CHAPITRE DEUXIÈME
Extraction ; clasBification des leucomaïnes. Leucomaïnes névriniqueB. — LeucomaïneB créatiniqueB.
C'est d'abord aux urines (1881), \)\xi^ aux venins, enfin au tissu musculaire que je me suis adressé pour résoudre la question, alors tout à fait imprévue et nouvelle, de savoir >i Téconomie animale peut former des poisons alcaloïdiques à la façon de certains végétaux phanérogames ou cryptogames et surtout des microbes anaérobies où j'avais découvert cette fonction près de dix ans auparavant'. Dans le cas de l'affirmative, ces bases se produisent-elles normalement chez les animaux en dehors de toute action microbienne et de toute intervention des réactifs? Pour résoudre ces questions, je me suis définitivement adressé au tissu musculaire que l'on peut avoir tout à fait frais, provenant d'animaux bien j)ortants et manier en grandes quantités. Pour rechercher les bases que je prévoyais, j'ai voulu suivre une métliode qui ne comportât absolument que l'emploi des réactifs neutres ou à peine acidulés, incapables de modifier les substances j)réexistant dans les organes ou de faire naître artiriciellement des alcaloïdes, inconvénient qu'il fallait éviter pour bien établir le principe même de la formation des
I. Voir à ce sujet mon Mémoire général au Bull. acad. de méd., 2« série, t. XV, p. 115, et Joum. de VAnat. et de la Physiolog. de Ch. Rolin (1881), p. 362.
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bases animales durant la vie. Oetle méthode, que je vais exposer, m'a sufii dans la plupart des cas pour extraire des tissus et des sécrélions de Torganismc la majeure }>artie des bases rjui peuvent y existi^r; car quoique quebiuesunes d'entre elles soient, k Tétat libre, très ])eusolubles dan& les dissolvants (jue j'emi)loyai, irràcc à leurs combinaisons salines spéciales, j)eut-être aux matières extractives qui les accompagnent, et à la précaution que j^ii toujours observée d'agir en milieu faiblement acidulé, ces bxses entrent, ou restent en dissolution, dans la grandi^ masse des dissolvants. Cinquante kilogrammes de viande fraîclie* finement hachée sont mis à infuser dans le double de leur poids d'eau additionnée i»ar litre de 0^'',20 d'acide oxalique et de (pielques gouttes d'essence de moutarde ou de sulfure de carbone pour empocher toute action microbienne; après vingt-quatre heures, on filtre et l'on soumet le résidu à la presse. On j)orte la li({ueur à Fébullition, on filtre de nouveau et l'on évapore dans le vide à 60 degrés. Il reste un résidu épais brun jaunâtre, très acide, d'odeur légère de rôti, qu'on reprend par de l'alcool à 1)5^ centésimaux tiède. Celui-ci laisse un premier dépôt é[>ais, brun, visqueux, contenant très peu de gélatine 2, des composés xanthiques et des sels minéraux cpie l'on rejette. L'alcool étant complètement évai)oré dans le vide, son résidu forme un sirop qu'on reprend de nouveau par l'alcool à 99° cent, chaud. On filtre et laisse re]K)ser 25 hrnres. Il se fait un sec(»nd
1. n faul, en géuéral, agir sur de grandes quanlilôs, se rappelant que les llssns contiennent plus de To % d'eau et que leB bases cïierchées ne consUluent qu^une minime parUe du résidu, (juand ou a afTaire à des liquides, a des sécrétions, etc., il faul au préalable les dessécher, dans le vide (1 consistance sirupeuse et les traiter alors comme il est dit ci-dessus.
2. Au moins dans le cas où Ton emploie Vextvail de viandedu commerce comme matière première.
EX'rU\«:TION DES LEUCOMAÏNKS. 217
dépAt brun; on dôranlc, on fillro, ol dans la solution alcooli<[uc résiduelle on ajoute de Tétlier rectifié sur Tacide sulfuriquc, tant, ([u'il se fait un i)réci]:)ité que nous indiquerons par (A). On attend 24 heures et Ton décante le liquide ambré étliero-alcoolique. Il ne laisse à Tévaporation qu^ln faible résidu dont on ne peut extraire que des traces de bases volatiles à odeur d'aubépine de la nature des ptomaïnes.
Les bases principales sont contenues, à Tétat de sels, dans le i)récipité {A) que produit Taddition d'étlier à Falcool concentré. Ce précipité jaune ambré, éi)ais, légèrement amer, se sépare au bout de quelques jours en un magma de cristaux mêlés d'un liquide épais. On ajoute encore à cette masse confusément cristalline un i)eu d'éther absolu, puis au bout d'une semaine on sépare à la tromper le mieux {possible, le liquide ambré sirupeux (H), k (luoresccMice verdàtre, des cristaux (G) qu'il mouille et qu'on finit de lavcM* avec de l'alcool à î)8^ centésimaux qui leur enlève tout le liquide ambré (B).
Les bases que j'ai examinées srmt surtout cimtenues dans «'OS cristaux (C), Mais il en reste aussi dans le liquide, ambré (fi) nous verrons j>lus loin comment on 1(îs extrait.
Les cristaux (C) sont repris par de l'alcool à 91)^ centésimaux bouillant; on évapore en partie cet alcool ; par reriY)idissement, il se produit des (Tistaux (D) abondants, jaune citron, laissant au doigt la sensation du talc» {Xanthocréatinine). De leurs eaux mèrrs ><> déposent peu à p<ni de nouveaux cri^taux {E) qu'on sé[KU'e >uccesoi\tMnenl t^t qu'on purifie. Ces cri>taux {E) re[)ris [)ar l'alcool à !)!)"('(^nlér^iuiaux bouillant laissent un résidu peu h)1uM<», cri^lallii-M», blanc jaunâtre, qu'on redissout dans l'eau cliaud(î qui dépose rapidement une minime prof)ortion de cristaux brillants {F) très
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peu solubles dans Teaii, formés de prismes obliques à surlace courbe {Amphicréatine), En continuant à concentrer les eaux mèivs, on obtient une nouvelle cristallisation d'une substance jaune orangée {G) formée de j^etits cristaux ressemblant, sous le microscope, à des pavés émoussés {Crusonraiirtine).
Tous ces princi|>es cristallisés successivement séparés par le pnKVnlé d'analvse imnuHliate très simple que nous venons de rapiRirler, j^rocédé dans lequel nous avons é\ité de rtHHmrir à aucun autre ivaclif que Talcool, Téther et Teau, tous ces cnsiauj- cotèstiiueni des bases nouvelles, les unes neutres aux j^ipieiv, les autres le bleuissimt légèrement. t"e >out les leucomaïnes mmculaires.
(>tte métlunle jn^rmet d'oblcnir a<st^z rapidement la luajeurt* jmrtie de^ Ikim^s cri^tallisables contenues dans un li>su, un onrant\ une Mvrétion, un extrait, etc.
J ai dit plus liant que le liquide ambré fB) H'paré des cristaxix jmr ralciH«l à 1*8^ cenlf'<imaux contient encoi'e quelques leuin^maïnes. On {«eut les extrair»^ de cette liqueur en la distillant d alK»^! ji^nir clias><'r r;ilco^»K éva[w>rant dans le vide, n*pnMianl le r^^sidu pi«r un»* crande ijuantité d'eau et pnvipilant is^r lacetate de pl-mh neutre, mélangé de ^. us-x^oetate. pn^>que ju>o,u'ii neutralîs:Ati-*n. On tîllre : la l:-.iueur pri\iv de vlv mb. i\ v*h.«u L i^^r Tbvdn'gène sulfuré, !UîM^ À diAcert^r ,at\* uv. ;^n: vîe r. :r :»ur Li déci>b>rer, convvr.îrvv oVivN r\^ v*o v.v.rio vi.*- *.'* \:>\ • -t i-.l»'i^ dialvs<^e : '. v/.o> '.0^ S>^^- .^i^v^^r } :" \' r^ !•" v^lv-^^Mir «pu n'tii'nt
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CLASSIFICATION DES LËUCOMALNKS. 219
en groupes divers dont on extrait chacun des termes par des cristallisations fractionnées, les dissolvants divers, à Tétat de chloroplatinates, cliloraurates, chloromercurates, picrates, etc., solubles ou insolubles, ainsi qu'il a été déjà exposé.
Nous aurions pu suivre d'autres méthodes, mais celle-ci ét<iit la plus propre à démontrer la préexistence dans les tissus, et en particulier dans le tissu musculaire, des alcaloïdes ou leucomaïnes dont nous espérions démontrer la formation chez les animaux.
Classification des leucomaïnes.
J'ai classé les leucomaïnes dans les six groupes suivants :
\^ Leucomaïnes névrinit/ues : parmi ces bases, citons comme exemple la choline, la névrine, la bétaïne, etc., ce sont les plus importiintes.
2** Leucomaïnes créatiniques : la créatine (»t lu créatinin(î en sont les types. Ce gixjupe comprend outre les deux bases précédentes, la glycocyamine, la lysatine, la crusocréatinine, la xanthocréatinine, etc.
3*^ Leucomaïnes xanthiques. Elles se ra[){)rochent des précédentes et sont intermédiaires entre elles et les cor[)s du groupe urique. La xanthine et la sarciiK» s(jnt, dans celte classe, les termes les j)lus connus : nous citerons encore Tadénine, la guanine, la pseudoxanlliine, Thétéroxanthine, la carnine, etc.
î" Les leucomaïnes aminiques à chaines ouvertes : Irlles sont la méthylamine et la trimêthylamine, l'amylamine, \d neuridine, la gérontine et peut-être la cadavérine, bases auxquelles ou pourrait ajouter les lécithines.
5<* Les acides amidés salifiables : le glycocoUe, la leucine, la butalamine, etc., en sont des types.
LEUCOMAÏNKS NÉVRINIQUES. 221
provenir le plus souvent, non pas, comme les ptomaïnes vraies, de la digestion microbienne des albuminoïdes, mais d'une simple hydratation fermentative dos protagons et des lécithines préexistants dans les produits putrescibles,
La choline G'H**AzO^ a été signalée d'abord par Strecker dans la bile de porc altérée. On Ta depuis retrouvée dans les muscles, le sang, les glandes, le jaune d'œuf, elle paraît exister, en très potite quantité il est vrai, dans le cerveau et les nerfs (Voir sur Faction physiologique de la choline, p. 129).
La névrine G*H''AzO parait accompagner généralement la choline, mais à Tétat de traces, dans le cerveau, les nerfs, et probablement dans les laitances et œufs de poissoils qui deviennent vénéneux' au moment du frai, telle que ceux du Fugu du Japon, du brocfiet, du barbeau. On sait que la névrine est extrêmement toxique (Voir p. 124).
La bétaïne G*H"AzO^ (p. 131) a été découverte par Liebreich, en 1869, dans les urines normales. Elle se rattache à Toxynévrine dont elle est Tanhydride. On Ta trouvée à l'état normal chez certains animaux, les mollusques, la moule en particulier, en grande [)artieunie à l'acide i)lu)sphoglycérique sous forme de lécithine. 11 est probable, quoiqu'elle n'y ait pas été signalée, que la bétaïne se rencontre dans plusieurs de nos organes. Elle paraît inoffensive.