LES AVALANCHES
tunnels La superficie de ravalanche fond beaucoup plus lentement, étant soumise à Tinfluence des gelées nocturnes qui durcissent la couche supérieure de neige, et cette action n'étant pas contre-balancée par celle d'un courant d'eau à une température toujours supérieure à o degré.
C'est donc surtout par urt évidcnient souterrain déplus en plus considérable que fondent ces avalanches. Aucun signe extérieur ne permet de mesurer l'importance exacte de ce travail, qui se termine toujours par l'effondrement de la voûte. Aussi arrive-t-41 une époque de l'année oii il devient dangereux de se risquer à l'aventure à leur surface. On se croit en sûreté et subitement, le sol s'effondrant sous les pieds, on se trouve précipité de plusieurs mètres de hauteur au milieu d'un torrent dont le lit , souvent hérissé de rochers , renferme, en plus, une eau glaciale. Outre ce bain forcé, on reçoit en même temps une pluie des débris de l'avalanche qui s'effondre, sous forme de morceaux de neige glacée, mélangés de pierrailles. Heureux si l'on échappe à un accident grave immédiat ! On se trouve cependant dans un cruel embarras pour sortir du puits où l'on se trouve précipité. Avec beaucoup d'agilité et quelques ressources d'esprit, on s'en tire presque toujours, et, trempé, ^contusionné, ayant perdu canne et chapeau, qui s'en vont à la dérive, ob doit Abandonner la course projetée pour aller au plus vite chercher des vêtements secs et éviter ainsi la fluxion de poitrine qui vous guette.
Toutes les avalanches de fond ne descendent cependant pas obligatoirement jusque dans les vallées inférieui'es. Suivant la èonfiguialion du sol et la quantité de neige qu'elles entraînent, il peut arriver aussi qu'elles s'arrêtent dans des ravins , des torrents profonds Qu'elles nivellent. Au cours de leur route, toutes déposent d'ailleurs des amoncellements de neige dans les ravins les plus profonds, de telle sorte qu'à la fin de l'hiver et pendant le printemps les versants se dépouillent très vite , tandis que le fond des ravins reste obstrué quelquefois jusqu'en septembre.
te LES TORRENTS GLACIAIRES.
La chute des avalanches de fond a une action considérable sur les versants des montagnes. Si la plupart d'entre elles se produisent annuellement en empruntant un trajet toujours le même, il arrive cependant fréquemment aussi que, par suite de circonstances locales, des avalanches nouvelles se forment, provoquant sur leur parcours les dégâts les plus importants.
Les avalanches régulières se bornent générsdement à entraîner les pierres instables, les rochers délités qui tapissent le sol sur leur trajet.
Mais les avalanches nouvelles se précipitent à travers les forêts, renversant les plus belles futaies, broyant les arbres, ne laissant que des ruines sur tout leur passage. Les fermes, les hameaux, les villages quelles rencontrent sont anéantis en un instant, renversés ou ensevelissons la masse des neiges. C'est ainsi qu'un versant boisé, parfaitement à l'abri des érosions, se trouve subitement dénudé et peut donner naissance à un torrent dangereux. Bien plus, cette forêt qui, par sa présence, empêchait souvent l'avalanche de partir, ne peut se reconstituer. La neige, ne rencontrant plus aucun point d'arrêt, se met en mouvement tous les ans et paralyse les efforts de la végétation.
Les causes accidentelles qui provoquent les avalanches nouvelles sont fort nombreuses ; on peut citer en particulier : des chutes de neige extraordinaires, une température très douce accompagnée de pluie chaude, des exploitations forestières mal entendues, et même, assure-t-on, les tremblements de terre, qui sont assez fréquents dans les Alpes.
Travaux contre les avalanches. — Forêts naturelles. — Aucun obstacle ne peut arrêter les avalanches en marche, mais on arrive quelquefois à en prévenir le départ. Le moyen le plus efficace et le plus généralement employé consiste dans l'entretien d'une forêt de protection sur les pentes escarpées qui donnent naissance à ce redoutable phénomène. Encore cette forêt doît-elie être exploi-
tée mélhodiqueaient, de façon à assurer le maintien du peuplement serré, constitué par des tiges suffisamment résistantes. Trop souvent, dans les Alpes, la forêt de protection est considérée comme un lieu intangible par les populations, qui n'y souffrent pas la moindre extraction. Cette mise en défends absolue, loin de produire de superbes forêts vierges, comme on en rencontre, paraît-il, en Amérique, ne produit, au contraire, quun massif de plus en plus clairière, où la régénération naturelle fait totalement défaut, et oii chaque vieil arbre qui disparaît laisse une trouée des plus dangereuses. Ce phénomène est particulièrement visible dans les forêts de hêtres des Monts, près de Taninges (Haute-Savoie), et dans la forêt d'épicéas du Miroir, près de Sainte-Foy (Savoie) t^).-
^^^ Sur le même sujet, M. Vincent Poliak , ingénieur en chef de la Direction géndrale des chemins de fer de Fbtat autrichien, s'exprime ainsi dans uu rapport (|iril a présenté, le ii décembre i8go, h la Société des ingénieurs et architectes de Vienne, sur Les avalanches d'Autriche et de Suisse et les travaux qu'on leur oppose :
trDans les travaux contre les avalanches, partout où 3 s'agira de maintenir en bon état des ouvrages répartis sur un espace considérable, le reboisement, opéré par la plantation de sujets serrés, h tige verticale, forte et capable de résister à la pression de la neige , non seulement diminuera les frais d'entretien dans une large mesure, mais encore augmentera considérablement la sj^curité, une forêt épaisse étant un sur préservatif contre la formation des avalanches. Mais il faut cpi'elle remplisse les conditions suivantes : elle ne doit être travei'sée dans le sens de la plus grande pente ni par des clairières ni par des lignes ouvertes (pelouses, couloirs, laies pour le passage du bétail, etc.) ; les fûts doivent
BAUX BT rORÂTS. M. KU8S.
être assez rapprochés les uns des autres; par conséquent, la forêt ne doit pas être menée à un âge trop avancé, car, dans ce cas, d'une part, le trop grand écartement des arbres faciliterait le départ de la neige dans leurs intervalles, et, d'autre part, leur âge avancé, joint h leur état d'isolement, leur ferait perdre toute chance de résister.
(tLes espaces couverts de bois rabougris , d'aunes , de jeunes hêtres , etc. , favorisent la formation des avalanches par suite de leur souplesse r le plus souvent, ces arbres, une fois courbés, ne se relèvent pas.
frDans les vallées des Alpes, on trouve beaucoup de vieilles forêts en défends, dites de protection, destinées à empêcher la formation des avalanches, ou du moins à atténuer leurs eflets. Les arbres trop âgés , ou présentant une force d'enracinement douteux , devraient être partout enlevés et remplacés par un repeuplement intensif. Bien qu'il présente des difficultés, un rajeunissement progressif et partiel peut seul conduire au but désiré, -n
Création de forêts, — A défaut de forêt préexistante ^ on peut essayer du reboisement pour en créer de toutes pièces, mais on se heurte à une difficulté grave, car, pour obtenir cette forêt, il est indispensable d'arrêter le départ des avalanches, tout au moins jus-* quà Tépoque où la dimension des arbres devient suffisante pour opposer une résistance efficace ; faute de quoi la forêt naissante serait détruite annuellement par le glissement des neiges qui casseraient et déracineraient les plantations faites.
Travaux accessoires pour arriver à la création de forêts. — Plantation de piquets. — On a songé de prime abord à créer une forêt artificielle en pieux de bois ou de fer plantés sur les pentes les plus abruptes. Tschudé, dans son Etude sur les Alpes ^ assure que dans le Valais on a l'habitude singulière de clouer les avalanches au commencement du printemps en enfonçant des pieux à la source des courants de neige, sur les pentes escarpées d'où les neiges se détachent au moment de leur fonte. Mais ce procédé, essayé en grand dans le ravin du Theil en 1860, n'a donné que de mauvais résultats, et finalement on a reconnu l'inanité de tous les travaux autres que les banquettes ou les plates-formes préconisées dès 1889 par le capitaine du génie de Verdal, dans son Mémoire sur les avalanchesM sur les moyens de les prévenir.
Murs ou batrages. — Nous en extrayons le passage suivant : ce Le 3 février 1889, vers 5 heures du matin, une avalanche volante considérable, précédée d'un coup de vent très violent, s'abattit sur le bourg de Barèges. Plusieurs maisons furent renversées et écrasées, soit parla trombe d'air, soit par le choc de la masse de neige. Des portes fermées hermétiquement et avec beaucoup de solidité furent enfoncées et projetées au loin, et des fers fortement scellés dans la maçonnerie furent tordus et arrachés ; une partie de la toiture de l'hôpital militaire fut enlevée. Au milieu de ces désastres, plusieurs maisons, protégées par des contreforts en ma-
çonneHei ont résisté ^ bien qu'elles eussent reçu le choc de lavalanche.
cr Choisissons parmi les contreforts qui sont restés debout celui qui a été soumis à la force la plus directe, celui dont la maçonnerie est en moellons , chaux et sable; n'oublions pas, d'ailleurs, que nous avons les effets du phénomène dans sa plus grande violence et nous pourrons avoir une mesure sinon exacte ^ du moins suffisante de l'obstacle à lui opposer.
(rLe contrefort de la remise du sieur Bernatot a les dimensions suivantes : hauteur du pignon, 8 m« 5o ; longueur, 9 mètres; épaisseur, 2 m. 5o. Il en résulte évidemment, puisque, je le répète, le choc le plus fort et le plus direct a eu lieu sur cette remise, qu'une muraille de même nature, de même hauteur, de même épaisseur et s'étendant sur tout le développement de l'éventail de la neige , n aurait pas été renversée et que, par suite, l'avalanche aurait été arrêtée 9 car la hauteur de la neige ^ dans la position de la remise, ne s'est pas élevée au-dessus du point culminant du pignon.
<rMais admettons, ce qui est d'ailleurs certain, que les dimensions citées n'ont pu être prises d'une manière exacte à cause de l'encombrement des lieux : il est clair que plus tard il nous sera facile de connaître dans tous leurs éléments les constructions qui ont résisté à l'avalanche. Nous pourrons calculer alors quelle serait l'épaisseur X à donnera un mur de même longueur, de même nature, mais d'une hauteur différente représentant le maximum d'élévation Y de la neige après la chute, pour qu'il ait le même moment de stabilité que le contrefort déjà éprouvé. Dès lors, les raisonnements que nous présenterons avec une épaisseur que nous sommes sûr être plus grande que celle X trouvée par le calcul, n'auront rien de hasardé.
(T On peut se convaincre : 1® par l'inspection de la toiture de l'hôpital déchirée horizontalement ; 3^ par l'inclinaison du plateau et par la hauteur des combles des maisons placées au milieu de la
neige, que la hauteur de l'avalanche ne dépasse pas 9 mètres et que la trombe n'agit pas à une élévation plus grande.
(r Ainsi, dans notre étude de projet, nous pouvons prendre pour l'épaisseur X, 3 mètres, et pour hauteur maximum Y, 9 mètres. Nous avons tenu compte de l'appui des murs latéraux, quelque faibles qu'ils soient.
(T Quand nous pourrons prendre exactement les dimensions, nous donnerons la véritable valeur de X ; celle énoncée plus haut est un peu trop forte.
crNous poserons donc en toute assurance cette proposition :
ff L'avalanche au point le plus bas de sa course, lorsqu'elle a acquis son maximum de volume et de vitesse, est arrêtée par une muraille en maçonnerie de moellons, chaux et sable de 8 m. 5o de hauteur, de 3 mètres d'épaisseur et d'une longueur indéterminée.
(cLa trombe d'air qui précède les chutes les plus formidables et qui est, comme nous le savons, occasionnée par elle, ne peut rien contre une pareille construction.
«N'est-on pas conduit à admettre que des digues de 3 mètres d'épaisseur placées dans le ravin, interceptant entièrement et à diverses hauteurs cette route obligée de l'avalanche , le réceptacle de toutes les neiges qui sont projetées dans les vallées, arrêteraient cette masse divisée par elles et dénuée de toute vitesse, lorsque la hauteur n'est que de 3 ou 4 mètres au plus ?
(T Une digue placée kUo mètres en arrière de la naissance du plateau retiendrait dans le ravin celles qui s'y amoncelleraient et arrêterait le cours des masses précipitées des hauteurs.
(T Cette digue de 3 mètres d'épaisseur dépasserait en élévation le ravin et le barrerait dans toute sa largeur. Pour permettre le passage aux eaux provenant des pluies ou de la fonte des neiges, elle serait percée de plusieurs ouvertures à des hauteurs différentes.
«Je crois, d'après la quantité d'eau qui s'écoule par le ravin dans les temps pluvieux, que celles indiquées suffiraient (ce sont cinq aqueducs dont la section est un demi-cercle de 1 mètre de dia-
mètre). Il serait d'ailleurs facile d'empêcher qu'elles ne soient obstruées par la neige ; la chute des rochers est peu à craindre, puisque la brèche ne s'est pas notablement agrandie depuis un temps immémorial. Pour ôter le cours à l'eau, il lui faudrait des dimensions telles, que le sol serait déchiré sur une grande étendue.
(T Si l'on craignait que la solidité de la digue , que je regarde comme bien suffisante pour s'opposer à l'avalanche naissante, ne fût compromise par l'existence de ces arceaux, on pourrait ajouter des contreforts.
er La hauteur de i o mètres au-dessus du terrain est convenable parce que , d'après le volume des deux avalanches qui ont encombré le centre et la partie inférieure du bourg, on peut conclure que le ravin n'était pas comblé lors de la chute, car ce volume ne dépassait pas 100,000 mètres cubes et le ravin était entièrement balayé.
(T N'ayant pu explorer les lieux, je ne saurais indiquer ce qu'il faudra faire pour les fondations ; mais tout me porte à croire qu'il n'y aurait point de difficultés.
erll est bien entendu que toutes ces dimensions de barrages seraient modifiées par l'expérience; il est urgent, pour un premier essai, qu'elles soient un peu au delà de la force nécessaire.
« Quelques autres digues semblables seraient élevées dans le fond du ravin à distances respectives inférieures à 3oo mètres, l'expérience ayant démontré que leur action ne s'exerce pas au delà de cette distance.
a Des obstacles de moindres dimensions seraient placés sur le versant dans la direction et dans une petite brèche voisine.
cr Quand on réfléchit aux conséquences d'un pareil travail, tout dans l'intérêt de l'humanité, on a lieu de croire que le Gouvernement n'hésiterait pas à l'entreprendre , s'il y voyait quelques chances de succès. Chaque année il consacre des sommes énormes à la réparation des voies qui conduisent à Barèges ; se refuserait-il à faire une dépense si faible comparativement pour assurer l'existence de Barèges même, de ces bains qui ont acquis lant de titres
à sa bienveillance? Non, certes, et la vallée qui, maintenant, se lève au printemps souffreteuse et meurtrie, pouvant à peine réparer le mal dont l'hiver Taccable, devenue bientôt vigoureuse et confiante, lui rendrait par son travail et par son industrie les dons qu'il lui aurait faits.
ff L'homme resta longtemps impuissant contre la fureur des flots : ses premiers efforts furent peut-être infructueux, mais il trouva dans sa défaite même le secret de sa victoire.
(tLa lutte contre les avalanches n'a pas encore été essayée; jusqu'à ces derniers temps, on ne lui opposait que de faibles barrières que leur souffle détruisait. Au lieu de grandir avec elles, les obstacles élevés par la crainte diminuaient de puissance ; mais enfin de solides murailles ont paru et elles ont résisté.
ffll appartient au Comité du Génie de continuer cette résistance, qui assure la conservation d'un des établissements thermaux les plus importants de l'Europe. Dans cette question apparaissent, élevés au plus haut degré, les deux mobiles qui le font toujours agir : l'utilité publique et la gloire, «n
Une commission spéciale, nommée en 1869 seulement, détei^mina nettement l'objet immédiat des travaux à exécuter ^^\
1** Prévenir l'amoncellement des neiges sous l'action des vents;
a® Diviser le lit du ravin principal en tronçons indépendants les uns des autres par des obstacles susceptibles de fixer les neiges et de couper leur continuité.
Le but définitif à atteindre étant la protection de l'établissement militaire, les travaux d'art furent cqnfiés au corps du Génie, le reboisement du sol au Service forestier.
Après expérience faite, les deux services se sont défînJtivemant arrêtés aux barrages et banquettes d'une part, aux plantations en potets et en banquettes de l'autre,
^'^ L' extinction des torrents en France par le reboisement (P. Drmonteey). Extraits de )a notice sur le torront du Theil , près Barèges.
Le» barrages sont construits en maçonnerie de pierre sèche, à l'exception du grand barrage n° i o , dont les parements amont et aval sont maçonnés au mortier hydraulique sur une épaisseur d'un mètre. Us présentent une grande analogie avec ceux qui sont en usage pour la correction des torrents, sauf toutefois que, souvent, les ailes ne sont pas encastrées profondément dans le sol.
Les ouvrages de cette sorte coupent un thalweg en tronçons indépendants et forment autant de crans d'arrêt contre le glissement, La poussée maxima qu'ils ont à supporter doit être calculée en fonctions du poids maximum de la neige qui s'amasse à l'amont, et de la pente du terrain. Mais on peut observer, de prime abord, que si l'avalanche en mouvement développe une force vive à peu près irréductible, il est, au contraire, relativement facile d'entraver le mouvement initial
Banquettes, — C'est sur cette même observation qu'est basé le système des banquettes que l'on dispose, sur les versants et couloirs secondaires particulièrement exposés au glissement des neiges, en bandes horizontales alternes et brisées, de /i à 5 mètres de longueur. Leur largeur, qui varie suivant la pente, est toujours telle, qu'on n'ait pas à entailler le sol en déblai au delà de o m. 5o de profondeur à l'amont ; leur espacement est établi en raison inverse de leur largeur. En disposant les banquettes de façon à occuper environ un sixième de la superficie du terrain, on est assuré d'obtenir d'excellents résultats.
Dans l'exécution du travail , on opère de façons différentes selon l'état superficiel du sol. S'il est couvert de gazon épais et feutré , on entaille ce gazon à la houe sur les faces supérieures et latérales de la banquette, on soulève par un mouvement d'ensemble la longue plaque ainsi détachée et on la dispose de façon à former un bourrelet continu à l'aval ; si le gazon est clairsemé, on le découpe par plaques que l'on entasse en cordon également à l'aval de la banquette. Dans un cas comme dans l'autre, le bourrelet ainsi formé
soutient les terres du déblai et permet de donner à la plate-forme un dé vers prononcé vers l'amont. Si le sol est complètement nu, la banquette est entièrement établie en déblai.
Ces plates-formes ont le double avantage d'ancrer les premières neiges au sol et de permettre le reboisement de certains couloirs et versants que le glissement annuel des neiges rendrait complètement impropres à ce genre de travail.
Les bons effets de ces banquettes ont été dûment constatés, il y a déjà plusieurs années. S'il se produit quelque avalanche sur les terrains ainsi traités, elle est toujours superficielle et de neige sur neige, en sorte qu elle ne racle jamais le sol.
Les dernières banquettes exécutées par le Génie militaire dans le bassin du Theil en 1888 et 1889 affectent la même disposition que celles ouvertes par le Service des eaux et forêts. Elles en diffèrent par la largeur de la plate-forme, qui est généralement portée à 1 m. âo, au maximum, partie en déblai, partie en remblai, le remblai étant soutenu par un mur de pierres sèches. Ces ouvrages seraient d'une efficacité supérieure à ceux du Service des eaux et forêts si les murs de soutènement étaient solidement maçonnés. Mais il faut remarquer que l'établissement de semblables maçonneries serait le plus souvent fort dispendieux. Ce qui fait qu'on se contente de maçonneries légères; de là un écueil.
Boisement. — Le boisement du sol empêche le vent de soulever les neiges et s'oppose à leur glissement. A ce double titre, il avait sa place marquée dans le système de correction à adopter contre les avalanches. On peut même dire que les ouvrages d'art n'étaient que des correctifs transitoires, destinés à agir durant un nombre d'années limité et à permettre d'élever la forêt qui, seule, pourrait mettre définitivement Barèges à l'abri des avalanches.
Il fut donc décidé, dès 1869, qu'on reboiserait, dans le plus bref délai, non seulement le bassin du Theil, mais les crêtes, plateaux et versants avoisinants.