‹ Les tombeaux des rois sous la TerreurChapitre 14 sur 34 · LES JOUR^•EES D OCTOBRE · texte numérisé non relu

LES JOUR^•EES D OCTOBRE

un long silence d'admiration, il tira son sabre, lui coupa une longue mèche de sa barbe qui était encore fraîche, et s'écria en même temps en termes énergiques et vraiment militaires : « Et moi aussi je suis soldat fran- « çais ! Désormais, je n'aurai plus d'autre mousce tache )),et plaçant cette mèche précieuse sur sa lèvre supérieure ; « Maintenant je suis sûr (( de vaincre les ennemis de la France, et je « marche à la victoire! ». Il se retira »*. On mit le corps du roi debout sur une pierre : une femme, à la figure haineuse, voulut braver le cadavre du vainqueur d'ivry qui était là, adossé contre un pilier, avec sa barbe grise, la figure pâle et les dents serrées. Elle s 'avança le poing tendu vers le visage du roi, le souffleta et le fit tomber par terre -. Un assistant ne craignit pas d'enlever deux dents au cadavre desséché, un autre d'arracher une manche de sa chemise qu'il promena dans l'église,

* Alexandre Lenoir. Musée des monuments français. Le mérite de ce détail est d'émaner d'un exécutant, témoin oculaire, absolument digne de foi.

- Poujoulal. Histoire de la liévolution, 1847.

fier comme un soldat qui a conquis un drapeau \

Chose étonnante, un sculpteur présent fit sur le cadavre du roi, cent-quatre-vingt-trois ans après la mort, le moulage de sa tète qu'un laps de deux siècles n'avait nullement altérée'. Ce masque pris par des mains révolution-

^ Journal de Paris, 29 août 1814.

2 Citons, au sujet du moulage de la tète du roi, un extrait d'une lettre adressée à M. Claretie en 1866, et rapportée par M. G. d'Heylli. Les Tombeaux de Saint-Denis, 1872.

« Souvent j'ai entendu parler de la violation des tombeaux à Saint-Denis.

<i A cette époque, un officier municipal fut envoyé par la commune de Paris pour extraire les rois des caveaux et les jeter dans un trou de chaux. Cet ofilcier nommé Compérot était bon sculpteur et savait très bien mouler.

« En ouvrant le cercueil de Henri IV, on trouva son corps si bien conservé qu'on fit un moulage de sa tête. Ce moulage très bien fait, très ressemblant, fut le type de toutes les épreuves qui se vendirent depuis chez tous les mouleurs. Le masque de Henri IV, moulé sur nature, se trouvait chez eux vers 1834, et il doit encore en exister dans Paris.

« Le fils de cet officier Compérot, sculpteur de talent, a été employé aux travaux de sculpture du nouveau Louvre. Enfant, il {issistait à l'ouverture des sépulcres, et je tiens de lui ces détails.

« Sculpteur à Yssy. »

On voit une épreuve de ce moulage, peut-être même le t^pe original, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon.

Masquk Diï Henri IV,

tel qu'il fut pris lors de son exhumation

par le sculpteur Compérot.

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