Comptes rendus Acad. sciences, t. CXXI, p
forme, nitrate d'argent, alcool en proportion sensible, etc., pourvu que ces agents ne précipitent ni n'altèrent chimiquement les substances agissantes, n'empêchent pas l'action des ferments solubles : il en est de même des toxines et des venins. D'après mes expériences sur le venin de cobra, le mélange fait d'avance avec ce poison des agents chimiques les plus variés (alcool, nitrate d'argent, sublimé, acide cyanhydrique, phénols, etc.) n'en entrave pas l'action. Le permanganate de potasse [Lacerda), le chlorure d'or, et les hypochlorites {Calmette). paraissent seuls efficaces. Il en est de même des toxines; on peut les précipiter par l'alcool, les laisser en contact avec lui durant plusieurs jours, les mélanger de chloroforme, d'acide cyanhydrique, de phénol, etc., la toxine, après qu'on en aura chassé ces agents chimiques, et même en leur présence, recouvrera ou conservera toute son activité. Au contraire, le permanganate de potasse, et peut-être le chlorure d'or et le sublimé corrosif, paraissent modifier l'action de beaucoup de liquides toxiques d'origine microbienne, par exemple, l'émulsion de moelle rabique.
L'analogie des toxines avec les diastases et les venins va plus loin encore. On sait que l'acidité ou l'alcalinité du milieu où ils agissent rend efficace ou inactive la puissance des ferments. La pepsine ne digère la chair musculaire qu'en liqueur acidulée; un excès d'acidité minérale entrave son action; l'alcalinité du milieu la fait disparaître. La trypsine idigère mal en solutions acides ; ^lle n'opère bien qu'en solutions alcalines. Il en est de même des venins et des toxines. J'ai observé que le venin de cobra, très actif en milieu acidulé, actif même en milieu légèrement alcalinisé par le carbonate de soude, perd désormais toute acti-
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rintroduit dans restoraac ou lorsqu'on la fait absorber par des instillations répétées sur la conjonctive qui ne laisse pénétrer que lentement ce poison dans réconomie*.
Cette explication n'exclut pas la remarque faite pour beaucoup de poisons que. le foie et beaucoup d'autres organes glandulaires, et môme de simples tissus, retiennent les corps toxiques ou les éliminent en les oxydant. On a supposé que le foie, auquel on a reconnu d'abord la propriété de neutraliser certains poisons, devait cette propriété surtout à ce qu'il les éliminait par la bile. Mais ce méciinisme ne s'applique certainement j)as à tous les toxiques; car, d'après les expériences de MM. Courmont et Doyon, ainsi que celles de M. Guinard, les effets des poisons du pneumobacille ou de la diphtérie, introduits dans la veine porte ou dans l'une des veines mésentériques, sont non pas diminués, mais aggravés par le passage de ces toxines à travers la glande hépatique *.
1. Celte expUcatioii ne s'appliquerait pas, eu tous les cas, à la rlcine, qui est très dangereuse même par la voie intestinale. Il faut remarquer encore ici que certains poisons minéraux, tels que les sels de hismutli, très toxiques sUls sont introduits sous la peau, perdent toute toxicité quand on les donne par le tube digestif.