CHAPITRE DEUXIÈME
Origine et mode d'action des toxines
Origine. — Les toxines peuvent avoir une origine microbienne, ou résulter du fonctionnement normal des êtres supérieurs, végétaux ou animaux.
Comme exemple de substances vénéneuses azotées et non alcaloïdiques produites par les plantes ordinaires, nous citerons les toxines de beaucoup de champignons, celles du ricin et de Vabrus precalorius. Parmi les toxines issues de la vie normale des organes et de tissus animaux, nous pouvons donner comme exemples les parties incrislallisables et indialysables des urines et de la chair musculaire, les albumoses digestives, les toxalbumines des venins, des sangs de murénides, de sauriens, de batraciens, etc.
Les toxines d'origine microbienne sont les plus importantes, celles dont nous nous préoccuperons surtout. Mais, à la façon de quelques auteurs, il ne faudrait pas admettre que les substances albuminoïdes ou albumoïdes d'une culture de bactérie, sont celles-là mômes qui préexistaient dans le bouillon primitif, modiliées, impressionnées pour ainsi dire par le microbe spécifique, chargées tout au plus des produits toxiques que ce microbe a sécrétés. Les toxines résultent de la vie et du fonctionnement du microbe. Qu'on lui fournisse de la gélatine, de l'albumine,
MODE d'action DES TOXINES. 341
lière toxi(iue qu'ils sécrètent et qui peut, à dose très minime, provoquer les troubles de la maladie, pénètre jusqu'aux organes.
On a vu (p. 311), 323 et 325) que dans les cas les mieux étudiés (charbon, tétanos, diphtérie, etc.) cette action toxique parait différer de c<dle des i)oisons purement chimii[ues par ce double caractère d'aj^^âr à des doses presque inq>ondérables et de ne produire ses effets aj>parents qu'au bout d'un CTîrtain tem[»s d'incubation, quelle (pie soit la dose de substance offensive introduite.
Les toxines des maladies infectieuses se conduisent comme des lerments solubles ou zymases en ce sens que leur action définitive paraît, jus(pi'à un certain i)oint, indé- [»endante de leur masse, et tpie des rpumtités minimes suffisent à pmvo^pier des troubles considérables dans l'économie et à en modifîiîr profondément le fonctionnement'.
Sans doute il existe des poisons chimiques qui agissent sous un très faible poids : un milligramme d'aconitine peut être mortel [mmu* un homme adulte, tuant ainsi 70 millions de fois son [)oids de matière vivante; ^^ de milligramme d^ouabaane arrête le cœur de la ^rrenouille en svstole (toxicité = 2 millions environ); mais les toxines microbiennes peuvent être bien autrement actives. D'après L. Vaillard-, deux gouttes de culture stérilist'p de tétanos suffisent à tuer un cheval vigoureux. En admettant que ces deux gouttes,
1. On verra que certainemeut quelques toxines se coaduiseut comme des ferments ; teUes sout ceUes de la diphtérie et du tétanos. Si Ton précipite par de Palcool à ôo^ une culture du baciUe du choléra dans la gélatine, on sépare les matières protéiques ajoutées : par addition d^alcool absolu à la liqueur ûltrée il se fait un nouveau précipité qui est la pepsine qu'a sécrété le microbe du choléra, pepsine capable de digérer la ilbrine, etc., à la faron de la pepsine ordinaire {Fermij,