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TORRENT DE BIONNASSET ET GLACIER DE TÊTE-ROUSSE

(T Parmi les rares blocs qui sont restés dans le voisinage^ nous en avons remarqué quelques-uns formés d'une boue stratifiée glacée, qui n'a pu se déposer qu'au fond d'un lac.

cfEn présence de l'existence certaine d'une masse d'eau considérable, l'hypothèse d'une simple avalanche de glace doit être écartée; la faiblesse de la pente et la largeur de la vallée audessous du mont Lâchât ne permettant pas, d'ailleurs, à des matériaux solides de continuer leur route.

cr D'après nos mesures , la quantité d'eau fournie par l'effondrement supérieur est d'environ 80,000 mètres cubes, auxquels il faut ajouter 30,000 mètres cubes pour la grotte d'entrée et de 90,000 mètres cubes de glace arrachée à la partie frontale du glacier, ce qui forme un total de 100,000 mètres cubes d'eau et 90,000 mètre cubes de glace. On comprend facilement les effets destructeurs d'une pareille avalanche.

trll est probable que ce lac sous-g^aciaire, qui résulte de la configuration des lieux, se reformera peu à peu. Le remède consisterait ai faire sauter les seuils rocheux, de manière à ménager un écoulement à l'eau de fusion du glacier; mais ce serait une opération fort difficile.

(T De pareilles formations ne sont heureusement guère à craindre dans d'autres localités, les grands glaciers ayant une marche beaucoup trop rapide pour permettre à l'eau de s'accumuler, et les glaciers supérieurs s'arrêtant d'habitude à une moraine perméable, n

Les constatations matérielles que nous devons. à l'intrépidité de MM. Vallot et Delebecque présentent le plus grand intérêt, d'autant qu'elles ont été faites sur place, immédiatement après la catastrophe.

Il semble toutefois hors de doute que, dans certains cas, les grands glaciers, qui ont une marche beaucoup plus rapide que celui de Tête-Rousse, permettent à l'eau de s'accumuler sous un volume considérable, tantôt à ciel ouvert, tantôt en lac sous-glaciaire.

On nous permettra d'en citer quelques exemples officiellement constatés. Il a suffi que l'attention fât appelée sur la question pour l'élucider rapidement, grâce au concours dévoué de nombreux alpinistes.

Rupture d'une poche d'eau au glacier des Bossons. —

Dès le i5 août 189a, on pouvait lire dans différents journaux l'entrefilet suivant :

trLa rivière de l'Arve a subi hier une forte crue qui a duré jusqu'au soir.

ff Cette crue a été causée par une poche d'eau échappée du glacier de Taconnet, et qui a raviné le terrain de la commune des Houches.

crLes dégâts sont insignifiants, mais c'est un symptôme inquiétant, -n

Une enquête, immédiatement ouverte sur ces faits, a permis de constater que, le 1 1 août, de 8 h. 3o du matin à 5 heures du soir, le ravin des Pèlerins , qui prend sa source dans le glacier des Bossons, a charrié une grande masse de graviers et de galets, entraînés par un aflSux d'eau tout à fait extraordinaire, sortant du glacier des Bossons, sans qu'aucune cause extérieure permit d'expliquer cette crue subite.

On a dû admettre que toute cette eau provenait de la rupture d'un lac sous-glaciaire qui se trouvait dans la section supérieure du glacier des Bossons. Les riverains du ravin des Pèlerins, questionnés à ce sujet, ont affirmé que pareil fait, plus ou moins marquant, se produisait tous les quatre ou cinq ans.

Ce phénomène est évidemment analogue à celui du lac de MSrjelen, en Suisse.

Nous en trouvons une description détaillée dans un article publié par le prince Roland Bonaparte dans la Nahirê du 7 décembre 1889.

LAC DE MÀRJELEN ET GLACIER D'ALETSCH. 43

Le lao de Mftrjelen et le glacier d'Aletsch. — a Tout le inonde connaît le magnifique panorama que Ion découvre du haut de TEggishorn, cette cime la plus élevée de larête rocheuse qui sépare le grand glacier d'AIetsch de la vallée du Rhône. Ce sommet (2,934 mètres), grâce à sa situation, offre une vue splendide au nord sur les Alpes Bernoises, au sud sur celles de Valais. Mais ce qui attire tout d abord l'attention de lalpiniste, c'est l'immense glacier d'Aletsch, ainsi que le petit lac de MSrjelen. Ce lac est situé sur le côté gauche du glacier, à Taltitude de 9,367 i^^l^t*^^ ^ux plus hautes eaux. Il occupe le col qui s'ouvre entre l'Eggishorn et le Strahlhôrner au nord. La couleur de ses eaux est vert foncé; on y voit souvent flotter de gros blocs de glace.

cr Les Alpes, qui contiennent tant de lacs élevés et pittoresques, n'en présentent guère qui soient aussi curieux que celui-ci; on peut même dire qu'il est unique dans le monde alpestre. Nous avons eu l'occasion de le visiter en septembre dernier et d'y faire les quelques observations qu'on lira plus loin :

ffDe trois côtés, le lac est borné par des pentes rocheuses, mais le quatrième est formé par le flanc gauche du glacier d'Aletsch , qui , grâce à cette disposition , ressemble à un glacier polaire.

a L'écoulement du lac a lieu alternativement par deux vallées: la vallée de Fiesch à Test, et la vallée de la Massa à l'ouest. Ce lac ofl're une particularité assez singulière sur laquelle nous voulons attirer l'attention, c'est que, de temps en temps, il se vide subitement presque en entier. Son écoulement le plus habituel a lieu du côté du glacier d'Aletsch et à travers les crevasvses qui, ici, sont presque perpendiculaires à la paroi de glace qui limite le lac à l'ouest.

(T Ce sont ces larges crevasses verticales et béantes qui donnent passage à l'eau du lac. Quant aux chemins qu'elle suit sous la glace . jusqu'à la Massa, on ne les connaît pas. Mais, par suite du mouvement du glacier, les tunnels que s'étaient percés les eaux finissent par changer de forme et même par disparaître tout à fait.

Ufi LES TORRENTS GLACIAIRES.

cr A partir de ce momenl, les eaux du lac, n ayant plus aucun écoulement, montent jusqu'à ce qu'elles aient réussi à se frayer un nouveau chemin à travers le glacier.

(r Lorsque le niveau du lac a atteint Talpe de Mârjelen, les eaux s'écoulent dans la vallée de Fiesch.

(T Les questions qu'on s'est posées souvent sont celles-ci : Combien de temps le lac reste-t-il rempli? Et se vide-t-il à des époques régulières? Il y a. vingt ans, on croyait dans le Valais que le lac se vidait tous les sept ans; actuellement, on croit que c'est tous les trois ans seulement. Nous allons tâcher de voir ce qu'il peut y avoir de vrai dans ces deux opinions.

tr Lorsque le lac se vide, c'est une vraie calamité pour la vallée du Rhône. Pendant que l'eau se fraye un chemin sous le glacier, on entend toujours un bruit de tonnerre , et de fortes colonnes d'eau jaillissent des crevasses. En peu de temps, les terrains situés en aval du confluent de la Massa et du Rhône sont couverts d'eau. Beaucoup de cultures sont ainsi détruites. Par suite, le lac de Mârjelen a une mauvaise réputation auprès des habitants du haut Valais qui ne sont pas riches.

(tLc bassin du lac est constitué par l'ancienne moraine de fond d'une branche du glacier d'Aletsch qui , autrefois, passait par le col qui sépare les Strahlhôrner de l'Eggishorn et où se trouvent actuellement les cabanes de l'alpe de Mârjelen. A environ 120 mètres au-dessus du niveau des plus hautes eaux, sur le versant Sud des Strahlhôrner, on distingue parfaitement les traces de l'ancienne moraine latérale. Le lac a, au moment de son plus grand développement, i,5oo mètres de long, 3oo mètres de large et 5o mètres de profondeur. Le fond est incliné fortement de l'ouest à l'est. Sur le fond lui-même se trouve une petite élévation de 2 mètres; c'est elle qui empêche le bassin oriental de se vider jamais complètement.

crM. Gosset, de Berne, a essayé de dresser un tableau des époques auxquelles le lac s'est vidé; quand on l'étudié, on voit que le lac

LAC DE MARJELEN ET GLACIER D'ALETSCH. 45

(le Mârjelen ne se vide jamais à des époques régulières. En 1878, il lui a fallu trente heures et demie; le volume de l'eau écoulée était de 9,800,000 mètres cubes; il en résulte que, par minute, il s'écoulait 84 m. c. 7 d'eau en moyenne. A Brigue, à 3 kilomètres du confluent de la Massa et du Rhône, ce dernier monta de 1 m. 5o; à Sion, à 63 kilomètres, la crue du Rhône était encore de o m. 90. Il n'y eut pas de trop grands désastres, parce que les eaux du Rhône étaient basses.

(rEn juillet 1887, le lac était plein. Le 6 août, le niveau de l'eau atteignait la limite de la végétation. De nombreux blocs de glace de 6 à 8 mètres flottaient sur le lac. La température de l'eau était de *2^k o m. 1 5 de profondeur et de o^'à 1 mètre. Celle de l'air était de 10°. L'eau était transparente jusqu'à 1 m. 20. Dans la nuit du 6 au 7 août, le niveau du lac monta de o m. 3o. Jusqu'à la lin du même mois, le lac monta d'un centimètre par jour.

trLe 4 septembre, à minuit 10 minutes, un voyageur venant de la Jungfrau constatait que le lac avait baissé de 3 mètres au-dessous de la hmite de la végétation. Dans la matinée, on apprenait à l'Eggishorn que le lac s'était vidé pendant la nuit.

(rLe lac ne se vide jamais entièrement. En 1878, il ne resta rien au pied de la muraille de glace, tandis qu'en 1887, il resta deux mares. Lorsque les eaux sont hautes, la surface légèrement inclinée du glacier d'Aletsch semble se prolonger sous l'eau. Mais quand le niveau du lac s'est abaissé, on découvre une paroi verticale. On attribue cette formation à ce que la glace immergée fond beaucoup plus vite que la glace exposée à l'air.

crLa région médiane de cette muraille est le point le plus élevé; là, sur une longueur de 100 mètres, on ne voit aucune crevasse; mais, à droite et à gauche, sur un espace de 70 mètres, on aperçoit de nombreuses crevasses verticales; ce sont celles-ci qui, agrandies par l'action des eaux, leur ont donné passage. Au bout de quelques jours, les galeries qui avaient servi à l'écoulement des eaux du lac s'écroulèrent, parce que la glace, en cet endroit, étant très poreuse.

offre une résistance moindre. Entre ces deux régions et les rives, on pouvait voir des galeries en voie de formation; ici elles n avaient que 8 mètres, tandis que celles qui avaient été traversées par les eaux en avaient souvent plus de 3o.

«En septembre i883, le canton du Valais fit étudier un projet ayant pour but d'abaisser le niveau du lac. D après ce projet, on devait creuser un canal de 5/io mètres de long, allant du lac jusqu'à la vallée de Fiesch. L'écoulement qui se ferait par ce canal abaisserait le niveau du lac de lâ m. 5o et lui enlèverait 4)900,000 mètres cubes d'eau en lui en laissant 5,/ioo,ooo. Actuellement, il faut que le lac soit plein avant de s'écouler dans la vallée de Fiesch, tandis que, lorsque le canal sera achevé, il suffira qu'il le soit à moitié.

cr L'écoulement aura toujours lieu par le glacier d'Aletech, mais ce canal diminuera beaucoup les chances d'inondations dans le haut Valais, sans les supprimer tout à fisiit cependant.

<rOn évaluait les frais de ce travail à 1/19,500 francs. La moitié de cette somme sera fournie par le Gouvernement fédéral.

(T Lorsque, le 19 septembre 1889, nous traversantes le lac pour aller passer une journée à la cabane de la Goncordia-Plabs, les eaux du lac étaient très basses et de nombreux blocs de glace étaient échoués sur ses rives. Plusieurs ouvriers travaillaient au canal. Le lendemain, la neige qui commençait à tomber mit fin à notre campagne alpestre, qui durait depuis quinze jours déjà, et nous dîmes au revoir aux Alpes, qui se couvraient de leurs blancs manteaux, -n

D'après des renseignements nouveaux donnés par le même auteur à la Société helvétique des sciences naturelles, le tunnel de dérivation devait avoir 547 mètres de longueur, 1 m. 80 de hauteur sur 1 m. âo de largeur et une pente de s mètres. Sa construction devait permettre de maintenir les plus hautes eaux du lac à 7 mètres au-dessous de l'ancien niveau.

Enfin nous citerons, sur les ruptures des poches d'eau des gla-

GLACIER DE JOSTEDAL. 47

ciers, Tintéressante communication de M. Ë.-A. Martel, publiée par ia Nature dn s3 mars 1896.

Rupture d'une poche d'eau du glacier de JôstedaL —

(T Le 1 1 juillet 1 89/i , a une heure de Taprès-midi, en franchissant le glacier de Jôstedal (Norvège), entre Skey (NordjQord) et Fjœrland (Sognefjord) , j'ai observé une avalanche glaciaire présentant ia plus grande analogie avec la rupture du gracier de Téte-Bousse qui a, dans ia nuit du 1 â juillet 1893, provoqué en France la catastrophe de Saint-Gervais.

(tAu fond du Kjôsnas-Fjord, le cirque rocheux de Lunde, large de I à 3 kilomètres, à laspect pyrénéen, supporte, au sommet de ses murailles abruptes, ce qu'on pourrait appeler le front de taille de rimmense glacier de Jôstedal, ^acier de sommet, étendu comme un couvercle bombé, sur 70 kilomètres de longueur et & à âo kilomètres de largeur. Ce front de taille est, par places, à laplomb des murs du cirque et aucune pente né permet à cette portion du glacier de s'allonger normalement en langue terminale. C'est par une sorte de créneau de ia paroi Nord (exposé naturellement en plein soleil) que nous vtmes l'avalanche abattre dans la vallée, de 5 à 600 mètres de hauteur, une notable partie du glacier. Mais i'ai*rachement ainsi opéré avait laissé un trou béant dans la tranche de glace, et, par ce trou, s'échappa pendant plus d'un quart d'heure une véritable chute d'eau, une jolie cascade qui suivit et prolongea celle de la glace.

cr A Lunde, la poche d'eau était plus petite qu'à Saint-Gervais, mais elle s'est rompue dans la même saison et sous l'influence des mêmes causes physiques et topographiques.

crEn effet, il est indéniable que l'eau de fusion des glaciers se réfugie dans la partie inférieure de leurs crevasses, par l'effet de la pesanteur; sons un glacier suffisamment incUné, cette eau, de crevasse en crevasse, s'écoule vers le point le plus bas, vers l'ex-

GLACIER DE KJOÈRINGBOTNEN. 49

soleil que n'avait précédé aucune grosse pluie, le torrent qui sort du glacier de Schwems (Schwemser-Ferner, au fond de la vallée de Schnals, versant Sud du massif de l'Œtzthal, Tyrol) monta subitement de i m. 5o; à 7 heures ou 7 heures et demie, il reprit un cours normal sans avoir exercé de grands ravages. Des guides du pays constatèrent ensuite qu'une éniptwn d'eau s'était produite dans la partie occidentale du glacier.

(r L'étude minutieuse de la localité faite depuis lors par les soins du Club alpin allemand-autrichien paraît avoir établi qu'une masse d'eau s'était accumulée au printemps, à l'intérieur même du glacier, dans des crevasses dont l'issue s'était obstruée ou fermée en hiver, puis rouverte en été. La progression du glacier a certainement joué un rôle dans cette réouverture, n

Retenue d'eau dans le glacier du Kjoëringbotnen. —

11 est curieux de relever le passage suivant dans une brochure publiée par M. S.-A. Sexe, en i864, sur le grand névé de Folgefond (au sud de Bergen [Norvège]) :

crOn se rappelle encore parfaitement comment, pendant l'été, il y a trente et quelques années, l'eau disparut complètement dans la grande rivière qui vient du glacier de Kjoëringbotnen et comment elle reparut aussi subitement avec une abondance telle, qu'elle inondait tous les bords en les couvrant de sable, de gravier, de pierres et de blocs de glace. 11 n'y a qti'une manière d'expliquer ce phénomène, c'est-à-dire que le courant de la rivière s'est trouvé arrêté sous le glacier et que l'eau s'est augmentée au point qu'elle s'est frayé un passage avec une force irrésistible, en entraînant une grande partie du glacier, tî

Tous les faits que nous venons de citer établissent de la façon la plus irréfutable que, contrairement à l'opinion émise, les grands glaciers qui ont une marche rapide permettent facilement à l'eau de s'accumuler pour s'écouler ensuite subitement.

EAUX BT POBAtS. — M. KUSS. 6

Nous avons vu que les Bossons avancent de tSk mètres par an« ot le glacier d'Aletsch ne lui est certainement pas inférieur sous ce rapport.

Elfet des crues dues à la rupture de poohes d'eau. —

L'elfet de ces crues d'eau parfaitement limpide , lancée sur des pentes souvent énormes, est de provoquer infailliblement la formation d'une lave torrentielle,

M. Demontzey, dont la vie a été consacrée à l'étude des (|ue&tions torrentielles, rendant compte à l'Académie des sciences, dans la séance du 8 août 1892, de la catastrophe de Saint- Gervais, s'exprimait ainsi à ce sujet :

crEn résumé, les observations que j'ai pu faire démontrent :

(rQue la lave du 19 juillet s'est absolument comportée comme toutes celles qu'on a pu étudier dans les torrents des Alpes et des Pyrénées;

«Que son énergie a été d'autant plus désastreuse que le tmfhgport en masse a débuté dans les régions les plus élevées du bassin torrentiel , à la suite du départ subit d'un grand volume d'eaux concentrées plus soudainement encore que celles des plus terribles orages de grêle dans les bassins supérieui^ des torrents sans glaciers;

(T Que le volume des matériaux de toutes sortes déposés tant aux bains que dans la plaine, et qu'on peut estimer, au maximum, à un million de mètres cubes , ne présente aucune anomalie avec le volume relativement réduit des eaux au moyen desquelles le trans» port en masse s'est effectué par une série de bonds successifs, avec des alternatives d'accélération de vitesse et des ralentissements momentanés;

(T Que ce phénomène torrentiel a substitué à un simple ruisseau, jusqu'alors inoffensif, un torrent dont l'activité peut être combattue dans un délai relativement court. Le passage de la lave dans les torrents de Bionnasset et du Bon-Nant, en effet, a enlevé tous les

bloc6 granitiques qui, de longue date, pavaient et consolidaient leur lit, aujourd'hui profondément aifouillé; des brèches nombreuses et étendues ont été creusées dans leurs berges, qui sont livrées sans défense à des ravinements et à des glissements très dangereux;

(T Qu'on pourrait citer, dans les Alpes comme dans les Pyrénées, de nombreux exemples contemporains d'anciens ruisseaux paisibles passés en quelques instants à l'état de torrents formidables, sur une échelle un peu moins grande, il est vrai, mais avec cette circonstance aggravante que le désastre était causé par les pluies du ciel, dont on se garantit plus difficilement que du danger, une fois reconnu, que peut présenter un glacier;

(rQue l'étude minutieuse, avec levés topographiques, que les forestiers opèrent en ce moment dans ce nouveau torrent dont je viens d'esquisser le caractère, conduira sans nul doute à trouver les moyens rapides de l'éteindre et peutrètre d'amener les eaux de Tète-Rousse sur le Bionnasset;

«Et qu'enfin ce grand désastre ne pouvait être prévu, personne n'ayant eu même Tidée d'explorer auparavant le glacier de Tète- Rousse. . . fi

Étude détaillée du cours de la crue du 12 Juillet 1892

{Catattrophe de Samt-Gmvais). — L'étude détaillée annoncée par M. Demontzey dans la communication qui précède a été effectuée pendant les années 1899 et 1893. On a dressé un plan détaillé du cours de la crue, accompagné de profils en long et en travers, en partant du glacier de Tète -Rousse, point initial, pour aboutir à la rivière d'Arve, où tous les matériaux charriés sont finalement venus se déverser.

Une série de photographies a permis en outre de montrer les diverses phases du phénomène et de poursuivre des études comparatives sur les modifications survenues au glacier de Tète*Rousse pendant lea années suivantes.

Nous extrayons de cette étude les renseignements suivants :

Le glacier de Tête-Rousse est situé à une altitude de 8,270 mètres;

Sa plus grande longueur est de ta 6 mètres;

Sa largeur moyenne, de 220 mètres;

Sa surface totale, de 10 hectares 55 ares seulement.

En plan , il figure une sorte d'ellipse allongée dont le grand axe serait dirigé de l'est à l'ouest.

Il est limité au nord par le glacier de la Griaz et une arèle rocheuse;

A Test, par les escarpements rocheux de l'aiguille et du dôme du Goûter;

Au sud, par une arête rocheuse qui le sépare du glacier de Bionnasset;

Enfin, à l'ouest, entre deux arêtes rocheuses, se trouve son orifice d'écoulement

Le glacier, enserré entre ces deux arêtes, se termine brusquement par une paroi verticale ayant 5o mètres de hauteur.

Dans le sens de sa plus grande longueur, la pente de sa surface va en augmentant, du nord-est au sud-ouest. Elle passe successivement de o m. 1 72 par mètre à o m. 363.

Dans le sens transversal, elle est à peu près nulle.

Enserré de toutes parts entre des parois rocheuses, le glacier de Tête-Rousse ne saurait être assimilé en rien aux grands glaciers qui occupent les vei^sants du mont Blanc.

Alors que la grande différence de niveau entre ses deux extrémités n'est que de 1 66 mètres, les glaciers des Bossons ou de Bionnasset, ses voisins, ont des différences de niveau de 2,000 à 3,000 mètres. Ceux-ci, prolongés à l'amont par de puissants névés, partent pour ainsi dire du sommet du mont Blanc, coulent dans de véritables vallées et ont des mouvements très prononcés, ainsi que nous l'avons vu précédemment (les Bossons, ±6k mètres par an; Bionnasset doit atteindre presque au même chiffre).

Mais à Tête-Rousse, il ne saurait en être de même : aucune pres-

sion résultant du poids des névés et des glaces supérieures n'agit sur le glacier, qui forme comme un lac complètement isolé. A priori^ son mouvement doit être très lent, et les levés topographiques faits en 1898, iSgi et 1898 viennent confirmer de tous points cette appréciation. A peine a-t-on pu constater un déplacement de quelques décimètres, et encore ne peut-on certifier que ce mouvement apparent aoit dû en grande partie à la fonte considérable de la surface du glacier, fonte qui a dépassé, en moyenne, a mètres d'épaisseur par an.

Ce phénomène est mis parfaitement en lumière par une série de photographies exécutées avec le même appareil, du même point, et tous les ans à peu près à la même date. En se repérant sur les fissures de la glace et les lignes de stratification, on peut parfaitement apprécier l'épaisseur de la couche qui a disparu.

Nous avons vu, par l'importante communication de MM. Vallot et Delebecque, que l'évacuation des eaux contenues dans le lac sousg^aciaire de Tête-Rousse s'était produite à la suite de l'arrachemeut de la paroi aval du glacier, mettant au jour un canal de 60 mètres de largeur sur 20 mètres de hauteur.

Cette ouverture béante n'a pas tardé à diminuer, se rétrécissant de plus en plus sous l'effet de la pesanteur, d'une part, qui produisait l'affaissement du plafond et, d'autre part, sous l'abondance des névés qui venaient reformer rapidement la partie aval dont l'ablation avait permis l'issue des eaux.

Dès l'année 1898, il était impossible de pénétrer dans le canal sous-g^aciaire, dont l'ouverture s'était réduite à 1 mètre de hauteur seulement.

En 1894, cette ouverture était complètement recouverte par le névé, qui arrivait à plusieurs mètres au-dessus du plafond du canal sous-glaciaire, et la fermeture était si complète que les eaux commençaient à s'accumuler dans le fond du puits supérieur, formant un lac dont la profondeur atteignait 3 m. 76 le 8 août, et 8 mètres le 18 septembre suivant.

Si, à l'aide des données précises du plan topographique levé en 1893-1893, on calcule le volume d'eau que pouvaient contenir les cavités apparentes du glacier, c'est-à-dire le puits supérieur et la galerie conduisant de ce puits au débouché inférieur, on n'arrive, en forçant les chiffres, qu'au nombre de â 0,000 mètres cubes. Or, toutes les estimations résultant, soit de l'importance de la coulée de lave, soit de la quantité des matériaux charriés, ont conduit à éva<> luer à 100,000 mètres cubes au moins le volume de l'eau qui a dû s'écouler brusquement du glacier. On est donc obligé d'admettre qu'il doit exister sous la croûte supérieure de glace de nombreuses cavités analogues à celle qui a été mise au jour au moment de la catastrophe, qu'elles communiquent ensemble et qu'elles étaient toutes pleines d'eau le 1 1 juillet 189a. Il est à remarquer que ce volume de 100,000 mètres cubes correspond à une épaisseur moyenne d'eau de 1 mètre étendue sur toute la surface du gracier.

Cette conception purement théorique est formulée pour donner une idée approximative de la capacité des cavernes qui doivent exister sous le glacier.

Il est certain , étant donnée la pente du fond rocheux sur lequel repose la g^ace, que les eaux étaient en bien plus grande épaisseur à la partie aval, et il se pourrait même qu'elles aient exercé une certaine pression de bas en haut sur la croûte de glace qui recouvrait le puits aujourd'hui ouvert, leur niveau ayant pu s'élever, dans ce vase clos que formait le glacier, sensiblement plus haut que l'orifice de ce trou.

Si on admettait cette hypothèse, on serait amené à conclure que ce ne peut être par suite de l'effondrement de cette couche supei*» ficielle de glace que les eaux ont fait irruption ; mois que, bien au contraire, au moment de la débâcle, cette couche, n'étant plus soutenue par les eaux, s'est simplement effondrée, sollicitée encore par la pression atmosphérique d'un côté et le vide relatif qu'a dû produire l'écoulement subit à travers un chenal clos de l'eau qui la soutenait. Il faut observer, en effet, que ce chenal s'étend sur une

longueur de 67 mètres, avec une différence de niveau de 3o mètres d*une extrémité à l'autre. Or, la pression d*une colonne d'eau de 3o mètres équivaut à près de 3 atmosphères.

Tant que le puits est resté ouvert, on a donc eu la certitude que le niveau de l'eau sous le glacier ne pouvait jamais dépasser le niveau de l'orifice de ce puito et il en est résulté, malgré l'incertitude qui règne sur la situation exacte du fond rocheux, que près de la moitié du glacier se trouvant à un niveau trop élevé, les eaux ne pouvaient s'y accumuler. La surface dangereuse, qui était de 10 hectares, s'est ainsi trouvée réduite à 5 ou 6 hectares.

Malheureusement, à partir de 1 896, les avalanches qui dévalent le long des rochers de l'aiguille du Goûter, en même temps que la neige chassée par le vent, sont venus obstruer peu à peu l'ouverture du puits, si bien qu'en 1898 la surface de Tète^Rousse avait repris complètement son ancien aspect On n'y trouvait plus trace d'une dénivellation à l'endroit où existait le puits formé en 18911; seule 9 la couleur du névé , plus blanche, permettait d'en distinguer nettement les contours.

Ainsi donc, les dernières constatations de 189& ont montré l'existence d'un lac de 8 mètres de profondeur, puis, après l'hiver de 1695, par suite de l'accumulation des neiges et de la formation d'un névé) il a été impossible de savoir si le lac sous-g^aciaire continuait à exister. Tout au plus pouvait-on en voir des indices dans hê sources qui se manifestaient avec une certaine intensité à la surface de la glace et dans les arêtes rocheuses qui enserrent le ^acien

Il est d'ailleurs du plus haut intérêt de savoir si l'eau accumulée en 189^ s'est complètement congelée, ou si, au contraire, elle a formé un centre d'attraction, pour ainsi dire, autour duquel la glace fond peu à peu pour reformer un nouveau lac sou»-glaciaire.

Si, en aval, le trou inférieur s'est fermé rapidement, c'est qu'il est dominé par une paroi de glace presque verticale de 5o mètres de hauteur, no trouvant devant elle aucun point d'appui. Tout

l'effet de la pesanteur s'exerce alors normalement, et la glace, étant une substance malléable, tend constamment à occuper le vide de la cavité. De plus, la formation d'un névé contre cette paroi verticale a complètement obstrué Tancien orifice, de telle sorte qu'on ne peut guère savoir s'il y a eu réellement affaissement complet.

Mais sous le glacier, les mêmes causes ne sauraient agir. Là il ne peut y avoir d'accumulation de neige et, d'autre part, la glace y forme des voûtes parfaitement étayées, comme dans la galerie latérale dont on a pu constater l'existence à l'ouest du puits, et au-dessus de laquelle la couche supérieure de glace n'atteint que 10 à 1 5. mètres d'épaisseur.

11 est d'ailleurs à présumer que ces cavités souterraines remontent €^ une haute antiquité.

Si l'on examine en détail la structure de la glace qui constitue les parois verticales du trou supérieur, on remarque qu'elle est formée de deux couches très distinctes.

La couche supérieure, de 7 à lo mètres d'épaisseur, présente des stratifications parallèles à la surface du glacier, tandis que dans la couche inférieure, les bancs de glace sont fortement inclinés et atteignent presque la position verticale.

Cette différence de structure ne peut être un accident; elle doit correspondre à un changement grave dans la situation relative du glacier.

A l'époque où les couches s'inclinaient en tous sens, le glacier devait avoir une marche rapide, comme ceux de Bionnasset et de la Griaz ses voisins; tandis que depuis que les couches sont parallèles à la surface, le mouvement doit avoir été enrayé.

11 résulte , en effet, de toutes les observations faites jusqu'à présent que le mouvement actuel du glacier de Tête-Rousse est presque nul , ainsi que nous l'avons indiqué précédemment. Mais rien n'empêche d'admettre (et la configuration des lieux confirme cette hypothèse) qu'autrefois, à une époque fort éloignée, quand le grand glacier du mont Blanc occupait toute la vallée de l'Arve et s'élen-

dait jusqu'à Genève, et même, beaucoup plus récemment encore, les trois glaciers de Bionnasset, de Tête- Rousse et de la Griaz étaient reliés ensemble par de puissantes couches de glace entraînées dans le mouvement général rapide des glaciers de Bionnasset et de la Griaz. A la suite du recul général des glaciers, cette couche a disparu et Tête-Rousse est resté isolé avec des bancs de glace inclinés en tous sens, profondément crevassés, sur lesquels sont venus annuellement s'abattre les avalanches de l'aiguille du Goûter, pour former la couche supérieure n'ayant d'autre inclinaison que celle qui résulte de la pente générale du gracier.

Celte sorte de couverture de glace a mis obstacle à la fusion rapide des bancs inférieurs. Ceux-ci ont dû cependant continuer à fondre lentement, soit à cause du passage continuel des eaux descendant de l'aiguille du Goûter et fortement surchauffées en été, soit par l'action du courant d'air qui parcourait incessamment les anciennes crevasses. Il en est résulté les galeries que l'on aperçoit en partie aujourd'hui et qui doivent s'étendre au loin, si on en juge par le volume des eaux qu'elles recelaient.

Ainsi donc, il parait certain que ces galeries existaient encore en 1 896 , et qu'elles pouvaient renfermer à nouveau 1 00,000 mètres cubes d'eau environ, au moment où leur débouché inférieur a été obstrué. Il est probable que, dès cette époque, elles ont commencé à être envahies par les eaux qui atteignaient, le 1 8 septembre 189/1, une hauteur mesurée de 8 mètres dans le fond du puits alors béant, aujourd'hui complètement recouvert par le névé.

Qu'arriverait-il si, au moment où elles seront de nouveau pleines (et quelques mois suffiront à les remplir), le front aval du glacier cédait, ainsi qu'il l'a fait en 1892, en livrant subitement passage à cette énorme masse d'eau?

Pour tous ceux qui s'occupent des questions torrentielles, la réponse ne saurait être douteuse.

Il se formera une lave absolument semblable à celle de 1892, au moins aussi violente et dont les effets seront aussi désastreux

88 LK9 TOBRKNTB GLACIAIRES.

pour la région. Seuls Im étAbliBsements des bains de Saint^Gervâis, qui n'ont pas été reconstruits à leur ancien emplacement, n'auront plus à souffrir 5 mais rien ne prouve que les sources thermales, d'une si haute efficacité, ne seront pas de nouveau englouties sous une couche de boue de plusieurs mètres d'épaisseur et que les quelques morceaux restés debout des anciens établissements ne seront pas enlevés à leur tour.

De pluS) les villages de Bionnay et du Fnyet restent exposés, ainsi que la route départementale si fréquentée de Cluses à Gha^ monix et 70 hectares de cultures dans la plaine de Passy.

Enfin, la tête de ligne de la voie ferrée de Genève au Fayet, la gare du Fayet, a été construite récemment sur la rive gauche du torrent de Bonnant, h quelques mètres en aval de la route départementale, et courrait lei plus grands dangers, en même temps que toutes les constructions atinexes qui l'entourent.

On peut poser en principe qu'une lave torrentielle étant formée, aucun obstacle ne peut l'arrêter. Ce n'est donc pas en construis sant des ouvrages dans les régions inférieures, le long du cours des torrents de Bonnant et de Bionnasset qu'on peut espérer arriver à conjurer les dangers manifestes qui résultent de la situation actuelle.

Il faut empêcher la lave de se former en s'opposant par tous les moyens ft une concentration brusque des eauit et ft leur écoule*^ ment rapide sur des pentes abruptes»

H nous suffira d'ailleurs d'étudier comment les choses se sont passées en 1699 en aval du glacier et de décrire l'état des lieux actuel pour qu'il loit de toute évidence qu'une nouvelle erue d'eau formerait une lave en tout semblable à celle de 189a.

Les eaux ayant fait irruption se sont précipitées^ au sortir du glacier, sur une pente abrupte recouverte de neige durcie, ayant en plan une longueur de U'jo mètres, avec une pente variant de 0,791 par mètre à 0,616 et une différence de niveau totale de 3fid mètres.

CRUE Dl 12 JUILLET 1893. ft»

Sur eette pente vertigineuse, elles out dévalé avec une rapidité extrême et ont commencé à affouiller. Le fait est expressément constaté dans la relation officielle de M. h garde général Gerberon, déjà citée précédemment et où il expose qu'il était dès le 1 3 juillet sur les lieux de la catastrophe, et que ce jour il a vu des tiwinê^ meiUB mkê erêtuéê doM h gïaciet m^desêous du trm inférieur qui marquaimu le pasioge du cammeneêtneni de la lavê.

Au pied de cette pente escarpée, les eaux ont rencontré des amoncellements considérables de débris provenant de la désagrégation séculaire des roches qui forment toute cette région monta» gueuse; puis elles ont franchi , sans se détourner, le vallon profond de 6 mètres qui sert en temps normal à Técoulement des eaux du glacier^ et elles ont poursuivi leur course en ligne droite jusqu'au pied de la montagne des Rognes, qui les a obligées è faire un coude brusque vers l'ouest.

C'est dans cette région, au milieu des éboulis de toute nature et de toutes dimensions, que la lave a commencé à entratner des matériaux d'un certain volume» Les érosions provoquées par le passage des eaux étaient nettement visibles sur le terrain pendant les années iSge et 1898, au milieu de tous les blocs accumulés sans ordre et qui, n'ayant jamais été remaniés par les eaux, offraient une prise facile à la trombe qui venait de s'abattre sur eux et dont ils allaient augmenter le volume dans des proportions énormes*

On peut affirmer sans crainte que, dans cette région « il n'a pas été enlevé la millième partie des matériaux accumulés et que leur entassement constitue une réserve inépuisable pour la formation des laves futures.

A partir de ce point, la lave déjà formée s'est écoulée en s'étalant sur près de 900 mètres de largeur dans un vallon limité au Nord par la montagne des Rognes et au Sud par l'arête rocheuse sépa^ rant le versant de Téte-Rousse du glacier de Bionnasset; les pentes y varient de o m. kby par mètre à m. 3 1 S. Ce vallon vient

aboutira rextrémité de la montagne des Rognes, à une pente escarpée atteignant i m. 962 par mètre et ne descendant pas audessous de o m. 566. Cet à pic que la lave a dû franchir pour tomber dans le plan de l'Aire est entièrement rocheux. On y voyait quelques touffes de gazon poussant dans les. fentes des rochers. La lave les a toutes entraînées dans sa course, folle, laissant à nu le roc net et poli. Mais ce n'est pas, ainsi qu'on l'a prétendu, sur cet escarpement rocheux que la lave a emprunté la majeure partie de ses matériaux; c'est à plus de 1,600 mètres avant d'y arriver, ainsi que nous l'avons exposé.

Enfin, après avoir parcouru une distance de 2,633 mètres avec une différence de niveau de 1,297 mètres, la lave aboutit au pied de la montagne de Rognes, dans une sorte de vallée orientée du sud au nord que l'on appelle le Plan-de-l'Aire.

Cette vallée, bordée à l'est par la montagne des Rognes, est limitée au sud et à l'ouest par une vaste moraine latérale formée par le glacier de Bionnasset, parallèlement et k 9.5o mètres de distance environ du versant des Rognes.

La lave tombant de l'escarpement rocheux dans la direction Est-Ouest, s'est donc précipitée tout d'abord en travers du Plande-l'Aire et est venue buter contre la moraine, s'élevant à 66 mètres au-dessus du fond de la vallée.

En cet endroit la hauteur atteinte par la lave contre la moraine (1,916 mètres d'altitude) était de 66 mètres plus élevée que sa hauteur au pied de la montagne des Rognes.

Une pareille dénivellation donne une juste idée de la violence que devait avoir la crue en arrivant à la fin de cette première partie de son parcours.

Elle nous permet également d'apprécier la rapidité du phénomène, l'écoulement ayant dû être presque instantané pour, empêcher toute espèce de nivellement de la surface.

Ce mouvement d'oscillation de la lave, d'une rive ii l'autre, a continué en aval et s'est prolongé jusqu'au pont du Fayet, chaque

coude (et ils sont nombreux) ayant eu pour effet de rejeter la coulée sur la rive opposée.

En chacun de ces pointe on peut juger de la vitesse relative du courant , celle-ci étant d'autant plus grande que l'amplitude des oscillations a été plus considérable.

Des observations faites sur le terrain, il résulte qu'elle a atteint son maximum entre le sommet du Plan-de-l'Aire et l'extrémité inférieure du torrent de Bionnasset; qu'elle s'est énormément ralentie depuis le point de jonction du torrent de Bionnasset avec le torrent de Bonnant jusqu'aux bains de Saint-Gervais, et qu'enCn elle a été très faible de ces bains au pont du Fayet.

La première de ces trois sections a une longueur de 5,832 mètres et comprend une différence de niveau de 91 5 mètres, ce qui correspond à une pente moyenne de o m. i56 par mètre.

La seconde a une longueur de û;7o6 mètres et comprend une différence de niveau de Sûg mètres, ce qui correspond à une pente moyenne de o m. 07/1 par mètre.

La troisième enfin, d'une longueur de 1,060 mètres, comprend une différence de niveau de 27 mètres, ce qui correspond à une pente moyenne de o m. oaS par mètre.

Les observations faites sur le terrain et les conclusions qu'on en tire d'après l'examen des oscillations de la lave cadrent donc d'une façon précise avec les déductions que l'on pourrait tirer de la connaissance de ces différentes pentes moyennes.

11 en résulte un moyen approximatif d'apprécier la durée totale du phénomène, durée qu'il a été absolument impossible de fixer d'après les dires des témoins. Les dépositions recueillies ont seulement permis d'établir que du pont du Diable jusqu'à l'Arve, la lave a mis environ 5 minutes.

Elle a franchi ainsi une distance de 3,o5o mètres, avec son minimum de vitesse.

Pour arriver du Plan-de-l'Aire au Pont-du-Diable , elle a eu à franchir 9,800 mètres, dont 5,8 06 à très grande vitesse et

3,5oo à vitesse moyenne, de sorte que chacun de ces parcoui*» na pas dû prendre tout à fait 5 minutes.

On sera certainement au-dessus de la vérité en portant à 3 minutes le temps que Teau sortie de Téte^Rousse et le conunen* cernent de la lave ont mis, dans ces conditions, i franchir les at700 mètres qui séparent le ^acier du Plan^de-l'Aire, et on arrive ainsi à un total général de 18 minutes, qui parait plutôt supérieur qu'inférieur à la réalité, puisque, dans toutes nos estima* lions, nous avons toujours majoré le nombre des minutes.

La distance totale parcourue étant de i&,i6o mètres, on peut donc assigner à la lave une vitesse moyenne de i4 mètres à la seconde, ce qui correspond à 5o kilomètres à Theure*

Avec ces données et en adoptant pour le volume de lave t million de mètres cubes, chiffre probablement exagéré, mais qui a été généralement admis comme donnant une approximation suffisante, on peut calculer le temps que la coulée a dû mettre k passer en un point donné.

Aux bains de Saintr-Gervais, la coupe ou section transversale de la lave avait, au moment de sa plus grande puissance, une surface de 2Û0 mètres carrés.

La vitesse du courant étant évaluée dans cette section à 1 mètres à la seconde il a dû passer par seconde, un volume de a, 6 00 mètres cubes, ce qui donne 6 minutes 56 secondes pour le passage de 1 million de mètres cubes. Gomme il est certain que l'arrivée de la crue a été soudaine, ce calcul répond bien à la réalité pour les débuts de la lave, mais celle*ci a dû ensuite prolonger son écoulement et ne s'est évidemment pas arrêtée aussi brusquement qu elle avait commencé. On peut donc négliger les 56 secondes qui correspondent aux matériaux charriés lentement et évaluer à 6 minutes la durée du passage intensif de la crue à la hauteur des bains de Saint-Gervais.

A la hauteur du village des Prats, un peu en amont du pont du Diable, la section de la tranche transversale de la lave mesure

590 mètrei» carrés. La vitesse ayant été estimée précédemment à 1 s mètres à ia seconde dans cette région, un calcul analogue montre que la lave» qui devait avoir un volume un peu inférieur au volume total, a passé en a minutes seulement.

Enfin, au I^an-<deJ'Aire, la section transversale de la tranche de la lave mesure 960 mètres cannés. La vitesse a été estimée précédemment à 1 9 mètres à la seconde. En supposant son volume de 5oo,ooo mètres cubes, il n'aurait fallu que 37 secondes pour en elTectuer le passage total.

Tous ces chiffres sont évidemment fort approximatifs et, considérés en eux-<mâmes, isolément, ils peuvent s'écarter notablement de la réalité ; mais ils ont une asseï grande exactitude relative. Ils peuvent servir à apprécier la rapidité vertigineuse avec laquelle s est produite la catastrophe, et démontrent clairement qu'il était impossible aux riverains d'échapper par la fuite à une aussi soudaine irruption ; qu'il était impossible aux habitants des villages atteints d'aller prévenir asseï vite les habitants des régions inférieures.

De la vitesse d'écoulement de la lave en un point donné, on peut conclure que toute l'eau du glacier de Tète-Rousse a dA w vider en quelques secondes à peine ; qu'elle a dA a^avaneer pour ainsi dire d un seul bloc jusqu'au Plan^de-l'Aire, et qu'à partir de ce point, par suite du frottement sur les berges, de la diminution successive des pentes et de l'augmentation de sa viscosité, due à l'ônorine quantité de matériaux qu'elle tenait en suspens et dont elle a continué à se charger jusqu'aux bains de Saiut-Gervais , elle a r^enti peu à peu sa vitesse, en prolongeant d'autant sa durée d'écoulement.

Tous ces chiffres sont d'ailleurs des moyennes, et il ne faudrait pas croire qu'une lave s'avance d'un mouvement uniforme comme court l'eau d'un fleuve, même impétueux.

Une lave importante, comme cdle que nous considérons, est toujours constituée par deux sortes d'éléments : des éléments liquides ou fluides, tels que l'eau , le sable , l'argile et les petits gra-

viers, et des éléments solides, tels que des arbres entiers et surtout des blocs de rochers de loo, âoo et même 3oo mètres cubes.

Les éléments liquides ou fluides restent toujours intimement mélangés, mais les éléments solides, au contraire, en arrivant aux chutes ou cascades qui existent dans tous les torrents, se séparent de la masse visqueuse en mouvement et se précipitent à travers les pentes abruptes avec une vitesse bien supérieure à celle du reste de la lave. Ils ne sont plus soumis qu'à l'action de la pesanteur, sans qu'aucun frottement vienne ralentir leur couree; ils bondissent d'une rive à l'autre, en franchissant des sauts de plusieurs centaines de mètres de longueur, et ne s'arrêtent que lorsque, la pente diminuant, la pesanteur ne leur permet plus d'avoir un mouvement spécial.

Bientôt, rejoints par la lave, d'une densité presque égale à la leur, ils sont de nouveau entraînés, mais se trouvent dès lors tous accumulés à l'avant, figurant un mur de rochers en mouvement.

Une gorge vient-elle à se présenter, tous ces blocs se serrent les uns contre les autres, les troncs d'arbre s'y ajoutent et il en résulte un barrage temporaire qui ne cède que sous la pression grandissante de la masse de lave accumulée en amont.

L'étude du terrain a permis de reconnaître quelques-uns des endroits où les barrages temporaires se sont formés le i s juillet 1892. Il a été facile de les distinguer grâce à la hauteur exceptionnelle atteinte par la lave à la fois sur les deux rives du torrent.

Tous ces barrages occasionnent des ralentissements dans l'écoulement et sont suivis bientôt d'une débâcle d'autant plus violente' qu'ils ont opposé une résistance plus prolongée.

Le passage de la crue a arraché une masse considérable de matériaux sur les berges et dans le fond du lit des torrents de Bonnant et de Bionnasset, ainsi qu'aux flancs de la moraine latérale du glacier de Bionnasset. Après que la couche végétale; qui recouvrait presque partout les berges de ces torrents, a été enle-

vée, des affouillements importants se sont produits dans les anciens dépôts, soit sédimentaires, soit glaciaires, qui formeut le sous-sol sur des épaisseurs souvent très grandes.

Ces affouillements, aussi considérables qu'ils aient été, n'ont cependant enlevé qu'une infime portion de cette moraine à gros matériaux qui constitue à peu près partout le sous-sol des torrents de Bonnant et de Bionnasset, et qui y forme un réservoir inépuisable où pourront s'alimenter les laves futures.

De toutes les observations qui précèdent résulte donc la certitude d^ la reconstitution d'un lac sous-glaciaire à Tète-Rousse, et de la formation d'une nouvelle lave semblable à la première dans le cas d'une irruption soudaine des eaux accumulées à nouveau.

Travaux de protection exécutés à Tôte- Rousse. —

L'Administration des Eaux et Forêts en a conclu que le seul moyen d'obvier à la formation d'une nouvelle lave était d'empêcher l'irruption soudaine des eaux de Tête- Rousse et, par conséquent, de rendre impossible la formation d'un lac sous-glaciaire. On a donc recherché les moyens de procurer aux eaux un écoulement permanent.

Cet écoulement ne pouvait être obtenu sur le front du glacier, tourné vers le nord et constamment obstrué par les glaces et les névés; il a paru préférable de le chercher à travers l'arête rocheuse qui sépare Tête-Rousse du glacier de Bionnasset. On jetterait ainsi les eaux sur un versant très escarpé, entièrement rocheux, exposé au sud-ouest; et elles tomberaient directement sur le glacier de Bionnasset, où, quel que soit leur volume, elles ne sauraient jamais produire d'accidents, toute leur violence devant fatsdement venir se briser contre les séracs et dans les crevasses de cet immense glacier.

Ce projet devait nécessiter le creusement, en grande partie dans le roc, d'une galerie souterraine de 120 mètres de longueur environ et de 9 mètres de largeur sur 2 mètres de hauteur, avec

KAtX KT PORÂTS. M. kl 8S. 5

une pente moyenne de o m. i o par mètre. Ces dimensions sont évidemment bien plus considérables que ne nécessite le débit du glacier, mais il faut que les ouvriers appelés à creuser la galerie puissent s'y mouvoir avec leurs instruments et qu'on puisse y circuler pour la vérifier et l'entretenir.

Ce travail en lui-même n'acquiert quelque importance qu'à cause de l'altitude (3,âoo mètres) à laquelle il a dû s'exécuter, au n)ilieu d'une région désolée et à plus de cinq heures de marche du chalet de montagne le plus rapproché.

Le creusement de la galerie souterraine devant se poursuivre progressivement et de proche en proche, on ne pouvait compter sur un avancement de plus de o m. 5o par jour, ce qui portait à s/io jours le temps nécessaire à l'exécution du travail.

L'entretien d'un chantier d'ouvriers pendant un temps aussi long, dans une région désolée , devait entraîner à certaines installations indispensables parmi lesquelles les plus importantes étaient la création d'un chemin et d'abris tant pour les ouvriers que pour les surveillants et les agents d'exécution.

Travaux exécutés en î8g8. — Tous ces travaux comprenant l'ouverture d'un chemin muletier de a mètres de largeur sur 7 kilomètres de longueur, prolongé par un sentier de piéton de 1 mètre de largeur sur 2,690 mètres de longueur, l'ouverture d'un canal souterrain de lao mètres de longueur et la construction d'une baraque située à 2,900 mètres d'altitude, furent mis en adjudication le 2/i mai 1898. Les prix de base étaient pour le mètre courant de chemin de 2 mètres dans la terre, U fr. ko ; pour le chemin de 2 mètres dans le roc, 16 fr. 3o; pour le canal souterrain, 92 francs; et enfin la baraque était évaluée à 3,8o3 fr. /19.

Ils furent adjugés avec un rabais de 3 p. 100 et immédiatement commencés.

Le recrutement des ouvriers fut assez facile. Les entrepreneurs s'étant assurés au préalable divei*s travaux de moindre importance

daa0 les régions inférieures des vallées voisines prélevaient sur ces chantiers le personnel nécessaire, au fur et à mesure des besoins, et conservaient en même temps la faculté d'y occuper leur monde pendant les périodes de mauvais temps , bien plus fréquentes aux hautes altitudes que dans la plaiue.

Le logement et le ravitaillement de ces ouvriers présentèrent des difficultés infiniment plus considérables pendant la première année. II s'agissait, en eflFet, d'ouvrir près de lo kilomètres de chemin, avec une différence de niveau de i,5oo mètres, sur des pentes abruptes, glacées, dépourvues de tout abri et de tout moyen de communication.

Dans le programme tracé à l'entrepreneur, ces chemins devaient s'ouvrir à peu près entièrement pendant la première année; en même temps la baraque devait être construite et le canal souterrain amorcé.

Comme le travail ne devait durer que quatre mois au maximum, du i""' juin à la fin de septembre, la rigueur du climat et la pré-* sence d'épaisses couches de neige apportant un obstacle absolu à une mise en train plus hAtive aussi bien qu'à une prolongation de durée d'exécution, il était absolument nécessaire d'organiser de nombreux points d'attaque répartis sur toute la longueur du tracé.

Près de chacun de ces points d'attaque, il fallut créer des baraquements provisoires. Une équipe d'ouvriei*s, dite cries éclaireurs^, fut chargée de ce travail pénible. Composée d'ouvriers de confiance, forts et endurants, elle rendit de très grands services.

Le type du baraquement auquel on s'arrêta était fort simple. Quatre murs en pierre sèche, d'environ o m. /io d'épaisseur, formaient l'ossature.

Les vides étaient calfeutrés, aussi bien que possible, intérieurement et extérieurement à l'aide de mousse, de lichens et même de feuilles de rhododendrons dans les régions les plus basses.

Le mur postérieur, d'environ i m. Bo de hauteur, dans l'épais^ seur duquel on ménageait quelques niches pour y placer les objets

d'usage courant, était, en général, adossé contre un quartier de rocher ou un talus entaillé verticalement. Quant au mur de façade, il n avait guère qu'un mètre de hauteur et était percé d'une ouverture, servant de porte, obstruée pendant la nuit à l'aide de couvertures.

Enfin la toiture, faite de planches brûles non jointives, était rendue imperméable par l'adjonction de bâches ou de couvertures maintenues en place par de grosses pierres.

Ces baraques mesuraient 3 mètres de largeur; leur longueur variait suivant le nombre d'ouvriers à y loger. Une épaisse couche de paille servait de lit, et des couvertures, en quantité suffisante, étaient mises gratuitement à la disposition des ouvriers.

Quatre baraquements furent ainsi construits, aux altitudes de â,ioo, â,55o, 2,900 et 3,âoo mètres.

Leur édification fut extrêmement pénible, car il fallut transporter à dos d'homme, sans chemin et sur des pentes rocheuses abruptes, les planches, les bâches, les couvertures et la paille.

H fallut transporter également à dos d'homme les vivres, le bois pour la cuisson des aliments, les outils, la poudre, et, en un mot, tous les objets indispensables à la vie et nécessaires à l'exécution des travaux.

Il n'était rien retenu aux ouvriers pour ces transports, et cependant le taux des salaires fut presque doublé. Un manœuvre exigeait 5 francs par jour; un maçon, 10 francs.

En 1898, d'importantes chutes de neige arrêtèrent brusquement les travaux le 9 5 septembre.

A cette époque, il avait été employé 6,062 journées d'ouvriers, dont 3,5/i5 en journées de manœuvres et terrassiers, et le reste réparti entre les diverses spécialités, mineurs, maçons, tailleurs de pierres, forgerons, charpentiers, scieurs de long, etc.

On avait terminé : 5,070 mètres de chemins de 2 mètres dans la terre; i,û8o mètres de chemins de 2 mètres dans le roc; 2,690 mètres de chemins de 1 mètre (entièrement terminé), la baraque;

et enfin le canal sonterrain était amorcé sur une longueur de 9 mètres.

Travatix exécutés eniSgg. — En 1899, on commença par terminer rapidement le chemin de 2 mètres; l'entrepreneur fit à ses frais quelques travaux supplémentaires au chemin d'un mètre pour permettre aux mulets d'accéder jusqu'au pied même du glacier de Tête-Rousse, et le 19 juillet on attaqua le canal souterrain; cette date, qui semble si tardive, était d'ailleurs imposée par l'état du terrain, qui ne commence à se découvrir de neige que vers celte époque.

Le travail fut continué de jour et de nuit sans interruption. Pour y parvenir, on dut organiser trois postes d'ouvriers travaillant chacun huit heures. Chaque poste comprenait quatre mineurs et un manœuvre. De plus , un forgeron et un surveillant étaient attachés à demeure au chantier.

Théoriquement, les mineurs ne devaient donc travailler que huit heures par jour; mais comme fréquemment plusieurs d'entre eux quittaient à la fois le chantier, on avait recours à ceux des autres postes pour les remplacer. Cependant, pour éviter qu'ils n'eussent à faire ainsi seize heures de travail , on répartissait dans ce cas entre deux mineurs le travail d'un absent.

D'ailleurs, si la journée nominale était de huit heures, le travail effectif ne durait guère plus de six heures. Car il y a à déduire de ces huit heures le temps consacré aux repas, à l'absorption de boissons chaudes et surtout le temps que mettait à se dissiper la (uméc produite par la combustion de la dynamite. Chaque poste faisait partir douze coups de mine en moyenne, en deux volées de six coups chacune, l'une après quatre heures de travail et la dernière avant la relevée par le poste suivant.

Le premier poste fonctionnait de 6 heures du matin à 2 heures du soir et, par suite, les antres de 9 heures du soir à 10 heures, et de 10 heures du soir à 6 heures du matin.

Tous le» dix jours, les postes alternaient par permutation circulaire.

Le recrutement des ouvriers payés i franc par heure de travail, sauf les manœuvres qui ne recevaient que o fr. 90, fut assez facile; toutefois, ce furent surtout des aventuriers, alléchés par un haut salaire, qui vinrent se présenter. Hs ne travaillaient guère plus de huit à quinze jours; quelques-uns seulement restèrent un mois.

Il faut reconnaître d'ailleurs que tous, sans aucune exception, eurent à souffrir de la rigueur du climat.

Les trois facteurs principaux qui paraissent modifier les condi-* tioni d'existence à cette altitude, sont ;

La raréfaction de l'air;

Le froid;

La sécheresse de l'atmosphère.

On peut se faire une idée de l'influence de la raréfaction de l'air par le calcul suivant : soit V le volume d'air admis par les poumons dans l'ospaoe d'une minute lorsqu'un homme se trouve dans les conditions normales de l'existence, en un lieu où la pression atmosphérique est dé 760 millimètres.

Quand cet homme s'élève à l'altitude de 3, 900 mètres, la pres^ sion atmosphérique descend à 5so millimètres. Pour arriver à absorber la même quantité d'air que précédemment dans le mime espace de temps, cet homme devra en introduire dans ses pou« mons un volume V^ qui sera donné par le rapport

Jfi 760 d'où

La capacité des poumons ne se modifiant pas avec l'altitude, le même homme qui , au bord de la mer, ferait 1 6 aspirations à la

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