LE VENT
fait le dépôt, avec une épaisseur qui peut atteindre plusieurs mètres, et d'une brusque dénivellation au point de rencontre des deux courants.
On comprend aisément qu'avec les vents, la fine neige des hauteurs, sans cesse remaniée, puisse combler très rapidement toutes les dénivellations du sol, faire disparaître sous elle de profonds ravins, engloutir sous un épais linceul les routes, chemins et passages que l'homme a tracés, de manière à ne plus laisser apparaître qu'une plaine immense, où l'œil cherche en vain un point de repère.
Quand, à cette uniformité, viennent s'ajouter un brouillard intense qui quelquefois ne permet pas de distinguer la silhouette d'un homme marchant à deux pas en avant, un vent violent sans direction définie, soufflant tantôt du nord, tantôt de l'est, du sud ou de l'ouest, et soulevant des nuagea de neige si fine qu elle pénètre partout, à travers les fentes des portes et des fenêtres, à travers les habits les mieux fermés, et se précipite brusquement à la face des voyageurs qu'elle aveugle, on se trouve en présence de la tourmente.
Tous les hivers, la tourmente cause des morts nombreuses de voyageurs égarés qui , malgré la construction de quelques hospices sur les points les plus dangereux, ne peuvent être secourus à temps. C'est qu'en effet, aux efforts physiques qu'il faut déployer pour avancer péniblement à travers des champs de neige en poussière impalpable, dans lesquels on enfonce à chaque pas jusqu'au-dessus du genou (et rien n'est plus fatigant), vient s'ajouter l'action déprimante du froid, qui enlève à l'homme le plus énergique toute force de résistance. Au bout de quelques heures de lutte, sollicité pai^ un engourdissement de plus en plus insurmontable, il s'endort, comme s'il avait absorbé un puissant narcotique. H ne se réveillera plus, et souvent, ensevelie sous la neige, sa dépouille mortelle ne sera retrouvée qu'au printemps suivant.
L'action incessante du vent, en nivelant les dépressions du sol,
découvre les arêtes et les crêtes secondaires, ou tout au moins n'y laisse qu'une mince couche de neige. On profite de cette dernière circonstance pour ériger, sur certaines de ces crêtes, des poteaux de A à 5 mètres de hauteur, espacés entre eux de i5 à âo mètres, et qui indiquent la direction à suivre pendant l'hiver pour se rendre aux cols les plus fréquentés.
Les avalanches. — A cette époque de l'année, nous l'avons déjà dit, les chemins tracés ont complètement disparu, mais, existeraient-ils encore , qu'il serait indispensable de s'en écarter pour éviter les avalanches, qui sont l'un des plus redoutables dangers de la montagne.
Lorsque, sous la poussée du vent ou à la suite de chutes abondantes, la neige s'est accumulée en couches épaisses dans le lit des ravins escarpés, il arrive un moment où son poids l'entraîne.
Elle glisse alors avec rapidité le long des pentes, son peu de cohésion facilitant ce mouvement. Son volume s'augmente de toutes les neiges qu'elle rencontre , et atteint en un instant des proportions formidables. En même temps, sa vitesse devient de plus en plus considérable. Elle ne s'arrête qu'à la base des escarpements, sur les plateaux secondaires, en provoquant un bruit sourd, pareil à une salve d'artillerie.
Ces petites avalanches poudreuses ou superficielles se produisent avec assez de régularité en des points toujours les mêmes; elles ne vont généralement pas bien loin et leurs dégâts sont insignifiants; les habitants évitent toujours de franchir les couloirs d'avalanches et d'élever des constructions à proximité. Cependant, quand l'état d'équilibre de la neige est atteint, la moindre imprudence, un bruit, un souflle de vent, la trace de pas interrompant la régularité de la couche suffisent souvent à en précipiter le départ et provoquent ainsi quelquefois des accidents graves. Les malheureux, saisis au milieu d'une traversée courte, de quelques mètres seulement, sont renversés, roulés, ensevelis, sans qu'il soit possible de