‹ Les tourbillons de Descartes et la science moderneChapitre 16 sur 28 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Mur la formation et la conNtliuilon den eomèteM

M. Zenger, en examinant, à Pexposition de Bruxelles, la structure de mes jets de vapeur, y a trouvé l'image des grands cyclones solaires. M. P. Stroobant, astronome à l'Observatoire royal de Bruxelles, y voit la représentation des comètes. Ces deux objets, après tout, pourraient être identiques si la comète était un jet gigantesque de la chaudière solaire, détachée par un accident quelconque de son brûlant orifice.

Si cette analogie existe véritablement, les jeunes comètes, celles qui reviennent frôler à leur périhélie la surl'ace du Soleil, doivent encore présenter la singulière constitution du jet de vapeur, avec ses nœuds et ses ventres alternant et disposés sur Taxe. En admettant même que ce tourbillon météorique ne soit pas un transport de matière, mais un effluve électrique, il me paraît intéressant de signaler, après Tisserand, cette curieuse apparence des comètes neuves et le mécanisme de segmentation de ces astres appelés à engendrer ainsi de nouvelles comètes périodiques.

« Sur les noyaux de la grande comète II de 1888. Décou- 9 verte dans les premiers jours de septembre, cette magni-

1 fique comète devint bientôt visible en plein jour à l'œil

> nu, près du Soleil. Elle est remarquable par sa très petite » distance périhélie (un peu moins d'une fois 4 le rayon du

> Soleil) qui la rapproche des grandes comètes de 1843 et » 1880, avec lesquelles son orbite présente d'ailleurs d'autres 1 points de ressemblance. Mais je veux m'occuper ici surtout » des curieuses apparences qu'a présentées son noyau. Rond

> et très petit dans le voisinage du périhélie quand les astro- D nomes du Cap le voient en contact avec le disque du Soleil,

> il s'allonge dès le 22 septembre ; le 30, Finlay y distingue » deux points plus brillants. Plus tard, on en compte jusqu'à ^ cinq, qui resteront toujours rangés en ligne droite. Ainsi

> dans la tête de la comète la matière n'est pas distribuée » d'une manière uniforme; il existe plusieurs centres de conï> densation, avec des diamètres apparents de 1" ou 2". Leurs

> distances mutuelles changent avec le temps, mais ces » noyaux partiels demeurent constamment sur une même

> droite qui tourne progressivement autour du noyau prin-

> cipal.

» Il y a là des conditions spéciales pour le développement

> des noyaux secondaires. En faisant abstraction des attrac- » tions mutuelles qui sont certainement très pîetites, et con-

> sidérant les divers noyaux comme de petites comètes sou- » mises seulement à l'attraction du Soleil, se mouvant sur ^ des ellipses fort allongées, ayant un même périhélie où » elles passent presque en même temps, et des grands axes » différents mais dirigés suivant la même droite. Près du » périhélie les mobiles sont assez rapprochés et enveloppés » par une nébuleuse assez dense ; on ne voit que l'ensemble » sans pouvoir distinguer les détails. Cela devient possible 1 plus tard quand les centres de la condensation .se sont » séparés de quantité notable, et que le reste de la nébulosité » s'est affaibli en se répandant sur une surface plus étendue.

> La grande comète de 1882 portait donc en elle des j> germes profonds de division. A quelle cause les attribuer ? » La réponse n'est pas facile à donner. Il est impossible

> cependant de ne pas penser à la 1res petite distance à » laquelle la comète a passé du Soleil, et à la vitesse énorme

> qu'elle possédait. La variation minime d'excentricité néces- M saire pour la séparer peut être produite par des actions * intérieures, chocs, attractions mutuelles, explosions pro- » venant d'un développement excessif de chaleur, rotation

> du noyau, etc m (1).

Et Tisserand attribue à cette segmentation la formation de nouvelles comètes périodiques. Les comètes de 1843, 1880 et 1882 présentent de grands points de ressemblances, elles ne diflèrent que par leur excentricité qui leur occasionne des révolutions très différentes ^533 ans et 37 ans).

La comète de 1880 pourrait être un fragment de celle de 1843, ce qui expliquerait qu'on n'ait pu aboutir dans la recherche de ses apparitions antérieures. A la vérité on n'a pas aperçu de fragments dans la comète de 1843, mais le noyau présentait des scintillements et il y eut une queue secondaire qui finit par surpasser la queue principale et par s'en détacher complètement.

Nous retrouvons ici l'étrange succession des cyclones et anticyclones d'un jet qui, traversant les nappes cartésiennes du tourbillon solaire, se trouverait dilaté, cisaillé, disloqué, par la raréfaction et la vitesse différentes de ces nappes, entre lesquelles ses fragments pourront même acquérir une rotation.

M. Deslandres (2) rattache les comètes, ainsi du reste que les protubérances et les rayons de la couronne solaire, à des émissions cathodiques se propageant dans le vide des espaces planétaires, normalement à la chromosphère et aux points les plus brillants de cette chromosphère qui sont les centres des taches et les facules. Ces rayons s'illuminent de la phosphorescence de la matière cosmique, repoussent cette matière suivant la loi de Perrin, et cette* répulsion proportionnelle

(1) Tisserand, C. /?. Ac. des Sciences, t. CX, p. 209.

(2) C. R. Ae. des Sciences, t. CXXVl, p. 1284, 9 mai 1898.

aux surraces parvient à équilibrer et à vaincre Tattraction solaire proportionnelle aux aiasses. Ces rayons cathodiques emportent avec eux une charge négative, ils modifient donc le champ électromagnétique solaire et produisent les décharges des orages magnétiques, les aurores boréales et autres perturbations de notre atmosphère. Sous l'action attractive ou répulsive des anodes et des cathodes, action définie par M. Goldstein en 1880 (t), ils peuvent se diviser en multiples chevrons qui représentent des rayons de vibration électrique simple.

D'autres astres: Soleil, étoiles ou planètes, ne pourraientils également présenter le phénomène cométaire de queues ou protubérances? Descartes le pensait; après avoir expliqué par les mouvements de Téther la formation de la queue des comètes, de ses incurvations et déviations en dehors de la direction du rayon solaire, de son dédoublement en « chevrons de feu », et je ne pense pas, ajoute-t-il, « que Ton ait jamais fait aucune observation touchant les comètes, laquelle ne doive point être prise pour fable ni miracle, dont la raison n'ait été ici expliquée. Si la disposition de tous les tourbillons pouvait être comprise par Tentendement humain, on pourrait prédire les comètes aussi certainement que les éclipses de lune (2).

> Mais on peut proposer encore une difficulté, savoir pourquoi il ne paraît point de chevelure autour des étoiles fixes ni aussi autour des plus hautes planètes, Saturne et Jupiter, en même façon qu'autour des comètes. La raison est que les étoiles sont beaucoup trop éloignées pour que Ton aperçoive cette chevelure qui devrait du reste être disposée dans tous les sens autour d'elles comme pour les comètes appelées roses. 1 Pour ce qui est de Jupiter et de Saturne, cette queue existe certainement, et Descartes ne doute pas qu'on ne puisse l'apercevoir dans les pays où l'air est lort clair et fort pur.

(1) Eine neueform electrischer abstossung^ 1 880.

(2) Lettres, t. Il, p. 87.

€ Je me souviens, dit-il, d'avoir lu quelque part que cela a » été autrefois observé, bien que je ne me souvienne point

* du nom de l'auteur, outre que ce que dit Aristote au pre-

* mier chapitre des Météores, chap. vi, que les Egyptiens » ont quelquefois aperçu de telles chevelures autour des

> étoiles, dont je crois plutôt être entendu de ces planètes que

> non pas des étoiles fixes; et quand à ce qu'il dit avoir vu jt lui-même une chevelure autour de Tune des étoiles qui » sont eiî la Cuisse du Chien, cela doit être arrivé par quelque !► réfraction extraordinaire qui se faisait en l'air, ou plutôt

* par quelqu'indisposition qui était en ses yeux, car il ajoute

* que cette chevelure paraissait d'aulant moins qu'il la regar- » dait plus fixement. »

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