TROISIÈME PARTIE Du ciel
Dans l'application des principes évidents qui précèdent à l'étude de la création, nous devons nous remettre devant les yeux que la puissance et la bonté de Dieu sont infinies, ne pas craindre de faillir en imaginant ses ouvrages trop grands, trop beaux ou trop parfaits, mais plutôt en leur assignant quelques bornes ou limites dont nous n'ayons aucune connaissance certaine. Gardons-nous de rechercher la fin que Dieu s'est proposée en créant le monde, et de nous persuader qu'il l'a fait seulement pour notre usage. En vérité, la piété nous pousse à croire que Dieu a fait (toutes choses pour nous, à l'aimer ainsi et à lui rendre grâces de tant de bienfaits, mais dans ce sens seulement qu'il n'y a rien de créé dont nous ne pourrions tirer quelqu'usage, quand ce ne serait que celui d'exercer noire esprit en le considérant et d'être excités à louer Dieu par son moyen. Il serait impertinent de s'appuyer,
en physique, de ce raisonnement que Dieu n'ait eu, en créant toutes choses, d'autre but que celui de nous être utile.
Il est bon de passer tout d'abord revue des principaux phénomènes dont nous prétendons rechercher les causes.
La Lune est éloignée de nous de trente diamètres terrestres, le Soleil de six ou sept cents, la Lune est plus petite que la Terre et le Soleil plus grand. Parmi les autres planètes, Mercure est distant du Soleil de plus de deux cents diamètres, Vénus de plus de quatre cents, Mars' de neuf cents ou mille, Jupiter de trois mille et davantage, Saturne de cinq ou six mille. Pour ce qui est des étoiles fixes, on peut les supposer aussi éloignées qu'on veut.
La Terre, vue du ciel, paraîtrait une planète moindre que Jupiter ou Saturne. La lumière du Soleil et des étoiles fixes leur est propre, celle de la Lune et des autres planètes est empruntée au Soleil. La Terre est éclairée, comme les autres planètes, par le Soleil, et elle éclaire elle-même, faiblement, à la vérité, la Lune lorsqu'elle est nouvelle.
Le Soleil peut donc être mis au nombre des étoiles fixes et la Terre au nombre des planètes. Les étoiles fixes demeurent toujours également distantes entre elles, les autres astres changent de situation, ce qui fait qu'on les nomme planètes ou étoiles errantes.
Les systèmes de Ptolémée, de Copernic et de Tycho-Brahé ne permettent pas d'expliquer les phénomènes des planètes. Descartes nie le mouvement de la Terre avec plus de soin que Copernic et plus de vérité que Tycho (t).
Il faut supposer, tout d'abord, les étoiles fixes extrêmement éloignées de Saturne, elles ne sont pas disposées sur une sphère mais fort éloignées les unes des autres.
La matière du Soleil ainsi que celle de la flamme est fort mobile, mais il n'est pas besoin pour cela qu'il passe tout
(1) Dascartes sVst défendu énergîquement d'avoir fait ici une concession politique aux redoutables adversaires de Galilée. La Terre est immobile par elle-mdme mais elle est emportée par son ciel.
entier d'un lieu en un autre. Il n'a pas besoin d'aliment comme la flamme.
Les cieux sont liquides et transportent avec eux tous les corps qu'ils contiennent, la Terre se repose donc en son ciel, et elle est transportée par lui. Il en est de même des autres planètes. En vérité, malgré ce transport, on ne saurait trouver dans la Terre et les autres planètes aucun mouvement, selon la propre significalion de ce mot, puisqu'elles ne sont point transportées du voisinage des parties du ciel qui les toiichent, en tant que nous considérons ces parties comme en repos. Si nous attribuons quelque mouvement à la Terre, c'est celui des passagers qui dorment couchés dans le bateau qui les transporte de Calais à Douvres.
Toutes les planètes sont donc emportées autour du Soleil par le ciel qui les contient, la révolution est de trente ans pour Saturne, douze ans pour Jupiter, deux ans pour Mars, huit mois pour Vertus, trois mois pour Mercure. Les corps opaques qui sont les taches du soleil en font le tour en vingtsix jours. Dans ce grand tourbillon qui compose un ciel dont le Soleil est le centre, il y en a d'autres plus petits qu'on peut comparer à ceux qu'on voit quelquefois dans le tournant des rivières, où ils suivent tous ensemble le cours du plus grand qui les contient et se meuvent du môme côté que lui. L'un de ces tourbillons a pour centre Jupiter avec ses quatre satellites achevant leurs révolutions en seize et sept jours, quatre-vingt-cinq et quarante-deux heures, et tournant ainsi plusieurs fois autour de lui, pendant qu'il décrit un grand cercle autour du Soleil. De même, le touri)illon dont la Terre est le centre, fait mouvoir la Lune autour de la Terre en l'espace d'un mois, et la Terre même sur son essieu en l'espace de vingt-quatre heures. Et, pendant que ces astres parcourent ensemble le grand cercle qui leur est commun et qui fait l'année, la Terre tourne environ trois cent soixante-rinq fois sur son essieu, et la Lune environ douze fois autour de la Terre.
Toutes les planètes ne sont pas toujours en un mèma plan,
et leur' orbite coupe le plan de Técliptique suivant un certain angle et en des points qui varient lentement avec les siècles. De plus, les planètes ne sont pas toujours également éloignées d'un même centre.
Ces faits expliquent aisément aux astronomes le phénomène des jours et des nuits, des étés et des hivers, du croissant et du décours de la Lune, des éclipses, des stations et rétrogradations des planètes, de Tavancemenl des équinoxes, de la variation d'obliquité de l'écliptique.
Tycho admet que la Terre est immobile et que le ciel entier avec ses étoiles se meut autour de son axe, que le Soleil entraîne, dans son mouvement annuel autour de la Terre, son cortège de planètes. Ce mouvement du ciel autour de la Terre immobile est purement imaginaire.
Le mouvement de la Terre autour du Soleil devrait, à la vérité, modifier la situation apparente des étoiles fixes, mais cette modification est insensible en raison de Téloignement considérable de ces astres,, et cet éloignement est nécessaire pour expliquer l'étendue de la course des comètes.
Il n'est pas vraisemblable que les principes si évidents, qui sont fondés sur la certitude des mathématiques, aient pu conduire à une théorie fausse, surtout si cette théorie est en accord avec les expériences. Ce serait faire injure à Dieu de croire que les causes des effets qui sont dans la nature, et qui ont été ainsi trouvées, soient fausses, car ce serait le rendre coupable de nous avoir créés si imparfaits que nous fussions sujets à nous méprendre, lors même que nous usons bien de la raison qu'il nous a donnée.
Et, cependant, Descartes n'a pas la hardiesse d'affirmer que ses propositions sont exactes, certain d'avoir beaucoup fait si toutes les choses qui en seront déduites sont entièrement conformes aux expériences. Il ira même jusqu'à supposer quelques hypothèses évidemment fausses puisqu'elles sont contraires aux enseignements de la religion, par exemple que le ciel n'a pas été créé au commencement avec tous ses astres, toutes ses perfections actuelles. Qu'Adam et Eve n'ont pas
été créés à l'âge d'hommes parfaits, dans une terre déjà recouverte de sa végétation et peuplée de ses animaux ; par exemple encore, qu'à l'origine Dieu a composé ce monde visible en parties égales entre elles et de grandeur médiocre, et qu'il a attribué à chacune de ces parties une même quantité de mouvement. Ces parties se sont mues à part autour de leurs centres, et elles ont composé le corps liquide qu'on appelle le ciel, formant ainsi autant de tourbillons différents qu'il y a maintenant d'astres dans ce monde.
Ces hypothèses sur l'origine du monde, bien qu'elles ne soient pas absolument justifiées, nous conduisent à des résultats cependant certains, surtout si nous établissons que cette division si parfaite soit modifiée de manière à engendrer les inégalités aujourd'hui constatées dans l'importance de ces tourbillons.
Ces parties du ciel se sont arrondies, les angles ont formé des tourbillons de grandeurs indéfiniment décroissantes et se mouvant avec une rapidité croissante. Cette raclure des grands tourbillons a fourni les trois éléments principaux du monde visible.
1. Ce sont d'abord les éléments séparés de la matière pendant qu'elle s'arrondissait. Ils se meuvent avec une telle vitesse que la force de leur agitation est suffisante pour les froisser et les diviser, à la rencontre d'autres corps, en une infinité de petites parties qui remplissent toujours exactement tous les recoins ou petits intervalles qu'elles trouvent autour de ces corps, ce sont les êtres lumineiix, les étoiles fixes et le Soleil (l).
2. D'autres éléments formés de sphères fort petites en comparaison des corps que nous voyons sur la Terre, ont cependant quelque quantité (grandeur) déterminée, et peu-
(1) Rappelons qu^un disciple ÎDJustement ridiculisé de Descartes, le R. P. Noël, définis«(ait la lumière : v un mouvement luminaire des corps transparents qui sont mus luminairement par les corps lucidds », En nous servant du mot éther^ créé par lui, nous dirions aujourd'hui : a une vibration lumineuse imprimée à Téther par un corps incandescent», c'est exactement équivalent (voir p. 12).
vent être divisées en d'autres beaucoup plus petites ; ce sont les corps tromàpcvrents^ les cieux.
3. Enfin ceux qui, à cause de leur grosseur et de leurs figures, ne peuvent se mouvoir si aisément que les précédents, constituent les corps opaqties ou obsc^irs, capables de réfléchir la lumière. La Terre, les planètes, les comètes, rentrent dans cette forme de la matière.
On peut distinguer l'univers en trois cieux. Le premier est le ciel solaire, le tourbillon où nous vivons, le second est celui des étoiles, le troisième, beaucoup plus grand, entoure le second et ne contient rien qui puisse être vu par nous en cette vie. •
Le Soleil et les étoiles se sont formés de la condensation des raclures formées par les angles des tourbillons primitifs, et ils ont été ramenés par le mouvement au centre de ces tourbillons , Tefifort que font ces éléments pour s'écarter du centre constitue la lumière qui se propage à travers les cieux.
Cet effort de choses inanimées ne résulte pas d'une inclination, d'une pensée qui les porterait à s'éloigner du centre des tourbillons. Elles sont tellement situées et disposées à se mouvoir qu'elles s'en éloigneraient si elles n'étaient retenues par aucune autre cause.
Il peut arriver, en effet, qu'un corps puisse tendre à se mouvoir en diverses façons en même temps. La pierre d'une fronde tend à s'éloigner du centre autour duquel elle se meut^ la tension de la corde indique l'effort qui la pousse à s'éloigner.
De même; la matière des cieux tendrait à s'éloigner de certains centres si elle n'était retenue, non par la tension d'une corde, mais par l'action de la matière qui entoure ce centre et qui se compose d'une infinité de petites boules disposées autour d'elle. C'est la raison pour laquelle les corps du Soleil et des étoiles sont ronds. Le premier élément, c'est-àdire la matière lumineuse qui constitue ces astres, peut traverser facilement les boules plus calmes et si complètement mobiles qui constituent le second élément, la matière trans-
parente. Celte matière lumineuse pénètre, en parcourant une trajectoire spiraloïde, dans les environs des pôles de chaque tourbillon soumis à une faible vitesse, puis, quand elle est parvenue à la hauteur du centre, à Técliptique, elle tend à s'échapper avec violence. La matière transparente se trouve donc maintenue à une certaine distance du centre par cette force d'échappement, elle est, du reste, comprimée dans les limites extérieures de son tourbillon par l'incessante action des tourbillons voisins.
I/inégalité de ces tourbillons voisins a pour effet de créer de profondes dissymétries dans la position de l'axe du tourbillon, cet axe n'est pas même une ligne droite, le Soleil n'occupe pas le centre géométrique du tourbillon, et l'on peut concevoir beaucoup d'autres inégalités en sa situation. Il y a également beaucoup d'inégalités en ce qui concerne le mouvement de sa matière, ce qui n'empêche pas le Soleil d'être assez exactement rond, et cela par suite du mouvement de poussée de sa matièie des pôles vers l'écliptique, mouvement assez semblable à l'action de l'air envoyé dans une bouteille en fusion par le verrier, yclion qui se produit non seulement dans la direction du tuyau mais encore dans toutes les directions à la fois.
La matière du premier élément, qui se trouve entre les parties du second dans le ciel, a donc deux mouvements': l'un en ligne droite, qui la porte des pôles du tourbillon vers son centre, le Soleil ; l'autre circulaire, qui lui est commun avec tout le reste de ce ciel. Elle emploie la plus grande partie de son agitation à se mouvoir de toutes façons, pour changer continuellement de forme et de dimensions, et remplir ainsi constamment les recoins qu'elle trouve autour des petites boules du second élément entre lesquelles elle passe. La force se divise donc en tous lieux de son parcours vers le centre, le Soleil. En ce point, toutes ses parties s'accordent à se mouvoir fort vite et dans le même sens ; elle emploie donc toute cette force à pousser toutes les petites boules qui environnent le Soleil. Tel est le mécanisme de l'émission lumi-
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neuse, résultant de la poussée des petites boules de rélément transparent. Cette émission ne se fait pas seulement vers l'écliplique mais aussi vers les pôles, et cette action, qui résulte de la continuité absolue de la matière, s'étend aux distances les plus considérables, et parcourt Tintervalle qui sépare les étoiles les plus éloignées de la Terre. Il peut arriver que la lumière' d'une étoile se réfracte dans les tourbillons qui environnent le sien et produise plusieurs images séparées ; il n'y a donc peut-être pas autant d'étoiles distinctes que nous en voyons.
Pour montrer que le Soleil puisse envoyer la lumière vers les pôles du tourbillon, il suffit de considérer un sablier. L'air du vase inférieur remonte vers le vase supérieur en sens inverse du mouvement du sable qui le traverse. Néanmoins, il y a des chances pour que le Soleil envoie plus de lumière vers Técliptique que vers les pôles.
Il y a, du reste, une grande diversité dans la grandeur et les mouvements des parties du second élément qui compose les cieux. Celles qui touchent la superficie du Soleil sont plus petites et se meuvent très rapidement, les parties disposées sur la superficie de sphères concentriques mais irrégulières sont de plus en plus grosses et se meuvent plus lentement, elles mettent trente ans et plus pour accomplir leur révolution. Ces parties, toutes égales à l'origine, ont donc fini par se disposer en couches concentriques au fur à mesure qu'eUes se sont divisées. Celles de vitesse plus grande ont une tendance à s'écarter de l'axe. C'est par Texpérience seule qu'on peut déterminer la vitesse considérable des couches les plus éloignées. Les comètes, qui passent d'un ciel à un autre, suivent à peu près le cours de celui où elles se trouvent. Le mouvement du cercle où se trouve Saturne ne s'achève qu'en trente années.
Il est bien clair que les parties du second élément qui avoisinent le Soleil, doivent être entraînées par le mouvement si rapide de sa matière ignée, et cela jusqu'à une certaine distance limitée plutôt par une ellipse que par un cercle.
et cela bien que le Soleil soil rond ; et ces parties voisines du Soleil sont également plus petites que les autres, car, si elles étaient plus grosses, ayant une plus forte vilesse» elles déplaceraient celles qui sont au-dessus d'elles et prendraient leur place. Il fauti pour qu'elles se maintiennent aux environs du Soleil, que leur excès de vitesse soit compensé par une diminution de leurs dimensions* Ces portions^ du* reste, qui sont animées de mouvements fort complexes en dehors de celui qu'elles ont autour de leur centre, sont devenues parfaitement rondes de tous côtés, comme des boules et non comme des cylindres ou autres solides qui ne sont ronds que d'un côté.
Les petites parties du premier élément sont soumises à divers degrés d'agitation, et cela résulte des actions qu'elles ont dû subir pour remplir tous les intervalles du second élément. Quelques-unes de ces parties ont perdu une partie do leur vitesse et se sont attachées les unes aux autres, et cela 80 produit surtout parmi celles qui coulent en ligne droite des pôles vers le centre de chaque tourbillon. Quelques-unes même se sont laminées entre les profils circulaires des sphères du second élément qu'elles traversent, et elles ont ainsi formé les parties cannelées» Les trois canaux qui forment leur superficie sont tournés à vis comme une coquille, et leur courbure varie avec la distance de Tessieu. Le sens de cette courbure varie d'ailleurs d'après le pôle austral ou septentrional d'où elles proviennent, et c'est de là que provient la vertu de l'aimant (1). Ces parties cannelées n'ont d'ailleurs que trois canaux, bien que les intervalles des boules qu'elles franchissent affectent parfois une forme quadrangulaire. La matière qui dépasse le triangle est, en effet, heurtée et divisée par la rencontre d'une nouvelle boule, elle se sépare et reprend son agitation ; il se produit ainsi entre les parties cannelées et les parties les plus petites du premier
(i) Admironft sans réserve coite mèrireiileuae divination du Solénoide qui a procédé d'un siècle la découverte du courant électrique.
élément une infinité de matières de toutes grandeurs, et cela résulte de la diversité des lieux par où elles passent et qu'elles remplissent.
Ces raclures du mouvement du second élément, qui proviennent des angles des parties qui se sont arrondies, peuvent se rassembler à la surface du Soleil, elles y forment des amas de matière obscure appartenant au troisième élément. Chassées par l'agitation de la matière solaire, elles apparaissent à la surface du Soleil comme l'écume des liqueurs en ébuUition et y produisent les taches qui se disposent tout naturellement sur l'écliptique de cet astre. Ces taches peuvent se détruire, changer de forme, être absorbées de nouveau par la matière lumineuse, de même que l'écume des liquides fmit par se redissoudre pendant l'ébuUition. Toute la surface de l'écliptique solaire en est couverte, bien que l'on ne lui donne ce nom de taches qu'aux endroits où cette écume est assez épaisse pour obscurcir la lumière du Soleil. La lumière qui passe sur les bords de ces taches peut s'y réfracter parce qu'elles sont plus épaisses à leur centre, et elles semblent alors peintes des mêmes couleurs que l'arc-en-ciel.
Il peut aussi arriver que la matière solaire arrive à les submerger, il se produit alors une agitation plus vive de cette matière, et la tache se transforme en une flamme. Les flammes solaires, réciproquement, peuvent se transformer en taches. Ces matières des taches, en s'enfonçant au*-dessousde la superflcie solaire, y produisent une agitation que l'on peut observer dans les rivières, aux endroits où leur lit étant fort étroit, il se trouve encore des bancs de sable qui s'élèvent presqu'à fleur d'eau. En se brisant, du reste, à la surface des astres elles constituent une espèce d'air qui entoure ces astres.
La cause de leur formation est d'ailleurs incertaine. Il suffit de deux ou trois des moins subtiles parties du premier élément pour former le noyau où s'attacheront les autres, parce que cet obstacle détruit en partie leur agitation.
Quelquefois le Soleil n'a pas de taches, quelquefois toute la
superficie en est couverte, et c'est pour cela que le Soleil est parfois plus obscur, que les étoiles ne paraissent pas toujours de même grandeur. Ces étoiles peuvent aussi disparaître et reparaître ensuite, et c'est ainsi qu'une étoile brillante, apparue brusquement à la fin de 1572 (1) dans la constellation de Cassiopée, disparut entièrement au commencement de 1574. Ces étoiles peuvent paraître et disparaître plusieurs fois. .
Les parties cannelées peuvent traverser l'épaisseur des taches, parallèlement à l'essieu du tourbillon, à travers des pores semblables à l'écrou d'une vis, mais le sens de leur mouvement les empêche de rentrer à travers les mêmes pores. Ces pores sont, en effet, creusés en dedans ainsi que l'écrou d'une vis, ce qui empêche ceux où passent les parties cannelées venant d'un pôle de recevoir celles qui viennent de l'autre pôle, parce que leurs raies ou canaux sont tournés en coquille d'une façon toute contraire.
Il y a encore en ces taches d'autres pores qui croisent les précédents, et qui permettent à la matière du premier élément d'entrer et de sortir. Ces entrées et sorties incessantes de la matière s'équilibrent et l'astre ne peut devenir plus grand ou plus petit qu'il n'est.
Quelquefois un tourbillon peut être détiuit par l'action d'un tourbillon voisin, et cela est presqu'inévilable quand l'astre central, recouvert de taches fort opaques, n'est pas enserre par des tourbillons d'égale puissance et symétriquement disposés autour de lui. Ce mouvement de descente vers le centre du tourbillon vainqueur n'est autre chose que l'action de la pesanteur, il affecte la forme d'une spirale, et son action peut être assez violente pour produire, dans l'astre conquis, une agitation qui lui permet de remonter, de s'éloigner à nouveau, de devenir une comète. Si la force d'éloîgnement produite par cette agitation est trop faible, l'étoile entraînée continue à graviter autour du centre nouveau, c'est
(1) Cette étoile vient de reparaître en 1902.
une planète. Tout dépend donc du plus ou moins de solidité du noyau.
Descartes entend ici par solidité (1) d'un astre, la quan^ tité de matière du premier élément, de matière lumineuse, qui entre dans la composition des taches et de Tair qui Tenvironnent, en tant qu'elle est comparée avec l'élenduede leur superficie et la grandeur de l'espace occupé par cet astre.
La force qui le fait descendre vers le centre (Jti tourbillon qui ]e fait tomber est proportionnelle à son volume.
Enfin, il appelle agitation la force que cet astre acquiert, de ce qu'il est transporté circulairement autour du centre par la matière du ciel qui le contient. Cette force ne peut être mesurée, ni par la grandeur de sa superficie, ni par la quantité de toute la matière dont il est composé, mais seulement parce qu'il y a en lui ou autour de lui de la matière du troisième élément, dont les petites parties se soutiennent et demeurent jointes les unes aux autres.
La solidité d'un corps ne dépend pas seulement de la matière dont il est composé, mais aussi de la quantité de cette matière et de sa figure. C'est ainsi que des pièces d'or, de plomb et des autres métaux, conservent bien plus leur agitation et ont bien plus de force à continuer leur mouvement lorsqu'elles sont une fois ébranlées, que n'ont des pièces de bois ou de pierres. Mais une petite balle d'or pourrait avoir inoins de force à continuer son mouvement qu'une balle de bois ou de pierres de dimensions plus considérables. On pourrait aussi donner à l'or une porosité telle, en le battant, en l'étirant, en augmentant sa superficie, qu'une boule de bois plus petite que lui, serait capable d'une plus grande agitation.
(1) La solidité que Descartes rattache *en définitive aux divisions, figures et mouvements intérieurs de la matière des corps, équivaudrait à peu près à notre masse spécifique que nous mesurons sans nous attarder à la définir, par ses effets de gravitation. On conviendra qu'en transportant cette notion de masse à divers agents immatériels, tels que la lumière, la chaleur et Pélectricité, qui sont en vérité de pures agitations^ notre science se rapproche singulièrement de celle de Descartes.
Les corps des astres peuvent avoir plus ou moins de solidité, plus ou moins de force pour continuer leur mouvement, que les petites boules du second élément qui les environnent. Enfin il peut arriver qu'un même astre soit moins solide que quelques parties de la matière du ciel, et le soit plus que quelques autres qui seront un peu plus petites, et cela explique comment une comète peut commencer à se mouvoir, comment elfe peut poursuivre son mouvement et franchir rimmensité des tourbillons qui environnent le nôtre.
La lumière des comètes cesse de nous parvenir bien avant que ces astres aient franchi la distance qui nous sépare des étoiles, mais cela tient à ce que cette lumière empruntée au Soleil diminue rapidement avec Téloignement. Leur queue, d^ailleurs, est un phénomène de réfraction, elle est généralement opposée au rayon qui les relie au Soleil. Ce phénomène n'existe pas pour les étoiles fixes et les planètes. Aristoto cependant prétend avoir observé la chevelure d'une des étoiles de la cuisse du Chien, mais il a avoué que cette chevelure devenait d'autant moins, distincte qu'il la regardait plus fixement.
Par les mêmes raisons on peut connaître comment une planète a pu commencer à se mouvoir, en supposant que l'astre, moins solide et moins fort pour continuer son chemin en ligne droite que les parties du second élément qui sont vers la circonférence de notre ciel, est descendu, emporté par le cours de ce ciel, jusqu'à ce qu'il soit parvenu au lieu où sont celles dé ses parties qui n'ont ni plus ni moins de force que lui à persévéreren leur mouvement. A partir de ce moment, il n'a dû ni s'approcher ni s'éloigner du Soleil, à moins que certaines causes ne l'aient détourné de son cours régulier.
Les causes qui peuvent modifier le cours des planètes sont: 1*^ que le ciel qui les contient n'est pas exactement sphérique; 2^ que la matière du premier élément (lumineux) coulant sans cesse des tourbillons voisins vers le centre du nôtre, les pousse diversement; 3* que les pôles des planètes doivent avoir une tendance à se tourner dans une direction conve-
nable an passage des matières cannelées qui doivent les traverser; 4° que les planètes ont reçu originairement un mouvement qui ne peut s'éteindre rapidement ; puisque la pirouette d'un enfant continue à tourner pendant plusieurs minutes, un astre, en raison de sa masse, continuera à tourner pendant des siècles; 5° que la force de continuer ainsi à se mouvoir est plus durable et plus constante dans les planètes que dans la matière du ciel qui les environne. Une portion de la matière du ciel correspondant à la matière d'une planète, se compose en effet d'une infinité de corps très petits qui doivent accorder leurs mouvements, et peuvent chacun à part être détournés de ce mouvement par les moindres causes. Il en résulte que s'il y a quelque cause qui augmente, retarde ou détourne le mouvement de celte matière du ciel, la même cause ne peut pas si promptement ni si fort augmenter, ou retarder ou détourner celui de la planète qui repose en cette matière.
En résumé, rien ne nous empêche de supposer que ce grand espace que nous appelons le premier ciel a été autrefois divisé en quatorze tourbillons ou plus, et que ces tourbillons ont été ainsi disposés, que leurs centres se sont couverts de plusieurs taches, en suite de quoi les plus petits ont été détruits par les plus grands. Les tourbillons de Jupiter et de Saturne étaient les plus grands; il y en avait quatre moindres autour de Jupiter dont les astres sont descendus vers lui, et ce sont les quatre petites planètes que nous y voyons ; deux autres autour de Saturne. La Lune est aussi descendue vers ja Terre lorsque le tourbillon qui la contenait a été détruit.
Enfin les six tourbillons qui avalent Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne en leur centre, étant détruits par un autre plus grand au milieu duquel était le Soleil, tous ces astres sont descendus vers lui et s'y sont disposés à des distances inégales suivant leur degré de solidité, les moins solides s'approchant davantage, les plus solides que Saturne se convertissant en comètes. En voyant que les planètes voisines du Soleil se meuvent plus vite que celles qui sont plus
éloignées, nous penserons que cela arrive parce que la matière du premier élément qui compose le Soleil, tournant extrêmement vile sur son essieu, accélère le mouvement des parties voisines du ciel. Et cependant les taches de la superficie se meuvent moins vile qu'aucune planète; elles emploient vingtsix jours à faire leur tour qui est fort petit, alors que Mercure n'emploie pas trois mois à faire le sien qui est soixante fois plus grand, et que Saturne achève le sien en trente ans, ce qu'il ne devrait pas faire en cent s'il n'allait point plus vite que ces taches* Ce qui retarde ces taches, c'est qu'elles sont jointes à l'air qui entoure le Soleil et s'étend au delà de Mercure. Les parties de cet air, en raison de leur enchevêtrement, se meuvent toutes ensemble, et celles qui sont. sur la superficie du Soleil avec toutes ses taches ne peuvent guère fair^ plus de tours autour de lui que celles qui sont sur la sphère de Mercure, et par conséquent doivent aller beaucoup plus lentement. C'est ainsi que dans une roue les points du moyeu vont plus lentement que ceux de la jante.
La Lune est descendue dans le tourbillon de la Terre avant que ce tourbillon ne fût descendu dans le tourbillon du Soleil, c'est ainsi que quatre autres planètes sont descendues vers Jupiter.
La Terre tourne sur son centre, parce que la matière du premier élément qui est demeurée en son centre continue de la mouvoir en même façon. La Lune se meut plus vite que- la Terre, elle accomplit sa révolution pendant que la Terre fait presque trente tours sur son essieu, et comme son orbite est soixante fois plus grande que le circuit de la Terre, elle va deux fois plus vite. Comme la matière du ciel qui les emporte se meut aussi vite contre la Terre que vers la Lune, l'excès de vitesse de la Lune doit tenir à sa petitesse.
Si la Lune tourne toujours vers nous le même côté, c'est que l'autre côté est un peu plus solide et par suite doit décrire un plus grand cercle, et cette différence de solidité, qui est attestée par toutes ces inégalités en forme de montagnes et de vallées, est due sans doute à ce que le côté qui nous
regarde ne reçoit pas seulement la lumière solaire, mais encore celle qui est envoyée par la réflexioa de la Terre, au temps des nouvelles lunes.
La forme elliptique du ciel de la Lune explique aisément les variations de vitesse éprouvées par cet astre au moment de ses phases diverses.
L'on peut expliquer que les satellites de Jupiter tournent beaucoup plus vite que ceux de Saturne qui sont immobiles, parce que cette dernière planète tient toujours un même côté tourné vers le centre du tourbillon qui la contient, ainsi que la Lune et les comètes. L'inclinaison de Tessieu terrestre sur le plan de lëcliptique est de 23° et fait la différence des saisons. C'est que les quatorze tourbillons et plus qui ont formé le tourbillon solaire n'avaient pas leurs axes dirigés vers le même point du ciel. Les pôles du tourbillon qui avait la Terre en son centre, regardaient presque les mêmes endroits du firmament vis-à-vis desquels sont encore à présent les pôles de la Terre, et les parties cannelées qui viennent de ces endroits et qui sont plus propres à entrer en ses pores que celles qui viennent des autres lieux, la retiennent en cette situation.
Il est probable cependant que pour faciliter les mouvements de la rotation et de la révolution terrestres, Téquateur se rapprochera insensiblement de Técliptique.
Enfin toutes les diverses erreurs des planètes qui s'écartent plus ou moins du mouvement circulaire auquel elles sont principalement déterminées, s'expliqueront aisément par le contact des innombrables tourbillons qui se déforment les uns les autres, et cela à des distances souvent fort considérables.