‹ Les tombeaux des rois sous la TerreurChapitre 12 sur 34 · DESTRLCTIONS DES 6, -; ET 8 AOUT · texte numérisé non relu

DESTRLCTIONS DES 6, -; ET 8 AOUT

Les monuments de métal avaient été tous sacrifiés : témoin celui de Charles le Chauve, grande tombe en cuivre qui supportait son effigie en ronde bosse, couchée, encensée par deux anges et gardée par quatre docteurs de l'Eglise. Sept lampes d'argent brûlaient jour et nuit par fondation de l'empereur autour de cette sépulture \ Un décret spécial avait ordonné la fonte de ces monuments, pour en faire des bouches à feu destinées à foudroyer les ennemis de la République.

Les grands mausolées de Louis XII, de François P^ de Henri II, de Turenne. restèrent quelques semaines encore dans la Basilique. Plus tard, ils allèrent rejoindre dans le

Lucilc, Chaumetlc, Robespierre, Saint-Just, Lcbas et tant d'autres. — Michelet. Les Cimetières de la Terreur.

1 D'Ayzac, loc. cit. « En vertu du décret de l'Assemblée nationale du 16 août 1792, les bronzes qui étaient dans les différents édifices du royaume tels que mausolées et autres objets, surtout ceux qui concernent les rois, seront retirés et convertis en bouches à feu ; en conséquence le vendredi 17 et le samedi 18 août on a retiré de l'église Saint-Denis le tombeau de Charles le Chauve, qui était en cuivre... le tombeau de Charles VIII... et le tombeau d'Harman de Guillem, seigneur de Barbazan... 11 était en bronze. » Gautier, loc. cit., p. 112.

cimetière les autres tombeaux en partie mutilés ou détruits, exposés aux injures du temps.

Plusieurs tombeaux furent totalement brisés, comme ceux du roi Eudes et de Hugues Gapet ; on en prit d'autres, au hasard, pour en composer une montagne symbolique, au sommet de laquelle se trouvait une statue de la Liberté, en face le portail de ^église^

Et ce ne dut pas être un spectacle banal de voir le 19 vendémiaire an III (10 octobre 179/4, style esclave) les restes de Rousseau, qu'on portait au Panthéon, s'arrêter à Saint-Denis au pied de cette montagne symbolique', pour entendre le maire de la commune, le citoyen PoUart', debout entre une statue deCarloman et une effigie de Glovis II, prononcer un dis-

^ Nous possédons un curieux croquis de Pei'cicr, fait sur place, et qui montre cet amas étrange de monuments empilés confusément.

2 Bournon, Saint-Denis, 1892.

3 Pollart, élu maire 1792 — 22 fructidor an V. « Le maire d'alors était un ci-devant religieux bénédictin de l'Abbaye de Saint-Denis, dont je parlerai ailleurs, lequel fut nommé député au conseil des Cinq-Cents, en germinal de l'an six de la République ou avril 1798 vieux style pour un an seulement, il se nommait Pollart. » Gautier, loc. cit., p. i-i3.

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cours ému sur les vertus du sage Caton et de Timpétueux Brutus, l'âge d'or de la philosophie et le bonheur du genre humain. L'histoire ne nous le dit pas, mais l'on dut chanter, pour finir, un Hymne à l'Humanité, et les larmes durent couler des yeux des vieillards qui pouvaient se croire transportés en Arcadie.

Toujours est-il que le plus grand nombre des statues de pierre et de marbre furent sauvées de la destruction ^ Un homme s'était présenté, dont le nom doit rester honoré par tous les amis des arts, qui fut en quelque sorte leur providence au milieu des tourmentes qui bouleversaient le sol de la patrie et dont le courageux dévouement ne saurait être assez vanté, Alexandre Lenoir% qui les

^ « Vingt-trois statues do pierre et 24 en marbre détachées des monumenls détruits étaient déposées dans le cimetière des Valois. » Rapport des commissaires déjà cité, Archives nationales, vitrine 122, n^ 1374.

2 Alexandre Lenoir, archéologue, né à Paris 1761-1839. Parmi ses ouvrages, citons le Musée des monuments français, qui contient un récit des dévastations de Saint-Denis, au.\quelles il assista au nom de la Commission des Arts Ce récit,

revendiqua, au nom de la commission des arts, pour le musée des monuments français dont l'Assemblée nationale avait décrété la création dans l'ancien couvent des Petits- Augustins\ et dont il était conservateur. Il ne tarda pas à justifier ce titre, en s'opposant, au péril de sa vie, à la destruction du mausolée du cardinal de Richelieu : il fut alors blessé d'un coup de baïonnette à la main

qui n'est que la reproduction littérale du manuscrit de dom Druon, offre un grand intérêt par les interpolations qu'y a faites A. Lenoir, pour le compléter, mais sans rien modifier du texte original. On voit à Carnavalet un portrait d'A. Lenoir dessiné au crayon par David.

^ Fondé en 1606 par Marguerite de Valois, là où est actuellement l'École des Beaux-Arts. La plupart des monuments funéraires étaient installés dans un vaste iardin qu'on appelait l'Elysée. C'est là que Lenoir déposa les mausolées de Saint- Denis échappés à la destruction et qu'il réunit, dans des sarcophages de sa composition, les restes de Turenne, de Molière et de La Fontaine. « Il alla aussi exhumer à Nogentsur-Seine les dépouilles mortelles d'Héloïse et Abailard, et fit construire avec les débris du Paraclet une chapelle gothique où il déposa les ossements de ces amants malheureux. Tout dans ce séjour des morts respirait l'antiquité ; les cours qui conduisaient au jardin étaient décorées et formées, en quelque sorte, avec les démolitions des châteaux d'Anet, de Gaillon et d'un cloître gothique qu'il avait achetés à des démolisseurs ». Le Bas. Dictionnaire encyclopédique, 1843. C'est à lui quon doit encore, en 1820, la restauration du Palais des Thermes. \

DESTRL'CTIO>'S DES 6^ ij ET 8 AOUT 179'^ U)

droite'. C'est du musée des monuments français que les tombes royales revinrent en 1816 dans la Basilique, quand une ordonnance royale du 24 avril prescrivit la fermeture du musée historique.

- Le Bas, loc. cit.

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