XII
Photographie des cyelones et tourblllonti solaireii
Les décharges électriques du Soleil vers les espaces planétaires déterminent donc dans l'atmosphère de cet astre des tourbillons dont les taches et les protubérances sont la trace et le profil visibles, mais qui se propagent bien au delà puisque nous en ressentons les efiets. Zenger a eu l'idée d'appliquer à la recherche de ces prolongements, que le speclroscope et le télescope n'avaient pu mettre en évidence, les procédés de phosphorographie qu'il avait imaginés pour révéler l'image des rayons invisibles de la lumière ultraviolette. Ce procédé consiste à tirer sur une plaque de verre
recouverte de phosphore Balmain, d'azotate d'urane ou d'une substance phosphorescente, une première épreuve instantanée ou du moins très rapide des objets visibles ou invisibles, puis à accoler dans l'obscurité, pendant un temps fort prolongé, cette première épreuve invisible à une plaque de sensibilité moyenne, colorée à la chlorophylle. Il a permis d'obtenir sans mouvement d'horlogerie des photographies du ciel que les frères Henry demandent à une pose directe de plusieurs heures.
Une pose un peu plus prolongée détermine la trajectoire des étoiles par une série de traits qui permettent d'orienter les cartes et les appareils.
Ce procédé a donné également pendant la nuit, au moyen d'expositions prolongées, l'image très nette des objets terrestres, montagnes, paysages, effluves électriques, etc..
Le 5 mars 1875, à Prague, au milieu d'une effroyable tempête, M. Zenger obtint au moyen d'une émulsion chlorobromique colorée à la chlorophylle, une image négative du Soleil entourée d'une zone d'absorption très large, blanc de neige (obscure en positif) fortement elliptique. En d'autres circonstances, il obtint successivement un cercle, puis une parabole et enfin un cône. Ces étranges figures se sont étendues parfois à plus de 20 diamètres de distances- du Soleil. Toujours elles ont pu se rapporter au profil et aux sections de cônes ayant pour sommet le centre du Soleil, et pour traces les taches, ombre et pénombre qui se manifestent en la région équatoriale de cet astre. Enfin, leur apparition a concordé avec de violentes perturbations magnétiques et sismiques, des orages et des éruptions volcaniques (1).
De remarquables travaux effectués depuis celte époque par MM. Deslandres (2) et Goldstein (3) confirment les prévisions et les expériences de M. Zenger. Pour ces savants,
(1) C. /î. Ac. des Sciences, t. CH, p. 38o.
(2) Jbid., t. CXXIV, pp. 678, 945; t. CXXV, p. 373.
(3) /6it/., t. CXXVI, p. 1199.
les lâches solaires émettent des rayons cathodiques. Cette émanation a la propriété de se transmettre en un faisceau très peu divergent et par suite très énei gique et très con-
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Fig. 30. — Le Soleil pendant les lempôies ierreslrti;^. Les cyclones in visibles émis par les taches solaires (['hoto^raphie de Zenger sur plaqae de collodion chlorophyllée)
dense. De plus, elle n'exige pas que la Terre elle-même représente une source ou un pôle de la décharge. Il se pourrait très bien que des décharges, dont les pôles se trouveraient tous deux sur le Soleil, produisissent des rayons cathodiques émanant du Soleil dans l'espace céleste, enfin exerçant un effet puissant sur la Terre dans le cas où celle-ci plongerait dans leur faisceau.
L'existence nellemenl constatée par Zenger des zones qui interceptent parfois l'éclat du Soleil entier pendant les Toiles perturbations, était parfaitement connue de Descartes qui attribuait la matière des taches à une cause tourbillonnante d'éléments cannelés, c'est-à-dire d'électricité.
€ Et l'expérience fait voir que toute la superficie du Soleil, excepté celle qui est vers ses pôles, est ordinairement couverte de la matière qui compose ces taches, bien qu'on ne lui donne proprement le nom de taches qu'aux endroits où elle est si épaisse qu'elle obscurcit notablement la lumière qui vient de lui vers nos yeux. C'est ainsi que quelques historiens nous rapportent qu'autrefois le Soleil, pendant plusieurs jours, voire même pendant toute une année, a paru plus pâle qu'à l'ordinaire et n'a fait voir qu'une lumière fort pâle et sans rayon, quasi comme celle de la Lune. ^
Et Descartes ajoute qu'une portion de ces matières qui constituent les taches c passe facilement à travers les parties du second élément de la matière des cieux, pour aller vers les centres des tourbillons d'alentour. »
Les plus rapprochés de ces tourbillons sont les planètes, et l'on peut dire que Descaries avait prévu l'influence électrique du Soleil sur les planètes qui l'entourent.