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vant l'usage ordinaire^ ». Mais dégagé de tout ce qui l'enveloppait, il n'offrit plus l'aspect d'un cadavre ; les chairs en putréfaction dégageaient une telle odeur nauséabonde qu'il ne fut pas possible de rester présent ; on brûla de la poudre, et des soldats tirèrent plusieurs coups de fusil, nous dit dom Druon, pour purifier l'atmosphère. On le jeta bien vite dans la fosse, sur un lit de chaux vive, et on étendit par-dessus quelques pelletées de terre. La fosse restait ouverte pour la fournée du lendemain.
Les cercueils de plomb devenaient par trop encombrants : aussi le commissaire aux plombs prit le parti d'installer, dans un coin de la cour, une fonderie pour accélérer la besogne.
^ Alexandre Lenoir, loc. cit.
M. Maurice Pascal possède les photographies des dessins originaux, faits d'après nature par Alexandre Lenoir, des cadavres de lleari lY, Louis XV, Louis YIII et Turenne. Les plus curieuses sont celles de Louis YIII dont la tête est coiffée d'une petite calotte, et de Louis XY dont le corps vigoureux et trapu supporte une tête émaciée de vieux comédien.
La crypte était vide, mais le travail de profanation n'était pas fini.
On vient de suivre le récit dramatique d'un témoin oculaire, d'une authenticité absolue. On s'est représenté les ouvriers, en bras de chemise, fouillant tous ces cercueils, le bruit assourdissant des marteaux, et aussi le désordre des lieux, les voûtes qu'éclairaient mal les torches fumeuses, ce sombre couloir, cette petite porte où passèrent cinquantequatre cercueils éventrés, et par-dessus tout l'odeur fétide qui s'exhalait des tombes. Quel spectacle ont vu ces vieilles voûtes^ !
Il nous faut remonter avec les ouvriers dans les chapelles hautes.
Il était trois heures de l'après-midi et l'on ouvrit, dans la chapelle des Charles, le caveau
^ « Ces différentes opérations se firent avec un acharnement qui tenait de la rage, il s'y est commis des atrocités dignes de pareilles gens, mais dont l'histoire ne fournit aucun exemple et dont le récit fait horreur et ferait tache dans ce recueil. » Gautier, loc. cit., p. i-io.
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de Charles V, dit le Sage, mort en treize cent quatre vingt : le squelette était assez bien conservé; on trouva près de son crâne une couronne de vermeil, à droite du cercueil un sceptre d'au moins cinq pieds de long, surmonté de feuilles d'acanthe en vermeil qui avaient conservé tout leur éclat ; à gauche une main de justice d'argent, peutêtre celle qu'il tenait, quand, encore dauphin, il présida, sous un dais de satin d'or, les Etats Généraux de i3j']. On ouvrit ensuite la tombe de Jeanne de Bourbon, son épouse ; il y avait à côté du squelette un reste de couronne, un anneau d'or, les débris de plusieurs bracelets, une quenouille de bois doré, des souliers de forme pointue S brodés d'or et d'argent.
x\ côté, on trouva les ossements de son
^ Souliers à la Poulaine,àu nom de Poulain, son inventeur, sous Philippe le Bel ; ils se terminaient en pointe plus ou moins longue, selon la qualité des personnes. Ils étaient de deux pieds de long pour les princes et les grands seigneurs, d'un pied pour les riches, et d'un demi-pied pour les gens du peuple. De là est venue l'expression : Se mettre sur un bon pied. Etre sur un grand pied.
petit-fils Charles de France, et dans des cercueils de bois vermoulu ceux de ses trois filles mortes en bas âge.
La fosse était pleine ; les ouvriers creusèrent immédiatement une seconde tranchée au pied du portail du croisillon nord.
Le jeudi 17 octobre, à la première heure, on fouillait dans deux tombeaux qui rappelaient l'un et l'autre une fatale éclipse de la royauté, ceux de Charles VI, un roi dément, et d'isabeau de Bavière, une reine aussi perverse qu'indolente, qui trahit son fds et la France. Ils ne contenaient que des ossements desséchés. Au mois d'août dernier, on avait pillé « ce qui pouvait être précieux dans leurs cercueils '. »
Dans les tombes de Charles VII et de Marie d'Anjou, on trouva les restes d'une couronne et d'un sceptre d'argent doré.
i Le soubassement des cfCigios de Charles VI el d'isabeau, qu'on voit actuellcmeul, sont modernes.
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« Une singularité de rembaumement du corps de Charles VII, c'est qu'on y avait parsemé du vif-argent qui avait conservé toute sa fluidité. »
A deux heures de l'après-midi, on procédait à l'extraction des deux cercueils de Blanche de Navarre et de Jeanne de France, sa fille ; ils renfermaient leurs squelettes, moins la tète de cette dernière qui avait été vraisemblablement dérobée quelques années auparavant, lors d'une réparation faite au caveau.
Puis, on fit l'ouverture du caveau de Henri II qui contenait dix cercueils. Le premier qu'on ouvrit fut celui de ce roi éphémère qui passa, comme une ombre, à travers les bras de Marie Stuart ; on brisa, ensuite, ceux de Marguerite de France, femme de Henri IV, de François, duc d'Alençon, quatrième fils de Henri II, et d'une fille de Charles IX.
La nuit tombait ; on ouvrit, pour finir la journée, le caveau de Charles VIII, dont le nom évoquait une royauté qui de bourgeoise
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et populaire était devenue avec lui conquérante et chevaleresque : son cercueil de plomb, porté sur des barreaux de fer, contenait son squelette court et desséché \
Le lendemain vendredi i8 octobre, dès Taube, on continuait l'extraction et Fouverture des cercueils du caveau de Henri II : c'étaient ceux de Henri H lui-même, de Catherine de Médicis, de leurs trois enfants, de Charles IX et Henri III.
Puis on descendit dans le caveau de Louis XII et d'Anne son épouse'. Sur chacun des cercueils était incrustée une cou-
^ Charles VIII était de très petite taille.
- On distingue, dans la vue d'ensemble des sépultures que nous avons reproduite plus haut, le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne, oeuvre de Jean Juste, sculpteur du roi. Un soubassement quadrangulaire porte un édifice à jour, percé de douze arcades, sous chacune desquelles est la figure d'un apôtre. Aux quatre angles se voient les statues de la Justice, de la Force, de la Prudence et de la Tempérance, vertus cardinales des princes défunts. Le roi et la reine sont figurés couchés dans l'attitude et la nudité de la mort. Audessus du monument, sur la plate-forme, sont les deux statues agenouillées des deux monarques, portraits de la plus grande fidélité. Les bas-reliefs représentent les campagnes de Louis XII en Italie.
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ronne de cuivre doré. Ils contenaient leurs squelettes dans un état parfait de conservation.
Successivement on ouvrit les tombes de Jeanne de France, reine de Navarre, dont les ossements étaient renfermés dans une pierre creuse, tapissée de plomb ; de Louis le Hutin dont « les os desséchés », avec une couronne de cuivre et un reste de sceptre rongé par la rouille, formaient tout le contenu d'une pierre creuse en forme d'auge ; du petit roi Jean dormant au pied de son père, après un règne de quelques jours ; de Hugues le Grand, dont il ne restait que les os presque en poussière.
On alla ensuite, au milieu du chœur, découvrir la fosse de Charles le Chauve, mort en 877 : il fallut creuser profondément pour trouver une espèce d'auge en pierre, dans laquelle était un petit coffre de bois contenant le reste de ses cendres*.
1 Le corps déposé, à sa mort, au prieuré de Mantui, n'avait été transporté à Saint-Denis que sept ans après.
bï LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR
Le jour suivant 19 octobre, au matin, Fouverture de la tombe de Philippe, fils de Philippe Auguste, ne donnait rien de remarquable que l'empreinte de la tête creusée dans le cercueil de pierre.
La tombe de pierre, en forme d'auge, d'Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, ne contenait que des cendres ; mais sa chevelure était encore intacte.
Rien ne restait du corps de Philippe Auguste.
Le corps de Louis VIII \ père de saint Louis, était enveloppé dans un sac de cuir fort épais ; il était presque consumé ; mais on trouva, mêlé à ses cendres, un morceau de sceptre de bois, son diadème composé d'une bande d'étoffe tissée d'or et d'une calotte de satin très bien conservée, et quelques morceaux de suaire tissé également de fils d'or.
On fouilla au milieu du chœur, en bas des
i Philippe Auguste et Louis VIII avaient eu des tombes en argent ciselé : trop précieuses pour échapper au pillage, elles avaient disparu depuis plusieurs siècles. Baron de Guilhermy. Loc. cit.
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marches du sanctuaire, et on creusa bien avant en terre sans rien rencontrer. Enfin, au fond d'une auge, on retrouva deux petits os et une rotule : c'est tout ce qui restait de Marguerite de Provence; puis on découvrit un cercueil fort étroit. C'était celui de ce vrai héros du Moyen âge que Rome a canonisé et que le peuple voit encore, grand entre tous, sous le chêne de Vincennes, ayant pour trône un tertre de gazon : il était vide\ On procéda, ensuite, au décarrelage de tout
1 « La raison pour laquelle son cercueil était moins large et moins long que les autres, c'est que, suivant les historiens. SCS chairs furent portées en Sicile : aussi on n'a rapporté à Saint-Denis que les os, pour lesquels il a fallu un cercueil moins grand que pour le corps entier ». Note de dom Druon. Les ossements de saint Louis avaient été retirés lors de sa canonisation par Boniface VIII, en 1297.
On sait que Philippe le Hardi, l'exemple delà piété liliale, fit faire des obsèques magnifiques à son père, qu'il le porta lui-même, pieds nus, à Saint-Donis, chargé sur ses épaules. « Les monuments qui étaient placés de distance en distance sur la route de Paris à Saint-Denis, furent élevés de son temps, pour consacrer à la postérité le souvenir de ce dévouement religieux. Ils indiquaient les lieux où ce vertueux fils s'était reposé pendant le convoi.
«Les révolutionnaires ont détruit ces espèces de tours, qui s'élevaient à 40 pieds de terre ; elles contenaient les statues de grandeur humaine, de Louis IX, du comte de Nevers, de Philippe III et celle de Robert* comte de Provence. » Alex. Lenoir, loc. cit.
le haut du chœur, et Ton ne retrouva que le cercueil de Philippe le Bel, ce roi qui le premier avait convoqué les Etats Généraux et révélé au peuple ses droits et son avenir. Il ne pensait pas, en i3o2, que les arrière-neveux des députés de la nation s'enhardiraient un jour jusqu'à porter la main sur la couronne et les tombeaux des rois. Son cercueil de pierre, recouvert d'une large dalle, était tapissé intérieurement d'une lame de plomb. Le squelette était intact ; on trouva à côté un anneau d'or, un sceptre de cuivre doré de cinq pieds de long, terminé par une touffe de feuillage et un oiseau de cuivre doré, « revêtu de ses couleurs naturelles, et qui ressemblait à un chardonneret. »
La nuit était venue : on voulut, avant de terminer, ouvrir la sépulture de Dagobert, mort en 638. Le cercueil de pierre de plus de deux mètres ne portait ni titres pompeux, ni épitaphe, pas même le nom du roi qui fut le Salomon des Francs, qui, comme le fds
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de David, aima la magnificence des palais.
Devant ce cercueil, plus encore que devant celui de Henri IV, on avait le droit de se demander quels avaient été les ravages de la mort, au bout de onze siècles et demi. N'étaitce pas un monarque presque légendaire qu'on allait exhumer ?
Dans une partie creuse, où selon un usage assez fréquent, on déposait la nuque du défunt, se trouvait seul le squelette de la tête. Au milieu du cercueil était un coffre de bois d'environ deux pieds de long, garni intérieurement d'une lame de plomb. Une planchette de bois séparait le coffre en deux parties.
Sur un côté du coffre était apposée une plaquette de plomb avec cette inscription :
Hic jacet corpus Dagoberti.
Sur l'autre côté une lame de plomb portait l'inscription :
Hic jacet corpus Nanthildis.
Les ossements étaient enveloppés dans une étoffe de soie. Le crâne de la reine ne s'y
trouvait plus, resté sans doute dans l'endroit de sa première sépulture, à l'époque où saint Louis lit élever le monument actuel'.
Le dimanche 20 octobre, dans la chapelle dite des Charles, on fit l'ouverture du cercueil de plomb de Bertrand Duguesclin, qui portait l'épitaphe sur une plaque de cuivre : « Haut et puissant messirc, connétable de France ». Son squelette était entier, « la tête bien conservée, les os propres et tout à fait desséchés ». Voici ce que relate Gautier, organiste de l'abbaye : « Le susdit jour 20 octobre, j'eus trois dents du susdit Duguesclin, ayant été présent lorsqu'on releva ses restes, qui consistaient en sa tête et plusieurs ossements, lesquelles dents furent retirées de sa mâchoire en ma présence^. »
Auprès de Duguesclin reposait, dans un cercueil de plomb de trois pieds de long seule-
* Le monument antérieur avait été détruit par les Normands. Dulaure. Histoire de Paris, 1839.
2 Gautier, loc. cit. p. 121! Le cœur du connétable, légué par lui à la ville de Dinan, qu'on voit encore aujourd'hui, dans l'église de Saint-Sauveur, renfermé dans une espèce de céno-