‹ Les tombeaux puniques de CarthageChapitre 4 sur 6 · EZ · texte numérisé non relu

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Coupe de la nt^cropoJa punique de fiyrsji. '

A. Tombeaj déoouvcrl en iSSQ. ^ fî. Sait orihage ili'couverl en iSPO. — .V. Mttr roiuii,

tCC- Tombes d'enfjnts i amjitiûres^

1 Soi rempli de débris, — 2. SqI remué iine \m. — 3. ArgiJc verte. — Argile Jaano

et blanche.

Le cadavre avait été déposé sur le dos, la main droite Bur la cuisse, la gaucUt? sur la hanche. Le crâne s'était complètement aiïaiSËé. La longueur totale du squelette était de l'n,55. Un des tibias mesurait 0^,33. Contrairement à notre attente, nous ne trouvâmes dans celte tombe aucune poterie* Je distinguai seulement auprès de Tomoplate gauche les traces d'une épingle de bronze très oxydée, qui avait sans doule servi à maintenir le vêlement. Mais Tabsence de vases funéraires ne laissait pas que de nous surprendre. En poursuivant les fouilles, on les découvrit placés extérieurement à la télé du sarcophage. Us étaient au nombre de quatre. Leur forme et la grossièreté de Var-

gile sans aucna omement fixtêrîeur les fait classer parmi les poteries primitives. Les deux pluâ grands, tiÂuts seulement de 0*°j16 et 0^,18, munis de deux oreiUon», avaient été déposés aux angles du sarcophage et entre eux avaient élê placées deux petites fioles à une seule anse, Tune à panse bombée, l'autre & corps formé de deux troncs de cônes réunis par leur plus grande bas6<

Enfin, ce sarcophage punique, le premier que nous ayons trouvé à Carthage en dehors des cbambres sépulcrales, était situé à 2i>^,50 au-dessous de la couche des ampbores funé* ralres ou sépultures postérieuses dont j'ai déjà parlé plusieurs fois. (Voir la coupe de la nécropole, page 60>j j

On coulinua donc avec entrain le déblaiement de cette nécropole qui ménageait de si fréquentes surprises. Mais nous atteignîmes alors le second mur de construction romaine ou byzantine parallèle à celui qui nous avait d'abord arrêtés dans la marche régulière des fouilles. Nous dûmes encore diriger le déblaiement vers la gauche pour le suivre et le contourner. Ce nouveau travail obligea à remuer quantité de terre, mais fournit en même temps l'occasion de trouver beaucoup d'objets funéraires.

Je citerai, en passant, un collier à petits cubes de pâte bleue, un vase avec décors primitifs peints en noir et en brun, une lampe punique, un vase à bec conique sur la panse {ba%zoula) et enfin des morceaux d'œufs d*autruches taillés en forme de lunes, sur lesquelles la gravure et la peinture se sont unies pour représenter un visage. Nous avons d'abord trouvé trois de ces masques. Sur la couleur naturelle de Tœuf ou sur celle-ci légèrement teintée en jaune, on voit les sourcils et les yeux en partie ciselés, se détacher en noir^ la bouche en deux petits traits rouges, le nez par une ligne blanche et enfin un p&té rond de couleur rouge vif, occupe le centre des joues.

Les nécropoles phéniciennes n'ont pas encore, que je sache^ fourni de masques de ce genre. Voilà assurément de U peinture toui à fait primitive 1

Mais celle découverte n'était que le prélude d'autres

surprises. Au moment où elle avait Heu, nous avions déjà contourné en partie Je gros mur et noua apercevions à peu près au même niveau que le sarcophage, un nouveau tombeau punique qui se présentait par le flanc,

J^hésitai longtemps à le visiter intérieurement avant d'avoir fuit enlever toute la terre qui le surplombait sur une épaisseur de plus de quatre mètres, Mais ayant constaté un ]our la possibilité d*ôter une des daller latt^rales sans nuire à la solidité du tombeau, je la fis enlever et nous pûmes alors examiner et explorer rintérieur de cette tombe. Celte sépulture, contrairement aux autres, renfermait une couche de terre épaisse de 0f\15 à Ûf",20. Dès qu'on commença à extraire cette terre, on reconnut la présence de deux squelettes superposés, Tun placé sur lefond primitif, c'est-à-dire sur le sol naturelj et Tautre presqu'à la surface de la couche de terre qui recouvrait le premier Tous deux avalent la même orientation comme dans les autres hypogées de cette nécropole.

En faisant ûter la terre avec précaution des pieds à la tête, on trouva ;

1* Une statuette de terre rouge, haute de Ora,075, ayant Taspect d'une momie et représentant une femme dont leg deux mains réunies sur la poitrine tiennent un long bâtoo descendant en ligne droite jusqu'aux pieds.

Le sommet de la léte est percé d'un petit trou qui permettait de suspendre la figurine à Faide d'un lien quelconque*

Cette terre cuite nous offre un nouveau spécimen de l*art égyplo-puniqucp

2** Deux disques de bronze ; chacun est muni d'un petit anneau fixe et mesure quatre-vingt-douze millimètres de diamètre. Au musée de Cagliarij on montre des objets semblablest trouvés également dans des sépultures puniques et que Ton croit être des castagnettes. Diaprés Martial, Tusage de ce genre d'instrument muâlcjil était particulièrement

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attribué aux Espagnols. Ceux-ci en devaient peut-être Tlnvention aux Phéniciens ou aux Carthaginois.

3* Un petit vase homhé^ sans anse, espèce de bol de terre grise, haut de six centimètres et large, à la panse, de dix centimètres environ de diamètre, noirci intérieurement et extérieurement par l'action du feu.

4» Un objet de terre grise, haut de dix-neuf centimètres et demi, ayant la forme d*un gobelet conique soudé par la base à une demi-sphère. Extérieurement il est orné de deux bandes rouges et de sept cercles noirs. Cet objet creux et ouvert aux deux extrémités, était peut-être aussi un instrument de musique comme la derbouka arabe, qui est simplement une sorte de vase en terre cuite, dont le fond est remplacé par une peau de tambour.

En frappant sur cette peau on obtient un son assez intense.

5o Une lampe punique de terre rouge, sans trace de peinture. Elle a servi, car les deux becs sont noircis et, en effet, on trouva dedans plusieurs portions de la mèche complètement calcinée.

6« Une lame de fer, à tranchant arrondi, mesurant deux centimètres et demi dans sa plus grande largeur et neuf centimètres de longueur, auxquels il faut ajouter trois centimètres et demi pour l'appendice à extrémité retournée, destiné à entrer dans le bois du manche. Cette lame conserve des traces d'étoffe fixées dans l'oxyde du fer.

7» Deux morceaux de pierre excessivement noire et brillante, qu'à première vue on prendrait pour de la poix.

8o Un pendant d'oreilles en or^ composé d'un anneau, ou plus exactement d'un crochet auquel vient s'ajouter un petit ornement ressemblant à une croix ansée ou encore à la lettre T largement pattée (1).

(i) Au temps de Moïse, nous croyons que, chez les Israélites, dont le costume devait avoir beaucoup de ressemblance avec celui des Pliéniciens. Vusage de porter des pendants d'oreilles en or, était commun aux femmes et aux enfants des deux sexes. IHxit ad eo$ Aaron : ToUite inaureê aureas de

Les nécropoles de Sacdaigne étaient seules jusqu'à présent Savoir fourni de ces pendants d'oreilles. Le musée de Cagliari en possède de quarante à cinquante, les uns en or comme le nôtre, les autres en argent.

Déjà M. Perrot (1) avait soupçonné que ces objets de toilette étaient fabriqués à Cartilage. Notre découverte vient confirmer son sentiment, car il est probable que tous les objets que nous retirons de ces tombes ont été exécutés à Cartilage môme.

d^ Quatre autres statuettes semblables à celle que j'ai décrite en commençant cette énumération* Elles ont été trouvées vers la tète du squelette.

10<ï Trois amulcU&s^n pâte blancfie et verdàtre. L'une représente Piitali embryon, Vautre à double face reproduit de chaque côté le dieu Bès, et enfin le troisième amulette, double également, laisse voir un oiseau sacré opposé h un petit personnage debout, tenant la main droite baissée et la gauche appuyée sur la poitrine.

11" Quelques jJcWej de pâte de verre.

la*» Douze ma^rj [*eff peints sur des porïions d'œuf d'autruche taillés en forme de disque et de croissant, tous trouvés près de la tête du squelette supérieur. Joints aux trois que nous avions trouvés préct;demment contre cette tombe, ces masques tels qu*on n'en a pas encore trouvés ailleurs^ atteignent le nombre de quinze,

13" Enfin, également près de la tête, à droite, une hachette de bronze^ longue de treize centimètres et demi. C'est la plus grande et la plus belle que nous avons trouvée jusqu'à présent dans les sépultures puniques de Carthage. Au point de jonction de la lame proprement dite et de Tespéce de queue qui lui sert d'appendice, on remarque une saillie de mi- circula ire percée d'un trou qui n'existe pas dans les autres instruments de ce genre déjà découverts.

tixorum flliorumquB et fliiarum vesîrarum auribu.3f et afl^rte a<î tTTS. {Ex, xmi.a). Ce fnWQt UurapendaDta d'oreUlea qui servi reat b fabriquer la veaU d'or, (i) Hist. de l'AH dLun» i' Antiquité, i. HU p- 823.

Au sud- est du tombeau qui renfermait le mobilier fanéraire si varié que nous venons de décrire, on découvrit une antre sépulture qui n'était qu*une simple fosse de la Ion-, gueur d*un corps d^adulte, creusée dans le sol et recouverte de dalles. On recueillit près du squelette plusieurs vases, une lampe punique et une patère.

Au-dessus de ce tombeau nous avions de nouveau trouvé une amphore couchée horizontalement dans le soL Le fond, brisé pour faciliter Tinlroductioa du corps d*uii enfant, avait été ensuite fermé à Taide de pierres. Vers la tête du squelette on recueillit les éléments d'un collier et vers les pieds, on avait placé deux petits vases. L'un d'eux est celte espèce

Vase punique quâ Tûn trouva d'orJïnaire ^rbs des tombeaux. d'euËuit et (^ue Ua AraJ}6s appellent hazzoula.

• (DesBÎn de W. Audimard, officier de marine)

de biberon si souvent signalé. On trouve toujours ce dernier avec les amphores à squelette d'enfant et jamais nous ne l'avons rencontré dans les grands tombeaux de la couclie inférieure.

D'autres sépultures sont encore plus simples. Les os calcinés d*un squelette formaient tout simplement une espèce de pelote logée dans le sol, sans trace de vase ayant servi de récipient.

Dans la même direction où ces divers tombeaux ont été trouvés, en longeant le gros mur, on trouva encore un grand caveau funéraire dont l'état dlntégrité extérieure faisait présager une belle découverte. Ne pouvant y entrer par la porte, comme cela s'était présenté, on s'en ^uvient, pour un autre caveau, à cause da mur qui passe devant la façade, on se décida à rechercher si on ne trouverait pas dans la façade poslérieure une niche permettant d'y pénétrer. On ne tarda pas à la reconnaître et à la déblayer. Mais on trouva le caveau à moitié rempli de terre, et la baie de l'entrée, au lieu d'être fermée comme d'ordinaire par une grande dalle, était obstruée par la maçonnerie des fondations du mur romain. Nul doute n'était possible* Noua arrivions environ quinze cents ans trop tard, car les Romains ou les Byzantins, en creusant les fondations du mur de défense, avaient déplacé la porte du tombeau, y étaient entrés et avaient tout enlevé.

On fit cependant débarrasser le caveau de la terre qui le remplissait à moitié, mais on ne trouva que de menus débris d'ossements, une lampe punique brisée et un tout petit morceau de cuivre. Pas de sarcophages. On était dans une chambre longue de 2'" ,04, large de 1%54 et haute de l*n,73.

Nous devions être plus heureux pour un autre tombeau du même genre, le dernier dont je vais raconter la découverte sur Byrsa (ï^ûir le pian ci-contre)*

Il me vint à l'idée de replacer les ouvriers en avant du premier mur, rencontré au début des fouilles et que nous avions contourné k gauche.

Nous voulions constater jusqu'où il se continuait dans sa partie encore cachée sous le sol* La tranchée à pratiquer dans ce sens, le long du mur, ne devait avoir que deux

mètres de largeur. Les ressources, presque entièrement épuisées, ne permettaient pas d'entreprendre un déblaiement plus considérable.

Cependant les ouvriei-s ne tardèrent pas à rencontrer de grandes dalles de tuf coquillîer, debout et superposées. Tout semblait donc annoncer un important tombeau. Après

NE

Plan de la nécropole de Byrsa, AÀÀ^ Cbambrca funéraires ► B* Sarcopliage. M. Momlles roînaines.

avoir déblayé quatre de ces pierres j on commenta à apercevoir entre elles et le mur, le sommet de blocs inclinés Tun contre Tautre. Là encore, le doute n'était plus possible* Nous allions trouver une sépulture monumentale. Mais quoique nous fussions à 4'^,70aa dessous du niveau du sol^ il fallait creuser encore environ quatre mètres pour arriver à la porte et la dégager. C'était donc un véritable puits à pratiquer. La tâche effraya les Arabes, Ils refusèrent de continuer le travail. Hadj Ali lui-même, sur qui je comptais le plus, se découragea et abandonna la fouilïe.

Pendant plusieurs semaines, jedas contempler cet hypogée en partie découvertj sans savoir ni quand ni comment nous pourrions y pénétrer.

Un iotir cTifirij un de mes confrères venu d'Alger exprima à Hadj-AU qui était dans la jubilation de le revoir, le désir qu'il avait de visiter rinlôneur de ce tombeau. UArabe qui tenait à maniTester au missionnaire sa reconnaissance pour plusieurs bienfaits dont celui-ci Tavait gratifié autrefois, se mil à Tucnvre avec entrain.

On lui avait indiqué qu'en continuant de creuser contre les grandes dalles debout (uoir la f^ravure, page 7i), il arriverait à la porte du raonumenL Le 19 août 188tî, sa pioche rencoiiiro,^ T^^Do de profondeur, le sommet d'une grande dalle faisant, sur la faf;ade du tombeau, saiJlie de toute son épaisseur qui était de 0"^,30. Nous pouvions aussi en mesurer la largeur qui donnait Q^fi\. C'était la porte. Mais, pour la dégager complètement, il fallait en atteindre la base, c'est-à-dire creuser encore i»">DO, peut-être 2 mètres*

Iladj-Ali, encourage'' par la présence du missionnaire qui Tavait décidé k mener à bonne fin ce travail, eut vite enlevé assez de terre pour que la grande pierre qui fermait Feutrée du tombeau pût être écartée. D'ailleurs elle ne mesurait heureusement que l«i,34 de hauteur, A Taîde d'un cric, cette lourde dalle se détacha doucement et permit de voir rintérieur du caveau.

J'étais absent de Saint-Louis, lorsque la porte céda sous les cflorts de Hadj-Ali et mes confrèïes eurent la délicatesse de ne pas vouloir entrer dans le tombeau avant mon retour.

Dès que je rentrai à Saint-Louis, nous y pénétrâmes ensemble,

La chambre ressemblait h celles que nous avions déjà visitées auparavant. Mais au fond il n'y avait pas de niches, et contrairement aux autres caveaux on n'y voyait point de squelettes. Cet étage supérieur était cependant garni de divers objets funéraires, On y distinguait quatre grands vases d'argile, des patères, une lampe punique, un beau

B^flv^"

vase de bronze, unie espèce de toile grossière qu'on eûL dit à première vue être un sac noirci de suie, enfin de petits morceaux d'ivoire et les os d'un oiseau ou mieux peuL être d'un petit mammifère. {Voir la gravure page 75).

Entrée d'un tombeau punique découvert sur la colline de Saint- Louis.

ouvert le 19 août 1889.

(Pessin de M. Audbuard, ofQcier de marine}.

Tel était le mobilier funéraire qui s'offrait d'abord aux

regards.

Comme il se faisait tard, on se contenLa de prendre les dimensions du compartiment supérieur du tombeau (1). Je

fis ensuite remettre la porte en place à Faide du cric, et l'on allendii au lendemain pour lever et étudier soigneusement chaque oljjet.

I.e 20 août au malin, le R. P. Hacquart, le P. Boisaelier et moi^nou s pénétrâmes de nouveau dans celte cellule funéraire. Un gcotastique nous accompagnait el devait prendre la position exacte de chaque objet, afin de le reporter sur un plan. Les savants sont ordinairement friands de ces reproductions qui donnent une idée précise des trouvailles. Ce travail terminé, on enleva les objets* En voici la liste i le vase de Ironie. Ce fat d*abord le magnifique vase de bronze doré qui, replacé sur son pied, mesurait 0°*|32 centimètres de hauteur, y compris Tan se qui s'élève au-dessus du bec en décrivant une courbe très élégante. Les deux points d'attache de cette anse sont remarquables. L'extrémité qui rejoint le sommet du vase, à Vintérieurdu col, est ornée d'une tète de veau (2) surmontée d'un globe entre deux ftrœtis et l'aulre bout appliqué à la panse se termine par une palmette identique à celle qui orne les anses du vase

fi) Longueur, 2-, 35 ; largeur, 1-,9j ; hauteur, l"ill,

(2) Nous avonsd^jà trouvé à Carttafige un jâton de terrfi culte qui porte une lètîdebCDur entre l'embU^me de Tanit et le caducée. ^V. Perrûl, Hist. de l'ari.T Ul p. 403 ) Justin rapporte {Uv XVlIl.nt^ S) qu'en creusant les fondements de la ville de Carlhagt^, on trouva une tête de btvufqiii présageait un sol fécond, mai^ de difficile culture et un esclavage éternel.

Nous avons peut-iitre 14 la raison de la tète d^ bœi*/" moulée sur notre Jeton, maU la lÊle figurée sur l'anse de notre vase représente plutôt celle du boeuf Apis, On sait que ce dernier n'ebt autre que le veau d'or aior* par les Israélites et plusieurs interprMes de nos maintes Ecritures^ di&ent qu'Aaron îie fabriqua point le corps entier d'un veau oials seulement la té te. Tel est Ta Vis de aaînt Cyprlen» de l^ctauce, de âaint Ambre Ise, de saint Jérôme, de saint Augustin et d'autre» Pires de rÉgllae. Saint Cyprieni parlant du veau d'of dans son traité du Bien de la paticncfi^ dit : capui bubulum^ et L^ctAnce (Llv. IV| cU l&J s'exprime en aes iermes : Awmm caput bovis qttem vacant ApiUé

d'Âmathonte (1), de ce vase cotossal dont le marquis de Vogué, en 1S62, fit l'acquisition au nom de la France et qui aujourd'hui se voit au musée du Louvre. M. Perrot fait remarquer, au sujet de ces palmettes caractéristiques avec les veloutés qui les relient à Panse, qu'il n'est pas de motif dont remploi, suggéré par les propriétés mêmes de la matière, ait été, chez les Phéniciens^ plus Tamilier à l'orfèvre et au monteur en bronze (2).

L'intérieur de ce magnifique vase funéraire renfermait une couche assez épaisse de matière rouge ressemblant à de f argile.

Le petit groupe d'os. Il occupait un espace grand comme la main. Nous crûmes tout d'abord quec'étaitle squelette d'un oiseau. Un médecin de passage à Garthage voulut y reconnaître le squelette d'un foetus. D'autres médecins à l'exa-men desquels j'ai soumis ces os, ont affirmé qu'ils ne pouvaient avoir appartenu qu'à un oiseau. L'un deux, en efTet, est cloisonné et ne laisse guère de doute à cet égard. Cependant, il en est un docteur célèbre qui y voit le sque* lette d'un petit mammifère, tel que serait une gerboise.

Le& disques d'ivoire. Ces disques, k surface convexe, sont de petites calottes de sphère dont le diamètre varie de 12 à 18 millimètres. La partie pîate est creusée d'un trou au centre. Ils étaient répandus tout autour de ce que nous avions pris la veille pour une étoffe grossière et qui, en réalité, comme le reconnut un de mes confrères, était une corbeille»

La corbeille. En voulant lever avec toutes les précautions possibles les restes noircis de ce panier punique, espèce de flscetla scirpea (3) finement tressée depuis tant de siècles, affaissée sur elle-même en formant des plis ondulés qui

îl) On évalue à li,OCÛ kUofframmes le poîdsde cet éaorma visa de pierre, dont Ifl transport Jusqu'à Paris présenta de grandes difficultés (ju'un omcîer d« lainarLne mlUULro^ M. Hagen, suL habilement âurmotïter.

(2) Hi$t. de V art dansl'untiqmU. T. HT. p. 281.

offraient encore un reUef considérable, nous constalons qu'il était doublé intérieurement d'une peau de cuir excessivement mince et sans consistance. Son poids nous étonna d'abord, puis nous révéla que cette corbeille renfermait divers objets. Nous voyons, en effet, glisser des plis de ce panierun miroir, une hachette, deux petites anses de bronze dlnégale grandeur et conservant des traces de bois à leurs points d'attache, trois perles rondes et enfin un amulette en pâte égyptienne à double face.

Je dirai un mot de ces objets,

£fî miroir* C'est une plaque circulaire de bronze ou d'airain, de 12 centimètres de diamètre^ du poids de iOO grammes.

Contrairement aux miroirs romains, de même métal, trouvés à Carthage, il n'a point de poignée; mais il est simplement muni comme la hachette dont j'ai parlé plus haut, d'un petit appendice percé d*un trou qui permettait de le suspendre à Taide d'un cordon.

Les femmes arabes de la campagne tunisienne portent encore de nos jours une glace circulaire attachée au vêlement sur la poitrine.

Notre miroir punique peut donner pour la matière et ïa forme, une idée de ceux que les femmes israëlites portaient du temps de Moïse. Il est rapporté dans l'Exode que celles qui veillaient à la porte du tabernacle offrirent leurs miroirs pour en faire un bassin d'airain avec sa base (ij.

Vamuhttc, en pâte égyptienne, est une petite tablette rectangulaire longue de deux centimètres et large de un et demi, portant d^un côté VOiidja ou œil mystique d'Osiris et de l'autre une vache allaitant son veau, sujet que l'Egypte, selon la remarque de M, Perrot (2), aimait à représenter dans ses objets d'art et qu'on a trouvé déjà en Sardaigne,

(1) Fecit et labrum œneum cum ta*i sua de&w:vLïS mulierum^ quoi e^cubùbant in oMïo îabornaculi^ (El., XXXVÏIÎ, S.) i2)HitL de l'Art. TAU, ^.231^

celtô tle qui devait demaûder surtout à Carthage les pro* duits de rindtistrie phénicieane.

Après cette description des objets retirés des plis de la corbeille, je continue Fénumération des pièces funéraires :

Deuît patères. Varie de terre rouge, Fautre de terre grise, toutes deux ornées intérieurement de cercles concentriques de couleur noire et de couleur brune- La première était renversée. La seconde renfermait quelque chose qui ressemblait à de la suie trës fine et excessivement noire*

Une lampe punique, de terre grise, mouchetée de lignes brunes sur le bord. Les deux becs sont noircis et on distingue encore, au fond, des traces de mèche calcinée el sans aucune consistance.

Quatre grand» vmes^ variant de hauteur entre 55 et 39 centimètres. Le plus considérable, couché sur le flanc au fond de ce compartiment, renfermait deux petites fioles et contenait environ deux poignées de résidu, dépôt calcaire ressemblant à de la chaux desséctiée, des débris de végé* taux parmi lesquels i*ai cru reconnaître un champignon et enfin des écorces d'amandes. Celui qui venait ensuite, placé debout dans l'angle gauche au fond t£u caveau ne laissait voir aucune trace de résidu. Des deux autres qui étaient appuyés l'un contre Tautre à Tangle gauche voisin de rentrée, le premier contenait seulement quelques petits morceaux de charbon, et le second ne renfermait absolument rten.

Tel était le contenu de Tétage supérieur

Restait maintenant à lever les énormes pierres qui depuis tant de siècles avaient porté tous ces objets funéraires en même temps qu'elles fermaient les sarcophages placés dessous.

On ouvrit d'abord, à l'aide du cric, Tauge située à gauche. Sous des linéaments de bois, restes d'un cercueil, un squelette d'homme y reposait dans un tel état de conservation que les ossements ont pu être enlevés un à un, transportés à Saint-Louis et remis en place dans une caisse vitrée.

C'est le squeleLte d'un vieillard doni Tindtce céphalique est de 71,71 et qui était gaucher, [car tous ses gros membres de gauche sont quelques miîlimÈtres plus longs que ceux de droite. Je dois au D^ Bertholon, médecin militaire au ^'î zouaves, une description détaillée du crâne et de tout le squeleUe de ce personnage tyrien.

Près du Ijassin on recueiLIit une petite boite ronde qui parait être dlvoire.

Mais la pièce la plus curieuse qui accompagnait ce squelette et fut recueillie sur l'omoplate gauche, était un scarabée monté sur or et dont la plat porte gravé en crçux une espèce de colosse barbu, coiiïé de plumes, debout^ les jambes écartées et tenant de chaque main une vipère {urœua) ei un sanglier par la queue. Ce personnage qui n'est autre que le dieu Bès, a lui-même une queue de taureau. Audessus de cette image grotesque, plane le globe ailé.

Enfin, il faut encore noter que nous avons aussi trouvé dans ce sarcophage, sur une matière ressemblant à de la cire, rempreinte du sceau que nous venons de décrire.

Avant de laisser retomber les lourdes dalles de fermeture, nous remarquons encore quatre petites cuvettes creusées aux angles de Tauge funéraire.

Ce fut ensuite le tour du sarcophage voisin, c*est*à-dire celui de droite. Il ne restait plus du squelette que des stries noires^ brunes et jaunâtres* Aucun ossement ne s'était conservé* De pîus, une entaille profonde qui existait aux deux extrémités du fond horizontal, avait depuis des siècles partagé le squelette en trois parties. Le cadavre avait sans doute été primitivement déposé dans un cercueil dont le bois venant à se pourrir était tombé dans cette double cuvetLe, entrainafit avec lui une partie des ossements, la tète d'une part et les pieds de Tautre.

Je fis donc extraire du sarcophage ces restes presque impalpables d'ossements et, dans la poussière de ce squelette de femme, on recueillit vers une des mains un anneau d'or massif*"

byGoogloi

Sur la poitrine, on trouva les élémenU d'un collier composé de six grains d'agate, d'une perle en pâte de verre» de trois amulettes de même matière (deux représentations du dieu Bès et un oudjah ou œil d'Osirîs), et une curieuse petite sonnette d'or. Ce tintinnaàulum aureum (1) est orné extérieurement de losanges en filigrane^ d'un travail excessivement délicat.

Enfin on retira aussi de cette tombe un second sceau enjagate monté sur or, en tout semblable à celui du mari de cette femme;>3âurie plat do scarabée qui porte un sujet différent*

Ici, c'est une déesse ailée, debout, coiiTée du globe et présentant de chaque main un objet â un personnage placé devant elle dans Tattitude de Tadoration, Ce dernier est coiffé d'un haut bonnet et simplement vôtu de la Si^enti égyptienne qui lui couvre les reins et les cuisses, comme la foiita bariolée des Arabes. Près de sa tête est gravé un croissant aux cornes levées, embrassant le disque solaire. An-dessus de cette scène j comme dans le sceau du mari, plane le globe ailé. Sous les pieds des deux personnages, la pierre est quadrillée pour figurer le sol.

Un groupe semblable ù celui que porte cette agate sevoit^ parmi différentes scènes, sur une patère d'argent du mus^e de New-Yorkj Irourée â Amathonte, cette ville de nie de Cypre que nous avons si souvent nommée, à cause des points de contact qu'offrent ses monuments avec ceux de Carlhage. M. Perrot qui a publié cette patère, croit reconnaître dans le groupe analogue au nôtre, Horus adolescent devant une Isis ou une Nephtis (2).

Enflu on trouva dans la tombe de cette Tyrienne, une amande artificielle en pâte de verre noir et cassant comme de la poix sèche.

(i) Cette sonnette d'or pem donnor une idée de la forme dea «otinettea d'or qui, entremâléâs de eronadeâ f iUeâ d'byaoinUi^f de pourpre et d'ècar-^ Ute, omatent le hM de U tunique du gT^ud*pr«ire« {Ex, S^XYllt, H.)

f2> PEkhûT, ni, p. T74.

Nous terminons ici l'exposé des fouilles de la nécropole de Byrsa dont la découverte a été une véritable surprise pour la science archéologique et qui renferme encore des trésors artistiques du plus haat inlér^jt, pour Thistoire monumentale de Carthage.

Voici» d'ailleurs, sur ce point l'appréciation savante de M< le marquis de Vogtié :

« L'ensemble de ces décauvertes^ dit-il, comble une lacune dans riiistoire de Tari. Jusqu'à elles on n'avait aucun monument authentique de îa Carthage punique, et notre savant confrère, M. Perrot, pouvait encore constater avec regret, il y a trois ^ans, dans son magistral ouvrage, {Histoire de l'Àrt^ llî, p. 94, 453) quUl était obligé de chercher ailleurs que sur le sol africain des renseignements sur les œuvres de Carthage.

« Les fouilles de Byrsa ont ouvert la série des monuments incontestablement carthaginois : ils confirment d'ailleurs ce que Tinduction avait deviné, ce que l'étude des nécropoles de Sardaigne, de Chypre ou de Syrie avait permis d'avancer : l'art phénicien est identique à lui-même sur les divers points où l'esprit de négoce et d'aventure a porté les colons de Tyr et de Sidon, Il manie de grosses masses de pierre ; il est plus industrieux qu'original ; il procède de rÉgypte et de TAssyrie ; il n'échappe à Tinfluence de ces deux puissances que pour retomber sous celle des arts supérieurs de la Grèce. Enfin les fouilles de Byrsa fixent un point important de la topographie de Cartilage, remplacement de la nécropole primitive. Les tombeaux:, faits de grosses pierres, avec leurs cercueils de cèdre et leurs armes de bronze, avec leurs poteries caractéristiques, où nul ornement ne relève la grossièreté de la matière, ces sépultures appartiennent certainement aux premiers chefs

de la cité : les faire remonter au viu" ou vil" sîècle avant noire ère, n'esl tiullement téméraire.

« Les sépultures placées dans la couche supérieure du sol, celles où les vases grecs apparaissent comme des objets de commerce ou de luxe, brisés après la mort, appartiennent à Tàge héroïque de Carltiage, sinon aux représentants des classes les plus élevées de ses habitants. Ce senties restes incontestables de la cité punique (1). d

m TOMBEAUX DE LA COLLINE DE L'ODÉOH

Si, du sommet de la colline de Junon, on porte les regards à quatre cents pas environ dans la direction du nord-est, on voit un terrain s*élevant en demi-cercle et laissant percer des restes de voûtes inclinées.

L'examen seul des talus de celte colline et des ruines qui émergent^ nous a révélé remplacement d'une espèce de Ibéàtre et c'est li^ que nous avons cru pouvoir fixer VOdèon construit du temps de Tertullien sous le proconsulat de Vigellius Saturninus qui gouverna la provirjce romaine d'Afrique de Tan 180 à Tan 183.

Au premier abord, celte découverte semble n'avoir aucun rapport avec les nécropoles puniques de Carthage. Elle nous fournit cependant k ce sujet de précieux /enseignement comme on va le voir.

Voici le raisonnement qui porte à croire que la colline de rOdéon a dû aussi servir de lieu de sépulture aux pre* miers colons tyriens. Puisque Ton a trouvé des tombeaux puniques sur les deux premières collines de Carthagej

(1) Di VûtitlÈ, Netetur lu nim>po\en da Carthaget IBBO, p. is «t 19.

c*est-à*dire celle de Byrsa et celle de Junon, puisque ToFi en a Irotivê également sur la colline de Bordj-el-Djedid, il y a tout lieu de croire que la hauteur que nous appelons la colline Je TOdéon, se trouvant absolument dans les mêmes conditions, a dd aussi renfermer des tombeaux.

Personne de nos jours n'y a fait de fouilles profondes pour constater la présence de sépultures \ mais nous savons par Tertullien lui-raôme qu*en creusant les fondations de rOdéon, on découvrit les sépultures que nous avons soupçon nées-

II rapporte, en efîet^ dans son Traité de la rèsurrecHon de la chair (ch. XLII) que les iiabitants de Cartliage se portèrent en foule sur le lieu des travaux pour satisfaire leur curiosité en contemplant les squelettes que les excavations avaient fait découvrir.

fl Je dois rappelerjdit-il,que dernièrement tZanscefte ville, lorsqu'on jetait !es fondements sacrilèges de l*Odéon sur d'antiques sépultures^ le peuple contempla avec efîroi des ossements encore humides, quoique déposés là depuis environ cinq siècles, et des cheveux qui avaient conservé l'odeur des parfums dont on les avait oints. »

Sed et proximè in istâ ciGiiate quum Odei fundamenia toi veterum sepuUuraruin sacrilega collocarenturj quingentorum ferè annorum ossa adhua Buccida et capillos olentes populus exhorruit.

On ne peut certes rien désirer de plus explicite. L'inspection du terrain qui nous avait d'abord révélé remplacement de rOdêon et le texte de Tertuliien rapportant qu'en creusant tes fondations de cet édifice^ on trouva d*antiques sépultures, confirment absolument notre première induction.

Je tiens d'un vieillard du village de La Màlga, que, dans sa eunassej il vit des chercheurs de pierres retirer de la colline de TOdéon de grandes jarres & petit orifice. J'avais

d'abord sont^é, d'après ses expHoaLions, que ces grands vases étaient des dolia, espèces de cuves de terre cuite à ventre rond^ mais je croirais aujourd'hui ping volontiers que ces grandes jarres étaient des amphores funéraires comme celles que nous avons retirées des fouilles des collines de Byrsa et de Jnnon»

Terlulîien n*a pas précisé d'une façon absolue, Tâge des sépultures découvertes par les Romains en construtsant rOdéon. Il se contente de dire qu'elles dataient d'environ cinq sièclesj quingentorum ferè amiorum. Le mot ferè qu'il emploie montre qu'il n'en connaissait pas la date d'une façon exacte. D'autre part, il parait difacile d'admettre qu'à la lin du tv" siècle avant notre ère, on inhuma les morts en pleine ville carthaginoise. Il est probable que les sépultures dont parle Tertuliien sont plus anciennes et qu'on doit les rapporter à la même époque que les tombeaux de Byrsa et de la colline de Junon ou au moins à celîe des caveauK creusés dans le rocher de la colline de Bordj-el-Djedtd, dont il nous reste encore à parler*

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