va, père bienheureux, au royaume céleste de Christ^

£t de là Tiens en aide à ton troupeau par tes prières.

Aussi longtemps que le soleil éclatant à la chevelure de feu resplendira sur son axe.

Ta gloire durera, ô saint père, en ce monde à toujours.

Le pape Adrien; d'heureuse mémoire, régna vingt-trois ans dix mois dix-sept jours. Il mourut le septième jour des calendes de janvier. :

« Cette inscription a certainement une grande valeur

historique; elle exprime à la fois le' caractère du

temps et les sentiments religieux de Charlemagne,

ce vainqueur des Saxons païens et des Sarrasins, ce

héros de la foi que, dans la simplicité de ce temps,

çn vit un jour gravir à genoux et baiser successive-

ment chacun des trente degrés de Saint-Pierre. La

papauté lui doit beaucoup. Il fut le second fondateur

de la hiérarchie catholique. L'empereur Constantin

et la comtesse, Mathilde furent avec lui ses génies

tutélâires en ce monde temporel.

Mais répoque de Charlemagne et du renouvelle-

DES PAPES ROMàLI^S. 69

ment de l'empire romain, cette époque, qui forme un si important chapitre dans l!histoire de Thumanité, n'a malheureusement laissé aucun autre monument à Rome. Le tombeau de Léon lïl, qui couronna Charles, n'existe plus ; car ce pape fut déposé "par la suite avec Léon I, II et IV dans un môme caveau du Vatican ; et la célèbre mosaïque, qui ornait le triclinium construit par Léon III au Latéran, n'est arri- . vée à nous que far une copie faite longtemps après : c'est celle que l'on voit aujourd'hui dans une niche isolée, adossée à la chapelle Sancta-Sanctorum, tout près du palais de Saint- Jean de Latran. Elle représente le Christ de grandeur colossale, debout au milieu des apôtres ; de chaque côté de ce groupe central on en voit deux autres : à droite, le Christ remettant les clefs à l'apôtre, saint Pierre, et à Constantin le Labarum; à gauche, saint Pierre tendant l'étole au pape Léon III, et à l'empereur Charlemagne la bannière, L^ancienne inscription porte :

Béate Petrus Dona

Vita Leoni FPe Bido Bia

Carulo Régi Dona..

Il reste un plus grand nombre de mosaïques du temps de Pascal i*' (817-824); Les trois que Ton voit à Sainte-Praxède, à Sainte-Cécile et dans l'église de Santa Maria in Domniça, sur le Cœlius, viennent de lui. Ce pape rebâtit ces trois églises, et il les orna de mosaïques où il se fit représenter. Ses portraits (une figure en pied tenant une église dans la main) sont identiques dans les trois tableaux, et nous. donnent par conséquent son image fidèle et authentique. C'est là une rareté parmi les portraits des anciens papes, qui ornent comme on sait h frise de Saint-Paul hors les murs, formant une série non interrompue depuis saint Pierre jusqu'à nos jours, et qui tous, de môme que les types de saint Pierre et de saint Paul et de tant d'autres saints de l'Église catholique, sont le produit de l'imagination et de la fantaisie.

DES PAPES ROMAINS. tl

Cependant le nombre des monuments augmentait toujours à Saiftt-'Pierre. L'atrium en était rempli, et ils envahissaient Tintérieur. Ils y furent distribués sans ordre le iQng des murs jusqu'à Pie II, Piccolomini, qui fit réunir les tombeaux épars sur la muraille latérale de droite de Téglise. Mais de tous les monuments que contenait la basilique de Constantin, antérieurement à sa réédification sous Jules II, il ne nous reste plus que quelques tombeaux du quinzième siècle; nous les retrouverons à Saint-Pierre. L'impatience fougueuse de ce pape n'épargna même pas les tombeaux des papes, lorsqu'il fit abattre la vieille église ; mais on transporta du moins dans les grottes souterraines de Saint-Pierre les débris de quel-

ques-uns de ces tombeaux^ autrefois rornement de Tatrium ou des nefs; on y trouve aujourd'hui beaucoup dé sarcophages de pierre et quelques épi-, taphes du commencement du moyen âge. JLa plus ancienne de toutes est celle de Boniface IV (608-615), écrite en vers léonins barbares, et intéressante, parce qu'il y est dit que ce pape avait reçu de l'empereur Phocas le Panthéon, qu'il J'avait purifié des démons et consacré à tous les saints*

Les sarcophages sont simples et sans ornements ; ce sont des caisses quadrangulaires de pierre, souvent sans la moindre sculpture sur les côtés. L'image du pape est coûtée au-dessous dans la sévère attitude de là mort, et non pas dans celle d'un homme endormi, comme ce fut l'usage plus tard. Sa tête est coiffée de la tiare et repose sur un coussin ; il est vêtu de la chasuble et de l'étole ; ses mains sont recouvertes de ganis et toujours croisées sur sa poitrine, de façon à ce que la droite repose sur la gauche. Un joyau de forme ronde est placé au milieu du gant, et au doigt l'anneau pontifical. I\ien n'indique par sa beauté ou sa richesse le tombeau d'un. pape;

leurs sarcophages sont semblables à tous les autres, à cette époque où Tart était tombé si bas, qu'il ne pouvait plus rien produire qui valût celui de Junius Bassus; aussi choisissait-on de préférence, pour la sépulture des papes, de vieux sarcophages chrétiens ornés de figures. Mais on était alors si pauvre en œuvres de sculpture, qu'il fallut bientôt, et dès le commencement du moyen âge, surmonter la répugnance que Ton avait à faire servir d^ tombeaux pour les papes des sarcophages païens véritablement antiques. Peut-être se décîda-t-on avec plus de peine à le faire, qu'à transformer des chaises de bain antiques en trônes épiscopaux.

On déposa donc les torps des papes décédés dans ces cercueils au fond des souterrains; mais à Saint- Pierre même on éleva des cénotaphes à leur mémoire. Quelques fragments s'en trouvent encore dispersés dans les grottes, ou murés ^ans les parois. La perte de ces vieux monuments est très-regrettable, et c'est ce qui fait que nous n'en avons pas un seul qui date du neuvième ou du dixième siècle, cette époque de la plus grande barbarie pour Rome et

pour toute l'Ilalie en général, pendant laquelle Thistoire des papes nous remplit d'étonnement par son caractère A' ensauvagement grossier, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Temps sombres et terribles, mais de rude énergie et de forte passion! Alors toutes les figures sont lourdes et gigantesques, ou bizarres et sauvages. Et ces luttes pour la possession de la papauté dont Rome était le théâtre, et dont les barons barbares de la ville même ôu de la campagne s'emparaient tour à tour, sont pénibles pour l'imagination et l'effrayent bien plus qu'elles ne la charment. Je parle du temps où les comtes de Tusculum étaient maîtres de Rome , et il me suffit de rappeler les noms de Marozia et de ses deux filles, d'est aussi le temps de Crescentius : c'est alors que commence l'histoire satanique du château Saint- Ange, tombeau, prison où forteresse; jamais édifica au monde, on peut le dire sans exagération, n'a eu une histoire aussi tragique et aussi importante, pas même le Vatican. Au milieu d'une lutte continuelle d'événements, tous deux s'élèvent l'un à côté de l'autre, comme les monuments les plus curieux de tous les siècles chrétiens.

Et cette époque est aussi celle des glorieux Olhons d'Allemagne, parce que Thistoire de l'Italie se trouve liée à celle de notre patrie* ,

Et Rome nous en a conservé un monument, le tombeau de l'empereur Othon II, qui mourut ici à peine âgé de vingt-huit ans. L'histoire, aussi bien que la légende du moyen âge, a conservé le souvenir de ce jeune homme, hardi, chevaleresque et malheureux, vrai précurseur de Conr.adin de Souabe. Il avait droit à un tombeau dans Rome, ceiul qui avait espéré la faire remonter au rang de C£^pitale du monde, en même temps qu'il en ferait celle de son empire. Il y mourut, le 7 décembre 983, et fut enseveli dans le parvis de Saint-Pierre ' . Sa cfépouiHe resta intacte dans son cercueil jusqu'au 20 octobre 1609. Mais lorsque Paul V fit démolir le parvis de l'ancienne basilique pour élever la nouvelle façade, le cercueil impérial fut ouvert. On trouva les ossements d'Othon petits et d'une construction délicate,

1. V. Otto de Freisingen^ livre VI, chapitre xxv : « Ipse rero Otho secundus nono imperii sui anno Roms moritur^et ante Divi Pétri ecclesiam in concha marmorea honorifice humatur. »

et l'on en conclut qu'il avait dû être de petite sta-

tu're; son crâne aussi était petit*. Le sarcophage de marbre avait appartenu autrefois à un ancien Romain, car il était orné des deux bustes d'un personnage consulaire et de sa femme; mais son couvercle, en magnifique porphyre, provenait du château Saint- Ange, et avait été pris, à ce que Ton dit, sur le cercueil de l'empereur Adrien. L'un et l'autre furent enlevés à l'empereur Othon. On transporta le sarcophage dans la cour du palais Quirinal et le couvercle. à Saint-Pierre où il sert aujourd'hui de fonts baptismaux, et où celui qui considère cette transformation si étrange et significative peut trouver matière a d'amples réflexions. Sur ce bloc depor* phyre tombèrent autrefois les larmes de la belle et spirituelle Théophania, l'épouse d Othon, qui, trans-

i, Toi-rigius {Le sacre Grotte, page 365) cite le rapport du notaire Griihaldi^ qui se trouvait présent : « Corpus Othonis in ossa redactum erat, parvas staturae, dentés firmos et caput parvum. Fuit sepultum cum dicto labro sub fornice novi parvimenti Basilic»^ ibique hodie 1618^ 23 aprilis^ ita notavi , ego Jacobus Grimaldus, qui omnia vidi^ et ossa sepulturœ tradidi. »

plantée de la grasse et voluptueuse Byzance au milieu de TAllemagne alors encore sans tulture, devait sitôt ensevelir à Rome son jeune époux.

On voit aujourd'hui dans les grottes du Vatican une grande voûte murée et revêtue de stuc; c'est là que sont conservés les restes de Tempereur. Sur la muraille on a encastré une mosaïque qui représente le Christ sur son trône, et dans l'attitude de la bénédiction entre les apôtres saint Pierre et saint Paul : c'est la même qui ornait originairement le tombeau d'Othon dans le parvis de la basilique. Ici, au, lieu des deux clefs qu'on voit ordinairement dans ses mains, saint Pierre en tient trois. Cette forme ancienne et inusitée semble avoir un rapport avec le trirègne ou triple couronne des papa^, et peut-être signifie-t-elle la triple puissance de lier et de délier, qui lui avait été accordée dans le ciel, sur la terre et dans le purgatoire.

Non loin du tombeau d'Othon, nous trouvons dans

* les grottes le sarcophage du premier pape allemand,

Grégoire V (Brouno) (996-999), qu'Othon III avait

élevé à la chaire de saint Pierre. Bien que nous

n*ayons plus le tombeau de cet homme puissant et fort, — il forma le moyen âge barbare primitif et ouvrit Tère des réformes de Grégoire VII, — le hasard nous a conservé son cercueil et son ancienne épitaphe. On s'arrête avec plaisir devant eux, et on lit en silence dans ces vieux caractères et dans ce , latin barbare, Thistoire de ces temps : glorieux pour rÀllemagne, ils furent pleins de deuil pour Rome. En effet, le 29 avril 998, le château Saint- Ange tomba entre les mains du jeune empereur, et avec lui Crescentius, le précurseur d'Arnaldo de Brescia, et de Cola di Rienzo. C'était une nature puissante en qui Rome, après tant de siècles, commençait à se rappeler pour la première fois qu'elle avait eu des Bruttts et des Gracques. Il avait chassé Grégoire V de Rome : et toutes les chrçniques italiennes assurent que l'empereur, violant la promesse qu'il lui avait faite de lui laisser la vie, lui fît couper la tête dans le château Saint-Ange, et puis ensuite jeter le cadavre

par-dessus les créneaux *.

1. Je donne iûi d'après Baronius et UgQpio Tancienne épitaphe qui se trouvait à Saint-Pancrace, sur la voie Aurélienne, et qui

Grégoire V mourut jeune lui-môme, comme les Othons, ses cousins, à l'âge de vingt-sept ou de vingthuit ans, et après deux ans et cinq mois d'un ponti^ ficat rempli de troubles. Peut-être fut-il empoisonné comme le fut bientôt après Othon III, qui le fit inhumer à côté de Grégoire !•% ainsi que l'indique fe dernier vers àes distiques barbares qu'on inscrivit sur son tombeau. Son sarcophage est de très-longue dimension, en marbre blanc, et orné de bas-reliefs

semble ayoir appartenu à Crescentius. Elle a disparu^ et c*est en vain que j*ai interrogé les moines du couvent pour en retrouver la trace.

VennU homo, putredo, cinis, laqnearia qnsris, His aptandns eris sed brevibas Gyaris.

Qui tennit totam féliciter ordine Rojnam, His latebris tegitar pauper et eziguus.

Pnlcher in aspectn dominus Crescentius et duv ,

Inclyta progenies qnem peperit sobolem.

Téropore sub cujus Talnit Tyberinaque tellut, Jns ad Apostolici valde qnieta stetit.

Nam fortona snos convertit Insibns annos Et dédit cztremum finis habere tetmm.

Sorte sub hac qnisqnis vitœ spiran^a carpis, Da vel hnic gemitnm, te recolens sociam.

grossiers des premiers temps du christianisme, parmi lesquels on voit le Christ sous la figure d'un jeune homme remettant les clefs à saint Pierre. Voici ce que dit Tépitaphe:

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