TOURNES
Depuis, un décret de février i863 donna plus d'extension à ce premier projet en déclarant d'utilité publique le reboisement, sur 25 hectares, des zones moyenne et supérieure de l'ensemble du versant situé en face de Barèges, sur la rive droite du Bastan.
Ce travail fut entrepris dès 1 864. Divers procédés et différentes essences ont été successivement employés, qui ont péremptoirement démontré les difficultés d'une semblable entreprise et la lenteur du succès. Le versant à reboiser s'étend dei,/iooàâ,3oo mètres d'altitude; il est exposé au sud et le climat y est excessif. Le sol, léger et peu profond, se soulève fortement par les alternatives du gel et du dégel quand il est mis à nu, et s'échauffe à l'excès sous l'action du soleil.
Dans ces conditions, il était naturel de préférer la plantation au semis; elle a généralement donné de meilleurs résultats.
Les résineux, le pin à crochets notamment, ont également donné un boisement plus prompt que les feuillus, hêtre et chêne, qui, d'ailleurs, n'ont pas été employés au-dessus de i,65o mètres.
Le hêtre, en bas, et le mélèze, en haut, paraissent destinés néanmoins à devenir les essences principales du reboisement définitif de ce versant
Les maladies cryptogamiques qui envahissent le pin à crochets, et le bris de ses branches par le poids des neiges donnent trop fréquemment des mécomptes pour qu'on puisse fonder des espérances de longue durée sur cette essence.
Un fait à noter, qui révèle péremptoirement l'action funeste des amoncellements de neiges sur les reboisements, c'est que les terrains hérissés d'obstacles, certaines crêtes de la zone moyenne, les versants d'oij le vent chasse les neiges, présentent aujourd'hui des peuplements assez complets.
Tournes. — Dans son ouvrage sur le mont Blanc ^ VioUet-lo-Duc recommande encore l'usage de tournes pour prévenir les avalanches.
Ces tournes sont constituées par un massif en maçonnerie de s à 3 mètres de hauteur, ayant en plan une forme triangulaire. Elles sont placées de façon que l'avalanche arrivant sur un des angles du triangle soit divisée et déviée de sa route primitive.
En Savoie, on les emploie aux points de chute des avalanches pour protéger des chalets et des fermes. Leur action est très efficace dans ce rôle; Violl«t-le-Duc voudrait quon les utilisât encore (f là où les avalanches s'accumulent pour descendre en masses formidables dans les couloirs. Les neiges, dit-il, ne se précipitent dans ces couloirs que parce qu'elles trouvent au-dessus le lit moutonné, poli, d'un ancien glacier, lit dépourvu d'aspérités. Il suffit généralement de quelques obstacles pour les arrêter dans leur course, au moment où elles commencent à se mettre en mouvement.
(rCes tournes peuvent n'avoir, dans la plupart des cas, que tî à »{ mètres de hauteur à l'éperon, au-dessus du profil de la pente, et l'on doit tenir leur surface supérieure plus ou moins déclive en raison de cette pente.
(T Elles ne sauraient arrêter une avalanche au milieu de sa course, mais elles résistent à son glissement initial bien mieux encore qu'à l'effort terminal à fin de course, lequel ne peut jamais être connu exactement.
«Toutefois, les points où elles doivent être établies, dans les larges entonnoirs qui surmontent les cônes de déjection t demandent à être marqués par un bon observateur. Leur conservation et leur effet préventif dépendent du choix de ces point*, t»
Nous ne connaissons aucune application de cette conception de Viollet-le-tDuc, Toutefois, il peut se rencontrer telle circonstance où elle pourrait être avantageusement utilisée. On observera seulement que, comme il ne s'agit plus de détourner une avalanche a fin de course, mais d'empêcher le glissement des neiges, ces tournes pourront affecter en plan toute autre forme que celle d'un triangle, et si on leur maintient cette forme, il est indiqué que c'est