DE M»^ DESCARTES
dont nous doqs pouuons Ibouenir, \ ctufeqif fnmWoicpl)^ fcrc à toutes les chofes qui fe reffemblent » 6e qu'ouue U Mémoire corporelle, dont les Images peuuent elbe repré^ fentées par ces plis du Cerneau , ie trouue qu il y a encora en noftre Entendement vne autre forte de Mémoire, qui ne dépend point, des Organes du Cors, Àe^quine fe trouue point dans les Bcftes ; £t c'eft d'elle pardculieredient que nous nous Tenions.
Ponr It Flos delà Mer quoy qu'il dépende entièrement delaAiitce de mon Monde, & que iene le puilTe bien^ex* pliquer répâremcnc, toutesfois a caufe que ie ne vous puis rien refufer , ie ticheny d'en dire icy groflîcrement quel« que chofe. Soit T, la Terre, E F G H TEau, qui cft au deiTus
de cette Terre, L la Lune, A BC D, le Ciel, que le coq* çoy comme yne Liqueux qui tourne continuel lemeatft(W
Hhi)
Figure du phénomène des Marées (Une page du tome H des Letlres de Descartes; l'* édition, Clerselier-Angot)
Le tourbillon des deux astres n'est pas rond, ce qui donne plus d'importance aux marées correspondant aux plus petils diamètres de ces tourbillons, c'est-à-dire aux phases de la pleine et de la nouvelle Lune.
L'équateur terrestre est incliné sur Técliptique et la Lune
se meut très sensiblement dans Técliptique, d'où il résulte qu'aux équinoxes la Lune agit plus directement contre la Terre et ainsi rend les marées plus grandes.
Cette explication montre pourquoi Teau et Tair coulent sans cesse des parties orientales de la Terre vers les occidentales, ce qui fait que les pays qui ont la mer au levant sont moins chauds que ceux qui l'ont au couchant.
Il n'y a pas de flux et reflux dans les lacs, et sur les bords de la mer il ne se fait pas aux mêmes heures qu'au milieu.
Je mentionnerai simplement ici les études que Descartes consacre à la formation de diverses matières, sous l'influence de la poussée des mers, de la chaleur variable de la croûte terrestre, enfin des vicissitudes de température des jours et des nuits, des étés et des hivers. Les progrès incessants et considérables de la chimie ont enlevé toute valeur scienliflque à ces études, dont le principe immuable a cependant repris en certaines écoles modernes une singulière importance. Je veux parler de l'unilé de la matière.
La nature du vif-argent, la formation des sucs aigres et corrosifs qui entrent en la composition du vitriol, de l'alun et autres tels minéraux, la matière huileuse, le soufre, le bitume, les principes de la chimie et les trois éléments sel, soufre et mercure, enfin la formation du vermillon.
La formation des fontaines, la constance du volume des eaux de la mer, la pureté des fontaines et la salure des mers, l'origine des mines de sel et la transformation du sel commun en salpêtre, la distinction des vapeurs, des esprits et des exhalaisons, la formation des pierres opa(|ues ou transparentes, l'émergence des métaux empruntés aux couches inférieures de la croûte terrestre, et cela particulièrement au pied des montagnes du côté qui regarde l'ouest et l'occident.
Il no faut pas espérer qu'on puisse jamais, à force de creuser, parvenir jusqu'à cette terre inlérieure entièrement métallique, et si l'oii y parvenait, on y rencontrerait des sources d'autant plus impétueuses qu'elles s'ouvriraient plus bas, en sorte que les mineurs ne pourraient éviter d'y ôlre noyés.
Les tremblements de terre, les éruptions volcaniques proviennent de l'inflammation des exhalaisons contenues dans les crevasses de la croûte terrestre, et les volcans sont les cheminées qui donnent passage aux produits de celte combustion. La succession des secousses de tremblement de terre provient de ce que ces matières se trouvent reparties en de nombreuses cavernes dont Texplosion est successive. Mais il est ici nécessaire d'étudier le feu, sa nature, les moyens de le produire, de le conserver, de lui donner un aliment toujours nouveau.
On peut allumer du feu par le choc d'un caillou et d'un fusil, par le frottement de deux branches de bois sec, avec un miroir creux ou un verre convexe, par l'agitation d'un corps, enfin par le mélange de deux corps. Nous connaissons aussi le feu de la foudre, des éclairs et des étoiles qui traverse l'atmosphère, la lumière de l'eau de mer, des bois pourris, des poissons salés, la chaleur des fermentations et l'inflammation spontanée des foins, la chaleur produite quand on jetle de l'eau sur la chaux vive ou quand on combine les corps, enfin le feu qui s'allume dans les cavités de la terre.
En vérité, la matière contient dans ses intervalles un mélange des parties du premier et du second élément, de la matière lumineuse et de la matière transparente des cieux ; toute action qui vient chasser la matière transparente, composée, on le sait» de boules assez grosses, isole le premier élément lumineux; et si cette même action peut détacher quelques |)arcelles des corps, l'élément lumineux, qui est devenu prépondérant, suffit pour enflammer ces parcelles; telle est la théorie du feu d'un caillou frappé par le fusil.
L'agitation des parcelles enflammées se transporte aux parties voisines, et cela suffit à expliquer la combustion d'un flambeau, la forme de sa flamme, dont la pointe manifeste les tendances du troisième élément à monter. La fumée ne trouverait aucune place où se mettre hors de la flamme, à cause qu'il n'y a point de vide, si, en même temps qu'elle
entre dans l'air, une pareille quantité d'air ne prenait son cours circulaii^ement vers le lieu qu'elle quitte.
Les liqueurs éteignent le feu, et la même liqueur qui sert à entretenir la flamme d'un flambeau quand il est droit, le peut éteindre quand il est renversé. On peut cependant trouver des corps contenant des parcelles du troisième élément assez agitées pour pouvoir repousser l'eau de tout côté et brûler au fond de ce liquide.
Le feu doit avoir auprès de lui, pour s'entretenir, quelque corps qui^ lui fournisse toujours de la matière pour succéder à la fumée qui en sort. Ce corps doit posséder quelques parties déliées (volatiles) et qui soient jointes entre elles et à d'autres plus grosses, de telle sorte que les parties déjà embrasées puissent les séparer du corps et des parties du second élément qui sont proches d'elles, afin de leur donner par ce moyen la forme du feu.
Si ces parties étaient si grosses qu'elles ne puissent être mues ni séparées par les parties du troisième élément qui composent le feu, elles ne pourraient servir à son entretien. C'est ainsi qu'un linge imprégné d'eau-de-vie enflammée ne peut brûler lui-même; l'eau-de-vie brûle parce que ses parties sont si petites et si peu jointes ensemble, que la flamme en touchant leur superficie peut les tirer l'une après l'autre de cette superficie; mais le linge est composé de parties trop grosses et trop bien jointes pour être séparées de même façon.
L'eau commune a les parties trop grosses pour brûler comme l'eau-de-vie, elle éteint généralement le feu. Cependant, si le feu est fort violent, elle l'excite, et le sel fait de même, parce que ses parties, longues et roîdes et s'élançant de pointes comme des flèches, ont beaucoup de force pour ébranler les parties des corps qu'elles rencontrent. Voilà pourquoi on projette de Teau sur le charbon d'une forge, pourquoi Ton mêle des sels parmi les métaux pour les faire fondre.
Parmi les combustibles qui doivent être poreux et divi-
sibles. certains s'enflamment et d'autres brûlent lentement, le feu se glisse de partie en partie, c'est le cas du charbon de bois.
La poudre, mélange de soufre, de salpêtre et de charbon, produit en brûlant une dilatation extrême. On grène la poudre pour que les parties du salpêtre ne s'y enflamment pas Tune après l'autre, ce qui leur donnerait moins de force, mais qu'il y en ait plusieurs qui prennent feu toutes ensemble.
Enfin il y a des lampes qu'on dit avoir conservé leur flamme pendant plusieurs siècles.
Le feu luit et échaufle; il dissout en plusieurs parties les corps qui lui servent de nourriture; il fait fondre et bouillir ou dessèche la matière solide; il sépare les liquides en plusieurs eaux par la distillation ; il fournit des sublimés ou des huiles, et ses effets sont alors proportionnés à In tempéra'ture; il calcine et pulvérise les minéraux; enfin il peut convertir toutes sortes de cendres et de chaux en verre.
Verre. — Cette formation du verre par le feu résulte du passage répété des parties du troisième élément qui émousse les angles et aplanit les superficies des parties de ces corps. Ces parties se joignent entre elles et peuvent glisser dans le verre liquide et gluant. Il devient dur et cassant par le refroidissement, d'autant plus cassant qu'on le refroidit plus vite, parce qu'alors ses parties n'ont pas le temps de s'agencer les unes dans les autres. Il est transparent, parce que pendant sa fusion les parties du premier élément y ont laissé des pores qui peuvent permettre au second élément de le traverser en ligne droite et de transmettre la lumière. On peut le colorer en y mêlant plusieurs métaux, dont les parties plus grosses et autrement figurées que celles des cendres, avancent quelque peu au dedans de certains pores et modifient le mouvement des parties du second élément qui y passent pour transmettre la lumière. II est raide et fait ressort, ce qui a lieu en loiis les corps dont les parties sont jointes par le parfait attouchement de leurs petites superficies et non par le seul entrelacement de Jours branches. La compression momentanée des pores produit le phénomène de l'élasticité.
Aimant. — En dehors des quatre élémenls: Tair, Teau, les terres et le feu, il y a un autre corps : l'aimant, qui peut avoir plus d'étendue qu'aucun des quatre, puisque la masse de la Terre est un aimant, et que nous ne saurions aller en aucun lieu où sa vertu ne se remarque.
Nous avons expliqué que la moyenne région de la Terre est percée parallèlement à son essieu de plusieurs pores ou conduits capables de laisser passer d'un pôle à l'autre pôle les parties cannelées de la matière du premier élément. Ces conduits, analogues à des écrous, sont tellement creusés et ajustés à la figure de ces parties cannelées, v que ceux qui reçoivent les parties provenant du pôle austral ne sauraient recevoir celles qui viennent du pôle boréal, et réciproquement. De plus, les parties cannelées ne peuvent rentrer dans les pores qui les ont conduites, par le chemin inverse, à cause sans doute de certains poils ou de certaines branches très déliées qui avancent tellement dans les replis de ces conduits qu'elles n'empêchent aucunement le cours des parties canne*lées quand elles y viennent par le côté habituel, mais qui se rebroussent et redressent quelque peu leurs extrémités quand ces parties cannelées se présentent de l'autre côté, et ainsi leur bouchent le passage.
C'est pourquoi, après avoir traversé toute la Terre d'une moitié à l'autre, suivant des lignes parallèles à son essieu, il y en a qui retournent par l'air d'alentour vers la même moitié par où elles sont entrées, et passant ainsi réciproquement de la Terre dans l'air et de l'air dans la Terre, y composent une espèce de tourbillon.
Ces conduits ne peuvent exister dans l'air à cause de sa mobilité, ils ne subsistent que dans les métaux dont les parties sont divisées en branches et ne sont, pas solides à proportion : c'est-à-dire le fer et l'acier. La différence entre le fer et l'aimant, c'est que le fer dans la mine a été, par suite des transformations du globe, retourné mille fois dans tous les sens, désorienté, ses canaux se sont repliés les uns sur les autres et ont besoin d'une nouvelle disposition qu'il est pos-
sible d'ailleurs de leur rendre; Taimant, au contraire, est resté dans sa position première, et l'orientation des conduits de la matière cannelée a persisté.
La mine en fondant donne le fer et Tacier, et les petites parties de ces métaux s'arrondissent, perdent leurs petites branches; les petites gouttes arrondies, agitées par le troisième élément, se resserrent ensuite en donnant le grain, le métal ainsi fondu est dur, raide et cassant, à peu près comme le verre. Il est dur parce que ses parties sont étroitement jointes ; raide et fait ressort parce que ce n'est pas l'arrangement de ses parties, mais seulement la figure de ses pores qu'on peut changer en le pliant; il est cassant parce que les petites gouttes dont il est composé ne sont jointes que par l'attouchement de leurs superficies, et cela en un petit nombre de points. La manière de pousser le feu donne le fer ou l'acier. La trempe de l'acier, son adoucissement par le feu, s'expliquent par des arrangements moléculaires.
La fonte et l'acier après leur fusion ont encore de nombreux conduits par où peuvent passer les parties cannelées; mais ces conduits sont tournés de toutes façons et sans aucun ordre certain. Pendant la fusion, quelques parties cannelées peuvent y creuser ces conduits, mais en petit nombre. En résumé, il n'y a pas de fer et d'acier qui n'ait quelque chose de la vertu de l'aimant; il n'y a pas non plus de fer et d'acier qui ait tant de cette vertu qu'il ne puisse en acquérir davantage.
Vient ici le dénombrement de toutes les propriétés des aimants.
Les pôles de l'aimant se tournent vers les pôles de la Terre; lorsqu'en effet ces pôles ne sont pas tournés vers les côtés de la Terre d'où viennent les parties cannelées qu'ils peuvent recevoir, elles se présentent de biais pour y entrer; et par la force qu'elles ont à continuer leur mouvement en ligne droite, elles poussent celles de ses parties qu'elles rencontrent, jusqu'à ce qu'elles leur aient donné la situation qui leur est la plus commode (boussole de déclinaison). Ces pôles
se pencheot aussi diversement, vers le centre de la lerre à raison des divers lieux où ils sont (boussole d'inclinaison).
Deux pierres d'aimant se tournent Tune vers l'autre ainsi que chacune se tournerait vers la Terre qui est aussi un aimant, et cela résulte de la grande quantité de matière cannelée qui s'accumule autour des aimants, et cela en raison de la difficulté que ces parties éprouvent au sortir de ces corps à franchir l'air et retourner aux pôles delà Terre. Deux aimants s'approchent l'un de l'autre, parce que le passage de leurs parties cannelées chasse l'air qui les sépare et amène le contact. Ils se fuient lorsqu'on présente leurs pôles de même nom, ce qui tient à ce que les parties cannelées qui sortent de l'un d'eux ne pouvant rentrer dans l'autre, doivent se réserver entre eux quelqu'espace pour passer en l'air d'alentour. Les parties d'un aimant divisé se fuient quand on les suspend à un fil, et prennent une direction contraire, les deux sections qui se touchaient au moment de la division fournissent en effet des pôles de nom contraire, la vertu qui est dans chaque petite pièce d'un aimant divisé est semblable à celle de l'aimant primitif.
L'aimant communique sa vertu au fer en orientant brusquement les pores qui s'y trouvaient disposées sans aucun ordre, de façon à faciliter le passage des parties cannelées. Et celte communication diffère suivant les diverses façons dont l'aimant est tourné vers le fer. Cependant un fer plus long que large et épais s'aimante toujours dans le sens de sa longueur, parce que les parties cannelées, qui ont tant de difficulté à traverser l'air, suivent le fer aussi longtemps que possible. L'aimant ne perd rien de sa vertu en la communiquant au fer, et cette vertu s'affermit par le temps, l'acier reçoit mieux cette vertu que le simple fer, parce que les petites branches qui s'avancent en ses conduits ne se peuvent pas si aisément renverser, il la reçoit plus grande d'un fort bon aimant que d'un moindre. Enfin la Terre peut à elle seule communiquer cette vertu à une barre de fer disposée parallèlement à son axe. En inclinant successivement les
deux extrémités de cette barre, on observe que l'une de ses extrémités attire successivement et repousse le même pôle de Taiguille aimantée, et l'on peut agir si adroitement que ceux qui le voient, ne pouvant remarquer la cause qui lui change si subitement sa vertu, ont occasion de l'admirer.
De fort, petites pierres d'aimant ont plus de vertu apparente que toute la Terre. Les aiguilles aimantées ont toujours les pôles de leur vertu en leur extrémité. Ces pôles ne se tournent pas exactement vers les pôles de la Terre, ce qui est dû aux inégalités qui se trouvent en la superficie de la Terre, et cette variation change avec le temps et les endroits de la Terre; quelques-uns prétendent que celte variation disparaît en un aimant de figure ronde planté sur l'un de ses pôles, celui de nom contraire à l'hémisphère où il se trouve. L'aimant attire le fer et avec plus de force quand il est armé, c'est-à-dire qu'il a quelque morceau de fer attaché à l'un de ses pôles. C'est là une question de contact plus parfait.
Les deux pôles d'un aimant s'aident Tun l'autre à soutenir le fer en raison du courant des parties cannelées qui s'établit ainsi.
Une pirouette de fer n'est point empêchée de tourner quand elle est suspendue à un aimant.
Deux aimants peuvent être associés pour soutenir une pièce de fer. Si le pôle austral de l'un est joint au pôle boréal de l'autre, ils s'aident mutuellement à soutenir le fer qui est vers leurs autres pôles, ils s'aident aussi lorsqu'ils sont séparés à soutenir le fer qui est entre eux.
Un aimant bien fort ne peut généralement attirer le fer qui pend à un aimant plus faible. Quelquefois, au contraire, le plus faible aimant attire le fer d'un autre plus fort, c'est là une simple question de contact.
Dans les pays septentrionaux, le pôle austral de l'aimant peut attirer plus de fer que l'autre.
Si Ton répand légèrement la limure de fer sur un plan bien uni passant par les deux pôles d'un aimant sphérique qui y soit enfoncé, les petits grains de cette limure ne s'entassent
pas confusément, mais se joignant en long les uns aux autres, ils composent comme des filets qui sont autant de petits tuyaux par où passent les parties cannelées plus librement que par l'air, et qui peuvent servir à faire connaître les chemins qu'elles tiennent après être sorties de Taimant. Si l'on enfonce dans ce même plan deux aimants tournés en sens contraire, les lignes seront droites entre les deux pôles qui se regardent, et les autres repliées des deux côtés. Cette limure de fer fournit ainsi une vérification visible de tous les faits de cette théorie.
L'interposition d'une lame de fer entre le pôle de l'aimant et Taiguille de la boussole, empêche ou diminue l'action de déviation. Aucune autre substance ne produit le même résultat.
On peut atténuer ou détruire la vertu d'un aimant en le maintenant longtemps dans une situation contraire à celle qu'il prend naturellement quand rien ne l'empêche de tourner ses pôles Vers ceux de la Terre ou des autres aimants dont il est proche. Celte vertu peut aussi lui être ôlée par le feu et diminuée par la rouille.
L'attraction que l'ambre, le jais, la cire, le verre, exercent lorsqu'on les a frottés sur les corps légers, est due à ce que l'agitation fait écouler, des fentes allongées de ces corps, de petites lanières de cerlaines parties du premier élément qui y étaient renfermées, ces lanières s'emparent des corps légers et les ramènent, et il en est de même de toutes les autres attractions. Ces petites bandelettes du premier élément peuvent être parleur subtilité, leur agilité, la cause d'une infinité d'effets fort admirables, elles peuvent tournoyer autour des corps où elles sont, ou s'en écarter et produire des effets entièrement rares et merveilleux, faire saigner les plaies du mort quand le meurtrier s'en approche, émouvoir l'imagination de ceux qui dorment ou sont éveillés et les avertir des événements fort éloignés, leur faire ressentir ainsi les grandes joies ou affiictions d'un intime ami, les mauvais desseins d'un assassin, et choses semblables.
Enfin, si Ton veut considérer combien les propriétés de Tainoant et dufer sont adnnirables, quelle est la force delà poudre excitée par une seule étincelle, à quelle distance les étoiles fixes étendent leur lumière en un instant, etquels sont les autres effets dont les raisons fort claires ont pu être déduites de quelques principes reçus et connus de tout le monde, à savoir, de la grandeur, figure, situation et mouvement des diverses parties de la matière, on aura sujet de'se persuader qu'on no remarque aucunes qualités si occultes, aucuns effets de sympathie ou d'antipathie si merveilleux et si étranges, ni enfin aucune autre chose si rare en la nature (pourvu qu'elle ne procède que de causes matérielles destituées de pensées ou de libre arbitre) que la raison n'en puisse être donnée par ces mêmes principes.
Tous les autres principes ajoutés à ceux-ci sans autre but que de donner l'explication de quelques effets naturels, sont entièrement superflus.
Descartes eût voulu joindre à ces quatre parties deux autres parties touchant la nature des animaux et des plantes; n'élant pas assez préparé pour ce travail et n'ayant pas la certitude de le pouvoir jamais achever, faute d'expérience ou de loisir, il veut ajouter quelque chose concernant les objets de nos sens. Après avoir décrit la Terre et le monde visible comme une machine où n'interviendraient que les figures et les mouvements de ses parties, il convient que nos sens y font paraître plusieurs autres choses, les couleurs, les odeurs, les sons et toutes les autres qualités sensibles, et il veut éviter le reproche d'avoir omis l'explication de la plupart des choses qui sont en la nature.
Les mouvements qui proviennent des objets extérieurs passent par l'entremise des nerfs jusqu'à cet endroit du cerveau auquel notre âme est étroitement jointe et unie, lui font avoir diverses pensées en raison des diversités qui sont en eux. Nous appelons ces diverses pensées de notre âme, nos sentiments ou les perceptions de nos sens. Nous avons moins de sens que de nerfs, sept sens seulement, parmi lesquels
— Taies deux premiers sont nommés intérieurs, ce sont les appétits (faim, soif, etc.) et les passions (joie, tristesse, colère, ampiir, etc.), les cinq autres sont nommés extérieurs, ce sont Tatlouchement, le goût, l'odorat, Touïe, la vue.
L'âme, en vérité, ne sent qu'en tant qu'elle est dans le cerveau, elle est de telle nature que le seul mouvement de quelque corps suffit pour lui donner toutes sortes de sentiments. Sur le même papier, avec la même plume et la même encre, en remuant tant soit peu le bout de la plume en certaine façon, vous tracez des lettres qui font imaginer des combats, des tempêtes ou des furies à ceux qui les lisent, et qui rendent indignés ou tristes ; au lieu que si vous remuez la plume d'une autre façon presque semblable, la seule différence qui sera en ce peu de mouvement leur peut donner de$ pensées toutes contraires, comme do paix, de repos, de douceur, et exciter des passions d'amour et de joie. Ici quelqu'un répondra peut-être que l'écriture et les paroles ont une signification capable d'exciter les imaginations et passions qui s'y rapportent. Mais que dira-t-on du chatouillement et de la douleur? Le mouvement d'une épée qui nous coupe nous fait sentir la douleur et ne nous indique en rien le mouvement et la figure de cette épée ; les couleurs, les sons, les odeurs et les goûts ne nous donnent aucune idée du mouvement qui les cause. Rien dans les corps n'est capable d'exciter en nous quelque sentiment, excepté le mouvement, la figure ou situation et la grandeur de leurs parties. Leurs lumières, couleurs, odeurs, sons, chaleur ou froideur et leurs autres qualités qui se sentent par l'attouchement et aussi ce que nous appelons leurs formes substantielles^ ne sont en eux autre chose que les figures, situations, grandeurs et mouvements divers de leurs parties, disposés de manière à mouvoir nos nerfs en toutes les diverses façons requises pour exciter en notre âme tous les divers sentiments qu'ils y excitent. Rien donc en ce monde visible, aucun phénomène de la nature, en tant qu'il est seulement visible ou sensible, n'échappe à cet ordre de mouvement, grandeur, figure et situation des
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parlies. Nous ne saurions admellre que ces mêmes choses, grandeur, figure et mouvement, puissent produire des na* tures entièrement diflërenles des leurs, telles que les qualités réelles et les formes substantielles que la plupart des philosophes ont attribuées aux corps, ni aussi que ces formes ou qualités, étant dans un corps, puissent avoir la force d'en mouvoir d'autres.
Ce traité ne contient ainsi aucuns principes qui n'aient été approuvés par Aristote et reçus en tout temps et de tout le monde. En sorte que cette philosophie n'est pas nouvelle, mats la plus ancienne et la plus commune qui puisse être. Il est certain que les cor(» sensibles sont composés de parties insensibles, et Ion ne peut reprocher à Descartes de n'avoir pas pris les sens comme mesure des choses qui se peuvent connaître. Qui a jamais pu'remarquer, par l'entre* mise des sens, quels sont les petits corps qui sont ajoutés, à chaque moment, à chaque partie d'une plante qui croit ? Entre les philosophes^ ceux qui avouent que la matière est divisible à l'infini, doivent avouer que ses parties, en se divisant, peuvent devenir insensibles, c'est-à-dire trop petites pour agir sur les petits filets de nos nerCs qui ont quelque grosseur. C'est beaucoup mieux philosopher de juger ce qui arrive en ces petits corps que leur seule petitesse nous empêche de sentir, que d'inventer, pour rendre raison des mêmes choses, je ne sais quelles autres choses qui n'ont aucun rapport avec celles que nous sentons, comme sont la matière première, les formes substantielles et tout oe grand attirail de qualités plus difficiles à connaître que ce qu'on prétend expliquer par leur moyen.
Peut-être quelqu'un dira que Démocrite a déjà ci-devant imaginé des petits corps de diverses figures, grandeuf^ et mouvement, dont le mélange avait composé tous les corps sensibles, et que sa philosophie est communément rejetée. Cette phili^ophie n'a jamais été rejetée parce qu'elle faisait considérer des corps plus petits que ceux qui tombent sous nos sens, et qu elle leur attribuait dix erses grandeurs, figures
et mouveraents. Personne ne peut douter qu'il n'y en ait véritablement de tels. Elle a été rejetée parce qu'elle supposait des corps indivisibles ; puis, parce qu'elle admettait du vide entre eux, enfin, parce quelle leur attribuait de la pesanteur. Tout cela est ici rejeté, il n'y a pas de corps indivisibles, pas de vide, et aucun corps isolé ne peut avoir de pesanteur, c'est une qualité qui dépend' du rapport mutuel de plusieurs corps. Enfin, Déraocrite n'expliquait pas en particulier comment toutes choses avaient pu être formées par la rencontre de ces petits corps, ou bien, s'il l'expliquait de quelques-unes, les raisons qu'il en donnait ne dépendaient pas tellement les unes des autres que toute la nature pût être expliquée en même façon.
Aristote, aussi bien que Démocrite, a considéré des figures, des grandeurs et des. mouvements, et Descartes rejette aussi . bien ses suppositions que celles des autres, sa philosophie n'a pas plus d'affinité avec celle de Démocrite qu'avec toutes les autres sectes particulières.
Quelqu'un aussi pourra lui demander d'où il a appris quelles sont les figures, les grandeurs et les petites parties de chaque corps, alors qu'il avoue qu'elles sont insensibles et que, par suite, il soit certain qu'il n'a pu les apercevoir par l'aide des sens. Ayant appelé à son secours toutes les notions claires et distinctes qui peuvent être en notre entendement touchant les choses matérielles, et n'en ayant trouvé d'autres que celles des grandeurs, des figures et des mouvements, il* a jugé que toutes nos connaissances sur la nature devaient en être tirées, puisque toutes les autres notions sont obscures et confuses et ne peuvent nous donner la connaissance d'aucune chose hors de nous, mais plutôt la peuvent empêcher. L'exemple de beaucoup de corps, composés par l'artifice des hommes, lui a beaucoup servi, car il ne reconnaît d'autre différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que là nature seule compose, sinon que les organes des machines sont d'une grandeur proportionnée aux mains qui les font, les organes qui constituent les corps
naturels sont trop petits pour èire aperças de nos sens. Mais, eD fait, toutes les règles de la mécaDÎqae appartieBuenl à la physique, ei de même qu'uo habile horloger saura reconstituer le mécanisme entier d''uDe montre dont plusieui^rouage^ lui sont inrisibles. de même, en considérant les efEbts et parties sensibles des ciMps naturels, il a tâché de connalirt; quelles doivent être eeDee de leurs parties qui sont insensible.
On relouera f«nt-êire qu'un horloge' industrieux peut faire deux montres qui marquent Theure en même façon, semij4able^ à Textérîfïur, et qui n'aient toutefois rien de semblable à la composition de leurs roues. Ainsi, il est certain que Dieu peut aAoir fait que touieè tiioses de ce monde cuuservent même ajijjarence. et c^la par une infinité de moyenssans qu'il roit po^rsible à Fesprit humain de conDaître lequ^ de tous les moren^ il a i ouJu emploTer à les faire. Descaries ne fait aucune diificulié à accorder cela. Et il croira avoir assez fait s les causes gull a expliquée sont telles que tous les ellets qu elles peuvent produire fe trou^'^nt semblaL»les à ceux que nous voyons dans le monde. Il croit même qu il e^ aussi utile pour la vie de connallr'cf ces causes ainsi imaginées que si on avait b connaisôance des vraies. Arislole n'a pas v«mlu iaire phis pour la médecine, les mécaniques et générakanenl tous les arts dépendant de la physique, et il le confesse au commencement du septième chapitre du premier livret de ses Météorefe:. < Pour ce qui est de^ choses qui ne sont pas manifestes aux sens, je pense les démc«ntrer BuBisammeul et autant qu'on peut le dé^ii-er avec i'ait»on . si je fais voir seulement g u elles p^jeceid êti^ teliet que je les explique, f
Cha a ct^iiendanl une cerlilude morale que louie*^ ks choset de ce monde tjonl telles qu'il a été ici démonti^ qu'elies peuvent éiT*r. el par certitude m »rale il faut entendre celle qui suffit tj j^ler nos mtieurs. Ceux qui n'ont pas été en Italie ne doutent |iaè dt- lexistenc^r de htime. el «i quelqu'un, pour dérdiiffrer un ciiiffre éctil en lettf« ordinait^îs. emploie une
combinaison qui donne un sens aux dépêches qu'il veut lire, il ne doutera pas d'avoir trouvé le vrai sens du chiffre, principalement si le chiffre contient un très grand nombre de mots. Sette certitude morale ne s'applique-t-elle pas à ces déductions que Descaries a tirées d'un très petit nombre de causes, en admettant même qu'il les ait supposées par hasard et sans que la raison ne'-les lui ait persuadées, et qui lui ont permis d'expliquer de si nombreuses propriétés de l'aimaÀl, du feu et de tout ce qui est au monde ? Le nombre des lettres de l'alphabet est, d'un côté, beaucoup plus grand que celui des premières causes qu'il a supposées, et, d'un autre côlé, on n'a pas coutume de mettre tant de mots ni même tant de lettres dans un chiffre, qu'il y a déduit de divers effets de ces causes.
Et même on a une certitude physique morale fondée sur un principe de métaphysique très assuré, qui est que Dieu, souverainement bon et source de toute vérité, nous a donné pour distinguer le vrai et le faux une puissance ou faculté qui ne nous trompe pas quand nous en usons bien, et qu'elle nous montre évidemment qu'une chose est vraie. Or, les principes de mathématiques qui forment la certitude de ce traité, ou d'autres aussi évidents et certains, sembleront absolument évidents. 11 ne se peut faire que nous sentions aucun objet, sinon par le moyen de quelque mouvement local que cet objet excite en nous. Les étoiles fixes ne peuvent exciter ainsi en nos yeux aucun mouvement, sans mouvoir aussi en quelque façon toute la matière qui est entre elles et nous. D'où il âuit que les cieux doivent être fluides, c'est-à-dire composés de petites parties qqi se meuvent séparément les unes des autres ou, du moins, qu'il doit y avoir en eux de telles parties. Descartes a eu soin de proposer comme douteuses toutes les hypothèses qu'il a pensé l'être. Toutefois, ne voulant se fier trop à lui-même, il soumet toutes ses opinions au jugement des plus sages et à ratUorité de l'Eglise,