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DES GLACIERS

Glace, c est-à-dire que dans le cours de quarante-quatre ans, elle avait parcouru avec le glacier un espace de /i,/ioo mètres.

Cette vitesse est d'ailleurs variable dans un même glacier, suivant que Ton considère les bords ou le milieu, sans qu'il soit possible de fixer de règle générale. •

Le mouvement général de cette masse, à moitié solide, à moitié liquide, provient sans doute en partie de la pression énorme qu'elle subit d'en haut, et qui la force à descendre, même sur des pentes très faibles, surtout quand le sol, les pierres, les débris réchauffés en été, la creusent en dessous; mais il faut en chercher la cause principale et déterminante dans la transformation incessante que la condensation et la dilatation des bulles d'air et de l'eau contenues dans les fissures capillaires opèrent dans l'agglomération des grains dont se compose la masse glaciaire.

Le mouvement général est variable avec les glaciers, mais il arrive toujours un moment où une masse de glace partant du névé, atteint la base où elle se dissout. Il n'y a donc pas plus de glaciers étemels que de neiges étemelles. La rapidité de la fonte à l'extrémité inférieure dépend naturellement de l'altitude et varie ainsi à l'infini. Au glacier de Montanvert, il fond 60 mètres et aux Bossons i35 mètres par an.

La transformation continuelle du glacier, son mouvement inégal et la tension qui en résulte, joints à la grande inégalité de son lit, produisent le crevassement de sa masse , qui a lieu le plus souvent en sillons allongés et transversaux, quelquefois, mais rarement, en trous arrondis et descendant jusqu'au fond.

De chaque glacier s'échappe un torrent d'eau qui est le produit de la fonte de la glace, ainsi que des sources avoisinantes et des eaux amassées dans les crevasses de rochers. A la base du glacier, le torrent creuse souvent une voûte et des souterrains de glace de 3o k Ixo mètres de haut sur autant de large.

Dans les grands glaciers, la fonte forme souvent des ruisseaux périodiques extrêmement abondants, qui, parfois, jaillissent tout

KAUX ET FORAtS. — M. KUS8. 3

à coup au milieu d'une mer de glace , tourbillonnent avec tracas et disparaissent à peu de distance dans un entonnoir qui les engloutit et les conduit jusqu'au fond même du gracier. On y rencontre aussi des trous ou bassins d'une belle couleur azurée, fermés à leur base et qui forment de petites lagunes où se ramasse l'eau de fonte. D'autres trous, par contre, restes d'anciennes crevasses, s'enfoncent si bas, qu'ils donnent une juste idée de la profondeur de la masse.

Suivant les années, les glaciers avancent ou reculent. Après des hivers neigeux et des étés humides, ils descendent jusque dans les prairies et renversent parfois des chalets et des étables; si , au contraire, la température leur est défavorable, ils fondent rapidement et remontent vers leur source, laissante nu des espaces quelquefois considérables, et qui peuvent atteindre plus d'un kilomètre de longueur. A notre époque, ces oscillations ne semblent pas modifier, en définitive, l'importance des glaciers. Il est cependant certain, d'après l'existence des vastes moraines qui sillonnent la vallée de rArve,que le glacier du mont Blanc s'étendait autrefois jusqu'à Genève ^^K

Les moraines se présentent sous forme de dépôts de matériaux atteignant souvent une grande hauteur, qui enserrent à la base le front et les côtés d'un glacier. Tout ce qui tombe sur le glacier, tout ce qu'il arrache aux parois de son lit aboutit, en fin de compte, sur les moraines latérales ou frontales.

Suivant ses mouvements d'avancée ou de recul, un même glacier peut avoir plusieurs moraines frontales. Elles indiquent alors ses différentes étapes, dans ses oscillations quelquefois séculaires.

La transformation incessante de la glace et du névé, sa fusion superficielle qui peut varier, suivant l'altitude, de quelques centimètres jusqu à 10 mètres et plus, qui à 3,âoo mètres est encore supérieure à 3 mètres par an , son mouvement continu de l'amont vers

^^ Toutes les observations sur les {^aciers sont empruntées à Texcdlent ouvrage de Tfldiudi, ks Alpei.

Taval qui atteint quelquefois près de aoo mètres par an, suliisent à expliquer que tout ce qui tombe dans le glacier aboutit finalement à son extrémité el s'y dépose sous forme de moraine.

Le torrent glaciaire simple. — La quantité de matériaux détachés par l'action du gel et du dégel (presque journalière dans ces régions) des escarpements rocheux qui dominent généralement et enserrent la plupart des glaciers est considérable.

D'autre part, le fond du lit, soumis à l'action d'une pression énergique et d'un frottement longitudinal continu, abandonne également des parties de roc et des parcelles de sable. Tant que le dégel n'est pas considérable, que le torrent qui sort en mugissant du glacier a son débit normal, la moraine n'est pas entamée et s'accroit journellement. Mais arrive le moment des fortes chaleurs, le volume àhs eaux grossit subitement, surtout quand un vent chaud vient joindre son action à celle du rayonnement solaire. Le sable est d'abord enlevé, puis la moraine attaquée laisse écrouler les pierres et pierrailles qui la constituent et que la violence des eaux entraîne rapidement.

Il ne se produit ici aucun phénomène de transport en masse , aucune lave, comme les orages en provoquent fréquemment dans les torrents ordinaires. Les pierres et pierrailles simplement entraînées par l'eau roulent au fond d'un lit à forte pente et s'y déposent ensuite suivant la loi connue du triage des matériaux : les plus gros les premiers.

Ces dépôts, annuellement renouvelés pendant la période des chaleurs, provoquent la formation de véritables cônes de déjection, qui s'élèvent peu à peu au-dessus du fond des vallées et ne permettent pas à l'eau de se créer un lit immuable.

Si, à un moment donné , les matériaux de la moraine sont trop volumineux pour être entraînés, les eaux affouiilent dans leurs anciens dépôts et y creusent un lit; mais en fort peu de temps, les crues aidant, ce lit, de nouveau obstrué, oblige les eaux à divaguer

à droite ou à gauche et souvent à se jeter au miiieu des propriétés cultivées.

Ce phénomène, très général dans la vallée de Ghamonix, au pied du mont Blanc, enlève à la culture un nombre considérable d'hectares de bonnes terres, susceptibles d'atteindre une grande valeur. Il n'est pas rare de voir dans cette région se réaliser des ventes amiables au taux de 8,000 à 10,000 francs par hectare, tant est faible l'étendue du terrain cultivable et grand le nombre des acquéreurs.

Pour se protéger contre les incursions des crues des torrents glaciaires, les habitants laissent en effet un lit assez large au torrent, et créent tout à l'entour une forêt d'aunes qui s'étend quelquefois depuis la base du glacier jusqu'à l'Arve. Le rôle de la forêt, maintenue toujours à l'état serré, et dans laquelle on ne trouve guère d'arbres âgés, est de produire tout d'abord une sorte de" barrière, qui , par la résistance qu'elle oppose au passage de l'eau , provoque le dépôt des matériaux charriés et détourne ainsi automatiquement le cours du torrent. Au cas d'une crue extraordinaire renversant ce premier obstacle et se frayant un passage à travers le bois, on y trouve immédiatement des arbres à abattre pour détourner le courant et l'obliger à rentrer dans son lit.

On pourrait parfaitement éviter ces dégâts en entretenant un lit creusé artificiellement à une profondeur suffisante et curé annuellement , ainsi que cela se pratique au pied d'un grand nombre de combes, tant dans la vallée de l'Ubaye (territoires de Barcelonnetteet de Faucon), que dans celle de l'Arc (territoire de Saint- Jean-de-Maurienne). La dépense de ces travaux ne serait pas bien considérable, les matériaux du curage devant simplement être rejetés sur les bords du lit, et celui-ci pouvantêtre fort étroit, puisque les laves n'y sont pas à craindre et que l'on n'a à lutter que contre l'entraînement par les eaux.

H est certain que partout où la pente est suffisante , et c'est ie cas presque général, on pourrait construire des radiers de glissement

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