‹ Les tournaisiens et le roi de BourgesChapitre 9 sur 50 · JEAN SANS PEUR AU POUVOIR — SA MORT · texte numérisé non relu

JEAN SANS PEUR AU POUVOIR — SA MORT

On salua joyeusement la victoire du parti bourguignon. Une procession générale fut organisée par le chapitre le 4 juin, et il fut permis d'allumer des feux aux places accoutumées (1) : allégresse bien naturelle, puisque les récents événements délivraient la ville des embarras sans cesse renouvelés et de plus en plus inextricables parmi lesquels, depuis cinq ans, elle se débattait. Désormais ses devoirs se concilieraient avec ses intérêts.

Bientôt le bailli Jean de Bains, représentant du gouvernement déchu, fut remplacé par Gossuin de Lannoy, le candidat bourguignon (4 septembre) (2). La guerre s'éloigna : tandis que les Anglais la continuaient en Normandie, et que les gens du dauphin la commençaient dans un rayon étendu autour de Paris, les contrées voisines de Tournai retrouvaient la tranquillité. Les armagnacs devenaient " les adversaires du roi r . Mais l'on savait pourtant que le dauphin, échappé au coup de filet, s'était réfugié en Berry, et revendiquait le gouvernement du royaume ; et dès lors il y en eut à Tournai qui s'attachèrent à lui, et se mirent à correspondre avec la cour de Bourges.

(1) Publications, 3 juin.

(2) Consaux, 9 et 30 août, 4 septembre. Dès le mois de juin les fonctions furent exercées par le lieutenant Jacques Cottrel.

La première pensée des Tournaisiens fut de rendre hommage au régime nouveau par une ambassade. L'évêque et Hugues de Lannoy le conseillèrent « afin d'excuser la ville auprès du duc et qu'il l'eut pour recommandée ». N'y avait-il pas, en effet, quelques fâcheux souvenirs à effacer? On désigna les ambassadeurs et leur logement fut préparé par les fourriers de Jean sans Peur ; puis, après avoir encore tâté le terrain à Paris, l'on y renonça (1). Il fallait pourtant traiter certaines affaires, dont la plus importante consistait à recouvrer les trois mille écus avancés à la reine en exécution du traité du 31 janvier, et à se dégager des stipulations de celui du 12 mai. Il y avait aussi le don royal pour les travaux de défense, mais de celui-ci l'on ne vit jamais que la lettre (2),

Au lieu de recouvrer, on commença par verser encore. Le comte de Charolais, ayant mandé ses gens d'armes à Beauquesne — moins pour combattre les Anglais, comme il l'annonçait, que pour assurer la suprématie politique de son père — fit demander d'anticiper le paiement des trois mille écus promis à la reine pour le premier octobre (second traité) . La ville offrit un acompte de deux mille écus (3). Peu de temps après, il fut entendu qu'elle effectuerait ses reprises sur le seigneuriage de la monnaie, en onze paiements mensuels.

Le 2 octobre arriva Hugues de Lannoy, chargé de demander un secours militaire pour la délivrance de Rouen (4). Comme Tournai avait pour cela besoin d'argent, il ébaucha un nouvel arrangement suivant

(1) Consaux, 13, 14, 23 et 28 juin, et Ext. anal, i pp. 167 et 168.

(2) Ext. anal., t. i p. 167.

(3) Consaux, 9 juin.

(4) Consaux, 2 octobre.

lequel la Monnaie verserait dans la caisse communale trois mille sept cent livres dans le courant du mois et mille mensuellement jusqu'au mois de mai (1). Mais, entre promettre et tenir, il y avait les embarras du gouvernement, qui devait faire face à la fois aux dauphinois et aux Anglais. Aussi, loin de recevoir, la ville dut-elle acquitter le complément (mille écus) des subsides promis à la reine (2).

Puis, le 24 novembre, Jacques de la Vieuville et Jean de Pressj, commissaires généraux des finances vinrent demander de suspendre les remboursements pendant quatre mois, sauf à les doubler en mars, avril, mai et juin. Les Consaux s'excusèrent, eu égard aux charges de la ville, de ne pouvoir se prêter à cette combinaison (3) ; mais ils n'en touchèrent pas davantage, le roi ayant déferfdu aux gens de la monnaie de se dessaisir de quoi que ce fût du seigneuriage. Ne voyant rien venir, le prévôt Wettin. et le procureur-général Cathine se transportèrent à la Monnaie en compagnie d'un notaire et signifièrent les mandements du roi et des commissaires-généraux. On leur répondit qu'il n'y avait pas de disponible et que d'ailleurs il était défendu de remettre des fonds à tout autre qu'au roi. Mais, moyennant l'engagement personnel des deux mandataires de la commune, on leur versa mille livres (4). Les comptes communaux ne portant aucune trace des avances faites à la reine, il est à présumer qu'elles furent récupérées dans la suite.

L'événement militaire de ce temps fut le siège de

(1) Vidimus daté du 30 décembre de lettres du 10 octobre. Pièces justificatives, 2.

(2) Consaux, 7 décembre.

(3) Consaux, 24 novembre.

(4) Procès-verbal du 30 décembre 1418. Pièces justificatives, ibid.

Rouen commencé par Henri V le 20 juillet (1). Le gouvernement s'étant décidé enfin à secourir la place, Hugues de Lannoy vint à Tournai requérir douze canons, cent hommes d'armes et le contingent ordinaire d'arbalétriers (2). La ville obéit dans la mesure du possible. Mais Jean sans Peur, trop occupé des intérêts de sa politique, retarda longtemps l'entrée en campagne. Enfin Charles VI prit l'oriflamme et vint à Pontoise, où le joignirent nos gens, partis le 5 décembre, sous le commandement d'Ernoul le Muisis. On n'alla pas plus loin que Beauvais ; car selon le bruit qui courut et que nota la chronique tournaisienne, " Jean duc de Bourgogne ne voulait pas souifrir qu'eux ni la dite armée n'allassent outre » (3).

Cependant, après l'échec des pourparlers entamés avec les Anglais et la suprême démarche des malheureux Rouennais, le gouvernement fit mine d'agir et demanda encore des soldats. Les Tournaisiens votèrent " libéralement ?' une nouvelle levée de cent hommes, dont les frais seraient répartis entre les riches marchands et les habitants aisés (4). Mais leur élan fut coupé net par la nouvelle de la capitulation de Rouen (13 janvier 1419).

La perte de la capitale normande consterna les bons Français de Tournai. Le chapitre ordonna une procession générale; et comme il convenait à cette occasion qu'un grand orateur célébrât le deuil national, Eustache de Pavilly fut invité. Le choix du célèbre carme n'était point du au hasard, ni môme à ses anciennes relations avec les Tournaisiens. Bourguignon, mais

(1) Consaux, 22 août. Les Rouennais en informèrent eux-mêmes Tournai.

(2) Consaux, 2 octobre.

(3) De Smet, p. 370.

(4) Ext. anal, i p. 174. Consaux, 9 janvier 1419.

français d'abord, Pavillj, avec son habituelle rudesse, avait sommé le duc Jean de secourir Rouen et, le 27 octobre était venu crier contre lui le grand haro, au nom des assiégés. Son discours du 31 janvier plut à tel point que l'on retint l'orateur pour prêcher aux prochaines élections ( 1 ) .

Cependant les progrès de l'invasion anglaise étaient devenus si inquiétants que Philippe de Charolais manda des députés à Arras pour aviser à la défense des bonnes villes (2). En mars, les échevins d'Amiens demandèrent à Tournai du secours pour le cas où ils seraient assiégés (3). Mais cette ville se préoccupait déjà de sa propre sécurité : le guet fut établi aux tours et sur les points importants et une commission formée pour organiser la défense (4).

Effrayé des succès du roi d'Angleterre, et d'ailleurs toujours hésitant et jouant double jeu, le duc de Bourgogne crut le moment venu de se retourner du côté du dauphin. Le 8 et le 11 juillet, sur le Ponceau Saint- Denis, les deux princes se rencontrèrent, et sans difficulté, se mirent d'accord sur les principaux points : assistance mutuelle, expulsion des Anglais, relèvement du royaume. La France eut un moment d'allégresse, mais bien court. S'étant rendu à Montereau le 10 septembre pour une nouvelle entrevue avec le dauphin, Jean sans Peur périt dans un guet-apens qui semble avoir été préparé par certains conseillers du jeune prince (5).

(1) Consaux, 31 janvier et l^r février 1419.

(2) Consaux, 3 et 10 février (Ext. anal, i p. 175].

(3) Ibid. 8 mars.

(4) Ibid. 13, 20 et 22 mars.

(5) De Beaucourt, op. cit., t. ii, p. 651.

Ce fatal événement fut connu à Paris le 1 1 . L'agent tournaisien ne l'écrivit que le 13, soit qu'il doutât encore, soit qu'il voulût laisser passer le jour de la Procession. Sa lettre donnait la version bourguignonne, celle d'un assassinat (1).

En eifet, le premier soin des deux partis fut de raconter le meurtre chacun à sa manière, besogne d'autant plus facile que les choses s'étaient passées si vite et dans un tel trouble que peu de gens en savaient l'exacte vérité. Une circulaire du dauphin, qui parvint ici le 21 , propageait la version suivante : le duc aurait répondu à Charles « moult en oultrageuses paroles »; il aurait même tiré l'épée pour attenter à sa personne, voulant, comme on l'avait su plus tard, la mettre en sa sujétion ; le dauphin, grâce à Dieu et au dévouement de ses serviteurs, avait été préservé et le duc « par son outrage et entreprise, était demeuré mort en la place ^ (2). Entre les deux versions, l'on fit à Tournai une moyenne, à en juger par ce texte de notre chroniqueur : « Paroles s'en aigrirent et montèrent en telle arrogance que, par fait, après icelles, le dit duc et aucuns de ses aidants y furent occis par les gens du dit dauphin « (3).

Un cri de vengeance s'éleva de la France bourguignonne. Le 12 septembre, les Parisiens, dans une assemblée tenue sous la présidence du comte de

(1) Incontinent que mon dit seigneur de Bourgogne entra près d'icelle barrière, on lit reculer une grande partie de ses gens; et tantôt qu'il fut dedans ladite barrière, on dit que monseigneur le dauphin parla à lui d'aucunes paroles quelles on ne sait ; et après il fut pris par sire Tanguy du Chaslel et par sire François des Grigneaux. Et lui ainsi tenu d'un côté et d'autre, le vicomte de Narbonne s'approcha, qui lui donna d'une hache sur la tête, du quel coup mort s'ensuivit... » (Ext. anal, i p. 181).

(2) Consaux, 21 septembre. De Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. i p. 180.

(3) De Smet, p. 371.

Saint-Pol leur capitaine, jurèrent " de résister de corps et de toute-puissance aux damnables propos et entreprises des criminels coupables de la mort de feu le duc de Bourgogne et de poursuivre la vengeance et réparation d'icelle. » Copie de ce serment fut envoyée dans tout le royaume et l'on commença aussitôt à sévir contre les dauphinois ( 1 ) .

Les Tournaisiens, qui ne s'étaient livrés d'abord à aucune démonstration, reçurent le 22 septembre des lettres du comte de Saint-Pol, de la ville de Paris et du Grand-Conseil, les invitant à venger le meurtre de Montereau et à poursuivre les coupables (2). Mais leurs dispositions étaient fort différentes. Ne reconnaissant d'autre maître que le roi, " ayant l'œil au dauphin comme à leur futur seigneur w, et d'ailleurs mécontents de la politique bourguignonne, leur patriotisme répugnait à l'œuvre néfaste qui devait approfondir les divisions du royaume et ruiner l'esprit national. Leur décision fut bientôt prise ; et, s'ils étudièrent soigneusement les termes de la réponse, ce fut moins pour le fond que pour la forme. Un brouillon, épingle sur le registre des Consaux, en fixe le sens. " La difficulté dont on doit sobrement parler w, y lisons-nous, « est quand à la vengeance de la mort de Monseigneur de Bourgogne et quant à y adhérer. La ville est au roi et n'a qu'un seul seigneur. Et n'est mestier d'être partial à faire la vengeance. Et ne sied pas de recueillir ni retraire ceux qui ont fait le fait « . Cette sèche déclaration fut adoucie par des remerciments pour les bons conseils et les gracieuses lettres

(1) De Beaucourt, op. cit. t. i, p. 185.

(2) Consaux, 22 septembre.

reçues de Paris. Mais si bien tournée que fut leur réponse, les Consaux aimèrent mieux la délivrer ^ de bouche et non par écrit " ( 1 ) .

Quelques jours après, Morvilliers et Pierre de Verrat (2), envoyés par les Parisiens auprès du nouveau duc, pour demander sa protection et concerter les représailles, s'arrêtèrent ici. Et Morvilliers se mit en devoir d'exposer « le très horrible cas et crime perpétré en la personne de feu Monseigneur de Bourgogne, et la délibération que le roi et son conseil ont eue sur ce, lesquels ont fait savoir à toutes les bonnes villes la vérité du cas r. Après une longue apologie des actes de Jean sans Peur, il détailla les préliminaires de la fatale entrevue, et raconta celle-ci et son tragique dénouement, mais en évitant de froisser ses auditeurs dans leurs sentiments dynastiques par une accusation directe contre le dauphin, « auquel l'offense est aussi faite " . Le roi, conclut Morvilliers, a résolu de faire justice de ce crime; les bonnes villes du royaume devront l'aider à en tirer vengeance, et déjà Paris, Reims, Châlons et d'autres y sont décidées. Que Tournai agisse de même; que ceux qui ont à cœur le parti du dauphin et des armagnacs soient séparés des autres et qu'on les mette en lieux et places où l'on puisse répondre d'eux au roi. Le président proposa la formule du serment prêté à cette fin par cinquante bourgeois et chevaliers de Reims » (3) .

(1) Consaux, 23 septembre.

(2) Pierre le Verrat, seigneur de Crosne, ëcuyer d'écurie, bailli de Montargis, devint prévôt de Paris en 1421.

(3) Consaux, 2 octobre. Morvilliers, qui avait été à Montereau, raconta ainsi le meurtre : « Aussitôt qu'il entra en la barrière, l'un clôt l'huis; et là était le dauphin accompagné de gens d'armes. Et quand ledit feu le vit et aperçut, il lui fit révérence, lui offrit corps, chevance, amis, parents et bienveillants, et lui requit parole pour causer le bien du royaume, et qu'on

La journée du 3 octobre et le matin du 4 se passèrent à délibérer sur les deux requêtes des ambassadeurs : P de faire serment de résister aux entreprises des criminels coupables de la mort du feu duc, et de poursuivre la vengeance de celle-ci; 2*^ de dénoncer ceux qui voudraient favoriser les susdits criminels. Les Consaux formulèrent un projet de réponse, le soumirent à une réunion de notables et à l'évêque — car la demande s'adressait aussi au clergé — et convoquèrent la communauté, laquelle en très grand nombre approuva le projet. Si heureux en étaient les termes, que Tévéque lui-même y souscrivit et se fit représenter par des chanoines à l'audience où il en fut donné lecture.

Les ambassadeurs vinrent à l'hôtel de ville et, devant les Consaux, M® Gilles de Grigny leur délivra cette malicieuse réponse ; « Sur le premier point, la ville et ses bourgeois ont toujours été bons, vrais et loyaux sujets du roi, et ont obéi à tous ses commandements et plaisirs. En cette volonté, propos et intention, et de s'employer en toute manière possible au bien du roi et de son royaume, ils sont prêts et fermes de demeurer et persévérer jusques à la mort. Et toujours ils se sont mis en peine d'être et de demeurer en la bienveillance de feu Monseigneur de Bourgogne. Celui-ci, ils le reconnaissent, a été très bon seigneur et ami de la ville ; et de sa grâce a eu les affaires de celle-ci pour très recommandées. Pour ces causes ils l'ont aimé, redouté et chéri entre les autres princes de ce royaume, après leur naturel seigneur, et de sa mort, ont été et sont tant tristes et dolents que plus ne peuvent être - .

« Et à la seconde requête, ils répondent que, en la

entendit à aider ceux de Gisors, dont les ambassadeurs étaient là. Mais, en moins d'heure demie qu'on défit l'huis, un'soi-nommant Tanguy du Chastel le férit d'une hache en la tête et l'occit maisemeat «.

ville de Tournai, ils ne savent aucun tenant le parti contraire au roi, ni favorisant les dits criminels; et s'ils en peuvent savoir, ils en feront tant que le roi et tous autres s'en devront tenir contents. ^^

Morvilliers trouva ce langage peu clair, et " qu'on n'avait point répondu formellement, mais c'était traverse " ; que d'ailleurs il fallait un écrit. Qu'à cela ne tienne, pensèrent les Consaux. S'étant retirés chaque collège à part, ils rapportèrent une cèdule. Mais, écrit ou parlé, le discours était le même, et le président déclara que cette « cédule ne contenait point ni n'était réponse assez « . Il la refusa, disant qu'on aurait dû faire cette réponse la communauté réunie, ou au moins en assemblée plénière des Consaux. Puis, s 'échauffant, il ajouta que le Parlement, où il y a d'aussi sages gens et plus qu'à Tournai, que le clergé de Paris et d'autres sages et notables avaient prêté serment avec le comte de Saint-Pol, en la présence du chancelier de France; et que nous no devions point faire singularité en ce royaume. Il insista pour que " nous eussions un peu d'avis à sa requête et que nous n'ouvrissions la plaie, mais l'aidassions à guérir ?•>. Enfin il demanda si l'on n'avait point autre chose à dire : à quoi le prévôt Jean Wettin répondit simplement qu'il n'avait point d'autre charge. Et l'on se quitta (1).

En même temps, les Tournaisiens étaient sollicités par le nouveau duc de Bourgogne. Philippe-le-Bon annonçait dès lors l'orientation future de la dynastie bourguignonne : sa jeunesse s'était passée en Flandres,

(1) Consaux, 4 octobre.

où il acquit une popularité que n'avaient pas connue Philippe-le-Hardi et Jean sans Peur ; et tandis que ce dernier, absorbé par les affaires du royaume, délaissait ce pays-ci, il y commença de fait un règne qui devait y avoir son centre et son éclat. Dès 1415, Tournai s'était laissé gagner par les sympathies des Flamands pour ce jeune prince; et nous savons les rapports qui furent noués avec lui à partir de 1417.

Après avoir donné quelques jours à une douleur dont le chroniqueur Chastellain a fcût le navrant tableau, le nouveau duc avait pris possession de ses titres et s'engageait dans la mêlée des partis. « Les bonnes villes tenant la partie du roi et de lui ^ furent invitées à se faire représenter à Arras le 18 octobre ; et l'on conseilla d'envoyer des députés, ceux-ci ne devant pas nécessairement se réunir avec ceux des autres villes, en d'autres termes se laisser embrigader dans le parti bourguignon ( 1 ) .

Trois bourgeois du premier rang : Jean Wettin, souverain prévôt, Pierre le Muisis, échevin, et Jean de Waudripont, eswardeur, furent députés et munis d'instructions approuvées par les Consaux le 16 octobre. " Qu'il plaise au roi, y disait-on, de pourvoir aux ennemis de ce royaume et aussi aux pilleries qui se font es marches de par deçà, nous l'y aiderons par toute voie et manière possibles (2) '' . Mais il s'agissait d'autre chose; les députés le virent bien à Arras.

Les présentations n'eurent lieu que le 19, et la première séance le lendemain. Trente-deux bonnes villes étaient représentées. Henri Goethals, doyen de Liège, ouvrant la session, rappela les services du duc, et com-

(1) Consaux, 1er octobre.

(2) Consaux, 10 et 16 octobre. Cf. Ext. anal, i p. 191.

ment on les avait méconnus. Passant au drame de Montereau, il l'exposa en termes accusateurs : " En faisant révérence au dauphin et lui offrant corps, amis, chevance, et toute sa puissance, il fut féru de Tanguy du Chastel, d'une hache au chef, et l'autre lui lança d'une épée au corps, si que les boyaux en issirent ; et lors ledit Monseigneur le dauphin dit que c'était assez « . L'intention du nouveau duc, ajouta-t-il, était d'aller devers le roi et de pourvoir aux inconvénients ; il demandait aux villes de l'aider, en tenant toujours le parti de Bourgogne.

Comme, sur cette proposition, les députés se retiraient pour délibérer, ceux de Tournai virent venir à eux plusieurs personnages qui s'offrirent à les conseiller ; l'un de ceux-ci leur dit - paroles dont il leur déplut ?' . Mais conseils ou reproches ne les ébranlèrent pas. La réponse de Guillaume Arnault, doyen du chapitre catliédral, au nom des communes, montre d'ailleurs que le peuple était las des querelles des princes. A la demande de gens et de canons pour concourir à la défense du royaume, il objecta que les députés n'avaient point mandat de s'engager et devraient en référer. Mais surtout il gémit sur « le temps qui avait régné, l'injustice et les maux qu'on avait fait ^, suppliant le duc d'avoir l'œil au bien de justice; sur les maux que faisaient les pillards, demandant qu'on y pourvut, par pitié et miséricorde, pour qu'il fût possible de labourer et que la marchandise eût cours ^ . Enfin il traita longuement des monnaies. Hugues de Lannoy, pour les nobles, tint un langage peu différent, suppliant le duc de prendre en patience la mort de son père.

Il régnait donc dans l'assemblée d'Arras un courant contraire à la guerre civile. Mais tel n'était

point l'avis du fils de Jeaii sans Peur, sous l'influence de la douleur et des excitations qui lui venaient de Paris. Sans doute, fit-il répondre par Thoisy, l'on songerait à la justice et aux monnaies; mais il fallait d'abord assurer la paix, ôter le venin et chasser les mauvais. C'était au dauphin qu'il allait s'en prendre, et par les armes et par la diplomatie (1).

De leur côté les dauphinois « ne dorniaient point en huiseuse " comme dit Chastellain. De Compiègne, ils allèrent prendre Roye (17 décembre). Alarme aussitôt dans le camp bourguignon, et le duc d'écrire aux Tournaisiens, comme aux autres villes de son parti, d'envoyer des soldats, des vivres et du matériel de guerre à Jean de Luxembourg, qui avait entrepris de réparer l'accident. Amiens, Douai, Arras, Péronne, Saint-Quentin, Montdidier, Noyon obéirent; Tournai s'abstint. Seulement, pour demeurer en la grâce du duc, et afin qu'il s'occupât d'améliorer les monnaies, on lui offrit une avance de trois mille livres, récupérable sur le seigneuriage (1).

(1) Consaux, 24 octobre. Les députés se présentèrent le jeudi 19, entendirent les communications du duc le 20, répondirent le 21 et assistèrent le dimanche 22 au service solennel du duc Jean, durant lequel Pierre Floure prêcha le pardon. (Cf. chronique de Chastellain, édit. Kervyn, t, i).

(1) Consaux, 24 et 26 décembre.

>>»Co..

Page 1