LE SACRE DU ROI
Tandis que notre commune retrouvait après tant de secousses son équilibre politique, l'heure approchait que le roi de Bourges allait devenir roi de France, du moins par la vertu du sacre.
Jamais la royauté n'avait été plus effacée qu'en ces derniers temps. Au cours des événements qui ont été racontés ci-dessus, l'on n'a pu que s'étonner de son silence et constater son abdication. Ni le meurtre de Le Muisis et de Willeries, ni la tentative des émigrés, ni la réaction d'août 1428 ne suscitèrent une intervention quelque peu énergique de Charles VII. Il est vrai que le connétable, à l'aide de ses agents Chénery et Vaudrey, maintenait un certain contact entre le gouvernement et la ville de Tournai ; mais lorsque, dégoûté par l'échec de sa diplomatie et supplanté par La Trémoille, il eut quitté le gouvernail (juin 1427), c'en fut fait ici de toute action monarchique. Les lettres du roi sont devenues rares et brèves; il faut qu'un besoin d'argent le force d'écrire, comme lorsqu'il s'agissait de faire contribuer Tournai à la rançon du sire de Gaucourt (1).
(1) Gaucourt, après dix ans de captivité en Angleterre, vint, au mois d'août 1427, prendre auprès de Charles VII une place qui ne tarda pas à devenir prépondérante. (De Beaucourt op. cit. ii 155). Par ses lettres closes du 17 septembre, le roi mvita les Tournaisiens à contribuer pour deux mille livres à la rançon de ce capitaine, afin qu'il pût reprendre du service. (P. J. 27). Cette demande fut réitérée plusieurs fois, la ville opposant le fâcheux état
Cependant les Tournaisiens continuaient d'envoyer leurs députés en Berry. Le dernier avait été l'échevin Mahieu de Mouscron, qui suppléa l'ambassade chargée de soumettre au roi le traité de juin 1428, lorsque celle-ci eut été arrêtée à Paris. Il revint sans rapporter autre chose que les minutes des autorisatiens sollicitées, le roi comptant dépécher prochainement de ses gens à Tournai ( 1 ) .
On sait que, au début du siège d'Orléans, les Etatsgénéraux avaient pourvu aux besoins de la guerre. Quant aux Tournaisiens, Charles VII se réserva de les mettre à contribution pour les frais du mariage de son fils avec Marguerite d'Ecosse. Mahieu de Mouscron, pressenti à ce sujet, avait allégué l'insuffisance de ses pouvoirs : réciproquement on le renvoya bredouille. Et le sire de Gamaches, l'ayant suivi de près, se présenta aux Consaux de la part du roi le 3 janvier 1429, tenant d'une main les octrois nécessités par le traité, et de l'autre une requête (2).
Celle-ci consistait à demander, pour les fiançailles du Dauphin, une aide en tapisserie, en linge, drap et
de ses finances. (Cf. notamment P. J. 29). Enfin, le 8 juin 1429, l'on prit la' décision de s'exécuter, ce qui fut fait sur les six mille livres dues pour 1428. (Consaux, 8 juin 1429. Comptes généraux, avril-septembre 1429).
(1) Mahieu de Mouscron revint le 21 novembre 1428 après quatorze semaines de voyage. (Consaux, 21 novembre 1428 et 24 mai 1429). A l'entendre, sa mission avait été contrariée par les intrigues d'un autre Tournaisien, Bernard de Bernes, qui avait contesté ses pouvoirs. Affaire de parti sans doute, car Bernard était de la faction. Mais plus tard les commis accusèrent Mahieu d'avoir soigné ses intérêts personnels et non ceux de la ville. (Ext. II 303).
(2j Jean de Gamaches, maître d'hôtel de la reine, et Jean de Courtinelles, secrétaire du roi, arrivèrent le 2. (Compte d'entremise 1427-1428, présents de vin. Consaux, 3 janvier 1429. Ext. ii 305). A la fin de janvier, l'on fut chercher à Bruxelles quatre lettres patentes du roi qu'ils avaient apportées. (Compte d'entremise 1428-1429, autres voyages et ambassades). Une de celles-ci contenant approbation, sauf les droits du roi, du traité conclu avec le duc de Bourgogne, figure aux Pièces justificatives, no 30.
fourrures de la valeur de seize à dix-huit mille écus d'or. La Ville objecta les charges qui lui étaient imposées par les traités avec le duc de Bourgogne et pour sa propre défense; vraiment elle n'avait pas de quoi payer, tout en sachant bien qu'il appartiendrait de le faire (1). Gamaches, malgré ses instances, ne put rien en avoir ; mais, comme comme il advint d'ailleurs que ni la future dauphine, ni l'armée écossaise qui devait l'accompagner ne se montrèrent, cela ne tira pas à conséquence (2).
Gamaches avait en outre pour mission de relever les courages abattus par les progrès de l'ennemi .•En effet, depuis trois mois, les regards de tous les Français fidèles se concentraient anxieusement sur Oi^léans, dernier boulevard de la monarchie nationale, que les Anglais avaient investi. Dès le 9 novembre, Théry de Maubray, l'un des courriers ordinaires de la ville de Tournai, était revenu de chez le roi décrivant la grandeur du péril ; et les processions de s'ébranler, et les messagers de courir vers Orléans prendre des nouvelles (3). Gamaches crut bon de fanfaronner et de dire que les ennemis avaient levé le siège à grande perte (4). Hélas, les illusions que firent naître la mort de Salisbury et le désarroi qui s'en suivit parmi les
(1) Consaux, 3 et 8 Janvier 1429. (Ext. ii 305-306).
(2) De Beaucourt, op. cit. t. ii pp. 397-399.
(3) Consaux, 9 novembre : Allocation de 40 s. t. à Théry de Maubray qui a apporté des nouvelles du roi. Demander au chapitre qu'il fasse une procession pour le roi, le bien de paix et le recouvrement de son royaume. Envoyer vers Orléans savoir nouvelles. — Pour avoir des nouvelles du siège, Jehan Sérient se rendit à Paris et à Chartres du 8 au 28 Décembre 1428, et Ernoul de Nouveauville à Paris et « vers Orléans >» du 27 février au 15 mars 1429. (Compte d'entremise 1428-1429, autres voyages et ambassades). — La procession eut lieu le 11 novembre. (Ext. ii 295).
(4) Consaux, 3 janvier 1429. Ce passage est omis dans l'extrait analytique. (II 305).
Anglais devaient être de courte durée. La funeste journée des harengs (12 février) fit perdre tout espoir de renforcer la garnison et de ravitailler la place. Dans le grand-conseil du roi, l'on songeait à trouver un dernier refuge pour celui qui bientôt n'aurait plus même droit au titre de roi de Bourges ; et l'on sait quel doute envahit alors l'esprit de Charles VII : était-il bien le vrai héritier de France? (1)
« Et quand il plut à Dieu ouïr les prières, tant du roi de France comme de ceux d'Orléans et autres villes du dit royaume, et que sa volonté fut de les aider et secourir, et jeter de l'opprobre où ils étaient ; il n'excita ni promut le courage des hommes robustes et exercités à la guerre; — afin qu'ils n'estimassent la victoire venir d'eux — mais, leur voulant montrer que toute force vient de lui, et que merveilleusement et miraculeusement il fait toutes ses œuvres, il anima et enhardit un faible corps féminin, ayant vécu tout son temps en pureté et chasteté, sans quelque reproche ni suspicion de mal fait ». C'est en ces termes que la chronique tournaisienne ouvre le récit des merveilles qui s'accomplirent en ce temps-là (2). Du point où nous sommes placés, il faut suivre pas à pas la marche des événements, comme firent les Tournaisiens d'alors, d'abord avec une curiosité défiante, puis avec une joyeuse surprise, enfin avec l'enthousiasme de la foi.
Un messager de la ville — c'était Jean de Boulogne — avait accompagné le sire de Gamaches, quand celui-ci s'en retourna chez le roi le 10 février. Il revint avant le 22 mars, ayant passé trois semaines
(1) De Beaucourt, op. cit. t. ii p. 176 et p. 208.
(2) DeSmet, p. 404.
à Bourges et à Chinon. Avait-il vu certaine bergerette, dite la Pucelle, qui, le 6 de ce mois, s'était présentée à Chinon en habit d'homme pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le roi à Reims, ainsi qu'elle disait en avoir mandat de par Dieu? Peut-être bien. Mais rien ne trahit l'impression que fit à Tournai cette histoire, si ce n'est la décision que l'on prit de renvoyer immédiatement Boulogne auprès du roi (1), Un autre messager, Alard Simon, parti vers la mi-avril, arriva bien à point pour voir se dérouler les événements de la première quinzaine de mai (2) .
Toutefois, ce ne fut ni Jean de Boulogne, ni Alard Simon qui eut la bonne fortune d'apporter à Tournai la nouvelle de la délivrance d'Orléans accomplie, comme chacun sait, du 29 avril au 8 mai.
Le 14, un clerc du chanoine Bérard de Merle raconta de si curieuses choses à ce propos, que la ville fit prendre immédiatement des informations à Paris (3) . Ce n'était
(1) Consaux, 22 mars : « De Boulogne messager, pour les xx jours qu'il a vaqués à aller de Bourges à Chinon devers le roi, où il a frayé vi couronnes, et de ce que on Vy renvoyé : il aura prêt de v écus d'or », — Le compte d'entremise de 1428-1489 (fo 28 v») mentionne de même un voyage fait par Jean de Boulogne de Bourges à Chinon, où il vaqua vingt jours, et un second voyage qu'il se chargea de faire à Bourges et de là jusques auprès du roi. Il était parti avec Gamaches le 10 février et voyageait à cheval. (Consaux 4, 10 et 15 février 1429). Son second voyage paraît s'être prolongé jusqu'au 24 mai. (Cf. Consaux, à ceite date).
(2) Suivant les déductions que l'on peut tirer du compte de ce voyage, Alard Simon, arrivé à Chinon au moment de la délivrance d'Orléans, se serait rendu à Blois audevant de la Pucelle, puis à Tours et à Loches à la suite de la Cour. (Ext, ii 332). De là peut-être la précision de certains détails contenus dans la chronique tournaisienne. (Cf. De Beaucourt, op. cit. t. II p. 214 note 3).
(3) Herman, clerc de Bérard de Merle, apporta, le 14 mai, des nouvelles du siège d'Orléans. (Compte d'entremise, dons aux chevaucheurs). Le même jour, Jean Leconte fut envoyé à Paris pour s'informer ; il revint le 24. (Ext. II 324 et compte d'entremise 1428-1429 voyages fo 29 v»). Bérard de Merle était chancelier du chapitre. (Cf. Vos. Dignités et fonctions de 'ancien chapitre de Tournai, t. ii p. 77).
sans doute qu'une lueur d'espoir. Mais le 18, voici venir quelques « bons compagnons » qui annoncent de bonnes nouvelles du roi (1). Le lendemain, ces nouvelles se répètent avec une précision qui triomphe des doutes; deux autres compagnons. Galet de la Derrière et Jacot Noblet, parlent tout au long des « victoires et des conquêtes de la Pucelle » (2). En même temps l'on apprend qu'un certain Léon Roisin, banni lors des derniers troubles, vient d'arriver d'Orléans : immédiatement deux jurés courent au Mont- Saint-Aubert, où cet exilé s'était échoué, s'informer de la levée du siège et de l'intervention de la Pucelle (3). Cette fois l'hésitation n'est plus possible ; l'on ordonne une procession solennelle pour le dimanche 22 (4). Tandis que celle-ci se déroulait, Charles VII, du château de Loches où il venait d'arriver en compagnie de la libératrice, adressait aux Tournaisiens une lettre contenant le récit de la délivrance d'Orléans (5).
Nous devons interrompre la suite des exploits de Jeanne d'Arc pour rentrer à l'hôtel-de- ville de Tournai, d'où la joie patriotique n'avait point chassé les rancunes et les soucis.
Au point de vue national, quels étaient les sentiments qui dominaient depuis le revirement d'août 1428? L'on pourrait croire, à certains indices, que le patrio-
(1) Gratification de 10 s. t. à Wilmet de Piercourt et autres bons compagnons qui ont apporté de bonnes nouvelles du roi. (Compte d'entremise, 1428-1429, dons aux chevaucheurs, etc., f® 17).
(2) Ibid.
(3) Ibia. Besognes et affaires nécessaires, f» 39 v^. Léon Roisin avait été condamné par contumace le 22 octobre 1428 pour participation à l'émeute du 23 septembre. (Reg. de la Loi, bans de tous jours sans rappel).
(4) Consaux et publications, 21 mai 1429.
(5) P. J. 31. Cette lettre fut apportée le 5 juin par Jean Lemire, l'ancien clerc de Simon Charles, passé au service de Gaucoun (Consaux).
tisme s'était refroidi. En effet, tandis que le parti révolutionnaire s'était fait un titre de son zèle pour le service du roi, zèle qu'il traduisait en manifestations tapageuses et en provocations téméraires, les hommes d'ordre condamnaient cette exubérance comme chose dangereuse dans les conjonctures où se trouvait la ville, et croyaient mieux servir le roi par une politique sage et une patiente diplomatie. Ils appelaient « doubles français « les patriotes farouches et bruyants du parti populaire (1); et réciproquement ceux-ci les traitaient de bourguignons, voire même d'Anglais, et se prétendaient seuls bons français. Tournai livré au duc de Bourgogne par les bourgeois, c'est le cauchemar que les meneurs entretinrent longtemps dans l'esprit du peuple (2).
Il est donc vrai de dire que les événements d'août et de septembre 1428 amenèrent une réaction contre le patriotisme échevelé qui avait marqué le régime déchu. L'on en voit un premier et très curieux symptôme dans l'affaire des armoiries de la ville. En effet, au moment même que leur parvenait la lettre triomphante de Charles VII, les Consaux, suivis par trente bannières, décidaient d'effacer le chef aux fleurs de lis partout où l'on l'avait gravé conformément aux lettres de septembre 1426. La raison alléguée fut que, sans cette brisure à ses armes, — laquelle « n'était point chose honorable pour la ville « — Tournai avait toujours gardé sa fidélité aux rois de France, et que
(1) Cf. p. 405, ci-dessus, note 1.
[2) Cette crainte était même répandue au dehors. Jean de Boulogne, retour du Berry le 24 mai 1429, raconta que « naguère à Dun-le-roi, ceux de la justice de la ville lui dirent que le poursuivant de M. d'Antoing leur avait dit que, en la ville de Tournai, on était du tout obéissant à Mgr de Bourgogne, et délaissé le roi ; et qu'on avait attaché les armes de Monseigneur de Bourgogne aux portes au lieu de celles du roi », (Consaux, date citée).
d'ailleurs le sceau de la commune n'était pas modifié. Mais on en devine une autre, qui était la volonté d'abolir tout ce que le parti vaincu avait fait (1).
Au demeurant, les nouveaux maîtres de la commune sentaient la nécessité de justifier leur politique devant le roi lui-même. En mars 1429, la résolution fut prise de lui envoyer une ambassade ; l'on s'occupa des instructions et, le 7 mai l'on désigna les députés. Ceux-ci devaient partir le plus tôt possible ; mais, pour des motifs qui se rattachaient sans doute aux événements militaires, il fallut ajourner plusieurs fois leur voyage. Sitôt connue la délivrance d'Orléans, l'on revint à ce projet, et le but de l'ambassade se précisa (2).
Dans le passé de trouble et de division dont on venait de sortir, il n'était point de fait plus odieux que le meurtre de Le Muisis et de Willeries. Or, les auteurs de ce crime et les magistrats qui s'en étaient rendus complices par une lâche complaisance n'avaient rien trouvé de mieux que d'en rejeter la responsabilité sur le « corps et communauté de la ville « . Il s'agissait maintenant de démentir cette légende et de désigner au roi les seuls coupables. Les Consaux soumirent donc aux bannières un projet d'instructions pour les députés, lequel traitait spécialement ce point : « Tou-
(1) Ext. II 327 et 328 Annales, t. 3 pp. 113, 131, 132 et t. 6 pp. 72 et ss.
(2) Consaux 15 mars. « Envoyer ou écrire devers le roi : accordé qu'x)n écrive, et si y envoyera-t-on après ". — Ibid., 5 avril. « Envoyer vers le roi et voir les instructions >». Ibid. 12 suivant : " Instructions à envoyer vers le roi : elles ont été vues ; qu'elles soient visitées par les chefs et envoyées vers le roi le plus tôt possible ». C'est sans doute Alard Simon qui en fut chargé. — Le 2 mai, l'on décide d'envoyer au roi une députation composée de deux membres des Consaux, d'un conseiller et d'un mandataire des commis, qui devait être Jean de Beauwegnies, car il « sait Testât et le gouvernement de la ville, et est le plus propice «•. (Ext. ii 322). Le 21, cette décision est confirmée; le 24 la composition de l'ambassade est modifiée. (Consaux).
chant les morts d'Ernoul Le Muisis et de Lotard de Willeries, afin que la communauté en soit déchargée, et les principaux coupables, et nuls autres chargés; les Consaux ont élu certains députés pour aller le plus brièvement possible devers le roi remontrer la manière désordonnée qui, par les dits conspirateurs, fut tenue pour les mettre à mort, les troubles et inconvénients qui paravant le mois d'août 1428 sont advenus en cette ville, et le gouvernement et paix en quoi elle est à présent pour avoir détruit et banni les conspirateurs et conlmoteurs contre le bien de paix « . Et, comme on savait par expérience que les avis les plus opposés parvenaient aux oreilles du roi, comme il importait de lui montrer que cette ambassade « procédait du fait et aveu de tous les habitants tous ensemble unis «, il fut proposé que les lettres closes dont seraient munis les ambassadeurs porteraient le sceau de la commune apposé avec la solennité accoutumée. Trente-deux bannières donnèrent leur approbation (1).
C'était le 5 juin. Dans sa lettre, que les Consaux lurent le même jour, Charles VII annonçait sa prochaine campagne : « Et pour poursuivre notre bonne fortune, nous mettons sus à toute puissance, en espérance, Dieu aidant, de recouvrer les passages qu'occupent encore nos ennemis et de faire au surplus ce que Dieu nous conseillera «. En effet, la Pucelle, toujours luttant contre les hésitations de la Cour, le pressait d'aller à Reims. L'on fixa le rendez-vous des troupes à Gien. Quittant Chinon le 3 juin, le roi s'avança lentement vers la Loire.
De leur côté, les ambassadeurs tournaisiens partirent
(1) Ext. II pp. 326-328.
le 9, sans se douter qu'ils allaient au couronnement du roi de France (1). C'étaient :
Barthélémy Carlier, doyen des appareilleurs de drap et grand doyen des métiers, bien digne de représenter la ville en cette occasion; car on pouvait dire des métiers de Tournai ce que Jeanne dira de son étendard : ils avaient été à la peine, ils pouvaient bien être à l'honneur.
Jacques Cheval, juré. Celui-ci se recommandait par ses missions antérieures qui lui avaient coûté plusieurs mois de captivité (2) .
Henri Rommain, conseiller-général de la ville depuis le 14 avril, docteur in utroque jure, homme de lettres et historien, à qui Ton doit, très probablement, le récit des exploits de la Pucelle inséré dans la chronique tournaisi^nne (3).
Tandis que, protégés par un sauf-conduit du duc de Bourgogne, ces députés cheminaient à travers la Picardie et la Champagne, de nouvelles victoires attestaient la mission de Jeanne d'Arc (4) . Et voici venir de
(1) La date de leur départ est déterminée par l'article de compte relatif à cette ambassade (v. ci-après) et par le procès-verbal de la séance des Consaux du 9 juin, relatant qu'il fut donné lecture des instructions remises aux députés écrites sur deux feuilles de papier, et qu'elles furent signées par le clerc Gilles du Clermortier.
(2) Cf. p. 392 ci-dessus, note 1.
(3) Cf. Annales t. 7 pp. 162 et ss. Ce long passage (De Smet, pp. 406-415), émaillé de considérations philosophiques et religieuses, se distingue nettement de ce qui l'entoure. Or, d'après le journal des Consaux : «« Le vue jour dudit mois (décembre 1429), en le présence de Messieurs les prévosts, Morcoiirt, De Larcq jurés, le procureur de la ville, les croniques de la ville furent prestées à Me Henry Rommain, lequelx les promist de rapporter au plaisir de Mgrs » . Dans ses nombreuses missions, Rommain put suivre de près l'épopée de la Pucelle. — Cf. au sujet de ce personnage la notice de J. Vandengheyn. (Annales de l'Académie royale d'archéologie lui 5™« série, t, vi, 2™° livraison, p. 205).
(4) Compte général, avril-septembre 1429 : « A Pierre le Senescal, procureur de la dite ville, pour quatre journeez par lui deserviez, lui Ilnae, à deux chevaulx, finans le xxx" jour de may l'an iiu' et xxix, à avoir allé par
nouveau les porteurs de nouvelles. Le 22, l'on annonce la prise de Jargeau, « où il y eut morts mille hommes des ennemis du roi », et celle de Meung-sur-Loire ; le 23, celle de Beaugency. Le 27, un messager revient de Paris rapportant le bruit d'une défaite des Anglais : c'est de Patay qu'il s'agissait. Et toujours il en arrivait qui confirmaient ces bonnes nouvelles (1). Le 21, les Consaux ordonnèrent une procession solennelle pour le recouvrement du royaume (2) ; le 28, ils portaient à Tordre du jour la question suivante, témoignage de leur confiance : " D'aviser ce qui sera à faire à la venue du roi à Reims » (3).
Carlier, Cheval et Rommain s'étaient rendus d'abord à Bourges, où, tout en traitant les affaires de la ville avec les gens du Conseil, ils attendaient l'approche du cortège royal. Gien était le rendez- vous assigné aux troupes. Charles VII et la Pucelle y étant arrivés le 24, nos députés les rejoignirent et purent saluer celle qui portait en soi le salut de la France. C'est, selon toute apparence, à cette rencontre qu'est due la lettre écrite par Jeanne aux Tournaisiens le 25 (4). Si
l'ordonnance de mesdis seigneurs en la ville de Bruges par devers M, l'evesque de Touruay et autres du conseil de Mgr de Bourgogne, pour obtenir saufconduit pour la seurté de Bietremieu Carlier et autres députe* de par mesdis seigneurs à aller devers le Roy notre seigneur pour aucuns affaires touchans le bien de justice ». A titre de gratification, il donna trois saluts d'or à Jean Seguinat pour avoir rédigé le sauf-conduit, dix sous au clerc dudit Seguinat pour l'avoir expédié, six saluts à M. de Croy pour l'avoir scellé du scel secret du duc : ce qui porta la dépense totale à 20 Ib. 12 s. 1 d. t.
(1) Compte d'entremise 1428-1429, « dons aux chevaucheurs » et « voyages et ambassades » passim.
(2j Publications, 21 juin : « Demain malin, le chapitre fera une procession solennelle par le tour où on porte le Sacrement, et y fera porter le fiertre Notre-Dame, pour le bien du roy et le recouvrement de son royaume, et prier Dieu et la Vierge Marie qu'il soit en l'aydde du roy, en le remerciant dévotement de la bonne fortune qu'il ly a pieu donner sur ses ennemis «.
(3) Consaux, 28 juin. Toutefois cette question fut remise « en délai «.
(4^ Compte général, avril-septembre 1429. « Ausdis Bietremieu Carlier, Jaques Queval et ledit maistre Henry Romain, pour les despeus que eulx, à
connu que soit le document, on ne peut le séparer de ce récit.
f Jésus f Maria.
Gentils, loyaux Français de la ville de Tournai, la Pucelle vous fait savoir des nouvelles de par deçà :
Qu'en huit jours elle a chassé les Anglais de toutes les places qu'ils tenaient sur la rivière de Loire, par assaut et autrement, où il y en a eu mains morts et pris ; et les a déconfits en bataille. Et croyez que le comte de Suffort, La Poule son frère, le sire de Tallebort, le sire de Scallez et messire Jehan Falstof et plusieurs chevaliers et capitaines ont été pris, et le frère du comte de Suffort et Glasdas morts.
Maintenez-vous bien, loyaux Français, je vous en prie! Et vous prie et vous requiers que vous soyez tous prêts de venir au sacre du gentil roi Charles à Reims, où nous serons brièvement. Et venez au-devant de nous quand vous saurez que nous approcherons.
A Dieu vous command. Dieu soit garde de vous et vous donne grâce que vous puissiez maintenir la bonne querelle du royaume de France !
Ecrit à Gien, le 25" jour de juin, aux loyaux Français de la ville de Tournai (1).
six cbevaulx, ont fait oudit voiage que, par l'ordonnance de mesdis signeurs, ils firent à aller devers le Roy notre seigneur, es villes de Bourges, Ausoire, Gien, Troies, Chaalons, Raims et ailleurs, au sacre et couronnement du Roy notre seigneur, pour le fait de leur ambassade, qui leur estoit enchargié pour le bien, prouffit et honneur de le dite ville, et dont ilz firent leur rapport et relacion à mesdits seigneurs pardevant le communité d'icelle ; ouquel voiage ilz ont vaquié xliii jours finans le xxi« jour de jullet ledit an mil iiii« et xxix... Pour le paine, salaire et déserte desdis trois ambassadeurs et leurs trois varlets, oultre leurs despens, qui par mesdis seigneurs leur a esté tauxé et ordonné, à chacun maistre xx 1. t. et à chacun varlet viii 1, t. » Total de la dépense : 336 Ib. 19 d. t. — Par une erreur évidente, le copiste a écrit xviii au lieu de xliii jours de voyage. Il faut en outre modifier l'ordre des villes conformément à l'itinéraire de l'armée, savoir : Bourges, Gien, Auxerre; mais les députés avaient pu passer une première fois par Auxerre en se rendant à Bourges. Comme ils avaient de bons chevaux (cf compte général ibid.) et purent prendre la voie la plus directe, il y a lieu de croire qu'ils atteignirent Bourges vers le 20 juin.
(1) Le texte de cette lettre, publié pour la première fois par F. Hennebert, archiviste de Tournai, dans le Messager des sciences et des arts, t. 6 p. 80
Cette lettre, avec un certificat du confesseur de Jeanne, parvint à destination le 6 juillet. Consaux, bailliage et clergé s'assemblèrent pour la lire (1). On la communiqua, le dimanche suivant, aux collèges des bannières, qui saisirent l'occasion pour renouveler leurs protestations de loyauté (2). Il leur semblait que c'était à eux, plus qu'aux bourgeois et aux gens de la Loi, que la Pucelle s'adressait; car c'étaient bien les bannières qui maintenaient depuis six ans la bonne querelle du royaume de France (3). Quant à la cérémonie du sacre, l'on pensa que la ville y serait représentée à moindres frais par les députés qui suivaient le roi depuis Gien (4).
(mars 1838) et ensuite par J. Quicherat {Procès de la Pucelle), reproduit en fac-similé dans les Extraits analytiques des Consaux, t. ii p. 334, n'est pas l'original, mais bien une copie insérée dans le registre des bannières. Les Consaux ayant décidé, le samedi 9 juillet, de communiquer aux bannières, dans l'assemblée du lendemain, la lettre de Jeanne d'Arc, celle-ci fut transcrite à la suite du rapport destiné à cette assemblée. (Compte d'entremise 1428-1429, procès, etc., fo 32). Ces mots d'introduction l'y précèdent : « Et pour ce que nous savons vous estre tousjours désirans de oyir et savoir bonnes nouvelles de Testât et prospérité du roy nostre seigneur, nous avons fait copier les lettres que la Pucelle, qui de présent est devers le roy nostre seigneur, nous a envoies, qui contiennent la fourme qui s'ensuit : »•
(1) Comptes d'entremise 1428-1429, dons aux chevaucheurs. (Ext. ii 393 note 1;. « A Théry de Maubray, qui, le vi^ jour dejulet, rapporta nouvelles du roy notre seigneur, de ses victoires et recouvrement de son royaume, avoecq lettres de la Pucelle et du confesseur d'icelle. Pour ce, par don, lx s, » — Consaux, 7 juillet : « Des lettres de la Pucelle : les chefs de Loi se mettent ensemble après disner, et appellent les gens d'église et du roi, et que l'avis en soit rapporté aux Consaux samedi ■».
(2) «« Et abandonnons de toute notre puissance à servir notre droiturier seigneur -. (Délibérations des bannières, 10 juillet 1429).
(3) Piérart le Fèvre, porteur de charbon, fut condamné, le 15 juillet, pour avoir dit, entre autres choses, que « la puchielle avoit escript et envoyé ses lettres aux bons franchois, et non point à ceulx de la Loy ». (Reg. de la Loi, bans de tous jours).
(4) Les chefs, chargés de cette affaire, s'en tinrent à ce qui avait été fait. (Ext. II 337). Le 11, un messager partit pour Reims et, le 12, un autre pour Paris, afin de connaître l'itinéraire du roi et d'avoir des nouvelles de nos députés. (Compte d'entremise 1428-1429, voyages).
Quelques jours d'anxieuse attente et, à partir du 15, les cris de victoire recommencent à retentir. On annonce que Troyes, Châlons et Reims sont passés en l'obéissance du roi, que tout le pays se soumet, que Paris même est ébranlé (1). Enfin, le 18, éclate la grande nouvelle. Un messager « venu hâtivement jour et nuit w, apporte une lettre de Jacques Le Vigneron, bourgeois de Reims, relatant le sacre qui avait eu lieu la veille. Du vin et dix pièces d'or à ce messager de joie! Une demi-heure après, voici un autre témoin du sacre : c'est Geofiroi Le Boistelier, courrier de la ville, qu'on avait expédié à Reims dès le 11 (2). Tous deux décrivirent cette scène, l'une des plus mémorables de l'histoire de France, où l'on vit comme ressusciter la patrie; ils apportèrent l'écho de ces Noëls et de ces fanfares si éclatantes «-qu'il semblait que les voûtes de l'église dussent fendre " (3).
De l'événement qui comblait les vœux si souvent exprimés dans leur correspondance avec Charles VII, les Tournaisiens rendirent grâces à Dieu par une pro-
(1) Compte d'entremise, dons aux chevaucheurs et voyages, passim. A noter un voyage de Jean Leconte à Paris, du 3 au 17 juillet, « pour savoir des nouvelles, et des mutations qui se y faisoient, et des advenues touchans le roy » (f» 30).
(2) « A Jehan Le Blancq, pour sa peine et dilligence d'estre venu hastivement jour et nuit aporter lettrez en ceste ville, de par Jacques Le Vigneron bourgois de Rains, de l'entrée que le Roy nostre seigneur avait faite à Rains le xvie jour dudit mois de julet, de son sacre et couronnement qu'il y rechut le lendemain ; auquel, pour les ditez bonnes nouvellez, fu donné dix florins de durdrés, de x 1. xvii s. vi d. t. » — Le Boistelier fut envoyé à Reims « pour savoir rapprochement du roi, les villes qu'il prenoit... ; où il a vaqué, alant et véant le sacre et couronnement du roy, et en raporté nouvelles si tost que a demye heure près du premier... » — Le même compte d'entremise mentionne, le 18 juillet, un présent de quatre lots de vin « à celui qui rapporta le sacre du roi »».
(3) Lettre de trois gentilshommes angevins citée par J. Quicherat. Procès delà Pucelle, t. v pp. 128-130.
cession solennelle, où fut portée la châsse de saint Eleuthère (1). Mais on ne trouve point trace d'une explosion populaire comme celle qui avait salué la naissance du Dauphin en août 1423, lorsque les sonneries de cloches, les feux de joie, les festins et les jeux célébrèrent pendant trois jours et trois nuits l'espoir de la dynastie ; c'est que les temps sont changés, que le peuple a perdu ses meneurs au verbe enflammé, que les marchands qui régnent ont le patriotisme plus mesuré.
Carlier, Cheval et Rommain, après avoir assisté au sacre, rentrèrent le 21 . Le lendemain, au perron de la halle des Consaux, ils contèrent au peuple ce qu'ils avaient vu en un mois de voyage : l'entrée de Charles VII à Troyes, à Châlons et à Reims et l'acte final de cette épopée merveilleuse (2). Courtes journées de joie et d'oubli, qui seront bientôt suivies de journées laborieuses de réparation ! Déjà la réponse que Charles avait fait à nos députés touchant l'objet de leur ambassade rendit les Consaux soucieux. Mais, avant de revenir à la politique locale, voyons se terminer la campagne de Jeanne d'Arc.
« Le premier mot qu'on prononce après le sacre ?? ,
(1) Publications, 19 juillet 1429.
(2) Consaux. « Le jeudi au soir, xxi© jour de jullet l'an xxix, Bietremieu Carlier grant doyen, Jacques Queval juré et Maistre Henry Rommain, conseiller-général de le ditte ville, revinrent de l'ambassade où ils avoyent [esté] devers le Roy nostre seigneur, à son sacre et couronnement à Rains et aux entrées qu'il avoit faites es villes de Troyes, Châlons et autres. Et le lendemain, xxiie jour dudit, lesdits ambassadeurs firent leur relation à la pière dessus les degrez de l'entrée de le halle du conseil de la ville, en le présence et audience du peuple. Et si présentèrent les lettres du Roy notre seigneur, adrechans aux Consaulx et Communauté, qui furent leues en l'audience dudit peuple, et contenoyent la responce que le Roy faisoit sur ledite ambassade, etc. »
dit M. de Beaucourt, « c'est celui que Jeanne avait fait entendre à plusieurs reprises, celui qui est dans tous les cœurs comme dans toutes les bouches : Paris ! Dans l'enivrement de la joie et du triomphe, personne ne met en doute qu'on n'entre dans la capitale » (1). Et nulle part plus qu'ici on ne le souhaita. En effet, depuis onze ans accomplis, depuis que Perrinet Leclerc avait livré la porte Saint-Germain aux soldats de Jeansans-Peur, Paris se dressait entre Tournai et la royauté nationale comme un obstacle infranchissable, qu'il fallait tourner au prix de longs et périlleux voyages. Aussi, de quel œil attentif les Tournaisiens observaient-ils tout ce qui se passait à Paris ! Comme ils y guettaient tout symptôme de revirement! Paris délivré, c'étaient les communications rétablies avec le reste de la France, c'était la solution de nos difficultés, le salut.
Charles VII se mit en marche le 22 juillet. Déjà Laon lui avait fait connaître sa soumission ; Soissons ouvrit ses portes; Château-Thierry, Crécy, Coulommiers, Provins se déclarèrent français. Si l'on s'avance vers le Nord, toute la Picardie est prête à donner son adhésion. Mais la marche fut lente et indécise, le parti de la diplomatie, qui dominait dans le Conseil, ne cessait d'opposer son influence au parti de la guerre, qui suivait Jeanne d'Arc. Enfin le 26 août, la Pucelle occupa Saint-Denis, où le roi vint la rejoindre le 7 septembre pour coopérer à l'attaque de la capitale.
Les Tournaisiens, par les rapports de leurs messasagers et les récits de voyageurs qu'ils comblaient de gratifications, suivirent jour par jour cette mémorable campagne. Le 4 août, sur un message reçu de Châ-
(1) De Beaucourt, op. cit. t. ii p. 234.
teau-Thierry, et le 18, à la nouvelle que l'armée royale s'approchait de Paris, des processions furent ordonnées (1). Dans l'entretemps, le chevaucheur tournaisien Tassart Du Tielt s'était rendu à Compiègne, ou le roi et la Pucelle arrivèrent le 18. Jeanne toujours occupée à stimuler l'ardeur des Français, lui remit, au moment de partir pour Paris, une lettre dans laquelle sans doute elle exprimait son espoir (2). On sait comment il fut déçu. Le 8 septembre, blessée, arrachée malgré elle aux remparts, la Pucelle se replia sur Saint -Denis, comptant renouveler bientôt l'entreprise. Notre Du Tielt était encore là, car on l'avait renvoyé dare dare sur le théâtre des opérations. Mais quand, profitant de sa présence, Jeanne s'adressa une dernière fois aux Tournaisiens, ce fut pour leur annoncer la retraite que venaient de décider les capitaines français, et qui s'effectua le 13 septembre (3).
(1) La ville envoya Grardin Couture à Laon et à Vailly du 20 au 24 juillet; Jacques Landrieu à Château-Thierry du 25 juillet au 4 août; Perrinet le Censier à la suite de l'armée du 2 au 15 août; Jean Leconte à Crépy-en- Valois, La Ferté-Milon, et Château -Thierry du 3 au 18 août ; Geoffroi le Boistelier à Château-Thierry, Provins, Coulommiers, La Ferté-Milon, Crespy, Compiègne du 29 juillet au 21 août ; Jacques Landrieu à la suite de l'armée du 10 au 21 août. (Compte d'entremise 1428-1429, voyages et quantité de dons à ceux qui apportèrent des nouvelles).
(2) « A Tassart du Tielt, pour avoir allé en la ville de Compiègne et ailleurs devers le Roy nostre seigneur, pour savoir et enquerre des nouvelles, dont il reporta lettres de la Pucelle qui estoit devers le Roy; auquel voyage il vacqua xv jours finans le xxvi® jour dudit mois d'aoust. (Comptes d'entremise, voyages, texte reproduit dans Ext. ii 335). — La lettre fut donc écrite très peu de temps avant le départ de Jeanne pour Saint-Denis (23 août). — Un autre messager, Pierre Le Moulquinier, fit le voyage de Compiègne du 17 au 23 août et celui de Senlis du 24 au 4 septembre. (Ibid.)
(3) « A Tassart du Tielt, pour avoir allé à Saint-Denis et autres villes devers le Roy nostre seigneur, pour enquerre et savoir de ses nouvelles, dont il raporta lettres dudit seigneur et aussi de la Pucelle; auquel voyage il vacqua xviu jours finans le xiv® jours de septembre ensuiant ». Le même jour revint Jean Leconte, qui était parti pour Senlis et Saint- Denis le 24 août. (Compte d'entremise 1428-1429, voyages).
Les premières brumes de l'automne enveloppent l'apparition miraculeuse. Elle recule, recule encore, derrière la Seine, derrière la Loire ; et Tournai, qui s'était cru délivré, retombe dans la solitude.
§ ni.