‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 10 sur 213 · CARACTÈRES DES PTOMAÏNES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES PTOMAÏNES EN GÉNÉRAL

Toutes les bases issues des processus putréfactifs ne sont certainement pas spécifiques : c'est ainsi que l'on trouve à côté des plomaïnes proprement dites l'ammoniaque, la méthylamine, la triméthylamine, la butylamine, les amylamines et caprilaraines, la diéthylamine et triéthy lamine, l'hexylamine, l'éthylidènediamine, les triméthylènediamine, les tétraméthylènediamine et pentaméthylènediamine, etc., substances très alcalines que l'on peut rencontrer dans les produits d'origine les plus diverses n'ayant pas subi la fermentation bactérienne.

Réactions supposées spécifiques des ptomaïnes. — Il n'existe pas, et ne peut exister, de réactions spécifiques tout à fait caractéristiques des ptomaïnes. F. Selmi avait observé, et Brouardel et Boutmy remarquèrent après lui, que les ptomaïnes, sous forme d'extraits sirupeux (on ne les avait pas obtenues jusque-là tout à fait pures), jouissaient de la propriété de réduire les sels ferriques qui donnent dès lors du bleu de Prusse sous l'influence du ferrocyanure de potassium. Quoique cette réaction soit loin d'être spécifique, comme je vais le montrer, je la décrirai avec détails, parce qu'elle peut servir d'indice précieux dans beaucoup de cas. On se procure du perchlorure de fer bieu exempt de protochlorure et on l'étend de beaucoup d'eau jusqu'à coloration jaune faible ; on prend, d'autre part, une solution très étendue de ferrocyanure de potassium pur. Les deux liqueurs mélangées d'une goutte d'acide acétique réunies dans un verre de montre doivent rester incolores ou à peine teintées de jaune verdâtre. Si l'on ajoute alors la substance alcaline que l'on suppose être une ptomaïne, il se produit soit immédiatement, soit après quatre à cinq

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minutes, une coloration bleue intense, le plus souvent même un précipité de bleu de Prusse. Cette réaction très sensible n'est malheureusement pas caractéristique. Elle se produit avec la plupart des matières extractives réductrices, par exemple avec l'extrait urinaire normal. M. Tanret l'a signalée pour la digitaline. J'ai observé que la pilocarpine, la peltierine, Vhyoscy aminé, Vigasurine, la vératrine, la colchicine, la nicotine, Yergotine, Véserine donnent lentement du bleu, ou un précipité bleu, dans les mêmes conditions. La plupart des alcaloïdes naturels ne donnent du bleu de Prusse qu'au bout de plusieurs jours ou du moins plusieurs heures. La lenteur de la réaction qu'ils provoquent empêche donc de les confondre avec les ptomaïnes. Mais la morphine et l'apomorphine donnent immédiatement la réaction de Selmi. J'ajoute qu'un grand nombre d'alcaloïdes artificiels vénéneux se comportent au point de vue de la réaction précédente à la façon des ptomaïnes. Dans la série des bases phényliques, j'ai obtenu le bleu de Prusse avec Y aniline et ses dérivés la méthylaniline et Véthylaniline ; avec la 'paratoluidine, la diphémjlamine , la naphthy lamine , la pyridine, la collidine, Yhydropyridine et YhydrocoUidine ; enfin avec la diallylènediamine et Y acétonamine . Les peptones donnent la même réaction. On voit que si le caractère indiqué par Selmi permet de distinguer, sauf de très rares exceptions, les ptomaïnes des alcaloïdes naturels, il ne les sépare pas des alcaloïdes artificiels aromatiques, des peptones et des matières extractives'.

1. J'en dirai de même de la réaction de Wefers Bettink et Van Disse), qui consiste à ajouter au mélange de ferrocyanure et de sel ferrique line trace d'acide chromique, puis la ptomaïne supposée. Il se ferait encore dans ce cas du bleu de Prusse ; Brieger a même montré que les ptomaïnes qu'il a obtenues ne répondent pas, en général, à cette réaction.

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