‹ Les tourbillons de Descartes et la science moderneChapitre 4 sur 28 · PREMIÈRE PARTIE Des prineipes de la eonnaissance humaine · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE Des prineipes de la eonnaissance humaine

Pour examiner la vérité, il est besoin une fois dans sa vie de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut. 11 est utile aussi de considérer comme fausses toutes les choses dont on peut douter, en réservant toutefois la conduite de nos actions. Les occasions d'agir en nos affaires se passeraient presque toujours avant que nous puissions nous délivrer de tous nos doutes. La raison veut donc que nous prenions un parti toutes les fois que l'action ne souffre aucun délai.

Nous pouvons douter de la vérité des choses sensibles puisqu'en nos rêves nous avons une perception menteuse.

Nous pouvons même douter des démonstrations de mathématiques, car il est manifeste que malgré l'évidence des principes, plusieurs hommes se sont mépris en raisonnant sur ces matières, enfin parce que Dieu tout-puissant a pu vouloir permettre que notre imparfaite nature se trompât sur ce que nous pensons le mieux connaître. Mais dans l'hypothèse même où notre puissant créateur aurait pu prendre plaisir à nous tromper, il est clair cependant qu'il nous a laissé une liberté telle que nous pouvons nous abstenir de recevoir en notre croyance les choses que nous ne connaissons pas bien, et ainsi nous empêcher d'être jamais trompés.

Ce doute général établit du moins l'existence de notre pensée, de notre âme. « Cogito, ergo sum » est la première conclusion certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre. Et cette conclusion repose sur des notions

innées en nous et si claires qu'on les obscurcit à les vouloir définir à la façon de TEcole, à savoir les notions de pensée, de certitude d'existence.

L'eocistence de VâmCj ayant pour attribut la pensée, est une certitude de premier ordre. Penser, en effet, c'est ici tout ce qui se fait en nous, de telle sorte que nous l'apercevions immédiatement par nous-même. C'est entendre, vouloir, imaginer, mais c'est aussi sentir. Or si je dis que je vois, que je marche, entendant par là l'acte de mes yeux, de mes jambes, et si j'infère de là que je suis, on pourra mettre en doute cette conclusion, car, dans le sommeil, il me semble parfois faussement que je vois, que je marche. Mais si je parle seulement de Taclion de ma pensée, ou du sentiment, c'est-à-dire de la connaissance qui est en moi, qui fait qu'il me semble que je vois ou que je marche, cette même conclusion est si absolument vraie, que je n'en puis douter, parce qu'elle se rapporte à l'âme qui seule a la faculté de sentir ou bien de penser en quelque façon que ce soit.

L'existence du corps ayant pour attribut l'extension, le volume, retendue, est une certitude moins parfaite, car si je me persuade qu'il y a une terre parce que je la vois, je la louche, de cela même, par une raison encore plus forte, je dois être persuadé que ma pensée est ou existe. Mon âme peut-elle n'être rien pendant qu'elle a cette pensée? L'existence du corps est donc entièrement subordonnée à celle de l'âme qui le perçoit.

Et combien se sont trompés grossièrement les philosophes qui ont donné le premier rang de certitude aux perceptions de leurs sens corporels, méconnaissant ainsi, à défaut de la méthode, la nature distincte de leur âme.

L'existence de Dieii, doit s'élever au-dessus de ces deux existences, d'une évidence inégale, celle de l'âme, de l'esprit, celle du corps, de la matière.. L'âme humaine ne saurait méconnaître ce qu'elle trouve en elle-même. Elle peut rencontrer aussi quelques notions communes dont elle compose des démonstrations qui la persuadent si absolument qu'elle ne

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seulement par imitation, maïs en effet de la même sorte et d'une façon plus éminente qu'il n'est représenté. Ces grandes perfections de Dieu n'ont pu venir à notre entendement d'objets moins parfaits, nous ne saurions avoir une idée, une image de quoi que ce soit, s'il y a en nous ou ailleurs un original, qui comprenne en effet toutes les perfections qui nous sont ainsi représentées.

Encore que nous ne puissions comprendre tout ce qui est en Dieu parce que la nature de l'infini est telle que les pensées finies ne le sauraient comprendre, nous le concevons néanmoins plus clairement et plus distinctement que les choses matérielles, parce qu'étant plus simple et n'étant point limité, ce que nous en concevons est beaucoup moins confus. Or il est évident que cette connaissance que nous avons des perfections infinies qui sont en Dieu, indique que nous ne nous sommes pas donné l'être, car nous aurions mis en nous toutes les perfections que nous connaissons' sans les posséder. Dieu notre créateur existe donc, et la faible durée de notre existence prouve qu'il n'y a pas en nous de force capable de nous produire et de nous conserver un seul moment.

Celui qui a la puissance de nous faire subsister hors de lui, qui nous conserve, doit se conserver lui-même e\ par lui-même. C'est Dieu. Et cette preuve a l'avantage de nous faire connaître tous les attributs de Dieu, autant qu'ils peuvent être connus par la seule lumière naturelle. Nous voyons clairement qu'il est éternel, tout connaissant, tout puissant, source de toute bonté et vérité, créateur de toutes choses. Dieu est indivisible, il n'est donc pas un corps; il est indépendant, donc il n'a pas de sens, car les sens qui sont pour nous un avantage, agissent en nous par des impressions qui viennent du dehors, ce qui témoigne de la dépendance. Il entend, veut et fait, non par des opérations différentes, comme nous entendons, voulons et faisons, mais par une même et très simple action. Il entend, veut et fait tout, c'est-à-dire toutes les choses qui sont en effet, car il ne veut pas la malice du péché parce qu'elle n'est rien.

Pour passer de la connaissance de Dieu à celle des créatures, il faut se souvenir que notre entendement est fini et la puissance de Dieu infinie, et cette considération nous amène à admettre les mystères qu'il a daigné nous révéler, celui de la Trinité, de Tlncarnation, par exemple.

Nous ne devons pas tâcher de comprendre l'infini, mais seulement penser que tout ce en quoi nous ne trouvons aucune borne est indéfini. C'est à Dieu seul que nous réservons le nom d'infini. Pour ce qui est des autres choses auxquelles nous ne concevons pas de limites, nous admettrons que cela procède du défaut de notre entendement et non de leur nature. N'ayons pas davantage la prétention de nous associer aux conseils de Dieu et d'examiner pour quelle fin Dieu a fait chaque chose^ mais seulement par quel moyen il a voulu qu'elle fût produite. Ce que nous aurons une fois aperçu clairement et distinctement appartenir à la nature des choses, à la perfection d'être vrai. Et rejetons tout d'abord l'idée que Dieu soit la cause de nos erreurs. La volonté de tromper ne procède que de malice ou de crainte et de faiblesse, et par conséquent ne peut être attribuée à Dieu.

Or, si Dieu n'a pas voulu prendre plaisir à nous créer tels que nous fussions trompés en toutes choses qui nous semblent très claires, nous pouvons nous délivrer des doutes hyperboliques que nous avions émis tout d'abord au sujet de la sincérité de cette faculté de connaître que nous appelons lumière naturelle. Les vérités mathématiques ne nous seront plus suspectes, puisqu'elles sont évidentes. Les notions mêmes fournies par nos sens, dans le sommeil ou dans la veille, nous mèneront à la vérité, si nous savons séparer ce qu'elles ont de clair et de distinct de ce qui sera obscur et confus.

Nos erreurs, au regard de Dieu, sont des négations ; elles indiquent que Dieu ne nous a pas donné tout ce qu'il pouvait nous donner, mais aussi ce qu'il n'était pas tenu de nous donner. Mais, au regard de nous, ce sont des défauts et des imperfections.

C'est qu'il y a en nous deux sortes de pensées, à savoir : la perception de l'entendement^ et l'action de la volonté. La première est indispensable; car il n'y a pas d'apparence que notre volonté se détermine sur ce que notre entendement n'aperçoit en aucune façon ; mais comme la volonté est absolument nécessaire afin que nous donnions notre consentement à ce que nous avons aperçu, et qu'il n'est pas nécessaire, pour faire un jugement tel quel, que nous ayions une connaissance entière et parfaite, de là vient que bien souvent nous donnons notre consentement à des choses dont nous n'avons jamais eu qu'une connaissance fort confuse.

La volonté a plus d'étendue que l'entendement, elle est pour ainsi dire illimitée, tandis que l'enlendemenl est fini. C'est donc à l'abus de notre libre volonté qu'il faut imputer nos erreurs et nullement à Dieu notre créateur. L'étendue de notre volonté nous donne d'ailleurs notre perfection principale : le libre arbitre, qui nous rend libre de louange ou de blâme. Nos erreurs proviennent, non pas de notre nature, mais de notre façon d'agir en l'usage de notre liberté. Cette liberté de notre volonté est une notion commune, évidente, n'est-elle pas apparue d'ailleurs nettement dans les raisonnements qui précèdent, lorsque nous avons mis en doute l'ensemble de nos connaissances,* supposé même que celui qui nous a créés employait son pouvoir à nous tromper (ie toutes façons.

Cette liberté de l'homme n'est d'ailleurs aucunement en contradiction avec la préordination divine. Nous avons assez d'intelligence pour connaître clairement et distinctement que la toute puissance infinie de Dieu a non seulement connu, mais encore voulu de toute éternité ce qui est ou ce qui peut être ; nous n'en avons pas assez pour comprendre tellement rétendue de cette puissance de Dieu que nous puissions savoir comment elle laisse malgré cela les actions des hommes entièrement libres et indéterminées.

Nous n'avons certes jamais la. volonté de faiblir, mais nos erreurs proviennent de ce que nous jugeons des choses que

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nous n'apercevons pas clairement et distinctement. Souvent aussi nous présumons avoir autrefois connu plusieurs choses, qu'en vérité nous devrions examiner à nouveau avec un soin suffisant, parce que nous n'en avons eu jamais qu'une connaissance inexacte. C'est ici la mémoire qui trahit notre entendement.

Il y a même des personnes qui, toute leur vie, jugent faussement parce qu'elles négligent de fonder leurs jugements sur une connaissance à la fois claire et distincte. Claire, c'est-à-dire présente et manifeste à un esprit attentif ; distincte, c'est-à-dire tellement précise et différente de toutes les autres, qu'elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement à celui qui la considère comme il faut. La connaissance peut être claire sans être distincte. II arrive qu'un blessé perçoit nettement la douleur sans pouvoir distinguer nettement l'origine exacte de cetle douleur, mais, par contre, la connaissance ne saurait être distincte qu'elle ne soit claire par ce même moyen.

Or, pendant nos premières annéeâ, notre âme était si fort offusquée du corps, qu'elle ne concevait rien distinctement, bien qu'elle aperçût plusieurs choses assez clairement. De là, nombre de préjugés qu'il faut chasser de notre mémoire ; et, pour cela, il est utile de faire un dénombrement de toutes les notions simples qui composent nos pensées, de séparer ce qu'il y a de clair ou d'obscur en chacune d'elles.

Distinguons les choses qui ont quelqu'existence propre des vérités qui ne sont rien hors de notre pensée. Toutes nos connaissances rentrent dans ces deux genres.

Pour les choses nous avons certaines notions générales qui se peuvent rapporter à toutes, par exemple la substance, la durée, l'ordre, le nombre, etc. ; puis de plus particulières qui servent à les distinguer. La principale de ces distinctions est que, parmi les choses créées, les unes sont intellectuelles, c'est-à-dire sont des substances intelligentes ou des propriétés de ces substances ; les autres sont corporelles, c'està-dire sont des corps ou des propriétés des corps. L'enten-

dément et la volonté appartiennent à la substance qui pense ; la grandeur, retendue, la figure, le mouvement, l'arrangement et la divisibilité des parties se rapportent aux corps.

Il y a encore certaines choses que nous expérimentons par des moyens qui dépendent de l'étroite union de notre âme et de notre corps, ce sont les appétits, les émotions, les passions, tous les sentiments comme la douleur, le chatouillement, enfin les perceptions de nos sens : lumière, son, odeur, goût, chaleur, ^tc

Pour les vérités, elles ne peuvent être ici dénombrées, ce qui est inutile d'ailleurs, car elles se révèlent clairement à nous, quand nous avons chassé les préjugés qui nous empêchent de les apercevoir.

Examinons maintenant les choses que nous considérons comme existantes.

La substance est un mot qu'on ne saurait attribuer à Dieu et aux créatures en même sens. A proprement parler, il signifie une chose qui n'a besoin que de soi-même pour exister. Dieu seul est tel ; car la créature ne saurait exister un seul moment sans être soutenue et conservée par sa puissance.

Cependant, parmi les choses créées, quelques-unes ne peuvent exister sans quelques autres, nous les distinguerons d'avec celles qui n'ont besoin que du concours ordinaire de Dieu, en nommant celles-ci des substances et celles-là des qualités ou des attriinits de ces substances.

Ce mot de substance peut s'étendre avec le même sens à l'âme et au corps dont les attributs seuls peuvent nous prouver l'existence. Chaque substance a un attribut principal qui constitue sa nature et son essence. Celui de Fàme est la pensée, comme l'extension est celui du corps. Les autres attributs de la substance ne sont pas essentiels et tous dépendent de l'attribut essentiel. Nous pouvons concevoir l'âme pensante sans l'imagination, sans le sentiment ; le corps étendu sans la figure ou sans le mouvement ; mais nous ne saurions, par contre, concevoir l'imagination, le sentiment

en dehors de la pensée, la figure, le mouvement en dehors de i'élendue, de l'espace occupé par les corps ou de l'espace dans lequel ils se meuvent.

Nous pouvons donc avoir des pensées distinctes, de la substance qui pense, de la substance corporelle et enfin de Dieu. Cette dernière étant du reste incomplète en raison de la faiblesse de notre entendement, nous devons n'y rien ajouter qui soit une fiction de notre entendement.

Nous pouvons concevoir aussi la durée, Tordre et le nombre, ce sont là des façons ou modes bien distincts des qualités et cUtribtUs.

Ce qui dispose et diversifie la substance se nomme façon ou mode. Lorsque cette disposition ou changement peuvent servir à dénommer la substance, je les appelle qualités. Enfin, lorsque ces modes ou qualités sont en la substance et que je les considère simplement comme les dépendances de cette substance, je les nomme attributs. Dieu, qui ne saurait varier ni changer, n'a que des attributs, et même, dans les choses créées, ce qui se trouve en elles toujours de même, comme l'existence et la durée en la chose qui existe et qui dure, je le nomme attribut et non pas mode et qualité.

De ces qualités ou attributs plusieurs appartiennent aux choses, d'autres dépendent de notre pensée. Exemple, le temps que nous distinguons de la durée prise en général, et que nous disons être le nombre du mouvement, n'est rien qu'une certaine façon dont nous parlons de cette durée, en la comparant, par exemple, à la durée de certains mouvements périodiques réguliers qui sont les jours et les années. De même, le nombre que nous considérons en général, sans faire réflexion sur aucune chose créée, n'existe pas en dehors de notre pensée, non plus que toutes les idées générales que dans l'école on comprend sous le nom d'universaux.

Les Universatix sont au nombre de cinq, à savoir : le genre, Vespèce, la différence, le propre et Vacddent.

Le triangle est un genre universel de figures; le triangle rectangle est une espèce universelle de triangles, dont la dif-

férence universelle est Tangle droit, dont la propriété universelle est la propriété du carré de Thypoténuse. Enfin le triangle peut se déplacer, se mouvoir, ce qui est un accident universel.

Viennent ensuite les cliMinctions, qui peuvent être réelles lorsqu'elles diversifient les substances, coninae celle qui distingue l'âme du corps. Nous pouvons conclure que deux substances sont réellement distinctes Tune de Taulre, de ce que nous pouvons concevoir clairement et distinctement la première sans penser à l'autre ; modales lorsqu'elles diversifient les modes ou façons d'avec leur substance ou les modes et façons d'une même substance entre eux. Exemple, le mouvement et la figure corporelle d'avec la substance corporelle dont ils dépendent tous deux; assurer et se souvenir d'avec la chose qui pense, ou bien encore le mouvement d'avec la figure, assurer d'avec se souvenir. Enfin il y a les distinctions de raison qui se font par la pensée. Exemple: il n'y a point de substance qui ne cesse d'exister quand elle cesse de durer; l'existence n'est distincte de la durée que par la pensée.

Nous pouvons avoir des notions distinctes de l'extension et dela'pensée en tant que l'une constitue la nature du corps et l'autre celle de Tàme. Nous pouvons également les concevoir distinctement en les prenant pour des modes ou attributs de ces substances. Considérant par exemple que les âmes peuvent avoir diverses pensées, et les corps diverses grandeurs, en longueur, largeur et profondeur, nous connaissons donc ces attributs aussi clairement que leurs substances, à condition toutefois de les considérer comme les qualités de ces substances, et de ne pas les prendre pour des choses qui subsistent d'elles-mêmes. Nous pouvons concevoir aussi diverses propriétés et attributs de ces substances, entendement, volonté, imagination, pour l'âme, figure, situation des parties, mouvement indépendant de la force qui le produit, etc., pour les corps. Nous pouvons avoir également des notions distinctes de nos sentiments, de nos affections, de nos appétits.

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bien que souvent nous nous trompions aux jugements que nous en faisons. Exemple, pour la couleur des objets, que par un préjugé mal fondé nous supposons subsister en dehors de nous, avec une ressemblance absolue de l'idée que nous en avons. Nous pouvons même nous tromper en jugeant que nous ressentons de la douleur en quelque partie do notre corps. Pour éviter ces erreurs, il est nécessaire de chercher en ces notions celles qui peuvent nous tromper et celles que nous percevons clairement.

Mais nous connaissons tout autrement les grandeurs, les figures, le mouvement, au moins celui qui se fait d'un lieu à un autre (car les philosophes, en feignant d'autres mouvements, ont fait voir qu'ils ne concevaient pas bien sa vraie nature).

En résumé, nous pouvons juger de deux manières les objets sensibles. Par la première qui consiste à affirmer témérairement l'existence d'une chose que nous ne connaissons pas bien, la couleur par exemple; nous tombons dans Terreur; par la seconde qui consiste à ne pas nous prononcer sur la cause exacte des sensations, à ne pas confondre l'apparence colorée avec les pi^opriétés, comme la grandeur, la figure, le nombre, etc. . • nous évitons l'erreur.

La première et principale cause de nos erreurs provient en vérité de nos préjugés d'enfance dont nous pouvons bien difficilement nous débarrasser, c'est ainsi qu'ayant jugé les étoiles fort petites en notre enfance, nous avons peine à nous rendre aux raisonnements par lesquels les astronomes nous ont démontré, à l'âge mûr, leurs dimensions colossales. D'autres causes de nos erreurs proviennent de la fatigue qu eprouve notre esprit attentif à toutes les choses que nous jugeons, enfin de notre tendance à attacher nos pensées à des paroles qui ne les représentent pas exactement.

Pour bien philosopher il faut donc nous délivrer de nos préjugés, rejeter toutes nos croyances anciennes pour les examiner à nouveau, et ne recevoir pour vraies que celles qui se présenteront clairement et distinctement à notre entende-

ment. Par ce moyen nous connaîtrons notre âme pensante et Dieu lui-même, nous découvrirons en nous-même la connaissance de propositions qui sont perpétuellement vraies, par exemple que le néant ne peut être Tauleur de quoi que ce soit, etc. . . Nous y trouverons aussi Tidée d'une substance corporelle étendue qui peut être mue, divisée, etc. . . et des sentiments que causent en nous certaines dispositions comme la douleur, les couleurs, etc. Comparant ce que nous venons d'apprendre par ces raisonnements avec ce que nous pensions avant notre examen, nous nous accoutumerons à former des conceptions claires et distinctes.

Ce peu de préceptes comprennent les principes les plus généraux et les plus importants de la connaissance humaine. Surtout tenons pour règle inTaillible que ce que Dieu a révélé est incomparablement plus certain que le reste.

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