‹ Les tombeaux des rois sous la TerreurChapitre 4 sur 34 · LA BASILIQUE DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

LA BASILIQUE DE SAINT-DENIS

était remplacée par celle de la guillotine ^ Etrange époque où l'on élevait à la hauteur d'une vénérable institution, cet échafaud qui tuait tout, la beauté, la vertu, le génie, ses amis et ses ennemis, jusqu'au jour où le régime lui-même fut tué.

Il y avait partout une telle monomanie de guillotine, qu'on tranchait la tête des statues de pierre qui racontaient, sur la façade des églises, l'histoire du passé : tous les porches mutilés des cathédrales sont les témoins, restés debout, de ce vandalisme révolutionnaire qui avait brûlé les archives, pillé les bibliothèques, saccagé le garde-meuble, auquel il ne restait plus, pour parfaire son œuvre de destruction, qu'à violer l'asile des morts. Le 3i juillet 1793, pour consommer tous les actes de la vengeance révolutionnaire, la Convention, sur un rapport de Barère ", pensa

1 Voir Charles Nodier. — Souvenirs de la Révolution.

^ Dans ce rapport, Barère exprimait le vœu « Que pour « célébrer la journée du lo août qui a abattu le trône, il « fallait, dans son anniversaire, détruire les mausolées fa- « meux qui sont à Saint-Denis, Dans la monai'chie les tom-

qu'on ne pouvait mieux célébrer l'anniversaire du lo août 92, qu'en violant les sépultures royales de Saint-Denis, qu'en dispersant la poussière de tant de rois, qu'en purifiant le sol de la République de ces derniers vestiges de la royauté ^ Et alors, dit Chateaubriand, c( on fouilla les cendres de nos pères, (( on enleva leurs restes, comme le manant

« beaux mémos, avaient appris à flatter les rois ; l'orgueil et le « faste royal ne pouvaient s'adoucir sur ce théâtre de la « mort, et les porte-sceptre, qui ont fait tant de maux à la « France et à l'Humanité, semblent encore, même dans la « tombe, s'enorgueillir d'une grandeur évanouie. La main « puissante de la République doit effacer impitoyablement « ces épitaphes superbes, et démolir ces mausolées qui rap- « pellent des rois l'effrayant souvenir. » Ajoutons que ce rapporteur célèbre, qui avait présidé le procès de Louis XVL porta avec ostentation, en 181 5, la décoration du Lys [Rapport de police, 20 juillet, Arch. nat. F7. S^SS), et que cet homme qui n'avait jamais eu à la bouche que les grands mots : « Vivre libre ou mourir », s'éteignit tranquillement dans son lit à 85 ans, après avoir approuvé le coup d'Etat de brumaire et exalté le premier Consul dans des écrits payés par Touché. Il lit paraître, sous le titre de Mémorial anti-hritannique, un journal qui, malgré la protection de Napoléon, n'eut aucun succès,

^ « La Convention nationale, après avoir entendu le rapport « du Comité du salut public, décrète ce qui suit : Les tom- « beaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église « de Saint-Denis, dans les Temples et autres lieux, dans « toute l'étendue de la République, seront détruits le 10 août « prochain. » Séance de la Convention, présidence de Danton, 3i juillet 1793. — Voir le Moniteur.

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