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MÉMOIRE DES RELIQUES

qui font dedans le Trefor de

S. Denys en France.

premièrement:

UN des Cloux de Nôtre Seigneur ^ Une grande corne de Licorne - de valeur inellimaale.

La Lanterne de Malcus'^, qu'il portoit lors que N Seigneur fut pris par les luifs au lardin d'Olives.

méridional de la Basilique et le pavillon qui terminé de ce côté la façade de la maison de la Légion d'Honneur. Elle fût démolie au commencement du siècle. Une lampe y brûlait sans cesse par respect pour les saintes reliques enfermées dans ce trésor. Les objets différents qui le composaient étaient placés dans cinq grandes armoires, (Voir Félibien.)

1 Cette relique provenant du Trésor d'Aix-la-Chapelle, avait été offerte à l'abbaye de Saint-Denis par Charles le Chauve.

^.Animal fabuleux qui avait la forme d'un cheval, avec une longue corne aiguë sur le front. « Si la crédulité du peuple était grande, l'ignorance des médecins ne l'était pas moins : Ambroise Parré, lui-même, dans son Traité des venins, a écrit une dissertation sur des animaux légendaires et monstrueux, véritable monument de grossière superstition; son discours sur la Licorne est le chef-d'œuvre du genre *. Cabanes. Les Poisons, Paris, igoS. La corne en question était une défense de narval.

3 « Judas donc, ayant accepté une cohorte et les serviteurs des princes des prêtres et des pharisiens, vint en ce lieu avec des lanternes... Simon Pierre frappa un serviteur du grand-prètre et lui coupa l'oreille. Cet homme s'appelait Malchus » Jean XVIII.

i-l(y LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Le Chef de S. Denys tout d'or maffif, porté par deux Anges, enrichy de pierreries ^

En la pj'emiere Armoire.

LA Croix de Saint Laurent qui eft d'or, enrichie de pierreries, dedans laquelle il y a une verge du gril ou S. Laurent fut martyrizé.

Le Menton de S. Louys- enchaffé en argent doré enrichy de Pierreries.

L'Efpaule de faint lean Baptille, enchaffée en argent doré, dans laquelle il y a plufieurs faintes Reliques, que l'on appelle des Tables de tous les Saints, enrichie de pierreries.

Le Bras de faint Euftache en argent doré.

Le Doigt de faint Barthélémy Apoftre, enchaffé en argent doré.

Le Bâton de la Confrairie de faint Denis, qui eft d'argent doré.

Vne petite Tefte d'enfant, qui eft d'agate.

Des Reliques de faint Louis, Evefque de Marfeille, enchaffé en argent doré.

* C'était un reliquaire en forme de tête.

2 A sa mort, on avait fait bouillir son corps dans de l'eau salée, afin de séparer les os de la chair et les transporter à Saint-Denis. Après sa canonisation les restes du roi furent exhumés. Le menton resta à la basilique de Saint-Denis; on attribua le crâne au Palais de Justice, une côte à l'abbaye de Pontoise, un os de la main à la Faculté de Paris, une pièce de l'épaule à l'abbaye de Royaumont, etc.

Etat actuel du Vase des noces de Cana .

La Cruche ou nollre Seigneur changea l'Eau en Vin *.

Les Anneaux des Reynes, qui font d'or, enrichie de pierreries.

L'ongle d'un griffon -.

Le Cornet de Roland le Furieux neveu de Charlemagne.

Les Reliques de faint Panthaleon, enchaffé en argent doré.

Deux couronnes, que le Roy Henry IV, à fait faire, l'une d'or, et l'autre d'argent doré enrichie de pierreries.

Vne belle petite Image de Noftre-Dame, qui ell d'yvoire,

Vn Nouveau Teftament d'argent doré, enrichy de pierreries^.

' « Grand vase en albâtre, dit de Xerxès. Ce vase, qu'on a appelé jadis a vase des noces de Cana », porte sur sa panse une inscription bilingue, en caractères cunéiformes du système perse, où on lit : « Xerxès, roi grand », et dans un cartouche hiéroglyphique égyptien, le nom de Xerxès. » Babelon, Cabinet des Antiques, Leroux, Paris, 1900. On voit ce vase au Cabinet des Antiques, dans la vitrine XXII, derrière le Grand Camée.

Il y a là une erreur de qualilîcation. Ce vase de Xerxès provient de la collection Caylus. Le vase, considéi'é à Saint- Denis comme ayant servi aux noces de Cana, était déjà à demi brisé à l'époque où écrivait Félibien ; les restes de cette urne d'albâtre, dont nous donnons la reproduction, sont conservés dans une vitrine d'une salle non publique du cabinet des Médailles.

^ Tout le monde sait que cet animal fabuleux, moitié lion, moitié aigle, était chargé de garder les paillettes d'or dun fleuve de Scythie, appelé Arismaspius.

•^ Doublet en décrit ainsi la reliure : « Un très beau livre

l3o LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Le Livre d'Epiftres couvert d'argent.

La Couronne de Louis XIIL enrichie de pierreries. Des Reliques d'Ifaye le Prophète, qui vivoit mil ans devant noftre Seigneur.

La féconde A rmoire .

LE Chef de faint Hilaire Evefque de Poitiers, enchaffée en argent doré ^.

Une Mittre bien enrichie de pierreries.

Des Reliques de faint Denys, enchaffées en argent doré, lefquelles furent inhumées par les Anges au mont de Sinay.

Des Reliques de faint Nicolas Evefque de Myrrhe, enchaffées en argent doré.

Vne Image de Noftre Dame qui eft d'argent doré, qui tient en fa main des Drapeaux dont noltre Seigneur fut enveloppé en fon enfance.

Des Reliques de fainte Marguerite enchaffées en argent doré.

en parchemin couvert d'or et sur ledit or un crucifix d'ivoire, et à ses costez les images de Nostre-Dame et de saint Jean, d'ivoire, plus exquises que l'or pour estrc délicieusement taillées. Ce livre aussi enrichi de grenats, saphirs, grisolites, ametistes, émeraudes et quantité de perles. »

1 C'était un capsa ayant la forme du buste du saint, en habits pontificaux. Il ne reste de ce reliquaire qu'un camée en sardonyx représentant la tète de profil d'Auguste, avec une monture d'argent dont les bords sont découpés à jour et soutiennent une couronne composée de trois rubis et de trois saphirs, alternant avec des bouquets de perles. On le voit à la Bibliothèque nationale, Cabinet des Antiques, dans la vitrine centrale.

VASE DE XERXÈS laussemcnl qualiCié de Vask dk Caaa.

l'e>'Lèveme>'t du trésor de la basilique i3i

Vn Calice ou faint Denys celebroit fa Meffe, fes Burettes et fon Ecritoire K

Le Sceptre de la main de luftice d'Henry Quatrième

Le Sceptre que l'on porte aux Feftes folemnelles, qui eft d'or.

Vn os d'une des mains de faint Denys, enchaffées en argent doré.

L'effigie de la Reyne de Sabba-, qui efl d'agate garnie d'or.

Vn petit Crucifix taillé fur du Chriltal de Roche.

Vne petite Fiole d'agate.

L'effigie de Marc-Antoine qui elt d'agate.

La troifiéme Armoire.

UNE belle Croix toute d'or, enrichie de pierreries, dans laquelle il y a du bois de la vraye Croix. Une petite Chappelle d'argent doré, dans laquelle y a toutes les reliques qui font à la fainte Chappelle de Paris : fçavoir du fang de Nollre Seigneur, de fes

' Ce calice et ces burettes étaient en béryl (variété d'émeraude appelée aussi aigue-raarine,), garnis d'argent doré, et ornés de pierres précieuses.

^ Rappelons que c'était une souveraine d'une ville d'Arabie qui, attirée par la renommée de Salomon, se rendit en Israël et devint la femme du roi. Elle retourna ensuite dans son pays, suivant la tradition, et y accoucha d'un fils qui prit le nom de David. Elle l'envoya alors à Jérusalem auprès de son père, pour y faire son éducation. Devenu héritier de la couronne de sa mère, il introduisit la religion juive dans ses États : d'où l'origine de tant de cérémonies juives conservées encore en Ethiopie.

i3'2 LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Cheveux, de fon Sepulchre, de fon faint Suaire, de rEfponge, le linge, dont il fut couvert en l'arbre de la Croix, de la terre du Mont de Calvaire, de la Verge de Moyfe ^, du Laict de la Vierge Marie, de fes Cheveux, et du Couvre-Chef-.

* Mort en i585 av. J.-C. Ce qui eut fait de cette baguette un bibelot vieux d'environ 3. 400 ans.

2 C'est en l'an i2o5, que Baudoin 1°', empereur de Coustantinople, lit présent à Philippe-Auguste des cheveux de Jésus- Christ et de sa robe de pourpre, dont ce roi lit don à Henri, abbé de Saint-Denis.

Le sang de Jésus-Christ, le lait de la Vierge, ses cheveux, la Verge de Moïse, etc., provenaient de la vente qu'en avait faite Baudoin II à saint Louis, le 14 septembre 1241? moyennant deux millions de francs, monnaie du temps. Sur un tableau, contenu dans la Sainte-Chapelle, se trouvaient la description de ces reliques, en langue latine, et les originaux des lettres de l'empereur Baudouin, datées du mois de juin 1247, par lesquelles il confirmait la cession qu'il avait faite des saintes reliques. Elles portaient toutes le sceau impérial, avec la iuention « l'an 12^7, huitième de notre empire. » Nous en trouvons la copie et la traduction dans l'ouvrage de Corrozet, Gilles, imprimeur-libraire : Fleurs des antiquités et singularités de la bonne et triomphante ville et cité de Paris, et les noms des rues, églises et collèges, i56i, in-S".

La couronne d'épines, provenant d'une vente antérieure faite séparément à saint Louis par ce même Baudoin, avait été payée cent mille francs en monnaie de l'époque. L'empereur de Constantinople l'avait engagée, pour cette somme, à un riche Vénitien, se réservant de la racheter dans un délai fixé, moyennant le paiement de la somme prêtée. Quand l'échéance arriva, Baudoin ne pouvant payer, le saint roi racheta la couronne qui fut apportée en France, enveloppée dans trois cassettes successives de bois, d'argent et d'or. C'est quelques mois après, que l'Empereur de Constantinople, voyant que le commerce des reliques lui était profitable, lit proposer au roi de France de lui en vendre plusieurs autres. Outre celles

Sceau de l'empereur Baudoin II, et sa signature, écrite en caractères grecs avec du cinabre sur l'original de ses lettres sur parchemin, conservées avant la Révolution aux archives de la Sainte-Chapelle.

(Reproduction de dessins empruntés à an ouvrage sur les Saintes Reliques paru en 1828, voir p. 146, note 2.)

l'enlèvement du trésor de l\ basilique i35

La main de faint Thomas.

Le doit qu'il mift au cofté de noftre Seigneur, enchaffé d'argent doré, enrichy de pierreries.

Une Image de Noftre Dame, qui tient une fleur de lis en fa main, dedans laquelle y a de fes Cheveux.

Une couronne d'or que leanne d'Evreux Reyne de Navarre a fait faire, qui eft enrichie de pierreries.

Une Image de faint lean l'Evangelifte, qui eft d'argent doré, où il y a de fes Cheveux.

Un Vafe d'agate et demeraudes, où le Roy Salomon beuvoit.

La Croffe de faint Denys, garnie d'or et d'efmail.

Une belle Mittre toute couverte de perles et de pierreries.

Le Bafton du Chantre, qu'il porte en Proceffion

énumérées dans le Trésor des antiquités nationales de Saint- Denis, figuraient dans l'acte de vente rapporté par Corrozet, « un grand morceau de bois, qu'on disait avoir fait partie de la croix que sainte Hélène apporta de Constantinople ; un morceau de fer, qu'on disait être le fer de la lance dont avait été percé le côté de Jésus-Christ sur la croix ; le roseau dont on lui fit un sceptre ; un morceau de linge dont Jésus-Christ se servit pour essuyer les pieds de ses apôtres ; la chaîne dont fut lié Notre-Seigneur ; une croix, nommée Croix de triomphe, parce que ceux qui la portaient à la guerre étaient sûrs d'obtenir la victoire ». On se demande comment Baudoin, toujours en guerre et toujours vaincu, put vendre cette dernière et si précieuse relique dans une circonstance oîi luimême avait le plus grand besoin de sa prodigieuse vertu.

Toutes les reliques que nous venons d'énumérer faisaient partie du convoi. Sur ordre du roi, les reliques de la Sainte Chapelle avaient été envoyées à Saint-Denis le 12 mars 1791 pour être « remises en la garde des religieux bénédictins provisoirement ». Gautier, loc. cit., p. io3.

quand il fait l'Office les bonnes Fêtes qui efl; d'argent doré.

Plufieurs belles agrafifes, qui font d'or enrichies de pierreries.

L'agraffe du Manteau du Roy Dagobert.

L'agrafife du Manteau de faint Denys.

Une petite Roze de Drap d'or, dedans laquelle y a plufieurs anneaux de Reynes.

Un beau Calice émaillé.

La main de Juftice de faint Louis qui efl: d'Or.

La quatrième Armoire.

UNE belle Croix enrichie de pierreries, de Charles le Chauve fils de Charlemagne, toute d'or, enrichie de belles pierreries, dedans laquelle y a des Reliques de faint Georges, de faint Ordre, et de faint Apolinaire, qu'il mettoit fur fon Cabinet quand il traitoit les Princes de la Cour, et mettoit un Flambeau de cire pour faire reluire les pierreries.

Un beau Vaze d'agate, qui eft ellimé à cinquante mil écus, que Philippes le Hardy fils de faint Louis a apporté d'Egypte, dans lequel boivent les Reynes, quand elles font couronnées ^

* Ce vase d agate orientale, une clos plus rares antiquités que possède la France, fut transféré dans le Cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale, où il se trouve dans la vitrine centrale. « Les bas-reliefs représentent tous les objets nécessaires aux fêtes de Bachus Cephalen, et, entre lacippe et cette tête, la peau de panthère qui caractérise ce dieu ». Dulaure, Histoire de Paris, 1839. Ce vase est connu

Vase d'agate ^dit coupe de Ptolémée.

l'enlèvement du trésor de la basilique 1^9

Un Vaze de Chriilal de Roche, qui afervi au Temple de Salomon^

Un Vaze d'agate, qui tient une chopine,

Colomna referens veram longitudinem Domini no/tri'. Ibidem ver a forma lapidis quem remotum à Sepulchro mirabantur mulieres^.

Un autre Vaze d'argent qui eftgodronné.

Un Vase d'agate où il a deux cordon d'or.

sous le nom de coupe de Ptolémée, parce qu'on suppose qu'il a appartenu à Ptolémée XI, frère et mari de Cléopâtre. Il fut donné à lEglise de Saint-Denis, au i\P siècle, par Charles le Simple ou Charles le Gros. (Renseignement puisé à la Bibliothèque nationale.) La reproduction que nous donnons est empruntée à l'ouvrage de Dulaure. Ajoutons qu'à une époque qu'on ne peut préciser, on avait transformé en calice cette coupe toute pleine des souvenirs des Bacchanales ; elle était montée sur pied d'or rehaussé de pierreries.

Le i6 février 1804, elle fut volée, et retrouvée seulement en brumaire an XIII, enterrée sous une haie, dans le jardin de la mère d'un des voleurs, à Rozoy-sur-Serre, entre Laon et Rocroy. La monture en avait malheureusement été fondue, et c'est dépouillé de tout ornement que le célèbre canthare a repris sa place dans la vitrine d'honneur. (Voir Babelon, Cabinet des Antiques. Leroux, Paris 1900.)

1 On le voit aujourd huiau Louvre, dans la galerie d'Apollon.

- Colonne de jaspe qui passait pour offrir la mesure exacte de la taille de Jésus-Christ.

•' Table de marbre blanc, façonnée en dos d'âne et supportée par deux colonnes, taillée sur le modèle de la pierre qui avait fermé le Saint-Sépulcre.

l-iO LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Le chef de faint Benoift, qui eft d'argent enrichy de pierreries. Et un Osde fon bras enchaiïé en argent doré.

La Couronne de faint Louis, qui eft toute d'or, enrichie de pierreries, où il y a un Ruby, ellimé vingt-cinq mil écus, dedans lequel il y a une Efpine de la Couronne de N. Seigneur.

L'Epée Royale que les Roys portent quand ils font couronnez^.

Le Sceptre- Royal et la main de Juftice que les Roys portent quand ils font Couronnez et Sacrez, qui font d'or.

Spéculum quo Virgilius Maro dicitur iifus^.

L'agraffe du Manteau Royal toute d'or enrichie de pierreries.

L'agraffe du Manteau du Chantre, qui eft toute d'or, enrichie de pierreries; et y a un Ruby eftimé 12 mil écus.

' Cette épée du xii'^ siècle est exposée au Louvre dans la galerie d'Apollon.

2 Ce sceptre, qu'on voit au Louvre dans la galerie d'Apollon, longtemps qualifié de sceptre de Charlemagne, se compose de deux parties de provenances différentes : une sphère terminale sur laquelle est placée une image de Charlemagne, exécutée pour Charles VI, et, portant le véritable sceptre, une hampe qui était le bâton du chantre Guillaume de Roquémont.

^ Miroir fait d'une pierre de jais, qui passait pour avoir appartenu à Virgile.

l'enlèvement du trésor de l\ basilique i4i

Un petit Crucifix de la vraye croix, que le Pape Clément III, a taillé, lequel eft enchafle en or.

L'effigie de l'Empereur Néron, qui el1: d'agate, garnie d'or, et enrichie de pierreries.

La Coupe de Salomon, garnie d'or, enrichie de pierreries, dedans laquelle il bevoit^

Les Efperons des Roys qu'ils portent quand ils font couronnez, qui font d'or-.

Les habits du Roy Charles IX, qui font fur l'effigie dHenry IV.

Les Habits du Roy, qui règne à prefent.

L'Efpée de Saint Louys.

L'Epée de la pucelle d'Orléans.

L'Efpée de TArchevefque Turpin, Chancelier de Charlemagne.

Les Reliques qui font dans lEglife.

Les trois corps Saints, S. Denys, S. Ruftic et S. Eleuthere ^

^ Coupe de Chosroës I'^'', actuellement dans la vitrine centrale du Cabinet des Antiques de la Bibliotlièque nationale. Cette coupe transparente se compose d une armature en or massif et de trois rangées circulaires de dix-huit médaillons en cristal de roche, servant d'encadrement à un médaillon principal représentant Chosroës I""", roi de Perse, de 53i à 570. Cette coupe, selon toute vraisemblance, aurait été rapportée par les Croisés, à la suite du pillage de Constantinople en 1204.

- Ils figurent actuellement au Louvre, dans la galerie d'Apollon.

^ « Les trois cercueils d'argent où étaient renfermées les reliques de saint Denis et de ses deux compagnons martyrs étaient de la longueur approchant de dçux pieds ou deux pieds et demi ; ils étaient faits dans la forme exacte des

ik'i LES TOMBEAUX DES ROIS SOLS LA TERREUR

Nous sommes à la Convention, où nous allons retrouver nos six chariots et notre députation de la commune de Saint-Denis, apportant le Trésor de la Basilique. C'est Laloi^ qui préside : comme toujours, une foule agitée et bruyante remplit les galeries et les couloirs ; de l'amphithéâtre aux tribunes, tout aussi est plein. Tout à coup des cris s'élèvent, la porte s'ouvre, un remous s'opère dans le vestibule : c'est la députation de la Franciade^ A la vue de ces citoyens, vêtus de chasubles, de surplis, et coiffés de bonnets rouges, l'enthousiasme de la Convention ne connaît plus de bornes. Un tonbières ». Gautier, loc. cit., p. i23. Le prieur doui Verneuil avait pu soustraire, la veille de l'enlèvement du trésor, la plus grande partie des reliques, qu'il avait soigueusement cachées dans un sarcophage mérovingien.

^ Laloi (P. -A.) administrateur de la Haute-Marne, député de ce département à la Convention.

2 Le nom de Saint-Denis « rappelant un souvenir de la féodalité » avait été remplacé par celui de Franciade, en vertu d'un décret de la Convention.

l'e>léveme>t du trésor de la. basilique l^'i

nerre d'applaudissements éclate ^ On dépose à la barre les ostensoirs, les saints ciboires, l'épée de Jeanne d'Arc, les statues d'or et d'argent. Et l'orateur de la députation s'avance près de la tribune, tenant dans ses mains le crâne de saint Denis, sorti de son reliquaire d'or.

« Un miracle, s'écrie-t-il, fit voyager de Montmartre à Saint-Denis la tète du saint que nous vous apportons. Un autre miracle, plus grand, plus authentique, le miracle de la régénération des opinions, vous ramène cette tête à Paris. Une seule différence existe dans cette translation: le saint, dit la légende, baisait respectueusement sa tête à chaque pose, et nous n'avons pas été tentés de baiser cette relique puante ; ce crâne et les guenilles sacrées qui l'accompagnent vont, enfin, cesser d'être le ridicule objet de la vénération du peuple et l'aliment de la superstition, du mensonge et du fanatisme. L'or et

^ Moniteur du i4 novembre 1793.

l44 LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS L\ TERREUR

l'argent qui les enveloppent vont contribuer à affermir l'empire de la raison et de la liberté... »

Puis, se retournant vers les reliques, il adresse, non plus à Laloi, ni aux conventionnels, mais aux saints eux-mêmes cette singulière allocution : « O vous, instruments du fanatisme ! saints, saintes, bienheureux de toute espèce, soyez enfin patriotes, levezvous en masse ; marchez au secours de la patrie, partez pour la Monnaie, et puissiezvous, par votre secours, faire en ce monde notre bonheur que vous nous promettiez pour un autre.

« Nous vous apportons, citoyens législateurs, toutes les pourritures dorées qui exis-talent à la Franciade... nous en avons rempli six chariots. Il ne reste plus à Franciade qu'un autel d'or que nous n'avons pu transporter ; nous vous prions de donner ordre à la Commission des monuments de nous en débarrasser sans délai, pour que le faste catholique n'offense plus nos yeux républicains.

L E^'LÈVEME^'T DU TRESOR DE LA BASILIQUE l45

« On ne pouvait faire mieux escorter les bienheureux que par le maire de notre commune qui, le premier de tous les prêtres du district, a sacrifié à la philosophie les erreurs sacerdotales, en se déprêtrisant et en se mariant.

« Je jure, au nom de tous les citoyens de la ville de la Franciade, de ne reconnaître d'autre culte que la Liberté et l'Egalité ' ».

Et là-dessus l'orateur sans-culotte entonne un hymne révolutionnaire ; on boit^ tour à tour, dans les calices et les ciboires, et l'enthousiasme devient indescriptible dans toute la salle : au banc des conventionnels comme sur les banquettes des tribunes, ce sont des battements de mains, des trépignements de pieds, des cabrioles de jubilation.

La Convention, électrisée surtout par les effets oratoires du citoyen de la Franciade,

^ Moniteur du i4 novembre 1793. L adresse lue par Pollart n'était pas de sa composition : le citoyen maire avait mis à contribution le talent oratoire et les couleurs du style du citoyen Blanc, instituteur, maître de pension à Saint-Denis, auteur du morceau. Gautier, loc. cit., p. 127.

vote l'insertion de son discours à son Bulletin officiel^, et la députation tout entière défile devant la barre, en chantant des Alléluia et en régalant les conventionnels de danses patriotiques".

* Moniteur du 14 novembre 1793.

2 Séance tenante, la Convention chargea le député Sergent de procéder au transport de toutes ces richesses kV Hôtel des Monnaies. Là les reliquaires furent presque tous impitoyablement brisés ; après quoi, on fit transporter les Reliques et les objets précieux à la Commission tonporaire des Arts, établie pour examiner les objets enlevés aux édifices du culte et faire le discernement de ceux qui méritaient une conservation. « Ce fut pendant cet examen que M. Jean Bonvoisin, peintre, membre delà commission, eut le bonheur do sauver, en grande partie, la portion de la vraie Croix qu'on avait coutume d'exposer, en certains jours, à l'adoration des fidèles, dans l'église delà Sainte-Chapelle. Comme on paraissait faire très peu de cas de ces objets sacrés, dépouillés de leurs riches ornements, M. Bonvoisin eut la liberté de prendre, sur la table où ils étaient rassemblés, la précieuse Relique. Il s'empressa de la porter à sa mère, qui était une dame recommandable par sa piété, et qui, après l'avoir conservée religieusement pendant la Révolution, se fît un devoir de la remettre, en 1804, au chapitre de Paris. M. Bonvoisin et sa pieuse mère attestèrent depuis, avec serment, pour ce qui les concernait, la vérité des faits que nous venons de rapporter. D'après cette déclaration, qui eut lieu le i3 avril 1808, Ms"' le cardinal de Bell/Sy, alors archevêque de Paris, fit enfermer, avec toutes les précautions convenables, cette précieuse portion de la vraie Croix dans le reliquaire de cristal où on la voit aujourd'hui. Ce reliquaire a huit pouces et demi de long, sur un pouce et demi de large. Il est à quatre faces, et monté dans une garniture de vermeil qui en couvre les angles et les extrémités. Il est rempli tout entier

Tels étaient les boniments grotesques, les élucubrations et les répugnantes mascarades qu'applaudissait la Convention. Ce serait à

par la sainte Relique, dont une des extrémités est encore échancrée, parce qu il fallut la scier pour en ôler l'or qui la couvrait autrefois. La couleur du bois est dun brun pâle, avec quelques nuances rougeâtres, et paraît annoncer un vieux bois de cèdre ». Notice historique sur la sainte couronne d'épines et sur les autres instruments de la Passion, etc. Adrien Leclère, Paris, 18.28, p. 64-

Quant à la « sainte Couroune », après avoir été extraite de son reliquaire à l'Hôtel des Monnaies, on la « rompit en trois parties à peu près égales, et on en porta les débris, avec les autres reliques de la Sainte-Chapelle et de Saint- Denis, à la Commission temporaire des Arts où ils furent mis sous la garde du secrétaire de cette commission, nommé Oudry. Ce fut des mains de ce dernier que l'abbé Barthélemi, un des conservateurs des médailles antiques de la Bibliothèque Nationale, obtint, en 1794, les débris de la sainte Couronne, pour les conserver parmi les objets confiés à sa garde. La sainte Couronne demeura donc à la Jiihliothèque Nationale iusqu au mois d'octobre 1804. Acette époque MB"" le cardinal de Bellay, ayant été bien instruit de tous ces détails, et jugeant les circonstances favorables pour réclamer la sainte Couronne, avec plusieurs autres Reliques déposées dans le même établissement, s'adressa pour cet objet à M. Portalis, alors ministre des Cultes. Celui-ci donna ordre à M. Millin, conservateur des médailles antiques, de donner les Reliques à l'église de Notre-Dame; et M. Millin les remit en effet, le 26 octobre 1804, à M. l'abbé d'Astros, alors grand vicaire de Paris... Elle fut transférée avec une grande pompe dans l'église de Notre-Dame, le dimanche 10 août 1806 ». La même, p. 114.

Voici enfin comment « l'un des clous de Notre Seigneur », dont il est question dans le Mémoire du Trésor (le Trésor de Notre-Dame en possède un autre provenant de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés), put être sauvé. A la Commission tem-

n y pas croire si le Moniteur n'était là, conservé dans les Archives, pour prouver que, à un moment de son histoire, la France fut gouvernée par des fous.

poraire des Arts, « M. Le Lièvi'c, membre de l'Institut et inspecteur général des mines, qui faisait partie de cette commission, obtint la permission de prendre le saint Clou, comme un objet de minéralogie qu'il voulait examiner et analyser. Layant, par ce moyen, sauvé de la destruction et de la profanation, il le conserva soigneusement jusqu'au mois d'avril 1824. A cette époque, il le remit à Mb"" l'Archevêque de Paris, en lui assurant, avec serment, que c'était véritablement le saint Clou provenant du trésor de l'abbaye de Saint- Denis, qu'il avait sauvé de la profanation en 1793.

D'après ce témoignage, M^"^ l'Archevêque reconnut la sainte Relique, et la fit placer dans le reliquaire où on la voit aujourd'hui. C'est un tube de cristal d'environ quatre pouces de long, en forme de clou, orné d'une tête et d'une pointe en vermeil. Le saint Clou paraît avoir environ trois pouces et trois lignes de long. La tête en est échancrée, et la pointe un peu altérée ; il est couvert de rouille dans toute sa longueur. En l'examinant de près, on y remarque un petit morceau de bois, qui s'y est attaché sans doute lorsqu'on le relira de la Croix, et qui, examiné avec la loupe, paraît être de même espèce que le morceau de la vraie Croix provenant de la Sainte-Chapelle ». La même, p. i5o.

Avec ces derniers objets, plusieurs reliques, retrouvées encore en 1804 au Cabinet des Médailles, furent remises à l'église métropolitaine de Paris, entre autres un morceau de la pierre du Saint-Sépulcre, une discipline de fer ayant servi à saint Louis et une tunique du même prince.

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