RAPPORTS AVEC LE ROI ET LE DUC DE BOURGOGNE
Le peuple de Tournai, qui s'était insurgé « pour warder l'honneur du roi » ne mentit pas à sa parole.
Rappelons-nous ce qu'avait demandé Charles VII par l'organe du bailli de Senlis :
V Des avances d'argent, à tout le moins le service régulier de l'aide de six mille livres.
2° La remise en activité de la monnaie.
S"" La reconnaissance des fonctionnaires nouvellement nommés.
4" La publication des chartes données à Bourges.
Or, tandis que l'ancienne municipalité avait fait la sourde oreille, le magistrat démocratisé s'empressa d'acquiescer aux désirs du roi.
Quant à l'aide, l'on était en retard de trois quartiers : octobre 1422, janvier et avril 1423. Aux lettres du confesseur du roi, à qui revenait de droit cet argent pour l'employer en œuvres pies, et de Xaintrailles, qui exhibait une assignation de deux mille livres, les Consaux avaient répondu que " l'argent était allé es pourvéances de la ville ^ (I). A Troissj, pour ses frais de voyage, l'on prêta cinq cents Ib. sur le quartier d'avril (2) ; Xaintrailles, à force d'instances, en toucha autant sur ceux d'octobre 1422
(1) Consaux 2 mars « Des lettres de Poton de Santraille et du confesseur du roi : on en écrira que, jusques à ce qu'on ait nouvelles de nos gens... et que l'argent est allé es porvéances de la ville. »
(2) Cf. Ext. t. Il p. 23 (l'analyse est inexacte) et 29.
et de janvier 1423 (1); mais Willeries et ses compagnons de route, qui avaient reçu du roi, à titre de gratification, un mandat de cinq cents Ib. (2), et Jacques d'Harcourt, le défenseur du Ponthieu, qui en produisit un du même import (3), essuyèrent des refus, les Consaux ayant décidé de ne plus rien payer jusqu'à ce que le roi fut venu en personne toucher les arriérés (4).
Autre chose après l'élévation des bannières. Dès le 29 juin il fut résolu de verser à Xaintrailles le complément de la somme à lui assignée (5) ; et depuis lors, l'aide fut servie régulièrement entre les mains du receveur désigné par le roi, Martin de Canlers.
D'autres affaires languirent jusqu'à la poussée populaire du mois d'août. Une pétition présentée alors réclama entre autres les points suivants :
« De faire monnaie.
^ Que ceux qui ont offices de par le roi les puissent exercer.
« Que, auprès du roi, ait homme qui écrive par deçà V (6).
Le 21 septembre la monnaie fut affermée, et l'on y forgea des couronnes (7). Etienne de Willeries fut
(1) Consaux 6 et 7 avril. Lotard de Willeries se porta garant pour Xaintrailles.
(2j Ext. t. II p. 54.
(3) Consaux, 17 mai.
(4) Ext. t. H pp. 33 et 39. Le 27 avril les Consaux conclurent : quand il (le roi) viendra par deçà, on lui en fera bon compte.
(5) Consaux 29 juin : « Si on a bonne décharge de Xaintrailles, qu'on le paie du surplus des 2000 Ib... « Cette somme fut imputée sur le compte semestriel d'octobre 1422-mars 1423. Xaintrailles toucha de plus 1000 Ib. sur le compte d'avril-septembre 1423, peut-être pour Christophe et Jacques d'Harcourt, lesquels firent présenter une assignation de cet import le 5 août. (Cf. Consaux et comptes généraux).
(6) Consaux, 25 août. Le texte ajoute : - et autres choses contenues dans une cédule bailliée par la communauté. »
(7) Le 8 juillet, Ernoul Le Muisis déclare que, nommé contre-garde de la monnaie, il requiert la ville de consentir à la reprise du monnayage. Cette
admis à siéger comme bailli de Tournaisis, d'abord en sa maison — par une exception que justifiait l'insécurité des environs — puis à Maire (1). Jacques de Buis exerça l'office de receveur du roi {2). Lotard de Willeries, que Charles VII avait fait garde de la monnaie, opta pour les fonctions de souverain clerc greffier de la ville (3). En exécution de la charte qui supprimait le scel royal, ordre fut intimé au tabellion de cesser ses fonctions (4). En même temps les anciens arinagnacs, naguère en butte à l'hostilité du magistrat, Jean Dauchy (5), Gilles de Rassoncamp (6), Jacques Coure (7), Jean Herman, ex-capitaine de Mortagne(8), rentrèrent tranquillement à Tournai, tandis que leur principal adversaire, Cathine, cité devant les prévôts et jurés, était condamné par contumace au bannissement perpétuel et à la confiscation de ses biens (9).
démarche fut vraisemblablement la conséquence du message reçu du roi la veille (Ext, ii, 49, 50). Elle fut renouvelée le 31 août par Le Muisis, Croquevillain et d'autres (ibid. 65). Une publication du 21 septembre annonça que la monnaie était ouverte, et que l'on y forgerait, pour commencer, des écus d'or de 67 au marc.
(1) Ext. II 66 et 70. Consaux 9 octobre.
(2) Consaux, 16 septembre.
(3) 11 fut nommé le 11 septembre, aux appointements de 100 Ib. t, (Comptes d'entremise 1423-1424).
(4) Ext. II 71.
(5) Consaux 16 juillet : on ôte les « maneurs »» .''garnisaires) de sa maison.
(6) Ib. 7 septembre : on lui destine l'office de «< jauger vins. »
(7/ Ext. II 80. C'est d'ailleurs la seule mention que l'on trouve de l'ancien conseiller.
(8) Ext. II 58 et 60.
(9) Consaux 5 octobre 1423 : « De 'faire appeler Guillaume Cathine. « Il fut condamné le 23 novembre •' comme calomniateur, dissimuleur et prévaricateur et pour avoir pris et exigé de plusieurs personnes plusieurs grandes sommes d'or et d'argent, joyaux, haubergeons, draps et auti'es choses, en grande valeur et estimation, en soi faisant corrompre des dites exactions indues et inraisonnables contre le bien de justice. Par lesquelles corruptions, plusieurs ont été délaissés à punir criminellement et autrement, et autres traités haineusement plus qu'il n'appartenait de raison; et dont justice par sa très orde et vile convoitise, corruption et dissimulation désordonnée, a
Enfin le peuple exigea qu'un service régulier d'informations fut organisé. Car, depuis le 7 juillet, l'on était sans nouvelles du roi ; et c'est par voie indirecte que l'on avait appris la naissance du dauphin. Ce service fut confié à Jacquemart Boutillier, qui avait déjà rempli plusieurs missions en Berry (1). Dès lors commença, entre Charles VII et les Tournaisiens, une correspondance qui forme l'un des joyaux des archives communales : lettres pénétrées de confiance et d'affection réciproques, toutes vibrantes des espérances du roi et du dévouement de ses sujets, et que l'on ne peut lire sans émotion à la pensée des périls qu'il fallut braver pour les porter à destination, soit « par les Allemagnes », soit à travers le pays ennemi.
La première de ces lettres, partie d'ici à l'entrée de septembre (2), exposait les malheurs de la ville, " les grandes haines et tribulations qu'elle avait à souffrir, tant de la part des cités désobéissantes, que de celle des ennemis et adversaires du roi, dont elle était entourée de toutes parts : ce qui la mettait en tel danger que les
été abusée en plusieurs cas, et n'en a pu savoir la vérité ; en commettant par lui, en ce faisant, crime de faux et de parjure, de concussion et de trahison envers les juges, qui par lui ont été abusés. Et pour lesquels cas, il s'est rendu fugitif de la dite ville. Desquels, et tant que incrueillé, le dit Cathine est atteint et convaincu par leurs témoins dignes de foi et de crédence... » (Reg. de la Loi). Des griefs de cette nature ne manquent jamais dans les procès politiques. Cathine interjeta appel au Parlement de Paris (Paris. Arch. nat. Parlement X 1» 64 fo 195 o-196 «).
(1) Pourtant nous trouvons trace d'un procédé pratique et peu coûteux qui fut employé pour s'informer. Le 8 juillet, Richardin Oudry fut condamné au pèlerinage de Saint Antoine aux déserts du Viennois (Isère). Au retour, il devait se rendre auprès du roi pour rapporter de ses nouvelles. Parti le 9, il revint le 4 septembre, muni de lettres closes du roi qui furent lues en halle et aux bretèques (reg. de la loi, voyages). Je crois que Jacquemart Boutillier n'est autre que le tils du jurisconsulte Jean Boutillier (Cf. Eugène Soil, Notes pour servir à la généalogie de la famille de Moriamé, p. 9).
(2) La minute de cette lettre fut lue aux Consaux le 31 août. On en connait le texte par la réponse du roi, qui en repi oduit les principaux passages.
habitants ne pouvaient en sortir, sinon à bien grande peine, péril et aventure de leurs personnes. Pour ce motif, elle était dépourvue de vivres, et d'autres choses nécessaires. Et tout cela, pour avoir toujours voulu garder sa loyauté envers le roi «. Les Tournaisiens conseillaient à Charles " pour plutôt parvenir au recouvrement de sa seigneurie, de se mettre sus, et d'aller on personne par delà, afin de les délivrer de la douleur, peine et danger où ils étaient. Ses sujets ne pourraient le voir sans le reconnaître pour leur souverain et naturel seigneur, et lui rendre l'obéissance qu'ils lui devaient « . Ils disaient bien ; mais pour cette entreprise, il manquait Jeanne d'Arc.
La lettre dont on vient de lire des passages fait allusion aux hostilités bourguignonnes. En effet il ne suffisait pas de déchirer le traité offert par Philippe ; il fallait en conclure un autre, ou bien c'était la guerre.
Durant les trois jours d'émeute, toutes relations furent suspendues. Le 11 juin, les Gantois dépêchèrent un chevaucheur pour s'informer de ce qui se passait. Celui-ci retourna le 13, accompagné d'un messager tournaisien qui portait aux échevins de Gand une lettre " faisant mention des assemblées lors faites en cette ville « ( 1 ) . Nos métiers comptaient sur la sympathie des communes voisines. L'on adressa aux villes de Bruges, d'Ypres, de Courtrai, de Lille, de Douai, de Valenciennes, de Mons, une relation de l'élévation des
(1) Cf. comptes de la ville de Gand 1423 f» 63 et Arch. de Tournai, comptes d'entremise 1422-1423, dons aux chevaucheurs. Le chevaucheur de Gand, Jean Moyart, fut envoyé le 11 et repartit le 13. Le messager tournaisien Delerue se rendit à Gand le 13 et revint le 15. Un autre messager gantois apporta le 16 une lettre au chanoine flamand Liévin Le Blecker, qui résidait à Tournai.
bannières; l'on décida d'envoyer une mission étudier les ordonnances des métiers de Gand (1) : tout cela dans le but évident de dissimuler le rôle du parti français dans l'affaire.
Dans l'entrefaite revint Philippe, qui s'était rendu à Troyes pour le mariage de sa sœur avec Bedford (2). Il fallut alors, à défaut de mieux, employer l'argument qui ferait toujours prendre patience. Le 16, jour même que le duc rentrait à Gand, le receveur de Tournai décaissa six cents florins d'or, « pour très grande nécessité et hâtive cause désirant très grande célérité ; pour le bien, paix et tranquillité de ladite ville et des habitants d'icelle, et l'entretien du cours de la marchandise ». On ne donne pas plus de détails sur cette opération ; les six cents écus dont il est question furent distribués, vraisemblablement, dans l'entourage du prince (3).
L'ambassade des métiers, partie pour Gand le 19, s'efforça en vain de donner le change aux Flamands sur la portée de notre révolution. La présence du duc au milieu d'eux contribuait sans doute à les rendre circonspects. Toujours est-il que le point auquel ils s'attachèrent, c'est l'influence du Sire de Moy (4).
Malgré ce fâcheux début, les pourparlers recommencèrent immédiatement avec Philippe par l'entremise de Thoisy. Or, une affaire d'ordre ecclésiastique appelait l'évèque à Tournai. C'était le procès de Gilles Meur-
(1) Ext. II 43, 45, 46.
(2) Ce mariage fut célébré le 14 juin (Tuetey op. cit. p. 185 note 3). Des délégués des échevins de Gand allèrent le 16 à Grammont, à la rencontre du duc. (Communication due à l'obligeance de M. Van der Haeglien, archiviste de la ville de Gand).
(3j Comptes généraux, avril-septembre 1423.
(4) Ext. II 47, 48. Philippe prolongea son séjour à Gand jusqu'au 25, et partit enfcuite pour Bruges.
sault. Echappé de l'évêché grâce à l'audace de son ami Jacques de Bléharies, qui avait profité des émeutes et du nom même de Blarie pour intimider les chanoines,, mais bientôt réintégré à la demande des doyens eux-mêmes, l'hérétique fut condamné par l'officialité (1). Dans l'état d'effervescence où se trouvait la ville, il n'était pas sans péril de procéder à l'exécution d'un tel homme. On consulta les doyens sur le jour qui conviendrait. Ceux-ci, de concert avec les autres Consaux, saisirent l'occasion et invitèrent l'évêque à se rendre à Tournai pour terminer le procès, comptant bien lui parler en même temps du traité (2). Le 21 juillet une réception solennelle, à laquelle s'associèrent les métiers, fut faite au prélat. Le lendemain Meursault, n'ayant pas voulu abjurer ses erreurs, fut exposé sur un échafaud devant la Halle-aux-draps, et ensuite brûlé vif aux Prés-as-Nonnains sans qu'une voix s'élevât contre l'œuvre de justice (3). Enfin, le 23, Thoisy présida une procession générale ordonnée pour le bien, paix, union et tranquillité des habitants de la ville (4).
Après ces préliminaires, une correspondance active avec le conseil du duc poursuivit la négociation amorcée (5). D'autre part les capitaines bourguignons semblaient avoir pris à tâche de montrer aux Tournaisiens les inconvénients de la situation. Plusieurs marchands, au retour de la foire de Douai, furent assaillis et pillés par des soldats de Jean de Luxembourg, puis
(1) Chronique, dans Mëm. xvii p. 304.
(2) Consaux 30 juin, 8 juillet (Ext. ii 50j.
(3) P. Frédéricq. Corpus Inqxàsitionis t. i.
(4) Publications, 23 juillet 1423.
l5) Du 1«>" au 13 août, un messager de Tournai fit plusieurs voyages à Ypres, à Thourout, à Lille et ailleurs, « par devers l'évêque et le conseil du duc " (Comptes d'entremise 1422-1423. Voyages.)
emprisonnés à Dinchy. Des marchandises à destination de Tournai furent arrêtées en Flandres. Des gens d'armes se montraient au sud du bailliage. En même temps l'on annonçait la grande victoire des Anglais à Gravant, par laquelle était décidé le sort de la Champagne. Les Tournaisiens ripostèrent de leur mieux : ils prirent comme otage Aubert du Mes, l'un des capitaines de Luxembourg ; ils emprisonnèrent trois individus qui avaient aidé Baudouin de Lannoy à occuper Mortagne en 1418; ils prélevèrent un dixième des blés transportés par l'Escaut en Flandres (1).
Le 11 août, à la suite de lettres reçues de Philippe, une nombreuse et solennelle ambassade, dans laquelle figuraient quatre doyens des métiers (2), se rendit auprès de lui à Lille. Dans cette première entrevue, le principe d'un accord sur de nouvelles bases fut admis. Le duc, qui allait partir pour Paris, désigna des commissaires pour continuer Ips pourparlers, et de leur côté les Consaux et les doyens chargèrent huit d'entre eux d'étudier les modifications à introduire dans le texte primitif (3). A la suite d'une nouvelle conférence tenue à Lille entre les commissaires du duc et les députés de Tournai, un projet fut même rédigé par écrit (4).
(1) Ext. II 59-63. Comptes d'entremise, voyages : où il est question de démarches faites à ce sujet.
(2) Firent partie de cette ambassade : Caron Destrayelles, prévôt; Quentin du Mortier, juré; Jean Wettin et Pierre Le Muisis, échevins; Jacques Cottrel et JeanGarg-ate, eswardeurs ; Quarmont, Helscamp, Savary et Mahieu Voient, doyens; enfin Colart Bosquet (Comptes d'entremise 1422-1423. Voyages).
(3) Ext. p. 62, CoQsaux, 18 août : « Elus pour aviser à faire modifications sur le fait des articles du traité, par les doyens quatre, par les consaux quatre. »
(4) Les commissaires du duc furent M^ Raoul Lemaire et MM. de Commines et de Croix; ceux de la ville, Coppet, Quarmont et Bos(iuet. Ces derniers payèrent 24 gros à un clerc pour « copier les rôles dudit traité. » (Comptes d'entremise 1422-1423, Voyages).
Mais alors surgit un fait nouveau, qui remit tout en question. Philippe n'avait jamais reçu la dot de sa femme Michelle, fille de Charles VI. Tandis qu'on préparait le traité de Troyes, Henri de Lancastre " pour considération de la bonne et grande affection que le duc avait au bien de la paix finale des royaumes de France et d'Angleterre ^ , s'était engagé à lui faire assigner en fief de la couronne de France des terres et seigneuries voisines des possessions bourguignonnes, à concurrence de vingt mille livres parisis de revenu. Rien n'en était fait à l'époque où nous sommes parvenus. Mais le duc continuant de réclamer, et Bedford ayant divers motifs de le satisfaire, la question fut réglée à Paris durant le séjour dont il vient d'être question. Par lettres données en grand-conseil le 8, le roi de France et d'Angleterre cédait à Philippe, outre trois mille Ib. t. de rente sur les aides de la ville et du diocèse d'Amiens :
P Les villes, châteaux et châtellenies de Péronne, Roye et Montdidier.
2° Les villes, cité et bailliage de Tournai, Tournaisis, Saint-Amand et Mortagne, réservé le douaire de Jacqueline de Bavière sur cette dernière (1).
Est-ce Philippe qui demanda Tournai? Rien déplus naturel assurément, si l'on considère la position géographique de cette ville. Mais, à regarder la combinaison de plus près, l'on est frappé surtout des avantages que la politique anglaise devait en retirer. C'était d'abord acquitter une dette sans bourse délier, puisque, en fait, Henri de Lancastre n'était ni n'avait rien à Tournai. De plus, les domaines qui constituaient l'objet de la donation n'étaient cédés qu'en fief, à titre
(1) Pièces justificatives 10. De Btaucourt, op. cit. ii 363.
viager, sous réserve de la souveraineté, de la juridiction du Parlement de Paris et même du seigneuriage de la monnaie. Tout ce que ferait le duc de Bourgogne pour entrer en possession des droits cédés devait donc profiter en définitive à l'Anglais. Et Bedford acheva ce coup d'adresse, en faisant souscrire à Philippe, le lendemain même de l'acte principal, un engagement qui en précise la portée.
Philipi)e, dufi de Bourgogne, etc. Comme il a pieu à Monseigneur le Roy de France et d'Angleterre, par l'avis et délibération de notre très chier et très amé frère Jehan, régent le royaume de France, duc de Bedfort, et des gens du grand conseil de mondit seigneur le Roy, nous baillier, céder et transporter, avecques Ips villes, chasteaulx et cbastellenies et seignories de Péronne, Mondidier et Roye, et autres choses, les villes, cité et bailliage de Tournay et Tournesis, Saint- Amand et Mortagne, pour l'assignation, concession et bail de vint mil livres parisis, que mondit seigneur estoit tenu de nous faire, ainsi que par ses lettres patentes, scellées de son grand scel, sur ce faictes et données le VHP jour de ce présent mois de septembre, puet apparoir ; savoir faisons que, pour ce que ladicte ville de Tournay nest pas, pour le présent, obéissante à mondit seigneur, nous promettons, par la foy et serment de nostre corps et en parole de prince, de faire diligence et nostre vray et loyal povoir de réduire et remettre ladicte ville de Tournay et les manans et hàbitans dicelle en la bonne obéissance et subjection de mondit seigneur le Roy dedens le premier jour du mois de juillet prochainement venant. Et, s'il advenait que dedens ledit premier jour d'icellui mois, ne le pourrions faire, et il plaisoit à mondit seigneur le Roy et à nostre dit frère le régent entendre par puissance ou autrement à la réduction de ladite ville de Tournay, nous promettons loyalment, en bonne foy et parole de prince, de y aidier à nostre povoir; par ainsi que, si tost que ladicte cité sera réduite et remise en l'obéissance de mondit seigneur le Roy, nous joirons des seignorie, prouffiz. revenues et émolumens de ladicte ville selon le contenu desdites lettres de mondit seigneur. En tesmoing de ce, nous avons fait mettre nostre scel secret en
l'absence du grand à ces présentes. Donné à Paris le IX^ jour de septembre l'an de grâce mil quatre cens vint et trois.
Par Monseigneur le Duc Menart (1)
Ainsi, avant le V juillet 1424, le duc de Bourgogne s'emparerait de Tournai. Tout était donc rompu.
Dans la seconde moitié de septembre arrivèrent des lettres du conseil du duc, de Hugues de Lannoy, de l'évêque, de la chambre des comptes de Lille, et finalement des Quatre-Membres de Flandres, mandant des députés de la commune (2). Coppet, Michel de Gand et Bosquet, s'étant rendus à Bruges avec le chanoine Jacques Despars dans les premiers jours d'octobre, furent avisés de l'acte avenu à Paris, et en rapportèrent la notification officielle. Philippe requérait l'obéissance des Tournaisiens ; mais, " afin que trop ne les oppressât, dont point n'avait la volonté ^ il leur permettait de réfléchir jusqu'aux Pâques suivantes (3).
Les bannières, assemblées le 12, pensèrent d'abord à se retourner vers les Quatre-membres. Etaient-ils d'accord avec leur prince en cette afïîiire? Les députés qui revenaient de Bruges partirent pour Gand, afin de tâter le terrain et de se concerter avec les Flamands pour la sauvegarde du commerce à partir de la Toussaint; car à cette date, l'on s'en souvient, expirerait le terme fixé par les lettres de septembre 1422 (4). Sur le premier point, les Quatre-membres se réservèrent.
(1) Orig. Scellé. Paris Arch. nat. J. 249, n» 11.
(2) Comptes d'entremise 1422-1423, dons aux chevaucheurs. Consaux, 26 septembre,
(3) Ext. II 67, 68. Les conseillers de Philippe convoquèrent à Bruges, et les Quatre-Membres à Gand.
(4) De Smet p. 383. Ce texte fixe au 12 septembre le retour des députés, ce qui est évidemment erroné, tandis que le texte édité par A. de la Grange donne la date du dimanche 10 octobre, non moins fausse puisque le 10 octo-
D'autre part, comme ils s'occupaient alors de faire confirmer leurs privilèges par le roi, les XXXVI collèges chargèrent leurs députés d'exposer à Charles VII et à son conseil ce nouvel incident ( 1 )
En résumé, quatre mois après l'élévation des bannières, la situation se dessinait comme suit : la ville était acquise au parti français, non plus seulement en principe, mais en fait. Ce résultat n'ayant pas été réalisé sans une violente secousse, l'organisme communal restait ébranlé. Entre la bourgeoisie, suspecte de sympathies bourguignonnes, et les factions révolutionnaires, il manquait un juste milieu, où la sagesse politique s'unit au patriotisme. Aux troubles intérieurs si l'on ajoute l'instabilité des rapports avec les pays voisins, l'avenir se montre gros de périls. Les Tournaisiens suppliaient Charles de venir à leur secours. Comment l'aurait-il fait, le roi de Bourges, dans l'état lamentable de ses affaires? Mais il voulut au moins guider ses fidèles sujets à travers leurs difficultés par l'entremise d'un de ses meilleurs agents.
bre tomba un vendredi. La communicatioa aux bannières eut lieu, probablement, le dimanche 12 octobre. Coppet, De Gand et Bosquet furent à Gand du 13 au 19. (Comptes d'entremise 1423-1424, voyages).
(1) De Smet, ibid : « lesquels Quatre-Membres prirent jour de ad vis, sans quelque chose respondre. »