‹ Les tournaisiens et le roi de BourgesChapitre 6 sur 50 · ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS

Il faut remonter au début des factions, à une époque peu éloignée du meurtre de Louis d'Orléans, pour trouver les Tournaisiens aux prises avec le dilemme (jui devait les obséder pendant de longues années.

C'était au mois d'août 1408. Le duc de Bourgogne — qu'on allait bientôt surnommer Jean sans Peur — évadé de Paris comme un criminel, s'armait contre les Liégeois. Tournai convenant fort bien pour assembler une armée dont les Flandres, l'Artois et le Hainaut fournissaient les éléments, il y établit son quartier général, concentra ses troupes aux environs, s'y approvisionna de vivres et de matériel, demanda même des arbalétriers. Mais, sur ces entrefaites, survinrent des lettres du roi défendant d'ouvrir les portes aux gens de guerre et de les laisser passer en Tournaisis. Le duc y opposa une demande formelle de passage, offrant de garantir la ville envers et contre tous. Que firent les Tournaisiens^

Ceux-ci tinrent un raisonnement aussi juste qu'opportun : puisque le duc et sa suite étaient déjà dans la place, il ne pouvait être question de les empêcher d'entrer; restait à éloigner les gens de guerre au plus vite, et le meilleur moyen consistait à les laisser passer. Ils passèrent donc, mais par petits paquets, " par telle manière qu'on soit au deseure d'eux ?5, et le duc promit de prendre un autre chemin pour le retour (1).

Cet engagement, l'on sut le lui rappeler. L'on sut même en assurer l'exécution. Lorsque Amé de Viry, revenant de Liège avec un millier de cavaliers savoyards, voulut passer l'Escaut au trou d'Antoing, le Ijailli de Tournai, occupant Calonne avec des archers, des arbalétriers et des canons fournis par la ville, l'empêcha de construire un pont. Au bout de trois jours de pourparlers, le capitaine fut autorisé à passer le fleuve hors la porte des chauxfours et à traverser le Tournaisis d'une traite, sans s'arrêter qu'au delà du pont à Bouvinnes (2).

Après sa victoire d'Othée, Jean sans Peur eut bientôt fait de rentrer à Paris et de s'emparer du gouvernement et du roi. La ligne de conduite des Tournaisiens devint claire et facile. Non seulement toute contradiction cessa entre les ordres de leur souverain et les exigences de leur redoutable voisin; mais, au mandement de Charles VI, la ville envoya ses arbalétriers, à Paris en 1410 et à Bourges en 1412, combattre ceux qu'on commença dès lors à surnommer les « Armagnacs ^ .

(1) Consaux, 30 août 1408 : Tentes que requièrent Mgr de Bourgogne et M. du Quesnoy : les prévôts les prêteront comme en leur privé nom. — 4 septembre. Il demande vingt-cinq arbalétriers : ou s'en excuse. Hostelart est autorisé à lui livrer soixante queues de vin. — Cf. ext. anal, i p 70.

(2) Ext. anal, i pp. 72-74. Le 9 octobre, on avait fait demander au duc de ne point repasser par Tournai et le Tournaisis, démarche qui fut mal prise. (Consaux, lô octobre 1408.)

Les événements dont Paris fut le théâtre en 1413 renversèrent les rôles. Jean sans Peur, compromis par ses relations avec la faction cabochienne, se retira en Flandres, tandis que le parti d'Orléans, dirigé par le connétable d'Armagnac, rentrait en faveur. Mais il arriva bientôt que le dauphin Louis, duc de Guyenne, qui présidait le conseil à défaut du roi, prince jeune et versatile, se dégoûta des nouveaux maîtres et rappela le duc Jean, son beau-père.

Alors s'ouvrit une ère de lutte acharnée. Muni des lettres de son gendre, le duc de Bourgogne fit appel au pays. Il requit notamment les Tournaisiens de l'aider " pour aller devers le roi et monseigneur de Guyenne » . Presque en même temps le Conseil du roi leur enjoignait de lui fermer les portes et de ne point ajouter foi à ses lettres, mais de les envoyer au roi sans y répondre et sans les publier ; le dauphin lui-même leur écrivait pour démentir les allégations de son beau-père et interdire de lui prêter main-forte (1).

L'on sait que Jean échoua piteusement dans sa tentative sur Paris. Mais, en se retirant, il mit des garnisons à Soissons, à Compiègne et dans d'autres forteresses du roi « comme mal conseillé car grand mal en advint (2) ^. En effet, cette offense à la couronne royale, que Charles VI ressentit malgré sa démence.

(1) Consaux, 26 janvier 1414. Lettres du duc de Bourgogne par lesquelles il signifie qu'il va devers le roi et Mgr de Guyenne et requiert qu^on lui veuille aider et faire assistance. — Lettres du roi, du 31 janvier (v. Pièces justificatives) et du 8 février (Ext. anal., i p. 106), ces dernières demandant des arbalétriers. — La lettre du duc de Guyenne, écrite le 2, arriva le 6 (Charlrier; cf. aussi reg. 2848 F» 7 \°). — Jean sans Peur fut à Saint- Denis le 7 février et prit sa retraite le 16. A cette date Charles VI adresse à Tournai un nouveau mandement exposant les faits et réclamant des poursuites contre les partisans du duc ; les Consaux en délibérèrent le 3 mars. (Ext. anal, i p. 107.)

(2) De Smet, p. 342.

provoqua la campagne de 1414, durant laquelle le roi, avec toutes les forces de la monarchie, s'avança vers le Nord et menaça les possessions bourguignonnes, tandis que le duc, condamné par l'opinion publique, voyait s'eclaircir les rangs de ses partisans.

Ce fut d'abord une guerre de plume et un débat devant l'opinion. Jean sans Peur était passé maître en ce genre. Le 6 mars, les Consaux reçurent de lui des lettres et la copie de sa correspondance avec le dauphin (1). Le 13, deux ambassadeurs vinrent faire l'apologie de sa conduite et le procès des armagnacs. A les entendre, le duc ne voulait que la paix et le bien du roi; aussi plusieurs bonnes villes, telles que Reims et Rouen avaient-elles juré d'être avec lui ; il ne demandait aux Tournaisiens que de rester bons et loyaux. Et les Consaux de répondre non sans ironie : « En tant qu'il a plu à monseigneur de Bourgogne faire remontrer et requérir que nous tenions la main droite, nous l'en remercions ; et toujours nous serons bons et loyaux sujets envers le roi et monseigneur de Guyenne « (2).

Quelque temps après, répondant au réquisitoire du gouvernement de Charles VI par un long mémoire dans lequel il rappelait à sa façon les rétroactes de sa querelle, Jean demanda une fois de plus qu'on fût avec lui pour l'aider au bien du roi et du royaume (3). Les Tournaisiens n'en avaient garde, et la seule question

(1) Consaux, 6 mars : le duc de Bourgogne a envoyé trois lettres closes en papier, une avec sceau et un vidimus de trois lettres closes envoyées par lui à Mgr de Guyenne.

(2) Ext. anal., 13 mars 1413 (1414 n. st.).

(3) A Jacquemart de Rosne, chevaucheur de M^" le duc de Bourgogne, lequel, le xxviie jour d'apvril apporta à mesdis seigneurs certaines lettres patentes de par ledit seigneur avecq un grant roUe de papier contenans certain propos du fait de la guerre d'entre monseigneur d'Orliens et ledit monseigneur de Bourgogne, un écu d'or = 23 s. 4 d. t. (Comptes d'entremise, 1414.)

qu'ils se posèrent fut de savoir que faire des lettres du duc. Ne pas les publier, sans doute. Mais allait-on les livrer au gouvernement, qui, l'on s'en souvient, l'avait ordonné? Pas davantage. L'on voit se dessiner ici une politique proprement tournaisienne, soucieuse des intérêts locaux et pacifique : « Vu qu'il convient les marchands de Tournai communiquer avec ceux des Flandres, il n'est mestier d'envoyer les dits rôles à AI. le chancelier de France, p^nncipalement pou?^ doute d'émouvoir dissensions et d'em^nener les seigneurs les uns contre les autres (1) ••. L'on voulait servir le roi, non le parti armagnac. Dans le même esprit, l'on se garda, malgré l'invitation du gouvernement et l'exemple de Paris, de faire brûler publiquement la fameuse proposition de Jean Petit (2).

Cette politique se manifeste mieux encore dans les rapports avec les communes flamandes. Au début de hi campagne de 1414, les armagnacs tentèrent un coup audacieux, lequel ne consistait en rien moins qu'à détacher celles-ci du parti bourguignon. N 'avaientelles pas faussé compagnie à leur prince en 1410, et refusé tout récemment de le suivre à Paris? Mais comment lier conversation avec elles? Comme avant Roosebeke (3), le gouvernement de Charles VI s'avisa de la ville de Tournai, toute désignée pour servir d'intermédiaire.

Or donc, le 19 mars, débarqua Jacques de Monteil, chevaucheur du roi, porteur de lettres patentes que Charles VI adressait à Bruges, à Gand et aux autres

(1) Ext. anal., i pp. 112 et s.

(2) Ibid., I pp. 114 et 115. Cette proposition, qui tendait à justifier le meurtre de Louis d'Orléans, avait été présentée en audience solennelle à Paris le 8 mars 1408.

(3) Froissart, édit. Kervyn, t. x p. 99.

membres de Flandres, et enjoignait aux Tournaisiens de porter à destination de par la ville. Perplexité des Consaux. Selon leur habitude, ils décident de consulter les notables, le bailliage et le clergé. Ceux-ci furent unanimes : obéir, c'était risquer une rupture avec les Etats bourguignons. Que faire? L'on décida d'envoyer des députés « remontrer au roi les périls et inconvénients qui s'en pourraient suivre ?', et de retenir le chevaucheur, afin que ce plaidoyer précédât son rapport ( 1 ). Lotard de Willeries, chargé de cette mission, fut à Paris jusqu'au 4 avril, et assista au départ du roi pour l'armée (2).

L'incident fut clos, si l'on se borne aux documents officiels. Mais un chroniqueur raconte que les lettres de Charles VI aux flamands " furent portées secrète-

(l) Cf. Ext. anal, i p. 111. L'objet de la délibération est libellé en ces termes : « Savoir si les lettres patentes que le roi nostre dit seigneur envoyé à Bruges, à Gand et autres membres de Flandres seront reçues et envoyées de par la ville aux dessusdis, à qui elles se adraichent. •» — Les gens du baillage disent : que cette ville est marchande et convient communiquer avec ceux du pays de Flandres ; et que nous élussions trois ou quatre des plus notables bourgeois qui cette besogne alassent incontinent remontrer au l'oi, les périls et inconvénients qui s'en pourroient suivre, et eussent quierque verbale et fussent par de là avant le chevaucheur ; sans recevoir ses lettres. — Le chapitre : comment la ville est située et que nous n'avions point acoutumé de recevoir telles lettres ni de les envoyer; et au surplus en disent comme dessus, afin que la ville fut tenue pour excusée. — Pour les bourgeois, par mestre Jacq-ies Coure fut dit : qu'il convient marchandise avoir cours et communiquer avec ceux de Flandres; et de retenir par belles paroles ledit chevaucheur deux ou trois jours et endedens envoyer vers le roi ; et aussi qu'on envoyast vers monseigneur de Tournay pour avoir son avis.

Le 23 mars on paya 4 Ib. 10 s. t. à Monteil pour quatre jours de séjour. (Reg. 898 Fo 1.52 Vo.)

(2j Les comptes (reg. 2848, 1414-1415, F» 7 V») n'établissent pas la durée du voyage de Willeries. On sait qu'il partit de Paris le 4 avril et arriva dans la soirée du Samedi-Saint à Tournai, avec le futur conseiller Gilles de Grigny (Consaux, 10 mai 1414). — Consaux, 10 avril : « Lotard de Willeries fist se relation de ce qu'il avoit fait et exploittié à Paris, où il avoit esté envoyé par devers le conseil du roy et les prevost des marchans et eschevins de Paris, pour estre le ville de Tournay tenue pour excusée de non avoir envoyé les lettres du roy as bonnes villes de Flandres. »»

ment en plusieurs bonnes villes, comme Gancl, Bruges, Vpres et autres, et furent jetées et semées en plusieurs lieux, par les rues, en celliers et en maisons, sur les fenêtres et autrement. Et ne sut-on qui les apporta ^. Ces lettres mandaient les députés des Flandres auprès du roi et provoquèrent l'entrevue de Péronne (1).

Jamais les relations ne furent plus actives entre Tournai et les communes flamandes, Gand surtout, que durant la campagne de 1414. D'une part c'était ici un centre d'informations ou les flamands venaient s'informer des progrès de l'armée royale, et par où le gouvernement français épiait ce qui se passait en Flandres; de l'autre il s'agissait de sauver les relations commerciales.

Car, si elles ne pouvaient ramener la paix, les communes tâchaient d'éviter les conséquences néfastes de la guerre. Le 19 mai, le conseiller de Gand, Liévin Van den Huflel, inquiet des rumeurs qui couraient dans le public gantois, proposa aux Tournaisiens, « afin d'entretenir le bon amour qui a été entre le pays de Flandres et eux, que, si aucunes nouvelles ou lettres touchant la marchandise leur survenaient, ils le fissent savoir à ceux de Gand r, ; et ceux-ci useraient de réciprocité.

(1) Chronique de Monstrelet, édit. Douët d'Arcq, t. vi p. 222. Les députés flamands se rendant à Péronne, passèrent à Tournai le 23 juin (Présent de vin).

(2) Consaux, 19 mai 1414. Mestre Liévin dit : a On avoit rapporté aux échevins, doyens et loy de Gand aucunes paroles — touchant la dissension qui est entre monseigneur de Bourgogne et ses parties adverses — que aucuns disoient à Gand et qui couroient en commun, lesquelles ils ne voloient mie croire. Et pour ce avoient envoyé devers nous, requérant, afin d'entretenir le bon amour qui a été entre eux et le pays de Flandres et nous, que, si aucunes nouvelles ou lettres touchant la marchandise nous sourvenait qu'on leur fit savoir et que, si aucune leur en survenoit, pareillement, ils le nous feroit savoir ».

Durant toute la campagne, les Tournaisiens se gardèrent de porter atteinte à la liberté commerciale. Alors même qu'ils étaient exposés à manquer de vivres, ils laissèrent intactes les cargaisons de blé destinées à des marchands étrangers. Même un convoi d'armes et de munitions, envoyé de Binche à Lille, après avoir été arrêté par les gardes de la porte Coquerel, continua sa route, la Ville ni le bailli n'ayant voulu avouer l'arrêt (1).

Cette politique n'alla pas sans heurts. D'abord un grave incident révéla l'opposition qu'elle rencontrait à Tournai même. Le 21 juin, c'est-à-dire au moment que l'armée royale se disposait à envahir l'Artois, l'accusation fut lancée publiquement contre trois grands bourgeois — Marc Villain, Enguerrand de Sotenghien et Pierre Hostelart — d'avoir vendu la ville au duc de Bourgogne. La rumeur s'en répandit dans les villes voisines. Les foulons s'agitèrent. On sévit contre les auteurs de ces " paroles séditieuses ??, et ce fut tout pour le moment (2). Mais après la guerre, des rapports malveillants furent adressés au Grand Conseil sur la conduite des Tournaisiens. Les armagnacs se plaignirent des ménagements que la Ville avait gardés pour les adversaires du roi, de sa politique cauteleuse et de son « irrévérence « (3).

(1) Consaux, 24 mai : par contre, les blés destinés à des marchands tournaisiens étaient saisis par la ville. — Ibid., 7 juillet.

(2j Ext. anal., i 11.5 et 116 ; Consaux, 31 juin et 4 juillet. Sotenghien était un bourgeois de haut parage, allié à l'opulente famille Mouton, échanson du roi, et qui fréquentait beaucoup les tournois des villes flamandes. Hos-=^ telart fut le fournisseur de vin et l'échanson du duc. *^

(3) Consaux, 17 janvier 1415 : Fut remonstré en halle par plusieurs du conseil de la ville et mesmement les chefs à M. le bailli, d'entre les autres causes des accusations et charges bailliés contre la ville aux gens du roy à Paris, les principaux points dont on estoit d'accord de parler : l'un sur le fait de justice et du gouvernement ayant regard as mauvais, le second de le

Comme le roi " descendait si fort « (1), comme de

toutes parts les gens du duc de Bourgogne couraient au

secours d'Arras, Tournai dut se mettre en garde.

Depuis le début de la guerre, les portes étaient

fermées (2). A partir de mai ce fut à peu près l'état

de siège : cinq cents hommes faisaient le guet chaque

nuit (3). Les arbalétriers tournaisiens ne firent point

campagne avec le roi. Trois fois convoqués et tout prêts

à partir, ils furent trois fois contremandés à la demande

de la Ville elle-même, appuyée auprès du roi par le sire

de Ligne. Car on avait besoin d'eux ici même ; et

d'ailleurs pas un ne serait arrivé à destination, les

garnisons de Lille et de Douai leur préparant des

embuscades (4).

Des pourparlers entamés devant Arras au mois de septembre suspendirent les hostilités, mais la paix ne

politie et l'autre de l'inrévérence. Si fu respoudu par mestre Jeh. Descamps pour led. M. le bailli, que de ces coses ils n'avoient point ouy parler ni rien envoyé par de là... »

(1) Il fut à Laon le 30 mai, à Saint-Quentin du 13 au 24 juin, à Përonne du 29 juin au 20 juillet, et le 24 devant Bapaume. (Tuetey, Mém. d'un bourgeois de Paris, p. .54, note 2.)

(2) Ext, anal., i p. 112. Décision du 19 avril.

(3) Lettres royaux du 17 mai (Chartrier). — Le guet fut sur pied de guerre depuis le 20 avril jusqu'au 22 octobre (reg. 2848, compte de 1414-1415, Fo 8 V"). — Consaux, 20 et 22 juin.

(4) Lettres de mandement du 5 mai (Compiègne), du 8 juin (Laon) et du 5 août 1414 (Arras) et lettres de contre ordre du 17 mai (Soissons) et du 22 août (devant Arras). Originaux aux archives de Tournai. — Un ordre d'envoyer cinquante arbalétriers pour garder le château de Dossemez (Bapaume, 14 juillet) ne paraît pas avoir été suivi d'effet. — On lit dans le compte spécial des arbalétriers (reg. 2848) : « Jasoit ce que les dis arbalestriers, paviscurs et sauldoyers fussent aprestés, prés, appareillés, les draps à eux donnés, leurs cottes faites, ensemble leurs abillemens et provision pour eux en aller es dis service, host et armée, comme ce estoit et fu tousjours l'intention et volonté desdis consaui et désirans de les y envoyer; nientmoins si ne peut-on trouver ni ad viser voye ne quemin par où ilz puissent estre

fut conclue définitivement que le 23 février 1415. Il était temps de réconcilier les Français ; car, au mois d'août suivant, le roi d'Angleterre débarquait sur la côte normande. " Envoyez, tirant jour et nuit, le plus grand nombre de gens d'armes que vous pourrez t,, écrivit le 2 septembre Charles VI aux Tournaisiens (1) . Ils armèrent le contingent ordinaire de cinquante arbalétriers et de vingt-cinq pa viseurs. Ceux-ci, partis le 17, allèrent à Mantes, où le roi " amiablement les reçut et fit chacun boire devant lui en disant : mes enfants de Tournai, très bien me soyez venus, car sachez que joyeux suis de votre venue •' (2). Mais Charles VI n'était pas en état de prendre part à une bataille ; et malgré l'honneur de garder sa personne, en vertu du privilège que l'on sait, la Ville se morfondait de voir ses soldats réduits à ce rôle. Les Consaux

seurement passés, sans périlz de leurs vies ou d'estre prins et raenchonnés, qui ne les fust venus querre à grant armée et puissance de gens. Comme il fu l^en sceu des awés qui furent sur eulx fais de plusieurs gens d'armes estans en garnison, il y en avoit à Douay et à Lille dont on avoit bien cause de doubler. Et pour ces causes, en voJt le roy ledite ville de porter ».

Extraits analytiques, 9 mai et 18 septembre 1414. — A Jaques de Maubray cambgeur, pour vi tasses d'argent dorées pesans xiiii mars vu onches XVII estrelins, à viii 1. t. le marcq, un godet pesant m mars vi onches IX estrelins d'argent, à vu 1. x s. t. le marcq. Item pour m mailles de Florenche dont lesditez escalles et godet furent doret 1. xviii[ s. nii d. t.... lesquelz tasses et godet furent données pour le bien et honneur de le ville audit monseigneur de Lingne, pour le rémunérer de plusieurs paines et travaux que il avoit eus pour le fait d'icelle ville en plusieurs manierez esdis ostz et armées c 1. m 1. IX s. VII d. — Ausdis sire Jehan Wettin, sire Jehan Coppet et Lottart de Willeries, pour avoir allé, par l'ordonnance desdis consaulx, par devers ledit monseigneur de Lingne, en son chastel de Baillœl lui recommander ledite ville et les gouverneurs et lui remerchier de le bonne amour et serviche que il avoit fait à ledite ville, et lui présenter lesdites tasses et godet ; auquel voyage ilz vacquièrent les xii^ et xiii« jours dudit mois d'octobre, ledit sire Jehan Wettin à quatre chevaux, ledit sire Jehan Coppet à trois et ledit Lottart à deux, x l, iiii s, vi d. (reg. 2848).

(1) Consaux, 4, 6, 11, 12 septembre. Lettres royaux du 2 septembre (Chartrier).

(2) Consaux, 16, 17 septembre. De Smet, p. 354.

écrivirent lo 18 octobre au capitaine des arbalétriers qu'ils verraient volontiers que leurs gens fussent à la bataille annoncée, et que, si le duc de Guyenne y allait, il fallait se faire mander par lui (1). Mais le dauphin, pas plus que le roi, n'approcha des Anglais, ni nos gens par conséquent.

Le 26, arriva la nouvelle de la « desconfiture -^ avec une liste des morts et des prisonniers les plus illustres. Des mesures de sûreté furent prises : fermeture des portes, renforcement du guet, réfection des boulevards (2). Cependant on doutait encore. Les autorités se tenaient à la taverne de la Pomme d'or, en Lormerie, prenant les dispositions nécessaires en attendant confirmation (3). On avait envoyé Willeries sur le théâtre des événements ; arrivé à Béthune il sut à quoi s'en tenir, et, bien qu'il fût dix heures de nuit, expédia un courrier qui s'en vint d'une traite à Tournai. Willeries passa deux jours sur le champ de bataille, s'occupant surtout de recoimaitre 'les morts (4). Car

(1) Ext. anal, i p. 126.

(2) Consaux, 26 octobre.

(3) Pour despens fais à le Pome d'or le sabmedi xxvie jour dudit mois d'octobre par pluiseurs de le loy et du conseil de ledite ville qui s'estoient assemblés pour adviser au fait et bien de ledite ville, en attendant à oir nouvelles certaines de ledite bataille, Ix s. vu d. (reg. 2848). La taverne de la Pomme d'or était située au bas de la rue des Chapeliers (autrefois lormerie) du côté de la boucherie.

(4j Audit Lotart de Willeries, pour les despens de lui, dudit Coquelet et de II chevaux, que il eurent par un jours que ilz furent hors du commandement des dis consaux pour enquérir et savoir le vérité de Testât de ledite bataille et descontiture ; et se partirent le samedi xxvi^ jour dudit mois d'octobre et y naquirent en alant à Béthune et en autres lieux et aussi sur le plache où les mors en ledite bataille estoient jusqu'au mardi ensivant ; à xxii s. VI d. t. pour jour.

A Adam Mouton, lequel s'estoit parti le xxvi® jour dudit mois de Béthune à X heures en le nuyt et de là venus sans arrester devers mesdis seigneurs, prevûstz et jurez, le xxvu^ jour ensivant (27 octobre) du matin apporter lettres dudit Lottart de Willeries là envoyé faisans mention des nouvelles de ledite bataille et descontiture, xxviii s. ix d. (reg. 2848;.

Tournai perdait dans le désastre nombre de ses amis et de ses plus nobles habitants : le sénéchal de Hainaut, les sires de la Hamayde, de Ligne, de Brifeuil, du Quesnoy, de Rasse, de Chin, de Pottes, le bailli Thomas de Beaufremetz, Pierre Cottrel, armé chevalier la veille.

Les jours suivants ce fut un défilé de convois funèbres : le 29 octobre, celui du sire de la Hamayde ; le 30, celui du duc de Brabant, que l'évêque, le clergé et les autorités accompagnèrent à travers la ville; le 31, celui du sénéchal de Hainaut, qui fut inhumé à la Chartreuse de Chercq ; le premier novembre, celui du sire de Pottes ( 1 ) .

(1) De Smet, p. 358.

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