‹ Les tombeaux puniques de CarthageChapitre 2 sur 6 · LES TOMBEAUX DE LA COLLINE DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX DE LA COLLINE DE SAINT-LOUIS

En 1880, à l'occasion de la construction des nouveaux bâtiments de Saint-Louis, des fouilles firent découvrir un tombeau punique fort curieux à Textrémité du plateau supérieur de la colline, du côté qui regarde le village de Douar* ech-chot et la Goulette, c'est-à-dire vers le sud-ouest.

Ce tombeau que Ton pourrait avec raison, à cause de ses proportions monumentales, appeler un mausolée, était construit en grandes pierres de tuf disposées par assises* Gomme dans les tombeaux de la colline de Junon, aucun ciment ni mortier n'entrait dans sa construction.

Il se composait d*une chambre rectangulaire surmontée d'un toit à double pente.

La chambre avait, comme dimensions intérieures, deux mètres soixante-huit centimètres de longueur, un mètre cinquante-huit centimètres de largeur et un mètre quatre* Tingts centimètres de hauteur.

Une baie rectangulaire, large de soixante centimètres» ménagée dans la façade sud-sud-ouest formait rentrée du caveau, contrairement aux tombeaux de la colline de Junon dont la porte, comme nous Pavons dit, regardait le noi^dest De grands blocs de tuf, longs de trois mètres vingt centimètres et de trois mètres trente centimètres, équarris sur trois côtés et juxtaposés Tun à l'autre, composaient le plafond de la chambre funéraire et portaient le couronnement de l'édifice qui était formé de deux rangées de blocs longs de un mètre cinquante centimètres et se faisant équilibre deux à deux. C'est dans ce compartiment à section triangulaire qu'a été recueilli le collier punique dont nous donnons le dessin page 24.

Ce collier compte cinquante et une perles et sept amulettes, les uns de pâte blanche, les autres de pâ,te verd&tre, imitant tous la faïence égyptieni^e. Parmi ces amulettes, se rencontre deux fois ïurœus, sous la forme d'une vipère qui, repliée sur elle-même, enfle la gorge et dresse la tète. On y remarque aussi Voudja, ou l'œil mystique d'Osiris, et des figurines qui, malgré leurs proportions minuscules (treize millimètres) rappellent par leur attitude demi-accroupie, le colosse d'Âmathonte conservé au musée impérial de Gonstantinople. Nul doute que ce ne soit encore là une de ces représentations égypto-phéniciennes du dieu Bès qui, comme dit M. Heuzey, est peut-être la plus antique des caricatures populaires qu'on se plaisait à déposer dans les sépultures.

Dans notre collier, les amulettes qui représentent le dieu Bès, sont à double face identique.

Le style égyptien de ce collier punique n'a rien qui doive

surprendre. Jusqu^à celte heure, les pièces archéologîcines de notre collection qui remontent încontestablemeuÈ à la période primitive de son histoire et peut-être môme au-delà, ont toutes le cachet égyptien si prononcé qu'en présence

CkiiULer punique.

d'une analogie aussi frappante, on se demande si les terres cuites les plus anciennnes que produisent nos fouilles n'ont pas été fabriquées par les Carthaginois à Talde de moules achetés en Egypte. t

Le colliôr punico-égyptien fut la seule pièce trouvée sous le toit à double pente. Au-dessous de ce toit était la chambre sépulcrale qu'il était surtout intéressant de visitjer. Quand la grosse pierre qui en fermait l'entrée eut pu être écartée, on aperçut deux squelettes reposant au milieu de diverses poteries lampes et vases. Au fond du caveau, deux niches profondes de trente centimètres, ménagées immédiatement au-dessous du plafond^ en renfermaient d'autres également debout à leur place primitive. Nous reproduisons les principaux de ces vases (voir les gravures^ page 27).

En voici d'ailleurs la liste complète, telle que je la retrouve dans l'inventaire du mobilier funéraire de ce monument carthaginois :

io Un grand vase de terre cuite, rougeâtre et non vernie de quarante-huit centimètres de hauteur.

2« Dix vases de môme terre et de même fabrication que le précédent. Leur hauteur n'est que de vingt-quatre centimètres.

3« Dix petites fioles, de même terre à corps renflé et à col étroit. Leur bec est légèrement étranglé et leur hauteur varie de huit à dix centimètres.

4« Quatre patères semblables pour la forme et les proportions à des soucoupes plates.

5« Neuf lampes puniques^ dont le lecteur connaît déjà la forme.

Parmi les vases de moyenne dimension^ il y en avait un qui semblait conserver des traces de lait. Le liquide, en s'évaporant, avait laissé subsister à sa surface une croûte blanche et fragile, qui demeurait comme une toile d'arai^ £née tendue dans l'intérieur du vase. On sait d'ailleurs que les Phéniciens avaient coutume de déposer des aliments dans les sépultures de leurs morts. Les vases qu'on y trouve en font foi.

Qaant aux sqtieletteSj quoique assez bien conservés à première vue^ Us se réduisaient en pâte humide dès qu'on les touchait. Ils reposaient chacun sur deux grandes dalles qui fermaient Elles-mêmes deux sarcophages. Un intervalle de plusieurs centimètres existait entre deux dalles et permettait d'y passer la main et le bras. On y introduisit une bougie allumée et on aperçut alors un squelette dans sa position primitive.

Après avoir constaté la présence d*auges funéraires, on fit soigneusement dégager le sol du compartiment supérieur Il était recouvert d'une couche de sable épaisse de plusieurs centimètres. En la faisant enlever, on trouva avec les ossements du squelette, de petits objets de cuivre et des morceaux de bois qui tombaient en poussière sous les doigts. Ce sont là, sans doute, les vestiges d'un cer^ cueîl, et cette particularité a déjà été signalée dans les sépultures phéniciennes. Dans beaucoup d'endroits, comme nous l'avons déjà dît, les peuples avaient coutume d*ensevelir leurs morts dans un cercueil de bois de cèdre ou de cyprès.

Quand les dalles qui formaient le sol du caveau supérieur, en même temps qu'elles servaient de couvercle à un double sarcophage placé au-dessous, furent entièrement débarrassées de la couche de sable qui les recouvrait, on put les lever sans inconvénient et visiter à loisir les deux autres tombes.

L'auge funéraire de gauche renfermait un squelette dont la tête était tournée à droite. Le crâne semblait avoir assez de consistance pour être recueilli et conservé. Mais, quand on voulut le saisir, il s'émietta entre les doigts. On réussit cependant à mesurer un fémur. Sa longueur était de 0™,475.

Mais on ne trouva dans cette tombe aucun objet, pas

même une poteriei On la referma donc pour ouvrir et examiner le contenu de Tauge voisine. LàausBt, comme il y avait lieu de s'y attendre, ie squelette fut trouvé en place^ mais dans un tel degré de décomposition que les restes des ossements ressemblaient à une mince feuille de papier catciflé^decouleur grisâtre, qu'il suffisait de vouloir toucher pour en compléter la destruction. Ce squelette, comme la pré^ cèdent^ reposait à plus de sept mètres de profondeur au< dessous du sol actuel de la colline de Byrsa. MaiSj con^ trairement à son voisin, il était accompagné d'une lampe punique, d'une patère brisée, d'une petite boule en os et d'une Lachette de cuivre longue de dix centimètres^ y compris la partie qui entrait dans le bois du manche.

 la hauteur des reins et sur les traces du bassin, on recueillit huit petits objets de cuivre, composés d'un anneau et d'une double lamelle longue de quatre centimètres qui se hifurqoe en forme d'Y et de T*

Ces pièces, dont la partie double avait été rabattue, entraient sans doute dans la façon d'un ceinturon militaire, car, à côtéj ont été trouvées deux armes, La lame de Tune est plate et conserve des traces du Jsois dont se composait le fourreau qui la renfermait. Sa forme est celle d'un poignard. L'autre ressemble plutôt h un dard, et se termine, du côté opposé à la pointe, par un appendice qui a la forme d'antennes (1). La première mesure quarante centimètres de longueur et la seconde quarante-deux centimètres.

Jusqu'à ce jour, à pari Tlle de Cbypre, les nécropoles phéniciennes ont rarement fourni des armes et M, Perrot signale ce fait dans son HUtoire de VArt dans VAntiquiié où il s'exprime ainsi : «Trait curieux; dans Tinventaire très

(t)Ce(ta oacoDde piËce pourrait bien n'être qu'un instrument servant à ■!* gulaet 1«» artC^fl} coinme U fusU des bt^ucbors de no» Jours.

soigneusement dressé de tous les objets recueillis pendant deux années de fouilles dans la nécropole sidonienoe, on ne voit pas figurer un seul fragment d'arme* Chez tous les autres peuples qui ont confié de semblables dépôts à la tombe, épées et lances, casques et boucliers s'y rencontrent à chaque instant. CeltesingulariLé ne peut guère s'expliquer que par le caractère et Jes habitudes des Phéniciens \ ce peuple de marchanda n'était pas guerrier ; il fabriquait de belles armes -, mais c'était surtout pour les exporter et pour les vendre ; lui-même ne s'en servait qu'à son corps défendant et n'en lirait pas vanité ; ce n^étaitpas à la pointe du glaive qu*il conquérait cette richesse et cette puissance dont il était si fier. i>

Nous voilà cependant en présence d'une sépulture punique, plus ancienne que l'acropole elle-même de Byrsa, et qui parait renfermer les restes d'un des premiers chefs de la puissance carthaginoise, des membres de sa famille ou de ses compagnons d'armes, A quel âge remonte notre mausolée ? N'appartient-il pas à celte époque reculée de l'histoire où de hardis commerçants tyriens vinrent fonder un emporium sur notre péninsule ? Ce ne dut pas être sans peine que ces premiers colons de la future Cartliage sUmplantèrent dans le pays. Peut-être même eurent-ils parfois à défendre par les armes contre le peuple autochthone leur comptoir menacé.

Le tombeau punique de Byrsa dont la découverte était due au hasard^ne tarda pas à être entamé parla pioche des Arabes. Us allèrent, à mon insuj commencer leur œuvre de vandalisme et lorsque j'en fus prévenUjils l'avaient presque terminée» J'arrivai cependant à temps pour en empêcher la destruction complète. L« dessin ci-joint représente Tétat dans lequel ils Tabandonnèrent et permet de se rendre compte de la disposition intérieure {voir pagtr 31).

Ces chercheurs de moellons ont vraiment le génie delà deslruction. Us ne peuvent voir un pan de mur sans songer immédiatement au profit qu^iis pourront en tirer, en ven-

dant les pierres à quelque propriétaire ou entrepreneur. Voilà des siècles qu'ils se sont acharnés sur les ruines de Garthage et les ont fait disparaître presque entièrement.

Tombeau paniqua de Byrsa.

Déjà, dès le xiii« siècle, Ëdrisi, historien arabe, relatait que, depuis la chute de Garthage jusqu'à son temps, on n'avait pas cessé d'en fouiller les ruines jusque dans les

fondements, qne ces fouilles ne discontinuaient pas et que Ton exportait au loin une quantité incroyable de matériaux.

Gènes^ Venise^ Pise, Alger et Gonstantine possèdent dans leurs plus beaux monuments des marbres enlevés aux ruines de GarthagOp

C'est ainsi que les murs de fortification, les vestiges des temples et des palais ont disparu, pierre par pierre. Aujourri'huï encore, comme au temps d'Edrisi, les Arabes ne ces* sent de détruire ce qui reste sous terre des antiques monuments de Carttiage. Aussi les touristes quî visitent le sol de celte ville célftbre sont-ils stupéfaits de voir l'emplacement de Cartbage sillonné en tous sens par la charrue arabe ou ensemencé soit d'orge soit de fèves*

Cette destruction quasi totale de Cartbage donne un intérêt particulier aux rares monuments qu'on peut y découvrir intacts. Tel était le tombeau panique de Byrsa dont la découverte méritait d'être signalée au monde savant. Aussi S. E. le cardinal Lavigerie prit lui-même le soin de la faire connaître par une lettre spéciale, qu'il adressa au mois d*avrïl 1881 h M. Wallon, secrétaire perpétuel de l'académie des Inscriptions et Belles Lettres. Dans ce savant rapport, l'illustre prélat, en communiquant le résultat des fouilles sur la colline de Junon et sur celle de Saint-Louis, faisait les observations suivantes :

« Le doute n'est donc pas possible. Les tombeaux trouvés sur la double plateau de Byrsa sont des tombeaux de cbefs ou de guerriers puniques, et nullement des tombeaux numides.

(( Us sont antérieurs aux plus anciennes constructions carthaginoises qui aient couvert la colline^ puisqu'ils sont à plusieurs mètres au-dessous de ces constructions, dans le sol primitif, et d'tin appareil si différent.

(I Lors même donc que la coutume de presque tous les anciens peuples, paiticullérement des peuples de la Syrie et de la Phénicie d'où les Carthaginois liraient leur origine, n'aurait pas empêché d ensevelir les morts sur la ooUine qui dominait Cartbage si celleci avait fait déjàpartie de la cité, à plus forte raison, si, comme on le dit, elle en avait été le centre, U est impossible de nier que

les constructions de la citadelle punique de Byrsa ne soient postérieures à ces sépultures.

« La conclusion est donc indiquée. II semble que nous devions réformer nos idées sur la topographie primitive de Carthage. Byrsa n'en aurait pas été le berceau. Ce serait là une fable à coup sûr d'origine grecque, et qui aurait eu pour but de donner, dans cette langue, une étymologie à un nom dont le radical est essentiellement syrien (1). Carthage aurak été fondée non sur le sommet d'une colline, mais sur le rivage même et autour du port creusé pour le commerce de ses premiers habitants.

« Faut-il donc renoncer, non- seulement à Virgile, qui est un

poète, il est vrai,

Atque poetis Quidlibet audendi semper fuit sequa potestas,

mais à Justin et à Appien qui est un historien grave et qui ne fait sans doute que copier Polybe, historien plus grave encore, quand il s'agit de Carthage? Je ne l'affirme pas ; mais je le crains, et il ne me faudrait, pour passer de la conjecture déjà bien probable à la certitude, que pouvoir, par des fouilles plus générales^ arracher au sol les derniers secrets qu'il renferme encore. »

Après cette savante dissertation, S. Em. le Cardinal insistait sur les ressources absolument nécessaires pour con* tinuer des découvertes si heureusement inaugurées.

Pendant plusieurs années, les ressources dont je disposais ne me parurent pas suffisantes pour reprendre des fouilles si profondes et dès lors si coûteuses. J'hésitai longtemps à la vue de la quantité énorme de terre qu'il fallait enlever avant d'obtenir un résultat sérieux. J'étais d'ailleurs attiré vers deux autres points de l'antique Carthage où les fouilles étaient plus faciles et les découvertes certaines, je veux parler d'un vaste cimetière chrétien avec son intéressante basilique, et des deux cimetières réservés aux esclaves et affranchis impériaux, si riches en renseignements sur la composition des bureaux de Tadministration romaine au Ile siècle de notre ère.

(1) Bosra, dont Byrsa est une corruption, signifie en syriaque citadelle ou acropole. On retrouve encore ce nom. légèrement déûguré, dans la langue de l'Afrique du Nord. Les bordjs de nos indigènes ne sont autre chose que des forts ou des citadelles. En grec au contraire, Byrsa signifie cuir ou peau de bœuf.

Be temps en temps cependant, je fls enlever autour du tombeau punique deByrsa, quelques mètres cubes de terre, aulanf pour procurer du pain h de pauvres Arabes qoi sollicitaient du travail, que parce que j'étais certain de rencontrer, dans le sol. des amphores funéraires, des morceaux de belles poteries grecques et surtout de ces petits vases cerclés de lignes rouges, munis d'une anse, et sur la panse, d'un bec conique qui leur a Tait donner par les Arabes le nom caractéristique de hazzoula^ mot qui signifie dans leur langue, sein, maindle. On trouve d'ordinaire ces vases près des tombeaux d'enfants.

Mais je ne pouvais songer à faire un déblaiement complet qui permit d'atteindre les tombeaux les plus anciens et aussi les plus iniéressanis.

Ce ne fut qu'en mai 1888, que je pus enfin étudier plus sérieusement cette nécropole punique. M. le marquis de Vogué, Membre de l'Institut, auteur de savants ouvrages sur les antifjuités de la Syrie et de la Palestine, visitant un jour les ruines de Carlhage et notre musée, fut frappé des résultats importants obtenus par nos premiers essais et voulut s'intéresser k nos reciiercljes. Grâce à une généreuse ofTrande qu'il daigna me remettre dans le but de contribuer à la di!îcouverte de monuments puniques, je pus reprendre les travaux tant de fois arrêtés et les pousser jusqu'à la couche où nous devions rencontrer les tombeaux puniques.

D'après les indices qui m*engageaîent à fouiller en cet endroit, je fis pratiquer une large tranchée en avant du premier tombeau punique découvert, afin, s*il était possible, de pouvoir y arriver de plaîn-pied. U fallait pour cela enlever et transporter à flanc de coteau plusieurs centaines de mètres cubes de terre.

Après quelques jours de travail^ les ouvriers étaient arrêtés par un énorme mur en maçonnerie dont la largeur, h cause d'une autre construction adjacente, paraissait ôtrs

d'abord de 3» 35, alors qu'en réalité elle n'était (dimension encore respectable) que de ln',65.

Ce mur était évidemment de beaucoup postérieur non seulement au tombeau punique déjà découvert, mais au^si aux sépultures composées des amphores et autres vases funéraires déposés dans le sol au-dessus des tombeaux primitifs qui sont bâtis en grandes pierres, sans trace de mortier.

Un autre mur de construction identique, large de 1%70, formait angle droit avec le précédent et s'enfonçait sous la colline en passant à droite du tombeau punique que le lecteur connaît déjà.

C'est entre ces deux murs que j'avais rtisolu de déblayer le terrain. Nous finîmes par trouver à gauche Textrémitô du mur qui avait d'abord barré la tranchée et nous pûmes y faire facilement pénétrer les charrettes pour le transport des terres.

Les travaux de déblaiement furent alors poussés activement, et le 19 août, après avoir fait enlever et transporter plus de 4O0 mètres cubes de terre, je pouvais faire part k M. le marquis de Vogiié des résultats de cette fouille.

Toute la portion du terrain non occupée par la double épaisse muraille était rem pli e^ à une profondeur moyenne de deux mètres cinquante centimètres au dessous du sol actuel, d'urnes et d'amphores funéraires, les unes renfermant des ossements calcinés (î), les autres contenant des ossements sans trace de crémation. Les dernières fouilles nous avaient fait découvrir de quarante à cinquante de ces vases funéraires*

Les amphores sont en terre de couleur rouge, parfois de couleur grise ; souvent elles sont revêtues extérieurement d'une couverte jaunâtre* Leur forme est à peu près celle que présenterait un œuf d'autruche coupé par le milieu et

(1) Noua âvona trouvé un collier qui a été brûlé avec le corps. Les perlés «C les amulettes de g& coUler k demi f&nduB se sont déformés et soudéa «nlemble.

dont les deux parties seraient réunies par un cylindre de môme diamèlre. Elles sotit dépourvues de coL et munies de

deux oreillons. Leur hauteur atteint d'ordinaire un mètre environ- D'autres amphores affectent une foime particuUère, Nous avons trouvé des fragments de grands vases ornés de dessins en couleur rouge ou brune (l)-

Tous ces vases, urnes et amphores, remplis d'ossements ont cédé à la pression du sol et sont tout brisés. Là où la terre a reçu les fondations de constructions postérieures, Us sont complètement écrasés et aplatis. Les petits vases se sont cependant parfois conservés intacts. Ce terrain renferme aussi quelques squelettes Inhumés en dehors des grands vases funéraires.

Jusqu'à ce jour (tO aoLitI8S8), nous avions trouvé dans ces fouilles plus de deu^î cents fragments de belles poteries grecques, lampes, vases diver^^et surtout des patéres. Ces dernières portetit presciue toujours sur leur fond intérieur des rosaces plus ou moins simples, plus ou moins compliquées, composées de motifs tels que palmettes, fers à cheval, etc. Il est certain que ces débris de vases que je crois de fabrication grecqriej appartiennent à la période punique. Nous en avons la preuve évidente dans les graffiti carthaginois qui se lisent sur plusieurs d'entre eux et que nous re produisons h la page suivante.

Ces vases grecs brisés ne paraissent pas cependant avoir un rapport direct avec les sépultures. On les retrouve, en effet, mélangés au sol de telle façon qu'aucun d'eux ne semble avoir été déposé à dessein près de Tamphore, au moment de l'inhumation. Je pensais d'abord que c'étaient là les débris de vases ayant servi aux offrandes funéraires et qui, une Tois brisés^ s'étaient trouvés entraînés au hasard avec la terre à chaque nouvelle fosse que l'on creusait- Mais ces poteries ainsi que les caractères puniques de leurs ^ra/'/îH appartenant, d'aprèsM. de VogOé, au v« et même au

(t) Phiafeuïs de ces vasen ont élé r**produits en photoly^pie^ dans le n* i* C^4rs'i\ rU iseo de ta. fîei^ue archéolùyique,

IV' siècle avant notre ère, je croirais pltis volontiers que ce sonl tout simplement les débris des vases dont se servaient à cette e'^poque les habitants de Byrsa ou qui, apporLés par les adorateurs d'Eschmoun, étaient jetés au hasard, lorsqu1ls étaient faors d'usage, La continuation des fouilles a confirmé celte hypolhèscj car c'e^t surtout vers l'arête

Fonds de vases grecs porUnt des graffiti carthaginois*

extrême du plateau de la colline^ que nous avons trouvé ces débris en grand nombre. A mesure que Ton pénètre en avant, on en trouve moin? et ils finissent par disparaître complètement, quoique le sol continue à renfermer des sépultures du même genre.

Outre ces vases en terre noire vernisFée^ on a trouvé en même temps des fragments de vases grecs peints à ornements rouges sur fond noir, des balles de fronde en terre cuite, une hachette de bronze Ëeniblnhle pour la forme de )a lame à celle que nous avions retirée en 18^0 dn premier

tombeau punique de Byrsa, un poisson de terre cuite aux flancs couverts de lignes ronges pâles que la photographie n'a point réussi à reproduire, un petit vase afl'ectant un peu la forme d'une outre et orné également de dessins en rouge et enûn neuf vases h petit goulot sur la panse. Mais ce qui ajoute un intérêt particulier à ces fouilles, c'est la découverte de perles et d'amulettes provenant de colliers de style égypto-punique et de deux belles terres cuites de môme style.

PoterJes cartfaaglnoisesi ,

A la date du 19 août, le nombre des perles de pâte de verre sY^levait à quarante et une, soit rondes^ soit cylln* driques ou môme d'autres formes. Parmi les amulettes je pouvais signalera M. le marquis de Vogïié un dieu Bès, deux oudjah, un petit triangle surmonté d'une barre et d'un anneau^ emblème de la déesse Tanit et deux scarabées en

jaspe vert portant des in tailles. SurTmi est représenlé une sorte tt*IIercul0 combattant le lion et sur l'autre un personnage debouttenant de la main droite un bâton ou une massue. Les deux belles terres cuites éj^ypto-puniques signalées plus haut, sont ua masque et une statuette.

llasiiue et colher puniques.

Le masque est une tète de femme dont les oreilles et les lèvres sont peintes en rouge vif. On peut rapprocher cette figure de celle trouvée à huit mètres ciuquante sur la colline de Junon, et qui est reproduite plus haut- M, de Vogilé reconnaît, dans cette terre cuite moulue, des nuances qui permettent delà classer parmi lesproduits de Fart phénicien.

La fltatuettej haule de disE-neuf centimètres» a la forme d'une momie. Les oreilles et les lèvres, comma dans le masque trouvé en môma temps, sont peintes en rouge vif

StataeUa et colUer puûiquesÉ

qui Lranclie sur la couleur rouga brique de l'argile. Les bras sont pendants et les pie Js, quoique brisés, semblent avoir été découverts, M. de Vogiié trouve que le style de cette figurine rappelle celui de l'Egypte, mais avec un peu plus

de liberté et que la pose diffère un peu de celles des statuettes funéraires égyptiennes.

Le musée de Gagliari possède une figurine semblable que M. Perrot a reproduite dans sa belle Histoire de l'art antique où il raccompagne de ses savantes réflexions.

« Un type, dit-il, que jusqu'à présent la Sardaigne a été « seule à fournir, c'est celui que présente une jolie terre « cuite de Tliarros. Vêtue d'une longue robe et coiffée à l'é- « gyptienne, la figure a, au premier abord, quelque chose de « l'aspect d'une momie ; elle fait songer aux figurines funé- « raires de l'Egypte, mais elle s'en distingue pourtant à deux « traits caractéristiques : ici les bras, au lieu d'être repliés « sur la poitrine, tombent le long des hanches, les pieds « ne sont pas emprisonnés dans une gaine o.ù se cache, en « perdant sa forme, tout le bas du corps ; ils dépassent le « bord inférieur du vêtement. Comme celui des bras, le moc delé en est ferme et juste ; le visage, bien encadré, ne « manque pas d'une certaine élégance. Cette figurine où Tar- « Uste s'est inspiré très librement d'un type oriental, est t certainement un des meilleurs ouvrages que l'on puisse « mettre au compte des céramistes phéniciens (1). »

« Ces statuettes,ajoute le même savant, trouvées dans les « cimetières des colonies phéniciennes, en Sardaigne, ont- « elles été apportées de la mère patrie ou fabriquées dans « l'île même, par des artistes qui s'y étaient établis et y « avaient ouvert leurs ateliers? Cette dernière hypothèse pâte rait de beaucoup la plus vraisemblable. On a sans doute « commencé, en Sardaigne comme à Chypre, par se servir « de moules apportés de Phénicie ; puis on a fini par copier « sur place, avec une certaine liberté, les modèles qui avaient « été créés dans la mère patrie. Il y aurait lieu de chercher « la confirmation de cette conjecture dans une comparaison « minutieuse que nous ne pouvions instituer ici, entre les « figurines trouvées en Syrie et celles qui ont été recueillies

(i) PerrQt Ifist. de Vart datis V^ntiquité^ T. III. p ♦•)l-452 .

1 enSardaîgne; peut-être, mal gré le nombre assez restreint * des monuments et les lacunes que présentent les séries, « pourrait-on dès maintenant constater que, dans ces colonies

occidentales, certains types « en rapport avec les cultes « locaux ont été plus souvent * reproduits que d'autres ; « ainsi la divinité qui tient « le diêque parait avoir été a pluspopulaîredanslemontt de de la Phénicie coloniale <i que dans les ports de l'On rient. &

Cette divinité portant le disque, dont parle ici M* Perrot et que Ton croit représenter Tanit, la grande déesse de Carthage, nous Tavoûs également trouvée dans nos fouilles. J'anticipe ici sur Tordre chronologique des découvertes de Byrsa pour en donner de suite une reproduction. C'est une figurine d'argile grise haute de vingt-cinq centimètres.

La tète est partieulièrement expressive.

Cette déesse u^est autre qu'Astarolhjridoledes SidouienSt dont l'Ancien Testament fait souvent mention.

LesCartliaginois rappelaient la grande dame Tanit, reflet ou face du dieu niaal. C'est à elle et au dieu Daal llammon qu'ont éi6 offertes les trois ou quatre mille pierres votives trouvées à Carthage depuis

SUitiettô d& Tanli, éésKe de Carthage.

moins de Tingt ans» Le musée de Saint-LoDts en possède à lui seul plus de cinq cents. Toutes ces stèles, à très peu d'exceptions près, portent la même formule.

Voici la traduction d'une des inscriptions de notre collection :

Page 1