‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 154 sur 213 · Soc. biolog., 1694, p · texte numérisé non relu

Soc. biolog., 1694, p

LKS TOXINES.

Ce qui montre mieux que toute autre preuve que les veninsjouent bien le rôle de zymases ou ferments soluljles\ c'est leur résistance aux agents chimiques les plus divers^; ainsi que je m'en suis assuré par des injections souscutanées de venins de vipère ou de cobra mélangés d'avance avec les substances dont je voulais examiner l'action inliibitoire ou antitoxique, j'ai observé que le tanin, l'alcool, le chlore, les phénols, les antiseptiques les plus variés (essence de thym, girofle, ail, etc.), l'acide borique, les chlorures de platine, de fer, les sels d'argent, etc., ne parviennent pas à empêcher l'envenimation, pas plus que ces substances ne sont aptes à enrayer l'action des toxines toutes formées issues de virus, ni celles des ferments proprement dits, tels que la pepsine, la trypsine, etc. Bien mieux, comme pour certains de ces ferments, les substances alcalines, comme l'ammoniaque ou le carbonate de soude, rendent plus lente l'action des venins, mais celui-ci n'en agit pas moins quoique plus difficilement. Par contre, le mélange des venins avec les hypochloriles solubles , le chlorure d'or ou les permanganates solubles, et peut-être l'injection de ces substances autour des points oii l'animal a reçu du venin

1. Déjà en 18(39 je considérais les venins, et en particulier ceux des serpents, comme des zymases ou ferments solubles. Dans ma thèse d'agrégation, Faculté de médecine de Paris, 1869. ÉTUDES SUR LES FBR' MENTATioNS, p. 100, je disais : « Une série de substances qui jouent le rôle de l'enneuts qui s'épuisent en agissant est celle des venins. Non seulement ils sont actifs à petite dose, mais leur action s'éteint par la production même de l'efTet... Ils remplissent les conditions de tout ferment d'avoir une grande complication de composition, et d'agir sous un faible poids et après un certain temps d'incubation pour produire des transformations isomériques ou des décompositions des principes normaux de l'économie». On voit par cette citation, combien on a eu tort de me faire dire que les venins devaient leur activité à des alcaloïdes toxiques, alors que j'ai reconnu expressément d'ailleurs que la faible proportion de ceux-ci n'expliquait pas l'activité des venins.

•2. Bull, de l'Acad. de méd., 2» sér. t. X, p. 776 et 947.

LES VKNINS EN GÉÎNÉRÂL.

par morsure ou expérimentalement, toutes ces substances, disons-nous, paraissent empêcher que l'intoxication ne se généralise. On sait qu'il en est un peu de même du poison tétanique' dont les effets sont partiellement ou totalement enrayés par les hypochlorites solubles [Cabnette; Lacerda; Roux et Vaillard).

Nous avons vu que beaucoup de toxines deviennent inoffensives quand on les chauffe. Il en est de même des venins, mais pour eux comme pour les toxines, cette action de la chaleur est très variable suivant l'espèce. Le venin de vipère chauffé quelques minutes à 95°, ne développe plus d'œdème; il peut être injecté sans accidents graves, du moins presque im^médiats, à des doses quatre à cinq fois supérieures à la dose mortelle du même venin non chauffé {Physalix et Bertrand) ^. Le venin du crotale diamant perd rapidement son activité à 80°; celui de cobra à partir de 98° en vingt minutes; celui d'hoplocéphale est un peu plus résistant ; celui de pseudechis devient inoffensif vers 1 00°. Mais, comme il arrive pour les diastases, si les venins sont préalablement desséchés, ils peuvent sans perdre leur virulence être chauffés bien plus haut.

Les animaux immunisés contre les venins fournissent, comme ceux qui le sont contre les virus, un sérum antitoxique, c'est-à-dire tel que si on l'injecte dans les veines ou sous la peau d'animaux neufs, ce sérum leur confère durant quelque temps l'immunité contre l'envenimation, ainsi que cela se produit également lorsque l'on inocule avec prudence les toxines des virus'.

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