TORRENTS GLACIAIRES COMPOSES
qui supprimeraient la dépense du curage annuel ; mais leur prix de revient est si élevé, qu'on ne peut songer à les employer que dans des circonstances exceptionnelles, quand la valeur du terrain à protéger comporte de pareils frais.
Torrents glaciaires composés. — Les torrents glaciaires simples ne se produisent que quand la base du glacier qui leur donne naissance se trouve à peu près au fond de la vallée principale. Tel est le cas pour les Bossons, la mer de Glace, le glacier d'Argentière , pour ne citer que les plus importants.
Mais quand la base des glaciers se trouve à une certaine altitude et que les torrents qui en découlent ont encore à parcourir un versant de montagne avant d'atteindre la vallée, ils peuvent se grossir en route d'affluents divers qui, combinant leur action avec celle du glacier, les rendent bien plus dangereux.
Nous les distinguerons sous le nom de torrents glaciaires composés. Parmi eux, nous étudierons spécialement les torrents de la Griaz et de Bionnasset, qui ont donné lieu à d'importantes remarques, au cours de ces dernières années.
Le torrent de Bionnasset et le glacier de Tète -Rousse.
— Dans la nuit du 1 1 au 1 9 juillet 1899, une crue soudaine du torrent de Bionnasset est venue ravager la vallée de Montjoye, en Haute-Savoie, détruisant deux hameaux et une partie importante de l'établissement thermal de Saint-Gervais-les-Bains, causant la mort de plus de 200 personnes et recouvrant de blocs de rocher, de boue, de débris de toutes sortes plus de 70 hectares de terrains en culture.
Dans un rapport officiel en date du 16 juillet suivant, M. Gerberon, garde général des forôts à Annecy, écrivait :
cfLa catastrophe terrible qui s'est produite a pour cause première une débâcle du petit glacier de T^te-Rousse, situé au-dessous du dôme du Goûter.
ffCe glacier, non désigné ou plutôt coté sur les cartes d'état-
major, est à une altitude d'environ 3,5 oo mètres; il est très escarpé et exposé au sud, se déversant naturellement dans le cirque occupé par le glacier de Bionnasset.
ff Les causes de la rupture du glacier ou plutôt de son éventrement sur plusieurs points ne nous sont pas connues, mais nous croyons pouvoir dire que ce phénomène a été provoqué par l'excessive chaleur qui règne dans la région depuis plusieurs mois.
n La fonte des glaciers a été très importante et Teau en provenant a dû être emmagasinée dans des poches énormes ou même entre la glace et la roche , une obstruction quelconque ayant pu empêcher, pendant un temps plus ou moins long, leur écoulement normal.
9 Ces eaux sous pression, cherchant un écoulement, ont dû provoquer une crevasse ou même éventrer le glacier en plusieurs points. . . .
ff L'eau provenant du glacier, les névés et les blocs de glace arrachés de ses flancs, se sont alors précipités avec violence, étant donné l'escarpement du versant, sur la moraine latérale droite du glacier de Bionnasset et l'ont profondément entamée.
« Dès ce moment la crue était formée. Les matériaux de cette moraine latérale étant entraînés, la partie inférieure droite de la moraine frontale du gracier de Bionnasset a été à son tour entamée.
(T Cette lave déjà den&re, formée de glace, de boue, de galets et de blocs de dimensions respectables, en débouchant dans le lit du torrent de Bionnasset, a provoqué l'érosion des berges auparavant gazonnées et boisées.
ffLes profils en travers ont été non seulement considérablement élargis, mais, en outre, le profil en long a été affouillé profondément.
(f Le lit du torrent de Bionnasset était rempli de blocs erratiques nombreux et parfois même énormes ; un certain nombre d'entre eux cubaient de loo à 200 mètres cubes. Avant la débâcle, l'eau coulait paisiblement et généralement limpide à travers ces blocs.