Annales Inst. Pasleur, t. VII, p
2. Ceci ne contredit pas ce que nous disions plus liaut de la vulnéra-r bilité de l'animal vacciné aux toxines du virus correspondant produites in vitro. Comme on va le voir, le vacciné réugit contre les toxines par la formation de substances douées d'activité contraire ; mais c'est là un fait physiologique, une sorte? de sécrétion qui demande un certain temps à se produire, et le vacciné n'en mourra pas moins si l'on fait tout à coup pénétrer dans son sang une dose considérable de toxine toute formée.
de .Melchnikoff, d'une pari, par celles de Behring, de l'autre, que 1 économie se défend contre rintoxication microbienne par les deux mécanismes de la phagocytose et de la prodmlion des antitoxines.
Prenons deux animaux d'une même espèce, aussi semblables que possible, et vaccinons l'un d'eux contre un virus tel que le V. mechnikowi , celui du hog-choléra , ou le virus pyocyanique, virus à microbes aptes à pénétrer dans l'organisme. Inoculons ensuite à ces deux animaux le virus le plus fort : chez celui qui n'a pas été vacciné, nous voyons après un certain temps d'incubation, souvent à la suite d'une légère réaction locale, la maladie se généraliser rapidement ; l'invasion du vibrion toxique se fait d'organe en organe, sans obstacle, rapidement ; les tissus envahis deviennent le siège d'une multiplication énorme du vibrion spécifique, les leucocytes n'apparaissent qu'assez rares, et l'infection générale aboutit à la mort. Chez le vacciné, comme dans le cas précédent, l'invasion microbienne commence généralement à la suite d'une légère réaction locale ; mais bientôt elle se limite : de nombreuses cellules lymphatiques mobiles s'avancent vers le foyer de l'infection et font obstacle à l'expansion du microbe. En peu de temps les leucocytes, appelés comme par une attraction spéciale, ont englobé dans leurs tissus amiboïdes une grande quantité de bactéries infectieuses encore vivantes. Ces globules blancs les absorbent et les digèrent; grâce à ce mécanisme, elles empêchent leur multiplication et l'envahissement de l'économie. C'est à ce phénomène singulier que Melchuikofl', qui l'a découvert en 1887, a donné le nom de phagocijtose\
\. Sur la lulle des cellules de l'organisme contre l'invasion des microbes, par Mbtchnikoff, Inslilut Pasteur, l. I, p. 321. Voir à ce sujet les nom-
MÉCANISiME Ul^ l'iM.MLNISATION.
Colle aplilude conslilue une foncliou remarquable el complexe de certains globules blancs.
Les cellules phagocytaires dissolvent lentement les microbes et les détruisent par digestion intérieure ; mais d'autre part, ces phagocytes, et peut-être d'autres cellules encore de l'économie, sécrètent un véritable antidote, une antitoxine destinée à combattre les effets du poison microbien pendant tout le temps que ce poison peut se former. Remarquons, en effet, que les éléments figurés du virus introduit ne disparaissent pas immédiatement des tissus. Même chez le vacciné, ils se reproduisent plus ou moins, et l'une des conditions nécessaires de ce fonctionnement el de cette reproduction est la formation des toxines. Celles-ci lentement formées pénètrent partout grâce à la circulation. C'est contre le venin ainsi versé aux tissus que l'organisme sécrète une antitoxine. Voici la démonstration de cette curieuse aptitude.
Prenons trois "animaux de môme espèce, en tout semblables entre eux et non vaccinés; injectons au premier un virus très actif, au second ce même virus^ mais après qu'il aura été laissé quelque temps, in vitro, au contact du sérum d'un animal de même espèce. Injectons enfin au troisième sujet, après l'avoir inoculé avec ce même virus, un sérum, stérilisé par filtration sur biscuit, provenant du sang d'un animal déjà vacciné contre cette maladie. Chez le premier, l'intoxication se développera normalement et les microbes pulluleront bientôt dans tous les tissus. Chez le second, l'invasion des microbes suivra presque la même
breux et remarquables mémoires publiés, d'année en année, dans le même recueil par ce savant. Voir aussi les mémoires de la Soc. de biolog., 1889, p. 627.
LES TOXINKS.
marche, peul-ôLrc au début avec une légère alténualion due aux qualilôs légèrement bactéricides du sérum préalablement mélangé ; chez le troisième, l'évolution de la maladie et la reproduction du microbe s'arrêtera aussitôt. L'animal traité par le sérum du vacciné aura contracté une immunité passive momenlanée, comme dit Behring; il ne sera pas vacciné à fond, mais il le sera au moins pour cette fois, et durant quelque temps, grâce aux substances spéciales que lui a fournies le sérum du vacciné'. Ces substances antitoxiques, quelles qu'elles soient, ne peuvent provenir du microbe, car si elles en provenaient elles se retrouveraient aussi dans les produits de ses cultures faites in vitro dans le sérum de la même espèce; or, la maladie reste normale chez l'animal qui a reçu les produits de culture du virus cultivé dans ce sérum (Second cas cidessus). Il ne se forme donc pas d'antitoxine in vitro mais seulement dans les organes du vacciné.
L'antitoxine ainsi produite chez le vacciné jouit de la propriété pu de détruire ou de compenser l'action du poison, car la maladie ne se généralise pas et les troubles fonctionnels sont nuls ou à peine sensibles.
Cette substance qui empêche ainsi l'action des toxines, cette antitoxine, est sécrétée, pensons-nous, surtout par le globule blanc, par le leucocyte phagocytaire. Lorsqu'un virus actif a été introduit dans l'économie, que l'animal soit neuf ou vacciné, les phagocytes sont appelés par une force que nous essayerons de définir tout à l'heure. Chez l'animal non vacciné, la lutte s'établit entre le microbe pathogène et le leucocyte: mais celui-ci ne peut généralement pas ré-