VENINS DE SERPENTS
deux exemples empruntés à V. Richards (voir Note p. 484. Loc, cit. y p. 146).
Venin db Cobra
Il produit au bout de quelques minutes et sans autres symptômes prémonitoires, une paralysie qui frappe les lèvres, la langue, le larynx et les centres respiratoires.
La mort est précédée de convulsions résultant de Pasphyxie.
Après une légère accélération, la respiration s'aianguit et disparaît.
Ce venin tue les oiseaux et les reptiles seulement dans le stade paralytique.
U ne paraît pas agir sur la pupille.
On observe de la salivation.
Ses efifets sur le sang sont peu sensibles. Si ranimai survit, rien ne montre que le sang reste envenimé.
Vbnin db Daboia
Son action débute par des convulsions violentes et générales qui se terminent par la paralysie et la mort*.
La respiration parait normale et tranquille au début.
Ce venin tue les oiseaux et les reptiles dans le stade convulslf.
Les pupilles sont dilatées.
Pas de salivation.
Les points qui ont reçu le venin sont le lieu d*une hémorrhagie sanieuse. L'albuminurie est constante. Si ranimai mordu ne meurt pas dans la période convulsive, il passe par une période d*envenimation chronique, dont les accidents secondaires sont dangereux.
ChauflFé à 1 00"* le venin de cobra ne se transforme pas en vaccin, il garde presque toute sa toxicité {A. Gautier; Physalix et Bertrand) à moins qu'on ne prolonge longtemps (20 à 30 minutes) Faction de la chaleur. Celui de daboia perd son pouvoir convulsivant, mais non sa toxicité. Le venin d'hoplocéphale est encore toxique môme après avoir été chauffé à 100% mais il perd cette propriété après 15 à 20 minutes. Ceux de pseudechis ou de vipères sont détruits
1. On a vu que si Pon chauffe ce venin, les convulsions du début disparaissent, quoique la toxicité du venin reste la même.
VENINS DE batraciens; DE SAURIENS. 501
Le sérum antitoxique de sang de cheval ainsi successivement habitué aux venins, peut être actif au 20 000*, c'està-dire qu'il suffit d'en injecter O»*" 1 à un lapin de 2 kilogrammes pour Timmuniser contre une dose de venin de cobra capable de le tuer en 3 à 4 heures.
Le sérum antivenimeux de Galmette a été expérimenté et reconnu très actif par Hankin, au laboratoire d'Agra, dans rinde, et par le docteur Lépinay à Saigon. Un Annamite mordu par un naja à Tindex de la main droite, reçut 1 heure après 12^*" de ce sérum, le membre mordu était déjà enflé et contracture. Le lendemain tous les symptômes denvenimation avaient disparu. Une femme qui avait été mordue en môme temps, mais qui ne fut pas traitée, mourut au bout de deux heures.
Le sérum antivenimeux est également actif, in vitro, aussi bien que préventivement et Ihérapeutiquement^ contre la plupart des venins, quel que soit celui qui a servi à préparer ce sérum. 11 arrête indifféremment les effets des venins de naja, de céraste cornue, de trigonocéphale, de crotale et des serpents venimeux d'Australie.
Venins des batraciens et des sauriens
Les venins des batraciens et des sauriens doivent toute, ou presque toute, leur activité aux substances alcaloïdiques ou leucomaïnes qu'ils contiennent.
Venins de crapauds, grenouilles, etc. — Le venin de crapaud [Irn/fo vulgaris) et des espèces qu'il faut en rapprocher [Buffo viridisy cineretis, bombinator; alytes obstetricans;
VENINS DE POISSONS. oOo.
Venins de poissons.
On sait peu de choses précises sur la nature des venins de poissons. A peine a-t-on quelques renseignements sur leur mode de sécrétion et sur leurs effets. Nous empruntons la plupart des détails qui vont suivre à un remarquable travail deM.leD^'Bottard, médecin de la marine, qui a étudié luimême et manié sur place les poissons venimeux. Il a vu ce qu'il raconte, ou Ta expérimenté au laboratoire. Ce savant n'a pas consacré moins de dix années à ces difficiles recherches*. Nous suivrons Tordre de son travail.
Synancées. — Les synancées {crapauds de mer) doivent être placées dans le groupe des acanthoptérygiens, famille des tryglydées. On les trouve à la Réunion, à Maurice, aux Seychelles, à Java, à Taïti, à la Nouvelle-Calédonie, etc. La piqûre faite par les rayons épineux de ce poisson est quelquefois mortelle.
L'appareil à venin siège à la nageoire dorsale (fig. 11) : ses 13 rayons épineux sont creusés d'une cannelure profonde; chacune communique avec deux petits réservoirs; ils sont clos mais éclatent sous l'influence de la pression, par exemple, si Ton comprime l'animal en marchant
1. Voir le résumé de ses travaux dans sa thèse inaugurale : Les poissons venimeux^ Paris, 1889. Ses recherches techniques, faites au laboratoire du Havre, sont insérées dans la thèse du D» Gressin, 1884. Voir aussi de M. BOTTARD, Communicatiojis à la Société de biologie, 1885. — Compt. rend, annuels des travaux du laboratoire du Havre, 1884 à 1888, etc. — Compt. rend. Acad, des sciences, Paris, 1888. — D^ÂRGOS, Essais sur les accidents causés par les poissons venimeux. Thèses de Paris, 1877. — Carré, Arch. de méd. navale, 1865, p. 136, et 1881, p. 63. — CORRE, Arcli. de physiolog. norm. et pathol, t. IV, p. 405.
VEMNS DE POISSONS. 507
La douleur que cause la piqûre est très vive ; quelquefois il y a de la fièvre. Ehrenberg assure qu'on peut en mourir, mais celte terminaison paraît rare.
Espèces du genre vive {famille des trachynidés), — On connaît quatre espèces de vives : la vive viphe ou petite vive, la vive commune (l'une et l'autre fréquentant le nord-est de TAtlantique), la vive araignée et la vive à tête rayonnée habitant les côtes méditerranéennes. On en a signalé aussi sur celles du Chili. Ce sont des poissons à corps allongé, comprimé latéralement, armés de dents aux deux mâchoires. La vive commune ou grande vive peut avoir 0"» 20 à O'" 30 de long.
Les vives possèdent toutes un double appareil à venin; Tappareil operculaire et le dorsal. Le premier est le plus dangereux; Tépine de Topercule présente une double cannelure en connexion avec une cavité conique creusée dans l'épaisseur de la base de Tos operculaire. Le fond du culde-sac de cette cavité, sorte de glande foUiculeuse invaginée dans Tos, est revêtu des cellules spéciales qui sécrètent le venin. Les glandes dorsales ont une structure analogue.
Le venin de la vive pris sur l'animal vivant est légèrement bleuâtre, opalescent; il est louche si le poisson est mort. Ce venin paraît neutre. Il coagule par les acides et par les bases.
Il est plus actif sur les poissons que sur les grenouilles, plus actif sur celles-ci que sur les mammifères, il est|moins dangereux encore pour les oiseaux.
Il mortifie les tissus vivants et parsdt agir comme un poison paralysant; il porte son action sur le bulbe et la moelle et ralentit les mouvements du cœur. On observe du
LES TOIINIiS.
Iremblement, des convulsions, quelquefois avec spasmes, suivies de paralysie, de larmoiement. Les rats inoculés s'amputent souvent à euz-mfimes le membre atteint.
Cottes. — Elles appartiennent à la famille des triglidés, sous-famille des cettiniens. On eu connaît près de quarante espèces habitant les parties froides ou tempérées des mers de l'hémisphère Nord de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie. On les appelle aussi chabots, caramassons, scorpions. Leur léte (lig. 1 2} est grosse et déprimée, leur corps épais, leur peau nue. L'opercule est munie d'une épine forte el aigut'.
Fio. 12. — CoHe scorpion.
Le préopercule porte trois épines. Ces poissons, lorsqu'on les irrite, gonflent leurs joues et dardent leurs aiguillons. L'organe à venin siège dans les culs-de-sac que forme la peau de la tête aux épines operculaires et préoperculaires. C'est à la troisième épine préoperculaire (en comptant de haut en bas) que siège l'appareil à venin le plus complet. La surface des culs-de-sac n'est revêtue des cellules spéciales, à sécrétions venimeuses, qu'au moment du frai, c'est-à-dire de novembre à fin janvier. En dehors de ces époques l'animal parîùt ne pas être dangereux'.
1. C'est là une observation importante et qui n'est pas isolée ; te» "ail- Uanymta, de Tordre des acanthoptirit, Tainille des goblidés, u'onl aussi lie
VKMNS DE POISSO.NS. 509
Uranoscopes. — Ils font partie de la tribu des acanthoptérygiens jugulaires, famille des trachinidés, à laquelle appartiennent aussi les vives. On trouve les uranoscopes dans la mer des Indes, le Grand Océan, la Méditerranée. Ils ont le corps cunéiforme tout couvert d'écaillles fines, une grosse tête osseuse, aplatie de haut en bas; les yeux regardent en haut. L'appareil à venin siège à Tépine coracoïdienne à laquelle la peau de Tépaule forme une gaine qui se prolonge en un double cul-de-sac. La surface interne de ce sac est recouverte de cellules à sécrétion peu venimeuse qui se développent surtout à l'époque du frai.
Batracbidés. — Cette famille comprend le genre batrachus et le genre thalassop/tryîie. Deux espèces de ce dernier genre possèdent un double appareil à venin, operculaire et dorsal. Une épine forte, creusée d'un canal central, termine Tos de l'opercule. La contraction des muscles destinés à mouvoir cet organe fait sourdre le venin. Il sort d'une poche piriforme d'aspect fibreux, sous forme de gouttelette. L'érection des rayons épineux fait aussi sourdre du venin des épines dorsales.
L'action de ce venin nous est encore inconnue; mais elle paraît se rapprocher des effets de ceux de la vive et de la synancée.
Murènes. — Les murénides appartiennent à l'ordre des physostomeSj groupe des apodes. Le genre murène a
cellules à sécréUon venimeuse qu^au moment du frai. Il en est probablement de môme des uranoscopes et des perches (Voir plus loin).
On rappellera que les œuU de brochet sont vénéneux. On sait aussi que le poisson de Tordre des tétrodons^ appelle fugu au Japon, est très vénéneux à Tépoque des amours, par sa chair aussi bien que par ses œufs ou son frai, tandis que hors de cette époque il est excellent à manger et InofTensif {Comptes rend. Soc, biolog., 1883, p. 263).