‹ Les tombeaux des rois sous la TerreurChapitre 13 sur 34 · LES JOURNEES D'OCTOBRE · texte numérisé non relu

LES JOURNEES D'OCTOBRE

La destruction et rouvcrturc des tombeaux poudreux des Mérovingiens et des Carlovingiens n'avaient pas produit à Saint-Denis une sensation profonde. Ce Glovis II, ce Pépin le Bref, ce Carloman semblaient des mythes. C'était si loin ! Ces fantômes de l'antique monarchie, avec leurs effigies gothiques, les mains jointes et les yeux fermés, avaient depuis longtemps l'oubli pour second linceul. Leurs tombeaux ne contenaient que quelques ossements desséchés, et en les ouvrant on n'avait respiré qu'un peu de poussière des temps passés. Plus impressionnantes allaient être les journées d'octobre : les événements

4a LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

avaient écrit sur les tombes des Bourbons des dates plus ineffaçables.

Le samedi au matin, r2 octobre 98, les mêmes ouvriers que nous avons vus à l'œuvre dans les chapelles hautes de la Basilique étaient accompagnés, cette fois, d'un a commissaire aux plombs », en frac noir et chapeau à cocarde tricolore, et descendaient, avec des lanternes, dans la galerie souterraine, pour pénétrer dans le caveau des Bourbons. Ce caveau qui a seize mètres de longueur sur six de largeur contenait, nous l'avons dit, les restes de Henri IV et ceux de toute sa postérité, placés un à un dans ce rendez-vous de famille depuis iGio. C'était chose difficile de pénétrer « dans cet empire du néant delà gloire humaine et du triomphe de la mort \ » Trois dalles, dans la nef, à côté des tombes de Philippe le Hardi et d'Isabelle d'Aragon, fermaient l'entrée du caveau royal entièrement muré du côté de la crypte ^

^ D'Ayzac, loc. cit.

* C'est là qu'était la V2jt • • ; ; f.

LES JOURNÉES d'oCTOBRE 4^

Cette' ouverture supérieure se prêtant mal à l'œuvre de destruction qu'on allait entreprendre, les ouvriers pratiquèrent, non sans peine, une brèche entre deux colonnes à chapiteaux carlovingiens, et, au bout de quelques heures de démolition, ils pénétraient dans l'enceinte funèbre. ^

Ce dut être un saisissement religieux.

Cinquante-quatre cercueils de bois de chêne, « couverts d'une application de velours ou de moire rayée d'une croix de tissu d'argent^ )), étaient posés sur des tréteaux de fer, rongés par la rouille.

Henri IV, Louis le Juste, Louis XIV, Anne d'Autriche dormaient là ! A la lueur des lampes, le premier objet qui frappa les yeux fut, au bas du degré, le cercueil du dernier roi décédé, attendant sur un socle de pierre l'arrivée de son successeur, de celui qui, avec ses philosophes et ses favorites, avait

du dernier roi décédé, reproduction exacte du cercueil d'une proportion grandiose, dressé sur un socle de deux pieds.

^ D'Ayzac, loc. cit.

commencé l'œuvre de destruction que les ouvriers de la mort allaient achever en brisant tous ces cercueils.

On commença par tirer celui de Henri IV, mort le i4 mai 1610, à Tàge de 57 ans.

Quels avaient été les ravages de la mort pendant les deux siècles qui venaient de s'écouler ?

La première enveloppe de chêne fut brisée à coups de marteau; puis Ton ouvrit avec le ciseau le cercueil de plomb; on souleva le suaire blanc encore intact, et le corps du roi apparut admirablement conservé, avec sa barbe presque blanche, les traits à peine altérés.

C'était bien sa tête noble et chevaleresque : il semblait dormir.

On le dressa contre un pilier, au bas des marches de la crypte où il demeura jusqu'au lundi i4 octobre. Chacun eut la liberté de venir le contempler. « Un soldat, mû par un martial enthousiasme, se précipita sur le cadavre du vainqueur de la Ligue, et, après

vW™/.-^,/* ^/^^^,^.i, /..;>/ VW,.. /^/-^^.//r/^/^ -,«.,/-<. 'l'Jr^.^. J/^^ é». ./nrt/.^ 4, //„^.;,A.,,,'. \,1^,,^ y,,f

Cl. Reymond.

, ^ ;-„„J.^ //„n,„ /ejr..^.>f/^^.y^ ^- A, >/é^^.T. >/,,,/ /r^é../,,*

ir r/.'/m^H- •*rj*>Af*/M *V^vr-*//' ,w^/^/^ rru/,^^^-uMÛ ^4fM^ ^* *W^4t,rilf

Page 1