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LA NEUTRALITE

Au moment de la mort de Charles VI, l'on était en conversation aigre-douce avec les Quatre Membres de Flandres. Ceux-ci, émus des faits que nous savons, avaient réclamé, par des lettres reçues le 18 octobre : l'exil des séditieux et des gens de Guise réfugiés à Tournai; le châtiment de ceux qui avaient injurié le duc de Bourgogne ; la délivrance de Hugues Lamy (1). Mais la députation envoyée à Gand pour répondre à ces sommations, — le roi étant décédé dans l'entretemps, — s'entendit poser une question autrement importante, à savoir si la ville de Tournai voulait tenir le dauphin pour roi, si elle lui prêterait une entière obéissance ou resterait neutre comme auparavant ; en d''autres termes si, entre Tournaisiens et Flamands, ce serait la paix ou la guerre (2). Avant qu'on eût eu le temps de répondre, une intervention personnelle du duc de Bourgogne suspendit ces premiers pourparlers.

(1) Ext, II 6, 7, 8. Les lettres des Quatre-Membres parvinrent le 18; Clermès, Dauby et Descamps allèrent consulter l'évêque à Arras (20-23 octobre) et à Lille (29-30\ Cf. comptes d'entremise, 1422-1423.

(2) Ext. p. 9. Députés : Destrayelles, Descamps, Dauby, Wettin, Saint-Génois, R. de Clermès, Jacques le Louchier. Le 10 novembre, les notables, consultés sur la réponse à faire aux Quatre-Membres déléguèrent seize d'entre eux : Jacques Cottrel, Ph. de Bourghelles, Jacques le Louchier, Jean Martin, Jacques du Mortier, Jean de Bauwegnies, Jacques Croquevillain, Ernoul le Muisis, Pierre de Hauteville, Tassart Savary, Gilles Pietdavaine, Jean de Crespin, P. de Nouveauville, Mahieu Yolent, Laurent le Sesne, Grard de Cuinghien. Armagnacs et bourguignons se trouvèrent mêlés, comme l'indiquent les noms soulignés (Consaux).

Dès le 23 novembre, en effet, Philippe, après avoir été tenu à l'écart des affaires par une maladie, prenait en mains les intérêts de son ami Cathine (1); et, le 20 décembre, il invitait les Tournaisiens à un échange de vues sur la situation (2). Le 22, à Lille, Jean Wettin, alors mayeur des échevins, Pierre Delepierre, eswardeur, Jean de Leuze, juré et Jean Dauby, second conseiller, délégués par les Consaux, se trouvèrent en la présence du duc, qu'entouraient Thoisy, Roubaix, Hugues de Lannoy et d'autres personnages.

L'évêque parla le premier, exprimant les sentiments d'amitié que nourrissait le duc envers les Tournaisiens, sentiments dont il ne tenait qu'à eux d'assurer la durée. Lannoy ensuite demanda que Cathine, qui n'avait d'autre tort que son dévouement à la maison de Bourgogne, fut réintégré dans ses fonctions et dans ses biens; il réclama la délivrance de Hugues Lamy, non sans faire ressortir la bienveillance du duc, qui n'avait pas encore autorisé les villes flamandes à user de représailles. Abordant la question principale, le gouverneur de Lille vanta les avantages que la paix avait procurés jusqu'alors à Tournai. " Maintenant que le duc allait poursuivre l'exécution de ses desseins dans le royaume, il s'agissait de savoir comment nous voulions vivre et être en sûreté avec lui et ses gens du pays de Flandres «. A la fin de l'audience, Philippe prit lui-même la parole et dit « qu'il avait aimé et aimait cette ville, et le voulait faire, si en nous ne tenait «. Les députés se bornèrent à remercier et à le supplier de garder la ville en sa bonne grâce (3).

(1) Ext. II 10. Par suite, Clermès et Dauby allèrent à Lille parler au duc les 23-28 novembre. (Cf. comptes d'entremise).

(2) Ibid. 12.

(3) Ext. II 13-15.

Ainsi fut posée la question. Au retour de l'ambassade, l'on se mit à la besogne pour composer une réponse. Le problème consistait en somme à définir les termes de la neutralité qu'imposait aux Tournaisiens leur position géographique. Mais il y avait des nuances; et nos diplomates, habiles à les discerner et à choisir les moins tranchées, évitèrent tout engagement précis. Un premier projet fut mis sous les yeux de l'évêque à Lille, et revint chargé de corrections (1). Pour le remettre sur le métier l'on constitua une commission de quinze membres, neuf délégués par les Consaux et six élus par les notables, ces derniers excellents patriotes (2).

Une objection avait surgi parmi les notables, c'est que les Consaux ne pouvaient rien accorder sans le gré et congé du î^oi (3). On l'avait prévue à l'hôtel-de-ville ; et l'on avait demandé à Charles VII les lettres dont il est fait mention ci-dessus. Mais il ne faut pas oublier que, à la date où nous sommes, Lotard de Willeries n'était pas encore revenu de Bourges.

Le 19 janvier 1423 les notables adoptèrent un nouveau texte élaboré par les XV, en réservant l'approbation royale (4). Peine perdue d'ailleurs. Ce texte était si bien alambiqué que les conseillers du duc le

(1) Consaux, 31 décembre : a Des avis fais pour faire response à monseigneur de Bourgogne, dont on a fait cédulle par escript pour le porter, par mestre Jehan Daubi, à monseigneur l'évesque «. Dauby fut à Lille du 3 au 6 janvier 1423 (Comptes d'entremise).

(2) Consaux, 7 janvier : « Pour ouir la relation de mestre Jehan Dauby, des avis par lui portés au nom de nous à monseigneur l'évesque... Et si rapporta par escript les corrections sur ce faites. — Elus pour aviser les cédules première et darraine, les quiefs avec Ern. de Waudripont, Wattier Wettin, Quentin du Mortier, Hurtebise, Coppet, Clermès. Les notables élurent, le 12, Bourghelles, Cottrel, le Louchier, Bosquet, Martin et Nouveauville (Ext. II 17).

(3) Consaux, 12 janvier.

(4) Ext. II 17.

rejetèrent d'emblée, en disant que « la cédule était trop rigoureuse, qu'il j avait moult de mots captieux et qu'on voulait plus lier Mgr le duc qu'on ne se liait envers lui, et plusieurs autres choses » . Comme l'accord ne semblait pas prochain, ils remirent aux députés tournaisiens un libellé conforme à leurs vues, en donnant délai jusqu'au premier de juin et au besoin jusqu'au premier de juillet pour conclure, les relations des deux parties demeurant dsms le statu quo (1).

Si l'on veut aller au fond des choses, et définir l'objet du débat, les documents font défaut. Ni le texte composé après la première entrevue de Lille, ni les corrections de l'évêque, ni la cédule proposée dans la seconde entrevue, n'ont été conservés. Mais l'on sait que ce qui préoccupait le duc de Bourgogne, après les mésaventures de Cathine et de Lamy, c'était la question de sûreté, c'est-à-dire de savoir si Tournai et le Tournaisis, bien que soumis à un prince ennemi, offriraient à ses sujets et à ses partisans la sécurité que lui-même garantirait aux Tournaisiens dans ses propres états. Or il ne suffisait pas pour cela d'une vague déclaration de neutralité ; car, sans se livrer eux-mêmes à des actes hostiles, les Tournaisiens auraient pu offrir un point d'appui aux armagnacs, et Philippe voyait surgir à sa porte un autre Guise. Lui qui, par ses lettres de l'année précédente, qu'on lui demandait de renouveler, s'était engagé à ne point laisser ses troupes séjourner en la banlieue de Tournai ni en Tournaisis; qui avait permis aux habitants de Tournai de circuler dans ses

(1) Ext. II 18. Prenons le texte, même : « fut faite une autre cédule, que lesdits ambassadeurs ont rapportée, et qui a esté lue; afin que, si on voulait bailler la pareille pour le sur estât, et aussi pour ledit traité passer, on aurait jour jusques au premier jour de juing. Encore aroit-on délay, et tenroient toutes co?es estât, jusques au premier jour de juUet ».

états sûrement et paisiblement; n'avait-il pas le droit de demander en retour que les Tournaisiens lui garantissent, à lui et à ses sujets, la sécurité dans leur ville et en Tournaisis ? Même contre les gens du roi ? Sans doute, et surtout contre eux. De là toute la discussion, les Tournaisiens hésitant à franchir ce pas.

Après l'échec de la seconde conférence de Lille, toute cette affaire, avec le texte proposé par les conseillers de Philippe, fut renvoyée en commission (1) et la ville put se tourner vers les Quatre-Membres, qui attendaient toujours, et non sans impatience, une réponse à leurs lettres du mois d'octobre. Dans celle qui leur fut faite, les Tournaisiens déclaraient d'abord " tenir le roi pour roi et leur souverain, et être déterminés à lui rendre obéissance ^ ; mais, comme ce point, et d'autres soulevés par les Quatre-Membres, étaient maintenant traités ailleurs, les députés envoyés à Gand n'eurent à s'occuper que de l'aifaire Lamy. Les Flamands, qui l'avaient à cœur, dirent que " puisque nous étions déterminés à tenir le roi à seigneur, et que ceux de Guise étaient à lui, nous étions tout un, et pourrions faire tant par devers notre roi et les dits de Guise que Maître Hugues devrait être délivré « (2). Rien de plus juste; aussi voyons-nous la Ville, à partir de ce moment, s'appliquer à réparer l'attentat du 6 septembre.

Durant le séjour du bailli de Senlis, les choses ne

(1) Ext. II 19.

(2) Ext. II 19-22. Wettin, Destrayelles, Le Louchier, Dauby et Bosquet furent à Gand, le premier du 12, les autres du 14 au 19 mars (Comptes d'entremise, voyages). Notons que les Quatre-Membres reprochèrent aux Tournaisiens d'acheter des vivres en Flandres pour les vendre à ceux de Guise

laissèrent pas d'avancer. D'abord on eut l'autorisation du roi et sa garantie. Par suite, les Consaux, réunis le samedi-saint (3 avril) « après le cierge bénit » jetèrent les bases du traité à conclure :

1" « De faire pareilles promesses et obligations, de par la Ville, à celles que fait Mgr de Bourgogne (1).

2"" « De faire renouveler les lettres qu'on a de Mgr de Bourgogne » — celles de septembre 1422 — « et ralonger le jour que les lettres ont à durer; c'est assavoir du Noël prochain venant en un an ^ .

3" « D'avoir lettres dudit Mgr, par lesquelles il fasse tant à ceux de Paris, qu'ils ne connaissent des causes qui touchent les bourgeois; et qu'aucuns arrêts ne soient donnés qui puissent avoir exécution sur les biens que les bourgeois et manants auraient es pays dudit seigneur ; et que ceux de Tournai ne sortissent point en Parlement; et qu'aucuns mandements ne soient envoyés ; et qu'il fasse surseoir aux arrêts.

4"" Quant au bailliage, qu'on n'y baille quelque consentement ni service à ceux qui le tiendront ^ .

Il s'agissait donc, non seulement d'assurer le commerce avec les sujets du duc, mais encore de se soustraire, par son intervention, au pouvoir de Bedford.

Avec ces éléments, non sans avoir pressenti l'évêque (2), on alla, le 28 avril, trouver le duc à Bruges; mais celui-ci, ayant du partir pour Gand, ne put conclure. Il fit exprimer sa confiance en la sagesse des gouverneurs de la ville, et recommanda deux points sur lesquels, apparemment, on ne lui avait pas encore donné tous ses apaisements : c'était la délivrance

(1) La réciprocité des engagements, imposée par les termes de l'autorisatioa royale, sera l'excuse des bourgeois partisans du traité (Cf. Mémoire des bourgeois, aux Pièces justificatives).

(?) Ext. u 25.

de Lamy et « de tenir le pays et les gens sûrs ^ (1). On se mit en quatre à l' hôtel-de-ville. Troissy, qui était encore dans nos murs, eut la promesse d'une gratification de cent couronnes d'or au moins, pour faire relâcher le chanoine; d'autre part, ordre fut donné aux hôteliers de signaler tous les étrangers logés chez eux, el l'on publia que quiconque ferait un prisonnier de guerre sur le pouvoir de Tournai serait poursuivi (2) ; enfin l'on s'occupa de la rédaction des « articles pour répondre à Mgr de Bourgogne afin de tenir la ville sûre ?' , ce qui était la partie la plus délicate du traité (3). Le 14 mai, une ambassade composée de Caron Destray elles, Jean Wettin, Jacques le Louchier, Jean Dauby et Nicolas Bosquet fut envoyée au duc à Bruges, où l'on parlementa durant douze jours. De ces conférences sortit un traité en bonne et due forme. Sans doute les pouvoirs des députés n'allaient pas jusqu'à lier la ville, mais on comptait bien en finir; si bien que, le terme ûxé pour la durée du statu quo étant près d'expirer, Philippe adressa, dès le 24, des mandements à ses gouverneurs de Lille et d'Arras pour

(1) Deslrayelles, J. Wettin, Jacques le Louchier, Dauby et Bosquet revinrent de Bruges le 5 mai (Comptes d'entremise, voyages). Ext. ii 36.

(2) Consaux, 7 mai : « Item, quant à faire réponse... de tenir la ville sure; les commis ont advisé de faire command as hostelens de la ville et des faubourgs que, si aucunes gens de dehors incogneus se viennent loger en leurs maisons, que ils le viennent dire aux prévôts. Et aussi de faire crier et notefier que, s'aucunes gens d'armes ou autres, de garnisons, de forteresses ou villes, quelles qu'elles soient, espient aucuns en le ville ou pooir, et puis les prengnent ou amainent, et ceulx qui ce feront ne peuvent estre prins et appréhendés ; ils seront appelés et adjournés contre le procureur de le ville, et punition faite selon le cas. Et nientmoins, se aucuns des garnisons ou autres gens des forteresses ou villes qui aroient fait (la prise), viennent ou s'embatent en ladite ville ou juridiction, et y pevent estre trouvés et appréhendés, ils seront constrains et tant détenus prisonniers que ils auront fait délivrer ceux que premiers aroient (été) espiés, sans en payer rançon ».

(3) Consaux, 11 mai. 40 à 50 notables furent assemblés à cet effet.

assurer dès lors, et sauf contre ordre, la sécurité des Tournaisiens dans ses états (1).

Quelles étaient en définitive les stipulations du traité? De la part de Philippe : P les lettres, commissions et arrêts donnés à Paris de par le roi d'Angleterre ; les dons qu'ils pourrait faire des biens et personnes de ceux de Tournai ne seront pas exécutés dans les états du duc, mais tenus en suspens pendant trois ans.

2"" Les lettres accordées antérieurement par le duc seront renouvelées pour trois ans.

De la part des Tournaisiens : P la ville paiera, en trois ans, quatre mille couronnes d'or, dont deux mille la première année et mille chaque année suivante.

2"" Elle garantira la sécurité de son territoire et du Tournaisis.

Sur ce dernier point, il semble que le texte proposé par Tournai ait été encore modifié à Bruges. Que devint-il en définitive? On l'ignorerait — car les procèsverbaux s'en taisent — sans une indiscrétion du chroniqueur, qui supplée, comme naguère à propos du traité de Troyes, au silence des documents ofiiciels. Selon ce témoignage, habituellement exact, '• le traité, entre autres choses contenait : que les gens du dit duc et de tous ses pays iraient et viendraient en la dite ville de Tournai marchandement et autrement ; et que ceux de la dite ville ne soutiendraient en icelle nuls ennemis du dit duc ; et que, si aucuns ennemis dHcelui venaient sur le bailliage du Tommaisis, ils isseraient de la ville et aideraient les gens du dit duc à iceux encachier et exceller ■» (2). C'était la neutralité, telle qu'on l'entend

(1) Partie le 14, l'ambassade revint le 26 mai (Comptes d'entremise). Ext. II 40, 41. Pièces justificatives, 9.

(2) De Smet, p. 379.

de nos jours. Mais si cet engagement s'accordait avec les termes de l'autorisation royale, l'on pouvait au moins en douter ; et certes, il heurtait les sentiments les plus profonds du peuple tournaisien.

Quant les députés revinrent de Bruges le 26 mai, le traité n'était encore qu'un projet. Suivant une décision prise au début de l'affaire et selon la constitution communale, la commission des XV devait faire rapport aux Trois-Cents, qui décideraient au nom du peuple. C'est ce qui eut lieu le V juin. On communiqua en même temps à l'assemblée les articles arrêtés entre le duc et les députés de la ville, et les lettres du roi qui autorisaient le traité. Les Trois-Cents, qu'on eût bien voulu amener à sanctionner définitivement l'accord, en ayant aperçu le côté scabreux, prirent un biais; ils décidèrent de conclure le traité, pourvu que la co)nmunauté y asquiesçât (1). On sait combien l'Hôtel-de- Ville redoutait l'intervention de cette masse aux mouvements soudains et aux penchants trop connus. Lors du traité de Troyes, l'on avait reculé devant un tel risque; cette fois il fallait bien s'y résoudre.

Au moment que la main populaire va s'abattre lourdement sur l'édifice de la politique bourgeoise et le renverser, il convient d'admirer les savantes dispositions de celui-ci. Car, usant avec une remarquable habileté de circonstances difiiciles et parfois périlleuses, l'oligarchie patricienne qui gouvernait Tournai les avaient fait servir au progrès de la puissance communale. Dans un temps d'oppressions, de désordres et de ruines, elle avait gardé la paix et la richesse, et conquis l'indépendance. En effet, les demandes du roi

(1) Ext. II 41.

éludées, un traité conclu avec le duc de Bourgogne, jamais Tournai n'eut été plus libre ni plus tranquille. Plus de bailli, celui du dernier règne ne pouvant plus exercer et n'étant pas remplacé; plus de parlement, celui de Paris étant aux Anglais et celui de Poitiers trop loin ; plus de service féodal ni pour le roi ni pour le duc de Bourgogne ; la ville et le Tournaisis fermés aux gens de guerre de toute provenance; plus de monnaie royale, et par conséquent liberté pour les habitants de porter leur or et leur argent où bon leur semblerait; enfin, s'il eût fallu payer quatre mille couronnes au duc, l'on gardait l'aide de six mille livres en attendant son lointain créancier. Bref, jamais l'on n'approcha de si près de l'idéal rêvé par la haute bourgeoisie.

Mais le peuple n'entra point dans la combinaison. " Le deuxième de juin 1423, qui fut la nuit du Sacrement (1), avait été la communauté de Tournai assemblée par paroisses en la halle du conseil, comme alors on avait accoutumé de faire es grandes affaires de la dite ville. Et, illec assemblés, leur avait été montré, par les trois Consaux de la ville, certain traité durant trois ans à venir, envoyé par Philippe duc de Bourgogne pour le faire accorder entre lui et la dite ville... " On communiqua aux paroisses les lettres du roi ci-dessus mentionnées (2) ; et plusieurs " remonstrances ^ leur furent faites. Après quoi « les paroisses retraites et conseillées selon l'usage, toutes les paroisses de l'évôché de la ville l'accordèrent, mais celles de l'évêché de Cambrai ^ — Saint-Brice, Saint-Nicolas et Saint-Jean — « dirent qu'ils n'étaient point conseillés

(1) Fête-Dieu : elle tombait le 3 juin cette année là.

(2) Consaux, 2 juin.

et ne pouvaient répondre en cette heure, à cause que les principaux de leurs paroisses et ceux qui étaient en la Loi n'étaient point avec eux ; et demandèrent jour d'avis et de conseil (1).

" Auxquels fut répondu que les neuf paroisses du dit évêché de la ville (2) l'avaient accordé, et que leurs trois paroisses n'y pouvaient empêcher ; car le plus l'emportait, et que sept paroisses sans plus — dont il y en avait neuf — faisaient l'assens. Mais nonobstant ce, on leur accordait leur demande, eux assignant jour au vendredi ensuivant ?? .

Les gens de Saint-Brice n'avaient pas osé heurter de front les seigneurs de la Loi ; mais, à peine sortis de la halle, ils ne cachèrent pas les vrais motifs de leur refus. " Iceux à cette cause demeurant longuement en halle, plusieurs de l'évêché de la ville les attendaient au pied d'icelle ; et eux descendus leur demandèrent la cause de leur demeure. Auxquels ils répondirent qu'ils avaient pris jour d'avis de répondre parce que « il leur semblait que le duc de Bourgogne n'avait d'autres ennemis fors les gens du roi, et que, s'ils accordaient le dit traité, ils se formeraient être contraires au roi leur sire r> . Allusion à l'article que l'on sait. « Et adont ceux de l'évêché de la ville, entendant le fait et leur légère simplesse, dirent qu'ils avaient été abusés et déçus, et ne tiendraient rien de l'accord du dit traité -^ .

(1) La distinction entre les deux évêchés n'a pas d'importance. L'évêque de Cambrai était alors Jean de Gavre, fils d'Arnoul, pair de Hainaut et de Marguerite de Berghes (Gallia m 49), non moins inféodé que Thoisy au parti bourguignon. Mais, comme on le verra ci-après, le parti populaire dominait dans les quartiers de la rive droite. — Un frère de l'évêque de Cambrai, Philippe de Gavre, seigneur de Lens, époux de N. de Gruthuse, habita Tournai. V. ci-dessus, p. 12.

(2) Notre-Dame, Saint-Quentin, Saint-Pierre, Saint-Piat, Saint- Jacques, La Madeleine, Sainte-Marguerite, Saint-Nicaise, Sainte-Catherine.

« Et le vendredi venu les paroissiens de Saint-Rrice, de Saint-Jean et de Saint-Nicolas déclarèrent qu'ils n'oseraient voter le traité sans la permission du roi, et demandèrent que la Ville envoyât vers lui pour savoir sa volonté.

r> Auxquels fut répondu que la Ville avait plusieurs grandes affaires dont moult était chargée, sans ces dépens.

w A laquelle chose les dits paroissiens répondirent, et spécialement ceux de Saint-Brice, que, si la Ville n'y voulait envoyer, ils y enverraient à leurs mêmes et propres dépens.

■ ^ Auxquels fut répondu que la chose était hâtive, et que ce jour n'était point de requêtes, et que, s'ils voulaient faire aucune requête, ils vinssent le mardi ensuivant (1).

Et ainsi se partirent ^•> .

Ce récit, à part quelques détails, est confirmé par le procès-verbal, singulièrement concis, des assemblées paroissiales (2).

Tandis que les Consaux effarés dépêchaient Jean

(1) Le mardi, jour de réunion des trois Consaux, était aussi celui que l'on recevait les pétitions.

(2) Consaux, 2 juin : •* Lequelle communité assemblée, et allé à partcescun en sa paroce, en grant nombre de gens; après ce que les lettres du roy leur furent leues, et aussi les articles desdis traittiés; eux, sur ce, eu advis, dirent ce que s'ensuit : Et premiers ceulx de le paroce Notre-Dame, que lesdis traiiiés leur sembloient bons et pruffitable pour le bien publique, le paix et seureté de ceste ville et du pays environ. Quant à le finance, ils en requierquoient les Consaulx, et aussi de tout. — Saint-Piat : en sont pareillement d'accort. — Pareillement Saint-Pierre et le Bruille, Saint-Quentin et Saint- Nicaise, pareillement Saint-Jacques et Sainte-Marguerite pareillement. — Saint-Brisse : n'en eurent point d'accort, parce qu'il avoit eu à leur assemblée peu de gens de le loy ; si se assemblèrent à vendredi. — Auquel (jour), ils ne se tinrent point aux dis traitiés, se on ne les faisoit confermer par le roy y. Dans ce procès- verbal, on prête aux assemblées la forme légale,

. laquelle n'admettait que six paroisses (Ext. i 308).

Dpuby à Gand, pour avertir l'évêque et le conseil du duc (1), les patriotes préparaient une révolution.

(1) Dauby et Pierre Delepierre allèrent à Gand le 4, « près l'évêque et d'autres membres du conseil de monseigneur de Bourgogne pour le traitié encommencé », et revinrent le 6 (Comptes d'entremise, 1422-1423. Voyages). Ils partirent donc après la seconde réunion des paroisses de la rive droite.

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