‹ Les tombeaux des rois sous la TerreurChapitre 11 sur 34 · DESTRUCTIONS DES G, 7 ET 8 AOUT 179'^) 'J · texte numérisé non relu

DESTRUCTIONS DES G, 7 ET 8 AOUT 179'^) 'J

retracer la destruction ? Disons pourtant que, sous l'habile direction de Viollet-le-Duc, les tombeaux échappés au massacre ont repris ou à peu près leur place primitive dans la Basilique et que les statues de pierre d'empereurs carlovingiens qu'on voit dans la crypte ont été sculptées du temps de Napoléon I*"" pour une chapelle qui ne fut pas construite.

Les premiers coups de marteau étaient donnés le 6 août 1793. Chose digne de remarque ! le premier tombeau que rencontra le marteau des démolisseurs fut la chapelle funéraire du fondateur de l'Abbaye, de Dagobert inhumé dans l'église le iG janvier 638. Cet élégant monument ogival occupait, comme aujourd'hui, une place d'honneur à côté de l'épître.

Les ouvriers brisèrent la statue couchée du roi^ ; mais ils respectèrent celles debout de Nanthilde et de leur fds Clovis II. On conserva également le bas-relief à trois étages représentant, dans un ordre ascensionnel, la

* Celle que l'on voit aujourd'hui est due à M. Geoffroy- Dcchaume.

vision légendaire qu'un saint solitaire eut à son sujet \ « parce que — style de l'époque — ce morceau de sculpture pouvait servir à l'histoire de l'art et à celle de l'esprit humain, »

On n'ouvrit pas le cercueil : sa profanation devait faire partie des journées d'octobre.

Sans perdre de temps, les ouvriers passèrent aux tombeaux de Clovis II et de Charles- Martel. On ne brisa pas les statues qu'on se contenta de desceller. Sous la dalle tumulaire des cercueils en forme d'auge ne contenaient que quelques osa peine reconnaissables et un peu de cendre.

On souleva ensuite la statue de Pépin le

1 Voici le résumé de cette légende : un saint, dont l'ermitage était situé non loin d'une bouche de l'enfer, avait vu passer une nacelle dans laquelle une troupe de démons emportait aux tourments l'Ame de Dagobert, accablée de douleurs et chargée de fers. Ce dernier n'avait d'autres ressources que d'invoquer les trois saints auxquels il avait montré le plus de dévotion, Denis, Maurice et Martin. Accourus tout à coup, ils arrachèrent des mains infernales l'âme du dévot roi et la portèrent au ciel où la sculpture ligure la mam de Dieu sortant d'un nuage pour la recevoir. (Gestes de Dagobert, 44. — Chronique de Saint-Denis, V, 19.)

Tombeau de Dagobert.

(Cl. Reymond).

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Bref : un cercueil de pierre, grossièrement taillée, contenait un peu de cendre et quelques fds d'or, vestiges des vêtements consumés. C'est tout ce qui restait du premier roi de la dynastie carlovingienne, après un peu plus de mille ans.

Puis, ce fut le tour des tombes de Berthe, femme de Pépin, dont le nom fut si aimé et si populaire ; de Carloman, frère de Gliarlemagne ; d'Hermentrude ; de Louis III et de son frère Carloman, ce Nemrod français qui s'était fait tuer par un sanglier à quelques lieues de la basilique ; d'Hugues le Grand ; d'Hugues Capet ; d'Henri P'" ; de Louis le Gros ; de son fds Philippe et de Constance de Castille.

Elles contenaient des cercueils d'environ trois pieds de long, recouverts d'une pierre en dos d'âne ; tous ne renfermaient que des ossements.

Une lame de plomb, apposée sur chaque cercueil, donnait le nom du défunt et la date de son décès, très lisibles encore.

On songe au vers de V. Hugo :

Et voyez la poussière

Que fait un empereur !

Savez-vous ce qu'un jour il en reste ? — O démence! Celte pierre ! et du titre et du nom triomphants ? — Quelques lettres, à faire épeler des enfants !

Dans le cercueil de Constance de Castille, pourtant, on trouva son sceau d'argent de forme ogivale pesant trois onces et demie. Il fut déposé à la municipalité \

On soulevait le 7 août les statues de marbre de Philippe le Hardi" et d'Isabelle d'Aragon. L'inscription qu'on lit au-dessous de la dalle de marbre noir qui supporte la statue de la reine et qui fut respectée par les ouvriers mérite d'être reproduite, comme la plus ancienne épitaphe rimée en français qu'il y eût à Saint-Denis.

* Il se trouve actuellement au Cabinet des Antiques de la Bibliothèque Nationale, salle de la Renaissance.

■^ Rappelons l'opinion émise par les archéologues, en particulier le baron de Guilhermy, que cette effigie ouvre la série authentique des portraits des rois de France à wSaint- Denis.

Sceau en argent, grandeur naturelle, de la reine Constance de Castille, femme de Louis Vil : trouvé dans le cercueil de cette princesse.

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Dysabel lame ait païadys Dom li cors gistsouz ceste yniage Femme av roi Phelipe ia dis Fin lovis roi mort en cartage Le iovr de sainte agne seconde L'an mil CC dis et soisente A cysance Iv morte av monde Vie sanz fin dex li consente

Ces deux tombeaux contenaient chacun un coffret de plomb d'environ trois pieds de longueur sur huit pouces de haut. Ils renfermaient leurs ossements assez bien conservés. On transporta immédiatement les coffrets de plomb à l'Hôtel de Ville.

La destruction suivait son cours : c'était le tour des tombes de Philippe IV, de Louis le Hutin, de son fils Jean, de sa fdle Jeanne, de Philippe le Long, de Charles IV et de Jeanne d'Evreux, de deux princesses, de Philippe de Valois et de ses deux femmes, Jeanne de Bourgogne et Blanche de Navarre, de Charles V, de Charles VI, de Charles VII et de sa femme Marie d'Anjou et du roi Jean.

On continua l'hécatombe par la destruction

du massif du monument de Charles VIII, dont l'effigie et les quatre anges qui entouraient l'édifice funèbre avaient déjà été enlevés en 17921.

On descella, pour finir, les marbres de Henri II et de Catherine de Médicis qui se trouvaient dans la Chapelle de Notre-Damela-Blanche", l'un et l'autre, en costume d'apparat, couches sur un lit recouvert de lames de cuivre doré, aux chiffres des époux : la reine encore jeune et belle, évoquant, au milieu du massacre des sépulcres, un règne aussi où la mort était à l'ordre du jour, où l'on convertissait à coups d'arquebuse, où les parfums de René, la lame effilée des gentilshommes et la massue de Boelim étaient des armes d'Etat.

En mèmetemps,on descendait dans la Chapelle de Turenne le monument de Duguesclin représentant le connétable couvert de

1 Le mausolée de ce prince, où il clail représenté de grandeur naturelle et en bronze, fut porté à la fonte.

- Ces ligures, en marbre blanc, sont l'une des plus belles œuvres du ciseau de Germain Pilon.

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ter, les mains jointes, portant à Tœil la marque cVun coup de lance de l'ennemi.

Ces destructions accomplies du 6 au 8 août 1793 n'étaient que le lever de rideau; la grande pièce allait commencer le douze octobre.

Le nombre des monuments démolis s'élevait à cinquante et un. On n'avait pas travaillé de main morte : en trois jours on avait détruit l'ouvrage de douze siècles. Encore quelques semaines de profanation et Chateaubriand aura le droit de s'écrier : « Elles ne sont plus, ces sépultures ! Les petits enfants se sont joués avec les os des puissants monarques ; Saint-Denis est désert, l'oiseau l'a pris pour passage, l'herbe croît sur ses autels brisés ; et au lieu du cantique de la mort qui retentissait sous ses dômes, on n'entend plus que les gouttes de pluie qui tombent par son toit découvert, la chute de quelque pierre qui se détache de ses murs en ruine, ou le son de son horloge , qui va roulant dans

les tombeaux vides et les souterrains dévastés ^ »

Les cendres des rois et des reines furent déposées dans une fosse creusée dans un terrain attenant au nord de l'église, qu'on appelait la Cour ou Cimetière des Valois. Au XVI* siècle, on avait construit sur cet emplacement une somptueuse chapelle en forme -de rotonde, où reposaient, avec d'autres princes, le roi Henri II et la reine Catherine de Médicis-. En 1719, ce monument qui menaçait ruine, fut démoli. Une partie des colonnes corinthiennes, qui décoraient à l'extérieur la Chapelle des Valois, servirent à composer au parc Monceau cette ruine factice dont les promeneurs admirent aujourd'hui le pittoresque, sans se douter probablement de l'origine'*.

1 Loco citato. — 4" partie, chap. ix.

2 On y accédait par la porte de sortie de la croisée du transept.

■'' C'est à quelques mètres de ces ruines que furent entassés dans des fosses les restes de Danton, Camille Desmoulins,

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