FILS D'ADONIBAAL, LE SUFFÈTE
Dans ces inscriptions, toutes gravées en caractères puniques, nous Usons les noms connus d'Annibal {Hannibâal)j Amilcar (Âbd-el-Melkart)t d'Asdrubal (Azrubâal), Hannon, Magon, etc.„ Sur plusieurs stèles, le nom de celui qui a fait le vœu est suivi de l'indication de sa profession* Nous y voyons figurer des négociants et en particulier des marcbands d'or, d'airain et de fer, qui rappellent ce texte d'Ézéchiel (1) dans sa magnifique et énergique apostrophe à rorgueiîleuse ville de Tyr :
« Carthaghienses negotlatoreê fiit, a muUUudlne eunctarum dij>Uiarunt^ argento, ferro^ stanno^ plumboque^ repleoBrunt nundinas tua$,
■ Les Carthaginois trafiquaient aveovôuSj en vous appof* tant toutes sortes de richesses et remplissaient vos marchés d'argentj de fer, d'étain et de plomb. »
Maïs revenons à Texposédes travaux de fouilles.
A la date du 30 août» j'en indiquai de nouveau les résultats à M. le marquis de Voj^iié. C'étaient toujours de nombreuses poteries grecques brisées, des vases puniques, des urnes décorées depeinturesj de petits anneaux d'argent
(i)CïkXXVJI, ?. 12.
et de cuivre, une sonnette de bronze et quantité de perles et d'amulettes. Parmi ces derniers, était une petite tête en pâte de verre de diverses couleurs, liaute de quatre centimètres et munie d'un anneau q-ii permettait de la suspendre à un collier. La partie chevelue du front et celle du visage couverte par la barbe est de couleur verdâtre ainsi que le tour extérieur des yeux qui sont absolument ronds. Les prunelles cernées de blanc sont d'un noir brillant ainsi que les sourcils. Le reste du visage, les oreilles et la bouche sont de couleur blanc saie, tandis que îes pendants d'oreilles sont blancs comme de la craie.
Dans sa réponse, datée du 4 octobre, M, de Vogfté m'écrivait :
« Le masque de pâtes de couleur est des plus intéressants <ï au point de vue de Thistoire de la céramique. •
L*ensemble de cette tûLe produit une impression toute particulière. Le lecteur peut d'ailleurs en juger lui-même parla gravure ci-jointe, exécutée d*après une photographie.
Mais un détail qui ne se voit point dans la reproduction que nous en donnons, détail qui tend à devenir une des marques caractéristiques de la statuaire chez les Carthaginois, c'est une ligne de démarcation tracée à travers le visage pour distinguer la partie barbue de celle qui ne Test pas. Trois têtes de statues du musée de Saint-Louis qui remontent à Tépoque punique, oïTrent déjà cette particularité de la sculpture carthaginoise.
On a aussi trouvé en Sardaigne de petites têtes en pâte de verre. Mais le musée de Cagliari n*en a aucune ressemblant à la nôlre-
M.Maspéro» consulté au sujet de cette amulette par M. de Vogué, lui a affirmé qu'on a trouvé en Egypte des centaines de têtes absolument semblables. Pour ce savant^ cet objet serait de fabrication égyptienne ainsi que les colliers trouvés également dans la nécropole puniqne de Byrsa,
Parmi ces colliers, il en est un qui est remarquable. Il se compose de soixante-dix-huit pièces parmi lesquelles il
convient de signaler trente amulettes. On y voit se répéter plusteurs fois le dieu BèseL Vœ'iï d'Osiris, puis Turœus et
Tais punJqtie et coIUer comptai un gr^nS uomJbre d^amultittca.
une petite idole debout les bras collés au corps et ayant tantôt la tète d'un singe, tantôt celle d*unépervier< D'autres ne s*y montrent qu'une seule fois, tels sont un hameçon de
bronze; el en ÎToire, un dauphin, une pal met levain si qu'une espèce de domino percé de petits trous.
On pourrait encore signaler parmi les éléments des divers colliers recueillis dans celte nécropole, de petits anneaux dl*argent, d'autres de cuivre recouverts d'une mince couche d'or, des cylindres de bronze, de longues perles en pâte de verre ayant presque la forme et à peu près la couleur de cigares, enfin divers animaux, des éperviers, un lion accroupi, etc.
G'efit surtout dans les tombes supérieures, c'est-à-dire celles où le cadavre a été couché dans une amphore, que ron trouve ces colliers^
Une de ces amphores qui, toute fendillée, avait cependant résisté à la pression du terrain, permit de se rendre compte de la disposition intérieure. On y voyaitun squelette d'enfani. La tête occupait le fond de l'amphore et les pieds touchaient l'ûriflce du récipient funéraire* Il est évident que le vase avait dû être brisé pour y introduire le cadavre et que les parties avaient été réunies ensuite. Le crâne reposait presque sur un de ces petits vases de terre cuite à une seule anse, que nous trouvons fréquemment noirciSj comme bUIs avaient servi à faire chauffer quelque breuvage ouTeau destinée à laver le corps. Derrière et autour du cràne^ on recueilht des cercles de bronzej rappelant les grands anneaux de métal que portent en guise de pendants d'oreilles les femmes arabes de la campagne tunisienne, et qui, en réalité, sont maintenus à l'aide de cordons passant sur le sommet de la tète.
EnHn sur le thorax, on recueillit une perle, un anneau d'argent et plusieurs de ces amulettes représentant soit le dieu Bès, soit Toail d'Osiris*
Mais Tamulette principale du collier était parfois une petite sonnette. Nous en avons trouvé, comme je l'ai dit déjà} qui sont de bronze et je parlerai plus loin d'une autre qui est en or.
Signalons encore en passant plusieurs coquillages qui avaient été placés à côté des sépultures.
Voici une urne funéraire qui a été trouvée, ainsi qu'un certain nombre d'autres, remplie d'ossements calcinés par suite de la crémation. Elle renfermait les restes d'un seul individu. Ce vase de terre grise, haut de trente-sept cenU« mètres et demi, est décoré de lignes ronges parallèles- Le sommet de la panse porte une torsade de même couleur^
Urnefunéraire trûiivùerempUed^osseraenia humains*
Cette poterie, comme l'a fort bien remarqué M. de VogOé, offre une grande analogie avec la céramique archaïque provenant des nécropoles de Chypre et de Rhodes*
Mais U découverte d'un nombre assez considérable d'urnes funéraires renfermant des ossements humains calcinés nous révèle qu'à une certaine époque les Carthaginois, imitant en cela les Grecs, adoptèrent Tusage de la
crémation. On possédait, il est vrai, à ce sajel, le témoignage de Justin qui rapporte que Darius envoya une ambassade aux Cartliaginois pour les prier de ne plus manger du chien et de ne plus brQler leurs morts Mais 3a critique moderne a mis en doute Tasserlion de Justin. On est mûme tdlé jusqu*à la traiter de fable et de conte apocryphe. Dureau de la Malle trouve que Justin a commis une lourde méprise et Beulé, tout en citant un cas où les Carthaginois brûlèrent leurs morts tombés sur un champ de bataille, admire la sagacité de Bureau de la Malle qui a su découvrir Terreur de Thistorien Eatin. Or, les ossements humains calcinés trouvés dans les urnes de la nécropole punique de Byrsa sont une preuve de Fusage, au mo i n s à une ce rtai ne époque et en ce rlain s cas , de la crémation parmi les Carthaginois et viennent rendre au récit de Justin son importance historique. Voilà aussi peut-être pouniooi Yirgile fait mourir Didon sur un bûcher,
D*ailleurs on a découvert à Sousse, Tanclenne Badrumèie^ tout un dépôt d'urnes funéraires remplies d'ossements Ijumaiïis calcinés. Plusieurs de ces vases portent sur la panse une épitaphe néo-punique peinte à l'encre notre.
Le doute n'est donc plus possible- Les Carthaginois ont parfois pratiqué la crémation,
A Sidon même on a trouvé, en 1861 j une tombe renfermant des ossements incinérés et Ton cite Texemple de plusieurs Hébreux, dont les corps furent brûlés (1).
Au point où nous en étions des fouilles^ malgré la grande quantité de terre enlevée, nous n'avions rencontré que des amplioresj des urnes, de petits vases, des patères, des lampes puniques et beaucoup de menus objets, quand ua bon coup de pioche vint révéler Texistence d'un grand tombeau semblable à celui que l'on avait découvert en tSSO.
On ne vit tout d'abord que Textrémité Eupérieure des
(?) a. dfi VdËiiâ, Xote sur les nécrôpotes de Curihage, p. G et 7-
grosses pierres buttées l'une contre l'autre et qui forment comme le faite de ce genre de sépulture. Grâce aux données fournies par le premier tombeau décoavert et qui n'était distant que de quelques pas, les fouilles pouvaient être conduites k peu près à coup sûr- Mais pour atteindre la porte, il fallait creuser encore profondément^ à quatre mètres environ plus bas, à travers un terrain d'argile excessivement compacte et cédant difficilement sous la pioche des ouvriers.
Il eût certes été bien intéressant de pénétrer dans la chambre funéraire par la porte même. On en fut empêché par rénorme mur qui passe h moins d'un mètre dû distance de la façade et il fallut se décider à creuser en arrière du tombeau. L'intérieur du compartiment supérieur que Ton pourrait comparer pour la disposition et les dimensions aux petites tentes des soldats en campagne (-1), était complètement vide On y voyait les grandes pierres horizontales qui servaient de plafond au caveau proprement dit*
La comparaison avec le tombeau voisin que nous avions sous les yeux, indiquait deux niches qui devaient avoir été ménagées au fond de la chambre et, en effet, on ne larda pas h reconnaître dans la fagade postérieure deux dalles carrées qui devaient correspondre aux niches,
11 s'agissait donc de déplacer une de ces dalles, pour voir l'intérieur du tombeau et même y pénétrer. Le soin de cette opération fut confié à un de nos ouvriers arabes bien connu de tous les missionnaires qui sont passés à Carthage. Hadj-Aly, c'est le nom de notre homme. Il ne tarit pas quand il raconte les bienfaits dont il a été Tobjet de la part de S» Em, le cardinal Lavigerie et de plusieurs de mes confrères. C'est assurément un des Arabes de la contrée le plus sincèrement affectionné aux missionnaires. Il aime k
(1) Les milkUlrwi oot coutume de dâsJf aer cett^ tant^ibri sou» l« nom de tombeaUé
rappeler le souvenir des Pères qn'il a connos et à redire leurs noms qu'il écorche à sa manière, mais qui ne lui eti sont pas moins chers.
Noua étions bien bas au-dessous du sol de la colline lorsque je dis à notre Hadj-Aly : « Vois cette pierre, il faut la déchausser complètement et» dès qu'elle sera déplacée, tu apercevras une niche remplie de vases de différente grandeur. Ne touche à rien et viens aussitôt m'avertir. *
Hadj-Âly me regarda d'un air stupéfait^ mais plein de confiance. Il prit sa pioche et se mit au IravaiL Je le laissai et rentrai à Saint-Louis. Mais une demi-heure s'était à peine écoulée, que j'entendis retentir sous nos cloîtres de larges éclats de voix et de rire. C'était Hadj-Aly qui arrivait tout essoufflé pour me prévenir, et qui manifestait sans retenue sa grande surprise d'avoir, à une telle profondear, trouvé les choses comme je les lui avais annoncées. Il avait entr*ouvert la niche et avait vu les vases funéraires.
Je me rendis donc au tombeau. £n m'accompagnant» Hadj-Aly, encore émotionné, me disait : 1 Père, tu connais tout, et il n'y a pas à Carthage un seul endroit où tu ne puisses dire : en creusant ici, on trouvera telle ou telle chose. D'ailleurs^ tu sais lire dans les hvres qui révèlent les choses souterraines. *
Et, comme je lui répondais que les livres n'étaient absolument pour rien dans la découverte que je lui avais annoncée, il se mit à rire avec un air particulier qui me disait assez qu'il n*en croyait rien, et me répartit : « J'ai vu une fois ta chambre et n'ai-Je pas aperçu un grand nombre de livres. A quoi bon tant d'écrits s'ils n'indiquent pas ce quUl y a sous terre I *
Je ne pus le convaincre que la ressemblance du tombeau nouvellement découvert avec celui qui est situé derrière à quelques pas, m'avait seule guidé dans mes prévisions.
Mais ces manifestations et le rôle exagéré qu'il me prétait dans celle découverte, n'empêchaient pas notre Hadj-Aly de réclamer un bon pourboire; tout comme lii selon la
rèEaxion d'un de mes confrères, il avait déposé luî-méms les objets dans la tombe pour me ménager une surprise. Chez les Arabes, en effet, le pourboire est de règlcj lorsque quelqu'un a eu la main heureuse.
Je Us ouvrir complètement la niche et, une fois la dalle enlevée^ on put retirer une à une les poteries déposées dans cette première niche. C'était d'abord un grand vase en ar^Ie rouge, haut de quarante et un centimètres. Sa forme e^t celle d'un cylindre reposant sur un cône renversé, muni de deux petites oreilles et terminé au sommet par un cercle très légèrement conique, percé au centre d'un trou annulaire sans goulot.
A cMê, il y en avait deux autres de grandeur moyenne à double oreillon, à col très court et évasé. Le plus grand, de terre rougeàtre, était placé sur le plus petit de terre grise.
Devant ces vases, sur ïebord intérieur delà niche, étaient placées une patère de terre rougeâtre et deux petites fioles, à une seule anse, à col renflé et à col un peu allongé. Dans Tune, le goulot forme rebord circulaire, et, dans Tautre, il est légèrement étranglé.
La niche, ouverte et débarrassée des vases, ocrait une baie large de cinquante et un centimètres et haute de soixante-sept centimètres, bien suffisante pour nous permettre de pénétrer dans le tombeau. Mais je ne voulus ni y entrer ni en commencer Texploration sans témoins. Pour Tinstant, je me contentai d'examiner du regard cette chambre ftinéraire* L'intérieur était intact et on n'y voyait aucune trace d'infiltration. Deux squelettes y reposaient étendus dans le même sens, les pieds au sud-ouest et la tète au nord-est. Des lambeaux de bois pourri^ épais d'un centimètre environ, recouvraient une partie des ossements. Puis on apercevait le long descorps, des vases de terre cuite presque tous renversés. Un seul, placé au fond, était encore debout. A Tex^ trémité à gaucbe, dans un enfoncement, on voyait en partie la grande et belle dalle qui fermait l'entrée et que nous Q'avioni pu atteindre extérieurement.
Au moment de rouverture de ce tombeau, avait lieu dans la chapelle du séminaire, rordinalion de plusieurs mission-' naires, et je tenais à ne pas manquer cette belle et touchante cérémonie. Je fis donc refermer la niche et je constituai Hadj-Aly gardien des vases sortis déjà du tombeau. Il était fier de la confiance que je lui accordais, et surtout heureux de consacrer au repos plusieurs heures d'une journée qui, sans parler du pourboire, lui serait payée entière.
Après la cérémonie d*ordî nation qui avait duré trois heures, j'informai le R. P. Voillard, provincial de Tunisie, et le R. R Bazin, supérieur du scolasticat, de l'ouverture de notre grand tombeau, les invitant à venir le visiter et à assister à i'examen de tout ce qu*il renfermait.
Après leur avoir laissé lo temps d'en observer k Taise rintérieur, je commençai Texploration, aidé d'un de mes confrères, le R. P. Boisselier-
Je relirai d'ahord de dessous le crâne aftaisséet réduit en morceaux du premier squelette, une petite hachette de bronze et une seconde semblable placée près de Tépaule gauche. Ce n'est pas la première fois qu'à Cartilage on retire des sépultures puniques de ces hachettes votives* Nous en avions trouvé une, comme on s'en souvient, dans le tombeau découvert en 1880, une autre dans les sépultures à amphores qui remplissent le terrain autour de ces hypogées primitifs. M. Jean Vernaz en a recueilli une naguère dans les tombes puniques du bord de la mer, et les uécropoias de la Sàrdaigne en fournissent également.
En continuant Texploration, on recueillit à droite, à la hauteur des reins, un objet de bronze long de 0%055, ayant la forme d'un T terminé à la hase par un anneau* Nous avions déjô, en 1880, trouvé de ces objets en plus grand nombre sur les os du bassin d'un des squelettes du tombeau voisin* Enfln^près du pied gauche^une lampe punique. Elle était renversée et il est facile de constater qu'elle n'a servi qu'une fois. Près de cette lampe était une patére de Q^,i2 de diamètre»
Les os de ce squelette avaient une leïnte presque jaunâtre. Le crône, comme je Tai dit plus hautj s'était complètement déformé; mais la mâchoire était assez bien conserTée, ainsi que les omoplates, les vertèbres et les os des bras et des iambes*
Le squelette qui reposait à côté était aussi d'une conservation assez satisfaisante; mais les ossements avaient une teinte brune très foncée. De place en place, le squelette était encore, comme son voisin^ recouvert de lambeaux de bois pourri qui paraît avoir été du cèdre. Le corps avait sans doute été déposé dans un cercueil que Ton avait fait glisser sur les dalles dont la dernière n'atteignait point le mur du fond et laissait un vide large de 0'*,16 et profond de Onld. La tète soutenue longtemps par le bois du cercueil, avait enfin fini par tomber en se brisant dans cet intervalle,
La niche située au-dessus de la tête du squelette renfermait encore, debout à leur place primitive, trois vases sem* blables déforme, et une tampe dont les deux becs étaient noircis. Près de Vépaule droite, une autre lampe avait été posée sur une patère. Elle était également noircie et renfermait un résidu calciné, couleur de cendre.
Entre les deux fémurs, on voyait aussi une patère inclinée sous une lampe et une petite fiole à demi renversées. Il était facile de se rendre compte que ces poteries avaient été, lors de l'inhumation, déposées sur les genoux du cadavre. Une autre fiole gisait h côté de ce groupe. La première renfermait au fond un dépôt jaunâtre qui se détachait en forme d*écailles. Dans Vautre, le dépôt produisait une poudre noire. Quant à la Jampe, elle n'était point noircie» La mèche était conservée. Allumée un instant, elle s'était éteinte aussitôt après et était demeurée intacte, inclinée sur le bord de la lampe. Près du pied droit, un vase de grandeur moyenne était couché sur le côté, Touverlure dirigée vers fentrée du tombeau. tJn autre vase de même dimension était debout près du pied gauche. Ce? deux vases portaient, comme les deux autres, des traces
de dépôldes liquides qu'Us avaient contenus. Le bras droit était étendu le long du corps et la main gauche avait repo* se sur rabdomen. Les rotules étaient encore en place. Nous avons mesuré la longueur des principaux membres - L'humérus mesurait 0™,36; le fémur 0",48; le tibia 0™,42; le sacrum 0^,12. La largeur du squelette aux épaules et au bassin, était de 0°>,37.
Les dalles sur lesquelles avait été posé le cadavre de ces deux Tyriens fermaient elles-mêmes deux auges ménagée» dans la partie inférieure de la chambre funéraire* Voici
Caupfl loDgitadlnale du tomb«an punique,
d'ailleurs la coupe en long de ce monument funéraire. Elle permet de se rendre compte de la disposition Intérieure,
Mes fonctloDE ne me laissant pas dispoBerde raprès-midi, je remis au lendemain Touverture des sarcophages.
Il fallut lever les lourdes pierres à Taide d'un cric, ce qui n'était pas chose facilejvu le .peu d'espace dont on disposait en hauteur dans le compartiment supérieur. On y parvint cependant et nous vîmes un troisième squelette reposant dans une auge longue de ^^fi^, large de Ofn,46 et profonde de 0°>,45. Les ossements avaient une teinte jau-
IHtktk des deuï sAn^phagea de la ch&mbre inférieure,
nâtre. La boîte crânienne était bien conservée. Afin de la sauver» je voulus l'enduire de spermacéti. Quant à la mâchoire, eïle avait été brisée par un éclat de pierre détaché de la daUe sous laquelle elle reposait.
L'humérus avait en longueur Oa»,285; Tomoplate O'^jlS; le sacrum (^,115; et le fémur ûm,285. Ce squelette n'était accompagné d'aucun objet de bronze ni d'aucun vase ; mais aux quatre angles du sarcopbage on avait pratiqué dans la pierre qui en formait le fond des espèces de cuvettes
carrées, mesurant environ 0",^0 de côté et de 0^,08 à 0",iO de profondeur.
On ouvrit alors, k Taide du crîc, le sarcophage voisin. Il mesure comme l'autre, 0'n,45 de profondeur, mais il n*a que 1%90 de longueur et O^M de largeur* Le squelette était aussi assez bien conservé ; mais le criltne était réduit en morceaux. Aucune poterie n'accompagnait ce squelette. . La pierre du fond, comme Tauge voisine, était munie de petites cuvettes. On ne trouva qu'une boucle de bronze en forme d'Y à anneau, comme celles que nous avons déjà signalées-
Nous ne vîmes aucune trace de bois pourri dans les deux sépultures inférieures.
Afin d'offj ir aux savants qui visitent Carthage un souvenir de cette intéressante découverte, les squelettes de l'étage supérieur qui étaient les mieux conservés ont été transportés au musée de Saint-Louis et déposés dans une caisse vitrée avec les hachettes, boucles, patères", lampes et autres vases, replacés comme ils ont été trouvés dans le tombeau.
L'exploration terminée et le transport des squelettes elîectuéj on put examiner plus à l'aise les détails de la construction de ce monument funéraire punique,
Intérieurementy le caveau mesure 2*^,40 de longueur, lin,60 de largeur et à peu prés autant de hauteur. Une des dalles de paroi n*a pas moins de 1^,75 de longueur et 0'°,G5 de hauteur. Entre celte dalle et la voisine un intervalle de 15 à 20 centimètres a été rempli h l'aide de plusieurs petites pierres équarries. C'est là un détail caractéristique des constructions puniques.
Extérieurement, le tombeau entier mesure 3'^', 50 de Ion-, gueur. La fugade oITre la figure d'un carré de plus de deux mètres de côté surmonté d'un triangle dont l'assise de pierres de plafond forme la base el les pierres buttées Tune contre l'autre les deux côtés. Parmi ces dernières^ sur huit blocs qui composent cette espèce de faîte, il y en a deux.
)■. \ ■■.■■ './'■.''':/■'■ p ■■■■■ -'-rj^^i^x: A<4
Cd
qui) n'ayant pas la lotignettr surûsantdfOntété placées ï'un« à côté de Taytre au-dessuâ d'une pierre couchée en long et dont la largeur supplée à ce qui manquait à chacune d'elles. -Le tout ne semble tenir en place que par un proâige d'équilibre*
Le lecteur s*étonnera peut-être de tant de détails minutieux. Mais les constructions puniques de Carthage étant excessivement rares, les savants seront heureux d'en avoir une description, La manière de construire que nous signalons ici, confirme la coutume des Carihagînois d'utiliser les matériaux dans leurs pïiis grandes dimensions tels qu'ils sortaient de la cardëre et en les taillant la moins possible. Les vides qui demeuraient après la pose des grandes pierres, étaient ensuite remplis économiquement par de petits matériaux. C'est ainsi que construisaient les Phéniciens,
Tels furent les résultats intéressants obtenus sur la colline de Byrsa, grâce à la générosité de M. de Vogué,
Pour reprendre les fouilles, je dus attendre une autrâ occasion favorable. Cette occasion ne se présenta qu'au commencement de 1889, lorsqu'un touriste russe, M- Jacques Rosenberg, de Kiew, voulut s'intéresser pratiquement à son tour aux recherches entreprises par tes missionnaires d'Alger, à Carthage.
Grâce à la somme qu'il remit dans ce but à un de mes confrères, je pus, dés que les récoltes furent enlevées, conttauerle déblaiement de la nécropole.
Je ne reprendrai pas ici le détail des objets antiques recueiilis dans les diverses couches du soL Ce serait redire inutilement ce que le lecteur sait déjà. Je me contenterai donc de signaler les découvertes les plus intéressantes.
Le 7 juin 1889, on découvrit à2">,i5 à gauche du premier tombeau que nous avions trouvé en 1880 et à la hauteur de son plafond^ un sarcophage monolithe de tuf coquiUier, long de 2»,a0, large de 0,78^ haut de 0n»57* Intérieurement^
cette auge runéraire mesurait ln',83 de longaeur, Û"i,42 de largeur et0*,37 de profondeur.
Plusieurs dalles épaisses fermaient ce sarcophage* Quoique à peine équames, elles n'avalent point laissé pénétrer la terre, de sorte qu'en les enlevant, nous aperçûmes le fiquelelte en place, ia tète sensiblement au nord-est^ les pieds au sud-ouesl, comme dans les autres sépultures observées précédemment sur la colline de Byrsa. :
TTHr^TF^^-