A FAICT BASTIR, L'AN MIL SIX CENS CINQ
PRIEZ DIEU POUR ELLE i
1 Cette épitaphe était gravée en lettres rouges et encadrée par une bordure de larmes et de croix de Lorraine.
Elle portait les Armes, d'or à la bande de gueules chargée
Un cercueil royal dans une fosse d'aisances ! C'était à n'en pas croire ses yeux. Cent ans après, l'étonnement dure encore.
Et ce ne dut pas être un tableau d'un effet bien poétique, ni un beau sujet de fresques pour panthéons, que la vue de ces ancêtres des ouvriers de la Compagnie Riclier, allant, venant, tout ébahis et ne sachant que faire, autour de ce cercueil dégouttant d'un liquide nauséabond, objet historique tout à coup exhumé d'un lieu dont l'histoire n'offre pas d'exemple.
Le jour même, le ban, l'arrière-ban, tout le clan des antiquaires et des archéologues accouraient en hâte voir le nouveau trésor archéologique, et, le mouchoir sur la bouche, les narines serrées, les curieux demeurèrent, toute une après-midi, penchés sur ce cercueil et sur l'abîme de leurs méditations.
Le Gouvernement prévenu, le Conseil des ministres s'assembla, sous la présidence de
de trois alerions d'argent; au lambcl d'azur en chef brochant sur le tout.
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LOUISE DE LORRAINE Ii5
l'Empereur, pour arrêter ce qu'il y avait à faire. Mais le maître du monde, au milieu du sens dessus dessous général des peuples, avait bien autre chose en tête, et il ne fixa pas longtemps son attention sur un objet aussi insignifiant que le cercueil d'une femme. 11 ordonna l'achat d'une concession de deux mètres carrés de terrain au Père-Lachaise ^ et l'on déposa administrativement, dans un coin de terre ^ les restes de l'ancienne reine de France, à peu près comme on enterre les suppliciés.
1 Ce cimetière fut ouvert aux morts le i<"" prairial an XII (21 mai i8o4). Le premier corps enterré dans la fosse commune fut celui du porte-sonnette de l'un des commissaires de police du faubourg Saint-Antoine. Notons, à ce propos, que jusque vers 1840, époque où fut établie la taxe du balayage, les propriétaires et boutiquiers étaient chargés de l'entretien de la chaussée ; et tous les matins, vers les huit heures, un employé subalterne du commissariat parcourait les rues en agitant une sonnette, pour avertir les habitants du passage du commissaire de police, chargé d'infliger une amende aux personnes retardataires ou négligentes.
2 La sépulture de Louise de Lorraine se trouvait au Père- Lachaise entre le chemin Suchet et le chemin Abadie, à l'endroit où l'avenue des Acacias fait un coude pour rejoindre l'allée transversale no i ; la tombe se trouvait sur la droite dans le massif 29 (actuellement 38" division) ; elle a été rem- J placée depuis par la tombe de Rouillé du Coudrai. Guide j ji dans les cimetières de Paris, Faure, t865. v
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On était en t8i5, l'ère du glaive était finie... Tandis que Napoléon se retirait à la Malmaison avec TEmpire tombé, Louis XVllI rentrait aux Tuileries sous une voûte de drapeaux blancs. Dès les premiers moments de son retour, il songeait à Louis XVI et à Marie- Antoinette dont les restes reposaient au cimetière de la Madeleine. Il voulait aussi réunir à Saint-Denis tous les débris dispersés de ses ancêtres. Le 21 janvier i8t5, comme nous le verrons plus loin, les dépouilles mutilées de son frère et de sa belle-sœur étaient portées solennellement à Saint-Denis, et Louis XVI et Marie-Antoinette reprenaient leur couche dans le caveau où le soldat, assis depuis dix ans sur le trône des Bourbons, avait commencé une sépulture pour sa race^
Peu de temps après, le cercueil de Louis VII,
1 La crypte destinée à la dynastie napoléonniene, en vertu d'un décret du 20 février 1806, ne fut terminée que sous le second Empire. L'entrée est placée au milieu du transept.
inhumé dans l'abbaye de Barbeau ^ près Melun, et qui avait échappé aux profanations d'octobre 1793, était, à son tour, porté dans l'ancien caveau des rois.
Et alors des gens se souvinrent qu'un autre cercueil, échappé aussi au vandalisme révolutionnaire, séjournait dans un coin du Père- Lacliaise. Un soir, en 1816, au cercle du roi, on conta à Louis XVIll l'odysséede ce cercueil longtemps enfoui en un lieu si étrange et qu'un hasard avait seul exhumé.
A ce récit, le roi, vivement frappé, qui réunissait à Saint-Denis les cendres des princes de sa famille, s'empressa d'ordonner la translation, dans le caveau des Bourbons, de ce cercueil égaré dont l'étrange odyssée peut être rangée au nombre des plus surprenantes curiosités de l'histoire.
Le 16 janvier 1817, « à trois heures de l'après-midi, en présence de M. de Lalane,
^ Ancienne abbaye d'hommes de l'ordre de Citeaux, fondée par Louis VII, à 8 kilomètres sud-est de Melun.
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conseiller d'Etat, de M. Jalabert, premier vicaire de la métropole, d'un aumônier du Roi, de M. le curé de Charonne, etc., on commença à procéder, dans le cimetière du Père- Lachaise, à l'exhumation du corps de Louise de Lorraine, reine de France et de Pologne, épouse de Henri III. Les travaux et les dispositions nécessaires à l'ouverture de la fosse, à la fouille et à l'exhumation, joints aux cérémonies et prières usitées en pareilles circonstances, durèrent jusqu'à sept heures du soir. Le cercueil fut trouvé entier ; les ossements qu'il renfermait furent déposés dans un autre cercueil préparé à cet effet ». Puis le cortège se mit en marche : « deux forts détachements, l'un de gardes du corps, l'autre de dragons, formaient l'escorte^ », tous portant l'arme
* La Quotidienne, 17 janvier 1817. Le journal ajoutait : « Louise de Lorraine avait fondé de son vivant un couvent de Capucines à Moulins ; c'est de l'église de ce couvent où elle avait été inhumée que son corps avait été transféré à l'église abbatiale de Saint-Denis. » Le Moniteur donnait la même version. Mais le lendemain, on lisait dans la Quotidienne : « Nous tenons de la bouche d'un homme respectable, qui a signé, comme commissaire assistant, le procès-verbal de l'exhumation de Louise de Lorraine, qu'elle était morte à
SOUS le bras gauche, les étendards et instruments voilés de serge noire. Et très tard dans la nuit, « à la lueur des flambeaux^ », le cortège arriva sous la voûte de cette vieille basilique où étaient venus tour à tour s'engloutir tous les rois.
La scène eut un caractère de grandeur véritablement saisissante. La nuit était magnifique ; un plein clair de lune répandait sur la façade de l'église cette lumière si favorable aux grands effets.
Le clergé entonna le psaume des morts devant le catafalque qui entrait dans la Basi-
Moulins en 1601, dans sa 47" année ; que, d'après une disposition expresse de son testament, son corps avait été transféré de Moulins à Paris, au couvent des Capucines, dont elle était fondatrice et où il est resté, tant que les religieuses ont subsisté et même quelques années après leur abolition.
« L'acquéreur de ce couvent ayant trouvé ce monument, et par l'épitaphe inscrite sur un marbre noir, ayant connu qu'il renfermait la dépouille mortelle d'une Reine de France, en lit son rapport aux autorités d'alors (on croit que c'est en l'an VIII). Les magistrats prirent toutes les dispositions nécessaires pour l'exhumation du corps et sa translation au cimetière du Père-Lachaise. Ainsi la fin de notre article d'hier, sur cette princesse, n'était pas tout à fait exacte ». La Quotidienne, 18 janvier 181 7.
^ La France catholique, années 1 833-1 834, P- 83.
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lique. Après le Dies irœ chanté en sourdine, l'absoute fut donnée, et le cercueil pénétra dans la crypte au bruit des cloches interrompu seulement par les versets de l'hymne de la douleur et de l'espérance ^
* 11 fut dépose provisoirement dans l'ancien caveau de Turenne. La même.